On dit que l'éducation commence à table. Bien sûr, chaque foyer choisit les leçons qu'il transmet, et cela varie énormément selon le tempérament des parents.
« Ah. J'aurais dû cogner cet otaku.
— Bébé, arrête ! Tu perds ta salive avec lui. »
Les parents de ces gens auraient au moins dû leur apprendre à ne pas parler de cette façon. Un sourire s'épanouit sur les lèvres de Lee Gun.
Le couple continua.
« Je parie que ce sont eux qui ont fait tout ce cirque autour de la Tour du Diable. C'est pour ça qu'on reparle de Lee Gun pour rien.
— C'est bon, bébé. Ce soir, je vais te consoler. Ne t'occupe pas d'eux.
— D'accord. Je vais être patient. Clochard ! » Alors qu'il voyait Lee Gun pour la première fois, l'homme le traita de clochard.
Même Lee Gun n'insultait pas quelqu'un qu'il connaissait depuis dix secondes. D'ailleurs, une question l'occupait. Tout le monde le traitait d'imitateur de Lee Gun. M. Hwang, le quadragénaire qu'il avait croisé à la sortie de la tour, lui avait même demandé s'il était l'enfant de Lee Gun.
'Mon visage ne ressemble pourtant pas du tout à celui d'avant.' En sortant de la tour, Lee Gun s'était débarrassé de tout équipement qu'on aurait pu reconnaître. C'était trop encombrant à transporter. Il n'avait donc aucune idée de la raison pour laquelle on le prenait pour un imposteur. Mais au fond, peu importait.
« Hé, vous deux, les cafards, là-bas ! » lança-t-il au couple impoli.
Le couple se retourna, surpris.
« Quoi ? Des cafards ?
— C'est à nous que tu parles ?
— Oui, c'est à vous que je parle, les deux singes. » Lee Gun fit un geste de la main, comme pour appeler son chien.
Son attitude laissa le couple pantois ; ils mirent un moment à y croire.
« Il a perdu la tête. »
Le couple s'approcha de Lee Gun et de ses compagnons. À cette vue, M. Hwang et l'adolescent se figèrent de peur. C'était inévitable.
'Merde ! Ils viennent du temple des Gémeaux !' Leurs regards s'étaient portés sur le cou de l'homme et sur ses vêtements. Un grand emblème était brodé sur son cardigan, et le même emblème était tatoué en grand sur son cou. Cet emblème désignait le dieu du Japon. Une seule personne pouvait l'arborer et recevoir la protection divine sans en subir les conséquences. 'Bordel ! Pourquoi fallait-il qu'on tombe sur le premier temple de Corée !'
Le couple semblait se délecter de la situation. C'était étrange de se faire interpeller ainsi, mais ils n'avaient de toute façon jamais eu de bonnes intentions. Comme prévu, l'homme s'approcha de Lee Gun comme s'il n'attendait que ce moment. Il tira une longue bouffée sur sa cigarette et retroussa les lèvres d'un air diabolique.
« Quoi, espèce d'otaku ? J'ai vu juste ? T'es un imitateur de Lee Gun ? » L'homme s'apprêtait à écraser son mégot sur le visage de Lee Gun. « Ou alors t'es vexé que je dise du mal de Lee Gun ? Arrête de lui lécher les bottes… Keuk ?! »
L'homme faillit se mordre la langue.
« Ouh ! Ouh ! »
Il venait de recevoir un coup dans le tibia. La douleur était si intense qu'il avait l'impression que sa jambe brûlait. Il ne put même pas crier ; il se contenta d'ouvrir et de fermer la bouche comme un poisson.
Lee Gun éclata de rire. Qu'on le traite d'imposteur ou non lui était égal. « Tu devrais d'abord t'excuser de fumer dans la rue.
— !
— Et puis, pour commencer, tu aurais dû…
— ? »
L'index de Lee Gun apparut devant les yeux de l'homme. Et alors…
Bak !
« Aaaargh ! »
Quand Lee Gun donna une pichenette, une force incroyable frappa le menton de l'homme. Un bruit d'os qui craquent résonna dans l'air, et un sourire tordu apparut sur les lèvres de Lee Gun. « On ne fume pas dans la rue, près des gens. »
L'homme fut projeté en arrière et sa cigarette tomba par terre. Tout le monde resta bouche bée devant le spectacle.
L'adolescent, qui s'apprêtait à aider Lee Gun à s'enfuir, devint livide sous le choc. Rien d'étonnant. L'homme à terre venait du temple des Gémeaux, tenu en haute estime dans le monde entier. C'est pour cela que la scène était si incroyable. 'Ces deux-là sont des monstres, au moins de rang A !' La grosse brute, qu'un chariot élévateur n'aurait pas fait bouger, avait été envoyée valser d'une pichenette.
Lee Gun se moquait bien des réactions des gens. Il ramassa la cigarette qu'il avait fait tomber et se dirigea tranquillement vers l'homme à terre. Puis il l'empoigna violemment par les cheveux. « Dis-moi. Le visage d'une personne, ça sert de cendrier ? Hein ?
— … ! »
L'homme, la tête prise dans la poigne de Lee Gun, ne put rien répondre. Les doigts de Lee Gun étaient de véritables armes, et sa poigne dépassait l'imagination. De plus, cet endroit était censé être une zone de non-combat, où les dieux bridaient le pouvoir de tous leurs fidèles. Il n'aurait pas dû pouvoir déployer une telle force.
Rien n'avait de sens pour l'homme à terre. 'C'est quoi ce bordel ? Je ne sens aucun dieu derrière lui, ça devrait être une fourmi ouvrière !' Les fourmis, c'étaient les civils ordinaires. Ils devaient payer une taxe de protection mensuelle. Les fourmis n'étaient là que pour payer l'impôt aux Douze Zodiaques et aux temples placés sous leur autorité directe. Cet homme devant lui était donc une anomalie.
'Merde. Qu'est-ce qui se passe !' Jusqu'ici, il n'avait fait que perdre la face devant sa femme. Sa fierté lui interdisait de reculer. Son adversaire était bien plus petit que lui et avait l'air d'un lycéen. Son propre pouvoir était bridé, mais pas complètement annulé. Il lui en restait la moitié.
L'homme se tint la mâchoire brisée en essayant de se relever. « Espèce de fils de… Keuk ! »
Il ne put finir sa phrase ; il faillit vomir. On lui avait enfoncé la cigarette dans la bouche, et la cendre et la fumée lui descendaient dans la gorge.
Lee Gun sourit tandis que la cigarette, retournée, restait plantée dans la bouche de l'homme. « Tu sais bien que le tabagisme passif, c'est mauvais, non ? »
L'homme, furieux, voulut dire quelque chose, mais en voyant le doigt de Lee Gun s'approcher de nouveau de son visage, il prit peur. S'il le frappait encore, son visage serait réduit en bouillie. « Ah, j'ai compwis ! Awêtez ! »
Lee Gun eut un sourire satisfait. « Oui, on ne souffle pas sa fumée au visage des gens. Pas vrai ?
— Mmh-mmh !
— Tu ne recommenceras plus jamais, hein ?
— Mmh ! Mmh-mmh-mmh !
— Bien. Je suis content qu'on ait mis les choses au clair. » Lee Gun retira sa main.
L'homme se détendit, mais la main de Lee Gun repartit aussitôt, tandis qu'il laissait échapper un rire sauvage.
Bak !
« Keu-heuk ! »
Cette fois, c'était un poing. L'homme s'effondra au sol, le nez cassé. Les lèvres de Lee Gun se retroussèrent. « Si les mots suffisaient avec toi, je n'aurais pas eu besoin d'en arriver là. » Mais Lee Gun n'en avait pas fini. « Hé, le cafard femelle.
— !
— Tu ferais mieux de ranger ce drôle d'objet avant que je te tranche le poignet.
— ?! » La femme visait discrètement le dos de Lee Gun avec quelque chose. Elle avait utilisé sa Compétence Divine pour effacer sa présence, et n'avait donc aucune idée de la façon dont il l'avait repérée. D'autant que Lee Gun ne s'était même pas retourné. Paniquée, elle s'apprêtait à reculer.
« C'est un avertissement. » Lee Gun leva la main. « Quand on a un comportement suspect dans le dos de quelqu'un, on risque de se faire tuer. »
La femme sursauta en essayant de bouger. Mais Lee Gun fut plus rapide.
Bak !
Un bruit assourdissant retentit, et la femme fut projetée en arrière.
« Heu-heuk ! »
Lee Gun s'était contenté de lui donner une pichenette sur le front. Elle eut de la chance qu'aucune vertèbre cervicale ne se brise sous l'impact. Elle s'effondra, l'écume aux lèvres. L'étrange aérosol qu'elle s'apprêtait à vaporiser roula sur le sol.
Le seul à garder son calme, c'était Lee Gun. « Ça devrait suffire à leur donner une leçon. »
Tous les autres étaient affolés. « Hé ! Qu'est-ce que tu fiches ! Même s'ils étaient en tort, tu ne dois pas utiliser tes capacités en pleine rue ! »
Mais la réponse absurde de Lee Gun les laissa sans voix.
« Qu'est-ce que vous racontez ? Si j'avais utilisé mes capacités, ils seraient morts.
— Q-quoi ? »
M. Hwang et le jeune homme étaient stupéfaits. 'Il a mis à terre des Saints d'un temple de premier rang à mains nues ?' Ils avaient compris qu'il n'était pas un homme ordinaire quand il avait tué les Loups Mutants. Mais ils ne s'attendaient pas à ça !
'De quel dieu a-t-il reçu la bénédiction… ?' Ils avaient du mal à refermer la bouche.
Pourtant, Lee Gun était plus surpris qu'eux.
Pourquoi ?
'C'est l'objet de ce salaud.' Lee Gun fronça le nez en ramassant l'aérosol et le collier qu'il avait arraché à la femme. On aurait dit qu'il ramassait un mouchoir souillé d'excréments.
Lee Gun en fut certain. 'Ce sont les objets divins qu'utilisent ces salauds.' En somme, des objets renfermant un pouvoir divin. Les Douze Zodiaques devaient offrir des sacrifices à leurs dieux respectifs pour recevoir et utiliser ces artefacts.
Si ses sens ne le trompaient pas, l'aérosol et les vêtements venaient des <Gémeaux> du Japon. C'était l'énergie de la femme qui occupait le siège des Jumeaux.
'Comment une personne ordinaire peut-elle s'en servir ?' Non : Lee Gun sentait que la femme qu'il venait d'envoyer valser savait manier l'énergie magique ; ce n'était donc pas une personne ordinaire. Et ce n'était pas tout.
[Un dieu matérialiste et cupide, le propriétaire de la Toison d'or, se délecte de la situation !]
[Il veut que vous vous dépêchiez de tuer le couple !]
[Il veut voir couler le sang !]
[Il réclame à grands cris de les entendre gémir de douleur !]
[Il dit de ne pas vous soucier des regards indiscrets !]
[Si vous tuez ces deux-là, il promet de vous donner des objets utiles !]
Lee Gun fronça les sourcils en regardant autour de lui. À une dizaine de kilomètres, il sentait l'énergie d'une nation insulaire. Il sentait aussi celle du dieu de la richesse d'une certaine région.
'D'abord une nation insulaire, et maintenant le continent ?' Il parlait de la Chine. Visiblement, les dieux s'étaient partagé la Corée. Lee Gun sentait les barrières érigées par les dieux de Chine et du Japon. Depuis l'entrée du métro, il percevait nettement l'énergie du dieu du Japon. Cela le mit en rage. 'J'avais prévenu ces salauds de ne pas approcher de la Corée.'
En son absence, les dieux avaient marqué leur territoire en Corée comme des chiens. Si Lee Gun haïssait les Douze Zodiaques et les dieux qu'ils servaient, ce n'était pas sans raison. S'il fallait faire une comparaison, ces douze dieux étaient comme des puces ou des moustiques qui suçaient le sang des humains. Des parasites.
Des parasites apparaîtraient-ils sans but ? Bien sûr que non. Les parasites ne viennent pas là où il n'y a rien à manger. S'ils s'en étaient mêlés, c'est qu'il y avait des proies à dévorer.
Voilà pourquoi Lee Gun était furieux : les parasites avaient marqué leur territoire en Corée. S'ils avaient pu le faire à une telle échelle, c'est que tous les artefacts qu'il avait placés pour protéger la Corée avaient été retirés.
'Les objets que j'ai installés n'ont pas pu disparaître tout seuls.' Lee Gun s'était demandé pourquoi il ne sentait plus l'énergie de ses objets. Il venait d'avoir l'explication.
Un sourire tordu apparut sur son visage tandis qu'il songeait à toutes ces absurdités.
[Avertissement ! Le propriétaire de la Toison d'or s'en prend à vous ! Il utilise ses créatures !]
Des ombres rouges rampèrent sous les pieds de Lee Gun, surpris. Ces ombres s'étaient bien amusées à surveiller la situation, et elles avaient tenu le corbeau à l'écart. C'étaient les créatures du Bélier, qui résidait en Chine. Les ombres rampaient sous Lee Gun comme pour l'engloutir. Elles semblaient sentir qu'il n'était lié à aucun dieu, si bien que le propriétaire de la Toison d'or l'avait désigné comme une proie facile.
[Les créatures du Bélier tentent d'assouvir leurs désirs en usant de leur pouvoir.]
Les ombres rouges gloussèrent en essayant de toucher Lee Gun.
« Arrêtez de faire les malignes avec moi, petites saletés », cria Lee Gun.
Les ombres s'arrêtèrent net en sentant son intention meurtrière, puis se mirent à trembler.
« Dégagez immédiatement. » Lee Gun possédait les yeux du Serpent ; les créatures ne pouvaient soutenir son regard. Elles s'en allèrent. Lee Gun sourit de leur bêtise. 'Elles n'existent que pour lécher les bottes des dieux, et elles osent s'en prendre à moi ?'
Au même moment, la barrière qui les entourait tomba. M. Hwang et le jeune homme, qui se tenaient à distance, regardèrent autour d'eux, surpris.
« Pourquoi la barrière est tombée d'un coup ? » Le jeune homme semblait plutôt bien s'y connaître, et ce retournement le sidéra. « Les créatures chargées des barrières ont disparu ! C'est quoi ce bordel… Bon, j'imagine que ce n'est pas grave si ces collecteurs d'impôts ont quitté la région. »
Ça n'était jamais arrivé. Les deux hommes se tournèrent vers Lee Gun. Mais Lee Gun les ignora et s'écria : « Mais oui !
— Quoi ? Il y a un problème ? » demanda le jeune homme.
Lee Gun s'approcha vivement d'eux. « Hé, gamin. Regarde un peu ce que porte ce salaud. »
Quand Lee Gun désigna les vêtements de l'homme à terre, M. Hwang et le jeune homme gémirent. Comme s'ils saisissaient enfin toute l'ampleur de leur situation.
« Vous avez vite compris !
— C'est ça. Cet emblème, c'est celui du premier temple des Gémeaux de Corée. »
L'homme venait d'un temple placé sous la direction directe d'un Saint. Qui plus est, d'un des douze Zodiaques.
« Pourquoi fallait-il que ce soit un temple qui appartient au Japon… !
— Non, non. Ce n'est pas de ça que je parle, dit Lee Gun.
— Hein ?
— Ce sont des vêtements de marque, non ? » demanda-t-il.
La question surprit M. Hwang et le jeune homme, mais ils examinèrent bientôt les vêtements et accessoires du couple à terre.
« Leurs vêtements, leurs sacs, leurs chaussures… tout est du Chanel et du Hermès… Bon sang ! Ça vaut combien, tout ça ?
— Même leurs sous-vêtements sont de marque. »
Lee Gun demanda : « S'ils sont couverts de marques, c'est qu'ils sont riches, non ?
— Quoi ? Évidemment ! Le temple des Gémeaux est rempli de gros bonnets et de leurs enfants.
— Donc leur niveau de vie n'en souffrira pas si je les dépouille de tout ça, non ? » poursuivit Lee Gun.
« … Quoi ? » M. Hwang et le jeune homme crurent avoir mal entendu.
Mais Lee Gun eut un rire sournois. Depuis sa sortie de la tour, c'était l'expression la plus perfide qu'il ait affichée. « Parfait. J'avais besoin de me changer.
— Quoi ?!
— Et il me faut aussi un dédommagement pour le préjudice moral qu'ils m'ont causé, dit Lee Gun.
— C'est un peu…
— Ah ! Bien sûr, je n'ai pas besoin de leurs sous-vêtements. » Les mains du héros affamé bougèrent plus vite que la lumière.
