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Chapitre 12

Chapitre 12 - La ferveur de la capitale et un palanquin encombrant

3 novembre 2026 ~7 min · 1 252 mots

La nouvelle de la victoire miraculeuse sur le front de l'Est se répandit en un clin d'œil à travers tout l'Empire, comme si on lui avait donné des ailes.

Cette annonce balaya l'atmosphère sombre des longues années de défaites, et la capitale impériale se transforma en véritable fête. Pour la première fois depuis des années, des drapeaux célébrant la victoire flottaient au coin des rues, et les tavernes restaient animées jusque tard dans la nuit, pleines de gens qui racontaient les exploits des soldats.

Et au cœur de cette ferveur se trouvait un héros sans nom.

« Tu as entendu ? Une mystérieuse stratège serait apparue sur le front de l'Est ! »

« Oui ! Un génie surgi comme une comète, dont la sagacité égale celle des dieux, paraît-il ! »

« Il paraît que c'est grâce à son plan qu'on a écrasé l'armée royale, celle qui ne perdait jamais ! »

Les rumeurs ne se contentaient pas d'enfler : elles se dotaient d'ailes de dragon et de pattes de griffon en volant de bouche en bouche. Les bardes rivalisaient de nouvelles ballades à la gloire du « Sage de l'Orient », et une troupe de théâtre fit salle comble avec une pièce intitulée « La mystérieuse stratège abat le général ennemi Orcott », qui exagérait les faits d'à peu près trois fois.

Sa Majesté l'empereur et le chancelier exploitèrent la situation au maximum. C'était une propagande inespérée pour remonter le moral du peuple et s'assurer son soutien à la guerre. Loin de freiner la légende de cette « mystérieuse stratège », ils l'encouragèrent activement.

Et c'est ainsi que, sans que j'en sache rien, « moi », je commençai à graver mon nom dans l'histoire de l'Empire en tant que héros salvateur de la nation.

Bien entendu, au camp, en première ligne, je n'en avais pas la moindre idée.

Je menais des journées relativement paisibles, à mettre au point de nouvelles recettes en cuisine ou à expédier la paperasse que Greig me refilait.

Depuis la grande victoire, le front était étrangement calme. L'armée royale devait peiner à réorganiser ses unités anéanties. Une paix éphémère. Peu à peu, le sourire revenait sur le visage des soldats.

Puis, un jour.

Une importante délégation de soutien aux troupes et un convoi de ravitaillement arrivèrent de la capitale impériale. Leur ampleur était sans commune mesure avec celle des précédents.

Et parmi les vivres et le matériel se trouvait « la Chose », de toute évidence déplacée et terriblement encombrante.

« ... Qu'est-ce que... c'est... que ça... ? »

Devant la Chose qui trônait sous mes yeux, ma joue se mit à tressauter.

C'était un palanquin.

Pas un palanquin ordinaire. La caisse, laquée de noir, était ornée de magnifiques dragons d'or et d'argent, et des rideaux de soie rouge pendaient sur ses quatre côtés. Aux quatre coins du toit pendaient même de somptueux glands qui se balançaient au vent.

Pour reprendre mes souvenirs de ma vie antérieure, c'était le genre de véhicule de stratège ultra-luxueux dans lequel on imaginait bien Zhuge Liang, dans un film sur les Trois Royaumes.

« Un cadeau de la capitale pour madame la stratège, paraît-il. »

Greig haussa les épaules, l'air de trouver ça follement drôle.

« On dirait que ta légende vit sa propre vie à la capitale. Maintenant, tu es "le sage en fauteuil roulant qui a sauvé la nation". Sa Majesté en personne a envoyé un véhicule digne de ton prestige. »

« J-je n'en veux pas ! De ce truc ! C'est beaucoup trop voyant ! »

J'avais crié sans réfléchir, de ma voix naturelle. J'avais déjà assez de mal à cacher mon identité, et il faudrait que je me promène sur le champ de bataille dans un engin aussi tape-à-l'œil ? Je ne serais rien d'autre qu'une cible idéale pour l'ennemi !

« Mais c'est un présent de Sa Majesté. Si tu le refuses, tu risques d'être accusée de lèse-majesté, tu sais ? »

Greig avait dit ça avec un sourire mauvais.

« Et puis, réfléchis. Si la "mystérieuse stratège" que l'ennemi cherche comme un fou débarque sur un palanquin pareil, ça promet d'être drôlement amusant, tu trouves pas ? »

« Ce n'est pas amusant ! Même avec plusieurs vies, je n'y survivrais pas ! »

« T'en fais pas. Pour les porteurs, je vais te choisir les plus costauds de mes hommes. Et je ferai même blinder le fond du palanquin d'une plaque de fer. Sois tranquille. »

« Ce n'est pas la questiooooooon ! »

Mon hurlement résonna en vain dans le ciel du camp.

Debout à côté de moi, l'adjointe Sera me regardait d'un air compatissant, mais se contenta de dire calmement : « ... On ne peut pas dédaigner la bienveillance de Sa Majesté. » Ses épaules tremblaient légèrement. Elle se retenait de rire, c'était certain.

Et voilà comment mon moyen de transport passa de force du fauteuil roulant déglingué à un palanquin de stratège d'un luxe frisant le mauvais goût.

On m'installa à l'intérieur et on baissa les rideaux rouges. C'était étonnamment spacieux, il y avait même une petite table. J'admets que c'était confortable, mais la honte et la peur l'emportaient largement.

Les quatre soldats choisis comme porteurs, de vrais gorilles, s'écrièrent avec un enthousiasme débordant : « Madame la stratège ! Comptez sur nous ! », ce qui n'arrangea rien à mes crampes d'estomac.

L'après-midi même.

Le soleil tapait sans relâche, et l'air charriait l'odeur de la poussière desséchée.

Des pas précipités et des cris résonnaient jusque dans la tente. Le rapport tant redouté arriva enfin.

Un soldat déboula sous la tente, l'armure cabossée, couvert de terre et de poussière. Il tomba à genoux, les mains au sol, et, le souffle court et sifflant, cria d'une voix étranglée :

« A-attaque ennemie ! L'unité d'éclaireurs... a été anéantie ! »

Tandis que les officiers autour s'agitaient, le survivant poursuivit son témoignage, le visage crispé par la terreur. Ses yeux, sous le choc d'avoir vu l'impossible, n'avaient pas encore retrouvé leur raison.

« ... C'était un monstre. Un seul... Un seul homme a réduit nos armes en miettes... épées, lances, tout... ! On a été balayés comme des nourrissons, on s'est enfuis à quatre pattes... »

À l'instant où j'entendis ce rapport, une lame de glace me parcourut l'échine.

La paix éphémère était terminée.

La Sainte Épée était arrivée.

Un lourd silence tomba sur la tente de commandement de Greig.

« ... Ils sont venus tâter le terrain, hein. »

Greig avait craché ces mots.

Depuis mon somptueux palanquin (oui, on m'avait portée jusque dans le bureau avec ce truc), je déclarai calmement, à travers le modificateur de voix :

« ... Sans doute. Et il est en train de nous sonder. Ce n'est pas un massacre aveugle, mais une reconnaissance en force, pour observer nos réactions. ... C'est nous qu'on met à l'épreuve. »

Greig jeta un regard au palanquin où je me trouvais et eut un sourire intrépide.

« Intéressant. Fini de jouer à cache-cache. On a ici un "appât" magnifique, offert par Sa Majesté l'empereur en personne. »

« ... Vous comptez sérieusement vous servir de moi comme appât ? »

« Tu vois autre chose ? Comment attirer ce monstre de témérité et le faire tomber dans un piège ? Prête-moi ta tête, madame la stratège. »

Derrière les rideaux rouges, je poussai un profond soupir.

Le vrai combat allait commencer. Et sa première scène se jouerait sur ce palanquin ridicule.

Personne ne vit mes larmes.

Fin du chapitre 12
Fiche de l'œuvre

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