Après que la lourde porte métallique s'est ouverte en grinçant dans un claquement pesant, la Salle d'extraction, Secteur D, est apparue.
Une fois les sourires horribles passés, j'ai regardé autour de moi.
Une cellule, deux cellules... les salles d'isolement s'étendaient à perte de vue, et chacune renfermait des choses qui défiaient le langage humain.
Tout ça... c'est réel ?
La première cellule.
À l'instant où j'ai ouvert les yeux, j'ai vu une entité sans forme.
Elle n'était pas noire comme si elle absorbait la lumière. Elle n'était pas translucide non plus.
Juste une ondulation qui se propageait sans fin depuis un coin de mon champ de vision avant de disparaître.
Ma raison essayait désespérément d'y voir une tache sur le mur ou une illusion d'optique.
« Observation uniquement. Ne croisez pas son regard. »
Le Chef de section Myeon m'expliquait ça calmement, à côté de moi.
À l'instant même où il a fini sa phrase, j'ai « croisé le regard » de l'entité.
Je ne sais même pas si elle avait des yeux.
Mais quelque chose, tout au fond de moi, en était certain.
Une fraction de seconde, j'ai eu l'impression qu'on m'avait pelé la peau du haut du dos comme une écorce.
Comme si quelqu'un avait ouvert mon corps, jeté un œil à l'intérieur, puis l'avait refermé.
Pris d'une nausée violente, je me suis appuyé au mur et j'ai tout juste réussi à détourner la tête.
Mes yeux me piquaient, rougis.
L'un des sept visages du Chef de section Myeon a souri et murmuré :
« Tout le monde ressent ça au début. Si vous pensez que vous allez vomir, il y a des toilettes dehors. N'hésitez pas à le dire. »
Son ton était gentil, mais il ne faisait que me retourner l'estomac un peu plus.
On m'a conduit à la cellule suivante.
À l'intérieur se trouvait un groupe de choses à l'apparence étrangement humaine, mais qui ne l'étaient résolument pas.
Elles brûlaient quelque chose couvert de fumée, puis rassemblaient la cendre, l'émiettaient, la rinçaient, la broyaient, encore et encore.
Pas une seule expression ne changeait. La précision mécanique de leurs gestes répétés, cette régularité ordonnée, me donnait la chair de poule plus que tout le reste.
Comme un immense engrenage en mouvement.
Comme si elles n'existaient sans but, sans volonté, que pour brûler, émietter, rincer, broyer.
L'un des visages du Chef de section Myeon a pris un air inquiet et m'a redemandé :
« Vous avez l'air plus mal. Vous êtes sûr que ça va ? »
« Ah... oui, ça va vraiment. Merci de vous en soucier. »
J'ai répondu des mots que je ne pensais pas et j'ai forcé mes jambes tremblantes à continuer de le suivre.
La cellule suivante.
Dans un aquarium s'épanouissait quelque chose : une moisissure en forme de visage humain.
La moisissure frémissait jusqu'aux racines et riait en gloussant.
Du plafond pendait ce qui ressemblait à une fenêtre d'avis clients, où cinq étoiles dorées scintillaient en formant un smiley.
La cellule voisine ne contenait qu'une boîte scellée.
De l'intérieur filtrait le son indubitable d'un enfant à quatre bouches en train de pleurer.
Tout ça... ce sont des Entités dimensionnelles ?
Le Chef de section Myeon a parlé lentement, comme s'il suivait la trajectoire de mon regard.
« Les Entités dimensionnelles sont des actifs de l'entreprise. Stockage, gestion, extraction. C'est notre travail. »
Sa voix était posée, mais teintée de quelque chose qui ressemblait à de la fierté.
« Pour faire simple, ce sont des matières premières inépuisables. Parfois de l'énergie, parfois du savoir, parfois des rêves eux-mêmes. Une salle des trésors où il suffit de tendre la main pour se servir. Vu l'importance du travail, ce que nos membres en retirent, en avantages et en distribution de prototypes, est considérable. »
L'un de ses visages souriait. Un autre se décomposait en larmes.
Un autre encore, haletant comme s'il avait de la fièvre, a poursuivi :
« Mais en même temps... elles sont dangereuses. Si la gestion flanche, toute l'installation pourrait s'effondrer. »
« Je m'en souviendrai. »
« Les dégâts dans la Salle d'extraction, en particulier, menacent la sécurité de toute l'entreprise. Pour faire simple, Employé Jeong, c'est directement lié à notre survie. »
J'ai hoché la tête au lieu de répondre.
Une seule pensée tournait en boucle dans ma tête.
C'est ça, une entreprise ?
Plus loin dans la salle d'isolement, d'autres formes indescriptibles se tordaient.
Une ombre qui glissait le long du mur et disparaissait. Un bras tranché qui flottait dans le vide. Une silhouette qui froissait et dépliait son propre visage comme du film plastique, des dizaines de fois...
J'ai détourné les yeux de force.
À continuer de regarder, j'allais perdre la raison, c'était sûr.
Le Chef de section Myeon a hoché la tête, satisfait, et a conclu :
« Bien. Voilà qui termine la visite du site. Employé Jeong, j'espère que nous nous verrons beaucoup et longtemps. Faisons de notre mieux. »
À cet instant, ses sept visages ont pris chacun une expression différente en même temps.
Rire, pleurer, hurler, ravaler un rire creux.
J'ai esquivé chacun de ces regards, je me suis réfugié derrière un visage impassible et je me suis forcé à répondre :
« Oui. Je vais... faire de mon mieux. »
J'ai quitté la Salle d'extraction et suivi le Chef de section Myeon.
Vers l'Équipe d'extraction 1.
Vers les bureaux du service où j'allais travailler.
« Entrez. C'est ici que vous allez passer énormément de temps à partir de maintenant, Employé Jeong. »
La première chose qui m'a frappé, c'est l'atmosphère d'un bureau parfaitement banal.
Le souffle légèrement sec du purificateur d'air, l'odeur de toner de la photocopieuse et une vague trace de café.
S'il fallait résumer le bureau en une formule : « tout ce qu'il y a de plus ordinaire ».
Doubles écrans standard, cloisons de box, imprimante partagée.
À part le Chef de section Myeon debout à côté de moi et quelques objets singuliers éparpillés sur les bureaux, l'agencement était celui de n'importe quel bureau.
En entrant prudemment et en examinant le reste, j'ai compté six bureaux en tout.
Celui le plus près de la fenêtre, impeccable jusqu'à l'obsession, sans un grain de poussière : c'était celui du Chef de section Myeon.
Il s'est assis dans son fauteuil avec l'aisance de l'habitude et m'a montré un bureau vide dans le coin.
« C'est votre place, Employé Jeong. Les fournitures sont toutes dans les tiroirs, jetez-y un œil. J'y ai aussi mis quelques extras dont vous pourriez avoir besoin. »
« Merci. Je vais regarder. »
Tout en hochant la tête et en me dirigeant vers mon bureau, j'ai passé en revue les quatre autres d'un coup d'œil.
Le premier qui a attiré mon regard était un bureau enseveli sous les plantes en pot et le feuillage, qui ressemblait à s'y méprendre à une jungle.
Pour un simple passe-temps, la densité était sidérante : il ne restait pas un centimètre de libre. Ça inspirait une admiration presque bizarre.
À côté, un bureau décoré dans un style gothique extravagant, à la limite du décadent.
Des chandeliers dorés, un tissu de velours rouge et une plume qui semblait digne d'un aristocrate médiéval. Moins un poste de travail moderne que le cabinet d'un noble.
Le troisième bureau, au contraire, était ordinaire et dans un désordre chaotique, avec des Post-it et des composants en vrac partout.
Soit un esprit dispersé, soit un fainéant.
Et le dernier bureau.
En le voyant, je me suis arrêté net.
Dans un coin, les os d'une créature inconnue traînaient comme si quelqu'un venait de finir de dépecer du bétail.
Quand j'ai remarqué les taches de sang sombre incrustées entre les touches d'un clavier à moitié en miettes, une conclusion claire s'est imposée.
Pas une seule personne normale ici.
Rien qu'à regarder les bureaux, mes tempes battaient déjà.
« Tout le monde est sorti ? »
J'ai posé la question en déposant mon sac, et l'un des sept visages du Chef de section Myeon m'a adressé un sourire chaleureux.
« L'Équipe d'extraction 1 est une équipe d'élite. Tout le monde est en mission. Vous les rencontrerez bien assez tôt, rien ne presse. »
« ... Compris. »
« Normalement, je vous présenterais tout un par un, mais nous sommes en retard sur le volume à remettre au Département de raffinage aujourd'hui. C'est pour ça que tout le monde est sur le terrain. Je vais devoir sortir moi aussi d'ici peu. »
Les sept têtes du Chef de section Myeon se sont tournées d'un même mouvement vers l'horloge.
Sa voix s'est accélérée au rythme du tic-tac.
« Bon, il devrait y avoir sur le bureau de l'ordinateur un document appelé Guide du nouvel employé. Il y a aussi diverses autres ressources, donc parcourir l'Intranet de l'entreprise devrait vous être utile. Modèles Excel, formats de rapports aussi. Je n'ai pas besoin de vous expliquer le travail de bureau de base, si ? »
« Non. Je vais me familiariser. »
Le Chef de section Myeon a désigné l'écran d'un doigt exsangue.
« Bien. Au plaisir de travailler avec vous. Ah, quand vous aurez un moment, pourriez-vous aller chercher un verre d'eau à la fontaine pour les plantes de ce bureau, là-bas ? »
Comme s'il n'avait pas eu l'intention d'attendre de réponse, il est retourné à sa place. Je suis resté debout devant mon bureau, à le suivre d'un regard vide.
Je me suis rendu compte que je ne me souvenais pas d'avoir respiré pendant tout ce temps.
Ce n'est qu'après une profonde inspiration que j'en ai eu la confirmation. Ah. C'est vrai. Toujours vivant.
Qu'est-ce que je viens de voir, bordel ?
Des Entités dimensionnelles ? De l'extraction ? De la gestion ?
Je n'avais aucune idée du genre de travail que j'allais réellement faire ici.
Je me suis assis devant l'écran que m'avait indiqué le Chef de section Myeon et j'ai posé la main sur la souris.
Le contact frais du plastique m'a traversé la paume.
Le bureau de l'ordinateur était plus banal que je ne l'aurais cru.
Mais en plein centre de l'écran, une unique icône de dossier, d'un rouge qui semblait fait d'une goutte de sang tombée, détonnait violemment.
[Guide du nouvel employé]
Un double-clic sur le dossier a révélé des dizaines de fichiers rangés en lignes.
J'ai ouvert le premier fichier, [Sapilgwijeong Ltd. — Normes d'identification et de classification des Entités dimensionnelles], et un texte blanc s'est élevé, glacial, sur l'écran noir.
***
1. Critères de classification des Entités dimensionnelles
Avant de commencer tout travail d'extraction, les nouveaux employés doivent identifier le type de la cible et suivre le manuel correspondant.
Type biologique : entités qui imitent ou parasitent les structures organiques des écosystèmes existants.
Type objet : entités dont des propriétés anormales ont été conférées à des objets inanimés, des machines ou des artefacts de forme fixe.
Type composite : entités présentant des propriétés irrégulières issues de la fusion de deux types de classification ou plus.
Type mutable : entités dont la forme et les règles changent en temps réel selon les conditions environnementales ou l'avancement de l'extraction.
Type informe : entités sans substance physique fixe, existant sous forme de gaz, de liquide, d'ombre, de son ou autres.
Type conceptuel : entités qui se manifestent en ignorant les lois physiques, prenant forme à partir de la foi, de la peur, des catastrophes, etc.
2. Classification des dangers et guide d'extraction
L'entreprise classe les Entités dimensionnelles selon les grades suivants, en fonction de la difficulté de gestion et du niveau de menace potentiel.
Classe D : l'extraction peut s'effectuer sans difficulté avec une simple familiarisation au manuel. Utilisées principalement comme ressources consommables pour faire fonctionner les installations de l'entreprise.
Classe C : dommages physiques et contamination mentale fréquents. L'usage de l'équipement fourni est autorisé. Il est conseillé aux nouveaux employés de travailler sous la supervision d'un ancien.
Classe B : une gestion inadéquate entraîne inévitablement la mort. La supervision d'un responsable de rang chef adjoint ou supérieur, disposant d'une expérience suffisante, est obligatoire.
Classe A : le déchaînement d'une seule entité peut déclencher le confinement de toute l'installation. L'accès à la salle d'isolement est interdit sans autorisation et intervention directes de la direction.
Classe ■ : [L'accès à ces données est restreint]
3. Règles communes à respecter par les nouveaux employés
Interdiction de l'assimilation émotionnelle : toute information auditive et visuelle émanant des Entités dimensionnelles n'est qu'imitation. N'en tenez pas compte.
Interdiction de tout contact non officiel : toute expérience informelle ou tout contact non explicitement prévu par le manuel constitue un motif de licenciement immédiat. Abstenez-vous.
Obligation de signalement : si une Entité dimensionnelle présente un phénomène jamais observé pendant le travail, signalez-le immédiatement et évacuez les lieux.
***
Je n'ai pas pu lire plus loin les détails pointilleux qui suivaient.
Même après avoir vécu plusieurs expériences anormales, l'esprit humain ne semblait pas conçu pour être aussi résistant.
Une main pressée sur ma tête qui palpitait, j'essayais d'oublier les innombrables visions choquantes dont j'avais été témoin, quand mes yeux se sont posés sur une feuille punaisée au mur du bureau.
[Avis urgent]
L'accès à la salle de stockage du 3e étage est interdit cette semaine.
Deux incidents de distorsion dimensionnelle détectés dans les locaux de l'entreprise.
Si vous croisez une entité qui vous ressemble, ne souriez pas le premier.
Ce n'est pas une procédure de vérification.
— Sapilgwijeong Ltd.
« Haa... »
J'ai soufflé sans le vouloir, puis j'ai aussitôt refermé la bouche.
Les mains tremblantes, j'ai bougé la souris et exploré un peu plus l'Intranet de l'entreprise.
Il fallait que je vérifie ce que faisait vraiment cette entreprise. Ou plutôt, si le système même d'une « entreprise » fonctionnait seulement ici.
[Sapilgwijeong Ltd.]
Une page d'accueil au design tout simple.
Mais son contenu était très, très loin d'être ordinaire.
[Annonces]
<À lire absolument> Si une boisson rouge sort du distributeur de la salle de pause du 4e étage, ne la buvez pas.
<Avis de décès> Funérailles du Chef adjoint Mok de l'Équipe d'extraction 1 (résurrection prévue : dans 3 jours)
<Objets trouvés> Je cherche mon bras gauche. Si vous le trouvez, merci de contacter l'Équipe de sécurité.
<À lire absolument> L'accès à l'escalier de secours du 377e étage est interdit
Je deviens fou. Sérieusement.
Plus je faisais défiler, plus ma conscience s'effilochait.
Le menu de la cantine du jour affichait une suite de mots contre nature : Gelée énergétique arc-en-ciel. Le tableau de recrutement des clubs de loisirs de l'entreprise listait des groupes comme le Club de ceux qui contemplent l'Abîme ou la Chorale hurlante, comme si c'était parfaitement normal.
Si ça avait été un forum d'humour où les gens enchaînent les blagues, j'en aurais ri.
Mais les scènes de la Salle d'extraction, encore gravées avec netteté dans ma mémoire, prouvaient qu'aucun de ces textes n'était un mensonge.
« ... »
Je me suis frotté le visage de mes mains sèches et j'ai de nouveau fixé l'écran.
En regardant mon propre reflet sur l'écran noir, un seul objectif s'est cristallisé, avec une sincérité absolue.
Il faut que je démissionne.
