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Chapitre 10

Chapitre 10

29 octobre 2026 ~14 min · 2 658 mots

Bang !

« Renoncer à la présidence de la Fondation ? C'est quoi, ce délire ! »

Le deuxième fils de la famille Stingray.

Benedict Stingray explosait de fureur dans son bureau.

« Ce salopard condamné n'avait qu'à se rouler dans son lit et crever ! Au lieu de ça, il est vivant et il me donne des ordres... ! »

« On dit que la maladie de Grand frère est complètement guérie ? »

Aux mots de sa petite sœur, Kalia Stingray, la voix de Benedict monta encore d'un cran.

« Justement, tu trouves que ça tient debout, toi ? Tu sais aussi bien que moi que la maladie de ce salopard, c'était le "Voile génétique" ! »

Au sein de la famille Stingray, Benedict possédait une compréhension particulièrement poussée de la technologie des nanomachines.

Il savait bien mieux que le médecin ou l'ingénieur moyen quelle maladie rongeait la vie de son frère.

« C'est une maladie rare dont ni notre département technique ni notre département médical n'ont trouvé le remède ! Ce salopard était condamné à mourir dans les six mois ! »

Le dysfonctionnement survenait avec une probabilité astronomique, ce qui rendait la recherche elle-même extrêmement difficile.

Tout au plus supposait-on qu'un code génétique particulier provoquait l'erreur.

De plus, ce n'était pas une maladie ordinaire : même des personnes ayant reçu le même diagnostic présentaient des symptômes complètement différents.

Naturellement, il n'existait aucun médicament ni aucune technologie capable de la guérir.

Bien sûr, si l'on parvenait à éliminer complètement les nanomachines du corps, elle serait peut-être curable, mais aucune technologie de ce genre n'existait à l'heure actuelle.

Une fois qu'on s'était fait implanter des nanomachines et qu'on était devenu un Adapté, il n'y avait aucun moyen de revenir à l'état naturel.

Même si, par miracle, on retirait 99,99 % des nanomachines répandues dans tout le corps, les 0,01 % restants s'autorépliqueraient et rétabliraient l'état d'origine.

« D'où sort cette putain de rumeur ? La maladie de ce salopard de monstre serait guérie, on peut vraiment y croire ? »

« Je n'en sais rien non plus. Mais ça n'avait pas l'air totalement infondé. »

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? »

« Il y a quelques jours, les employés du département du renseignement n'ont-ils pas couru dans tous les sens sur ordre de Grand frère ? Tu as déjà oublié ? »

« Ah, ce "distributeur qui parle" ou je ne sais quoi qu'il leur a demandé de trouver ? »

C'était il y a environ quatre jours.

Ce matin-là, Aaron s'était brusquement réveillé et avait fait tout un esclandre en hurlant : « Trouvez le distributeur qui parle dans le Secteur E ! »

Il prétendait que c'était le moyen de guérir sa maladie, ou quelque chose du genre, si bien que le département du renseignement s'était lancé dans une fouille frénétique de tout le Secteur E.

Mais la nouvelle était vite parvenue à leur père et à Benedict, qui avaient discrètement annulé les ordres d'Aaron dans son dos.

Gaspiller les ressources de l'entreprise pour les divagations sans fondement d'un malade condamné n'était pas une bonne chose et, surtout, ils ne voulaient pas que la maladie d'Aaron soit guérie.

« Et si c'était vrai ? Si ce distributeur qui parle avait vraiment guéri la maladie de ce salopard de monstre ? »

« Difficile à croire, hein ? »

« Heh. »

Benedict se prit la tête entre les mains sous l'effet d'un stress intense et s'effondra sur le canapé.

Kalia, qui sirotait un café naturel hors de prix en face de lui, demanda :

« Alors, qu'est-ce que tu comptes faire, frérot ? »

« Comment ça ? »

« Maintenant que Grand frère est rétabli, tout va redevenir comme avant. Tout le travail que tu as accompli jusqu'ici n'aura servi à rien. »

« Je ne laisserai pas ça arriver. »

« Vraiment ? J'espère sincèrement que tu le penses, cette fois. »

« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »

« Toi, et même Père, vous avez tous peur de Grand frère, non ? Tous les hommes de notre famille deviennent des lâches devant lui. »

Elle avait parlé d'un ton moqueur, mais il y avait là une part de vérité.

Le talent d'Aaron était le plus grand de toute la fratrie ; il représentait même une menace pour leur père, que le monde des affaires surnommait le vieux renard.

Bien sûr, s'il s'agissait de pure ruse, le président Stingray restait supérieur.

Ni Benedict ni Kalia n'étaient en reste lorsqu'il s'agissait de batailles stratégiques.

Le problème, c'était la puissance physique écrasante d'Aaron.

Sans le moindre doute, Aaron Stingray était plus fort que quiconque Benedict avait jamais vu.

Si on le qualifiait d'« être », c'était parce que même les drones militaires les plus perfectionnés ne valaient pas mieux que de la ferraille face à lui.

« C'est toi, la bizarre. Comment tu peux être aussi copine avec ce salopard de monstre ? »

Un monstre, dans tous les sens du terme.

On en venait à se demander si un simple humain devait seulement avoir le droit de posséder une telle puissance.

Aaron était un chasseur né, un superprédateur.

La loi du plus fort.

On pouvait bien avoir une armée de dizaines de milliers d'hommes derrière soi, cela ne signifiait rien si la personne en face était plus forte qu'eux tous.

Par exemple, s'il devenait soudain enragé au beau milieu d'un dîner de famille ?

On ne pouvait pas amener toute une armée à chaque événement auquel Aaron participait.

Il était donc tout naturel que le président Stingray et Benedict se méfient de lui.

C'était un instinct de survie que toute créature vivante devait posséder.

En réalité, c'était plutôt Kalia, qui plaisantait et s'amusait avec Aaron comme si de rien n'était, qui semblait étrange.

« Les grands frères naissent avec un gène qui les pousse à chouchouter leur petite sœur. »

« ... »

Dit celle qui était née dans un laboratoire.

Benedict ne prit même pas la peine de répondre à sa remarque absurde.

Et, n'attendant sans doute pas de réponse, Kalia poursuivit :

« Ce n'est que mon avis, mais ne vaudrait-il pas mieux te retirer gentiment, cette fois ? »

« Tu veux que je m'enfuie la queue entre les jambes ? Tu comptes te ranger du côté de ce salopard de monstre ? »

« Bof, je m'en fiche un peu, en vérité. Mais tu n'occupes ce siège qu'en tant que "président par intérim", non ? T'y accrocher comme ça, ce n'est pas très joli. »

« Je le sais bien ! »

Benedict répliqua sèchement et se mordit la lèvre.

Quelle que soit sa façon de se battre, cela ferait mauvais effet.

Un frère cadet qui, par cupidité, refusait de céder sa place, alors même que la maladie de son aîné était guérie.

L'histoire idéale pour ces médias à scandale de troisième zone qui détestaient le nom Stingray et ne demandaient qu'à y planter les crocs.

« La Fondation pour le développement des ressources humaines a une grande valeur symbolique, de par son rôle. Le poste s'accompagne même du titre de directeur général, c'est pratiquement la voie royale vers la présidence. Il est hors de question que je cède cette place à un monstre. »

« Alors, qu'est-ce que tu vas faire ? »

« Je relève le défi. »

« Je ne pense pas que répondre à la provocation de Grand frère soit la décision la plus sage. »

« La ferme. Si je joue bien mes cartes, je peux réduire à néant la réputation de ce salopard de monstre. »

« Hmm. »

Une attitude très sûre d'elle-même.

Kalia le regarda sans expression, puis se contenta de hausser les épaules.

Comme pour dire que cela ne la concernait pas.

« Bon, je t'encouragerai, alors fais de ton mieux. »

***

Dortoir de l'Académie Trinity.

Même dans un établissement bien plus propre que la plupart des logements du Secteur C, une zone se distinguait.

Une aile spéciale réservée aux étudiants parrainés par les grandes corporations.

C'était, en somme, le dortoir des « chanceux » qui avaient réussi à taper dans l'œil des aristocrates de la ville.

Nourriture, boissons, vêtements.

Tout y était d'une qualité supérieure à ce que recevaient les étudiants ordinaires, ce qui leur permettait de mener une vie luxueuse.

Ils faisaient l'envie de la plupart des étudiants de l'Académie, issus pour la plupart des quartiers situés en dessous du Secteur C.

Mais peut-être justement à cause de cela...

Entre des étudiants qui étaient sur un pied d'égalité à leur entrée à l'Académie, une étrange forme de division de classe s'était installée.

« Tiens, voilà les toutous des corporations. »

« Lesquels ? »

« Ceux de Stingray. »

« Les salauds. »

« Ne les regarde pas dans les yeux. S'ils cherchent la bagarre, c'est toujours nous qui perdons. »

Parmi eux, les étudiants affiliés au groupe Stingray avaient une réputation particulièrement mauvaise.

Comme ils recevaient bien plus de soutien que les autres, beaucoup se promenaient avec un ego démesuré.

Ils se comportaient en rois dans l'enceinte de l'Académie, et non seulement les étudiants ordinaires, mais même ceux soutenus par d'autres corporations les regardaient avec mépris.

Mais même eux avaient leurs propres difficultés.

« Bon sang, c'est quoi cette évaluation en pleines vacances ? »

« Sérieux. J'avais des projets, j'ai dû tout annuler. »

Cette difficulté, c'était de devoir répondre sans exception aux convocations de leur parrain, même quand elles tombaient de nulle part.

Et cette fois, ceux qui étaient convoqués étaient des étudiants de première année de la filière technique de Stingray, sur le point de passer en deuxième année.

Grâce à d'excellentes notes durant l'année écoulée, ils avaient attiré l'attention du groupe Stingray.

Même en marchant, ils ne cessaient de ronchonner.

« Et ils évaluent quoi, au juste ? On a déjà transmis toutes nos notes de l'an dernier. »

« Il paraît que le parrain est de retour et qu'il veut vérifier nos compétences en personne. »

« Le parrain... tu veux dire monsieur Benedict ? »

« Lui, c'est juste l'intérimaire. Pas lui. Tu n'as jamais entendu parler d'un certain Aaron Stingray ? »

« Ah, celui qui était hospitalisé ? »

« Ouais. Le prince héritier. Je ne connais pas les détails, mais on dirait qu'il revient parce qu'il est guéri. C'était lui, notre parrain d'origine. »

« Je vois. »

C'était agaçant, mais une fois l'ordre tombé, ils n'avaient pas d'autre choix que de le suivre, à moins de vouloir perdre leur parrainage.

Alors, tout en ronchonnant, les étudiants parrainés par Stingray se dirigèrent vers le lieu de rendez-vous, parfaitement à l'heure.

Et puis...

« Waouh !? »

Un étudiant qui marchait en tête dans le couloir percuta quelqu'un à l'angle.

La différence de gabarit était telle que la personne qu'il avait heurtée fut projetée en arrière et tomba lourdement.

« Bordel ! Regarde où tu vas ! »

L'étudiant aboya sans même vérifier l'état de l'autre.

Mais la personne heurtée se contenta de s'incliner encore et encore, sans protester.

« D-désolée ! Je me suis trompée de chemin... Je suis vraiment désolée, tellement désolée... ! »

« Tss ! »

C'était une fille à l'air négligé.

Ses cheveux, qui lui descendaient presque jusqu'au sol, lui couvraient la plus grande partie du visage.

Sur son postérieur, un dispositif mécanique était fixé comme une queue.

L'étudiant détailla de haut en bas son allure terne, puis marmonna avec dégoût :

« C'est quoi, ce truc ? Même des "choses comme ça" entrent à l'Académie ? »

« ... ! »

Ce sentiment de supériorité indéniable.

La fierté, non, l'arrogance née du fait d'avoir obtenu les meilleures notes et attiré l'attention de la corporation la plus prestigieuse de New Valhalla City.

Pourtant, aucun des étudiants ne le lui fit remarquer ni ne tendit la main à la fille tombée à terre.

Même s'ils se disaient intérieurement 'C'est un peu exagéré, non ?', personne n'agit.

C'était tout naturel.

L'Académie Trinity était un lieu semblable à la jungle.

Votre vie pouvait changer selon que vous obteniez ou non les meilleures notes et que vous attiriez ou non le regard de l'une des corporations qui dominaient la ville.

Au contraire, écraser un concurrent potentiel était plus malin que de tendre une main inutile à une fille sinistre qui ne vous servirait à rien pour votre avenir.

De plus, le garçon qui venait de provoquer cet incident s'appelait « Sing ».

L'an dernier, il s'était fièrement classé premier de la filière technique de première année de l'Académie : un jeune homme au brillant avenir.

Son caractère était un peu pourri, mais la voie qui s'ouvrait devant lui paraissait toute tracée et sûre.

Tout le monde voulait passer son chemin sans bruit, se disant qu'il n'y avait aucune raison de se le mettre à dos.

Mais alors...

« Ça va, Miyu ? »

Une voix magnifique retentit derrière la fille.

Aucun des étudiants ne l'avait jamais entendue, mais pour une raison quelconque, tous furent saisis par le sentiment qu'ils venaient de commettre une terrible erreur.

« Je t'avais dit de ne pas t'éloigner de moi. »

« J-je suis désolée, monsieur Aaron... Je crois que je me suis trop emballée, il y avait tellement de choses nouvelles... »

« Tu ne chantais pas sur tous les tons que tu ne voulais pas venir ici, il y a à peine une heure, espèce de recluse ? »

« J-je suis désolée... »

« Ne pleure pas. »

Derrière la fille tombée à terre se tenait un homme dégageant une présence écrasante.

Des cheveux noirs plaqués en arrière et des yeux dorés.

Les étudiants restèrent un bref instant captivés par son beau visage, mais reconnurent vite de qui il s'agissait et se figèrent de peur.

« N-non, c'est pas vrai... Aaron Sting... ! »

« L-le parrain ! »

« Qu'est-ce que vous fichez ?! Saluez-le, vite ! »

« Bonjour, monsieur le parrain ! »

Les étudiants s'inclinèrent à quatre-vingt-dix degrés et saluèrent Aaron d'une voix forte et polie.

Y compris Sing, qui venait de percuter Miyu ; peu de temps auparavant, son attitude avait été tout autre.

Mais Aaron n'accorda même pas un regard aux étudiants.

Comme s'il n'avait même pas remarqué leur existence, son regard restait fixé uniquement sur Miyu.

« Fais voir. Tu t'es fait mal quelque part ? »

« J-je vais bien... »

« Tant mieux. »

Aaron saisit le bras de Miyu et l'aida à se relever.

Il sortit un mouchoir, essuya sans ménagement ses larmes, puis se remit lentement en marche.

« Ne t'éloigne plus. Reste près de moi. »

« O-oui... ! »

Miyu emboîta vite le pas à Aaron, à petits pas pressés.

En raison de leur importante différence de taille, on aurait presque dit un jeune père sévère se promenant avec sa fille timide.

À mesure que tous deux s'éloignaient, des murmures se mirent à parcourir les étudiants.

« Q-qu'est-ce que c'est que ce délire ?! C'est qui, cette fille ?! »

« Attends, c'est sa fille ?! Il avait une fille cachée depuis le début ?! »

« Mais non, elle ne l'a pas appelé "papa" ! Et ils n'ont même pas l'air d'avoir une si grande différence d'âge ! »

« Alors c'est quoi, leur relation ?! Ils ont l'air super proches ?! »

Et puis...

Tous les étudiants reçurent un message au même moment.

Le moment semblait choisi au hasard, mais le contenu du message était clair.

« "Avis complémentaire"... et "Suspension du parrainage"... ? »

« Si on ne réussit pas l'évaluation d'aujourd'hui, ils vont annuler notre parrainage... ? »

Ce n'est qu'à cet instant que les étudiants comprirent.

Aaron ne les avait pas ignorés par inadvertance.

Il était simplement...

« Mec, on est carrément foutus... »

... tellement furieux qu'il ne voulait même pas reconnaître leur existence.

Fin du chapitre 10
Fiche de l'œuvre

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