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Chapitre 2

Chapitre 2

3 octobre 2026 ~12 min · 2 302 mots

Edgar et Edwin.

Les neveux de Harold.

La seule famille qui lui restait, laissée derrière lui par son frère aîné disparu.

« ... »

Tandis qu'il serrait leurs petits corps dans ses bras, sa fureur devint impossible à dissimuler.

On avait beau être à la fin de l'hiver, l'hiver restait l'hiver. Le froid mordant de la pièce était rude, même pour un adulte. Inutile de parler des enfants. Ils ne portaient que de minces pyjamas.

Il voulait les envelopper sur-le-champ dans une couverture douce et les emporter en un lieu où personne ne pourrait jamais leur faire de mal.

Harold hésita, puis tendit la main vers l'autre enfant, qui le fixait. Ce n'était pas grave s'il ne venait pas. Harold était un inconnu, un adulte qu'ils n'avaient jamais vu.

Mais il voulait qu'ils sachent. Qu'on ne les avait pas abandonnés. Qu'on les aimait.

« Edwin. »

Au moment où il prononçait ce nom, une seconde chaleur vint à Harold.

Se moquant bien de ses inquiétudes, Edwin eut un large sourire et serra son oncle dans ses bras sans l'ombre d'une hésitation. Les deux enfants étaient si petits que même en les tenant tous les deux à la fois, Harold avait encore de la place.

Les enfants de huit ans étaient-ils toujours aussi petits ? Ou ces deux-là étaient-ils particulièrement menus ? Comment son frère avait-il élevé des enfants qui semblaient pouvoir se briser au moindre contact ?

« Atchoum ! »

Harold, qui n'avait même pas senti le temps passer en les tenant contre lui, reprit enfin ses esprits quand Edgar éternua.

S'armant de courage, Harold reposa les enfants. C'était lui, l'adulte. Il devait penser à la suite. D'abord, mettre les enfants au chaud et en sécurité. Ensuite, les nourrir jusqu'à ce qu'ils n'aient plus faim, et découvrir exactement ce qui s'était passé ici...

« ... »

Mais en dépit de cette résolution, les mains de Harold tremblaient violemment.

« Ed, Edgar... ? »

« ... »

« Ed, Edwin... ? »

« ... »

Les enfants s'accrochaient à lui et refusaient de le lâcher.

Incapable de se résoudre à décoller de force ces petites mains, Harold jeta un regard désespéré à Mateus.

Mateus hocha la tête, ramassa la couverture posée devant la cheminée et la tendit à Harold.

Non, ce n'était pas ce qu'il avait voulu dire.

Mais Harold enveloppa docilement les enfants dans la couverture.

Il les souleva, un dans chaque bras, et se redressa. Surpris, les jumeaux se cramponnèrent à Harold, mais ils se calmèrent vite. Ils souriaient même, le visage rayonnant d'excitation.

« Grand-père Mateus ! »

Peut-être la tension s'était-elle apaisée, car Edwin adressa un grand sourire à Mateus. Edgar sourit lui aussi timidement et agita la main.

Les jumeaux se ressemblaient tant qu'il était difficile de les distinguer au seul visage, mais leurs caractères différaient. Mateus rendit leur salut aux jumeaux et remit en place la couverture qui avait glissé.

« Lord Bertholdt. »

Il avait un sourire bienveillant pour les enfants, mais le regard qu'il promena sur la pièce était aussi froid que l'air lui-même.

« Vous venez tout juste de rentrer dans la capitale, n'est-ce pas ? »

Mateus savait parfaitement que Harold était revenu dans la capitale aujourd'hui même.

Mais si ce vieil avocat chevronné abordait le sujet maintenant, ce n'était pas sans raison. Harold hocha la tête, gêné.

« Oui. »

« Auriez-vous, par hasard, trouvé où loger ? Sinon, je connais quelques adresses. »

Harold saisit le sous-entendu des paroles de Mateus.

Normalement, il se serait simplement installé au manoir. Il avait beau ne pas être venu dans la capitale depuis longtemps, c'était la résidence de la maison Bertholdt.

Mais avec le manoir dans cet état, il était impossible d'y rester. Rien ne garantissait que les autres pièces soient en bon état, et depuis que ce majordome avait chassé le personnel, l'endroit n'avait bénéficié d'aucun entretien depuis un mois.

« À l'origine... »

Harold fronça les sourcils.

La fenêtre était même munie d'un lourd verrou, de ceux qu'on ne peut pas ouvrir de l'intérieur. Et pourtant, elle avait dû être pour les enfants le seul moyen de voir le monde extérieur.

Par la fenêtre, il apercevait le jardin désolé et la grille principale. Et la neige, qui s'était mise à tomber à un moment donné.

« Il y avait un endroit que je comptais utiliser, mais c'est un peu loin pour y aller sans voiture. »

Aurait-il dû prendre une voiture en quittant le cabinet de Mateus ?

Mais il aurait alors mis encore plus de temps à atteindre le manoir. Vu l'environnement dans lequel les enfants avaient vécu, arriver ici au plus vite avait été le bon choix.

Mateus leur trouverait un logement sûr. Il devait bien y avoir un hôtel lié à la famille Bertholdt, assez bien gardé pour les enfants.

Mais...

Un endroit où les étrangers allaient et venaient : il ne pouvait pas être tranquille avec ça.

« Voulez-vous que je fasse venir une voiture, Lord Bertholdt ? »

« ... Non. »

Même absent de la capitale depuis longtemps, Harold y avait des relations. Trouver un endroit sûr n'était pas difficile.

Cependant.

« Kof, kof ! »

« Edgar ! »

Edgar fut pris d'une nouvelle quinte de toux.

Edwin se tortilla dans les bras de son oncle. Il tendit la main et posa le dos de sa main sur le front d'Edgar.

« Tonton, Edgar tousse depuis hier. »

« Il tousse ? »

« Je-je vais bien. Edwin, ne dis pas de choses inutiles ! »

La voix d'Edgar se brisa bizarrement.

Évidemment. Le corps d'un jeune enfant ne pouvait pas tenir le coup après avoir vécu dans une pièce aussi froide.

Les enfants avaient besoin de soins immédiats. Une chambre chaude. Un repas. Un médecin. Et... il fallait attraper le salaud responsable de tout ça.

Harold sortit de la pièce à grandes enjambées, les enfants toujours dans les bras.

« Lord Bertholdt ? Lord Bertholdt ! »

Mateus lui courut après, affolé. Harold ne l'attendit pas : il sortit tout simplement du manoir.

La neige qui tombait en cette fin d'hiver était épaisse. Craignant que le vent mordant ne frappe les enfants, Harold serra davantage ses neveux contre lui. Contrairement à Edwin, qui gigotait comme s'il était mal installé, Edgar restait parfaitement immobile.

Non, il s'appuyait contre Harold, complètement mou. Et pourtant, Harold ne sentait presque aucun poids.

Les enfants de cet âge étaient-ils... normalement comme ça ?

« Kof, kof. »

Le corps d'Edgar ne tremblait que lorsqu'il toussait.

Harold pressa le pas. Il traversa le jardin, puis franchit la grille principale. Peut-être à cause du froid, pas une seule voiture ne circulait dans la rue.

De toute façon, il n'en cherchait pas, si bien que ses pas ne marquèrent aucune hésitation.

« L-Lord Bertholdt ! »

L'ayant rattrapé à grand-peine, Mateus éleva la voix.

Sans lui prêter attention, Harold enfonça d'un coup de pied la porte de la maison voisine.

« Il a un peu de fièvre, mais rien d'inquiétant. Je vais prescrire un sirop contre la toux. Si la toux ne se calme pas d'ici deux jours, faites-moi rappeler. »

Le médecin, appelé en toute hâte, remit l'ordonnance et prit congé.

Réchauffé dans un coin douillet et le ventre plein, Edgar était assis sur le lit et piquait du nez.

Edwin était resté sagement assis pendant que le médecin examinait Edgar, mais dès que celui-ci se tourna vers lui pour l'ausculter, son visage se renfrogna en une moue boudeuse.

« ... »

Pourtant, quand Harold, après une hésitation, posa délicatement la main sur son épaule, Edwin fit la moue mais ouvrit docilement la bouche comme le médecin le lui demandait.

Contrairement à Edgar et à sa légère fièvre, Edwin allait bien. Dès qu'il entendit ces mots, Edwin se glissa sous les couvertures à côté de son frère somnolent.

« Edwin. »

« Hm ? »

« Ton oncle... »

Peut-être parce que son frère à moitié endormi était juste à côté de lui, les paupières d'Edwin se fermaient lentement, comme si le sommeil le rattrapait.

Harold ne savait pas comment parler à des enfants de huit ans. En se rappelant les familles de chevaliers qui venaient parfois à la Base du Nord, il fit de son mieux pour les imiter.

« Je serai... juste devant la porte. Alors si tu veux voir ton oncle, tu n'as qu'à appeler. D'accord ? »

Edwin fixa Harold d'un air absent, puis hocha la tête.

Ses yeux bleus clignèrent, et il éclata d'un sourire niais. Un éclair de malice que Harold remarqua trop tard. Edwin tendit les deux mains vers Harold.

« Euh, hum ? »

« Tontooon. »

Edwin étira la dernière syllabe en l'appelant. Ne comprenant pas ce que voulait l'enfant, Harold se contenta de cligner des yeux, interdit.

« Baisse un peu la tête. »

« C-comme ça ? »

Quand il se pencha comme Edwin le lui demandait, les petites mains se refermèrent étroitement autour de Harold.

« Bonne nuit. »

Edwin le lâcha aussitôt et s'enfouit sous les couvertures. Harold resta là, abasourdi, maladroitement penché.

Comme Harold ne bougeait pas, Edwin lui fit un signe de la main depuis ses couvertures, l'air gêné. Alors seulement, Harold se gratta la nuque et borda maladroitement les enfants.

Une sensation de chatouillement, de picotement. Une émotion qu'il n'avait jamais ressentie une seule fois de toute sa vie.

« Hum hum. Jeunes maîtres, reposez-vous bien. »

« Grand-père Mateus ! »

« Je resterai moi aussi avec votre oncle. »

« Pour de vrai, cette fois ? »

« Bien sûr, jeune maître Edwin. Quoi qu'ait pu dire Adrien, votre Mateus ne vous quittera pas. »

Aux paroles de Mateus, Edwin eut un doux sourire.

Harold vérifia une dernière fois que rien ne manquait pour que les enfants puissent se reposer tranquilles, puis sortit de la chambre.

Rien ici ne menaçait les enfants. Il le savait. Mais quitter la chambre n'en restait pas moins difficile.

« Lord Bertholdt ? »

« ... Ce n'est rien. Edwin, appelle ton oncle dès que tu as besoin de quelque chose. »

« D'accooord. »

Rien ne menaçait les enfants pour l'instant, mais il y avait ce qui s'était déjà produit.

Harold serra le poing.

Il avait réussi tant bien que mal à le cacher devant les enfants, mais dès que la porte se referma avec un déclic, il ne put se retenir plus longtemps.

« Mateus. Adrien Renard, où est ce salaud ? »

« Le comte Archibald a dit qu'il allait agir immédiatement. »

Harold grinça des dents.

Clic.

Quand la porte se referma, Edwin rouvrit les yeux sous les couvertures.

La chambre était paisible. À côté de lui, il entendait son frère respirer doucement. Edwin plissa le nez et piqua la joue de son jumeau endormi.

« Edgar. Edgar. »

« ... »

« Tu ne dors pas. Lève-toi. »

« ... On ne sait pas qui pourrait entrer. »

« Qui ça ? »

Edwin continua obstinément à lui piquer la joue, et Edgar finit par ouvrir les yeux.

« Tonton et grand-père Mateus sont sûrement partis attraper Adrien. Le comte Archibald sera avec eux, lui aussi. »

« ... »

« Tu as fait exactement ce que je t'avais dit. Détends ton visage. D'accord ? »

Malgré la mine mécontente d'Edgar, Edwin rayonnait. Même quand Edgar secoua la tête pour éviter la main de son frère, Edwin tendit obstinément la main.

Il posa le dos de sa main sur le front d'Edgar.

« C'est plus chaud que tout à l'heure ! Pourtant le médecin a dit que tu allais bien ! C'était un charlatan, ce type ?! »

« Tu as pris le médicament. »

« Tss, quelle tête de mule. »

Malgré ses paroles, son geste restait doux.

Edgar prit un air résigné et laissa faire son frère.

Derrière la fenêtre, la neige tombait toujours. En regardant les rues blanchir, Edgar serra fort la main d'Edwin.

« ... Ce n'est que le début, Edwin. »

« Oui. »

« Ce qui s'est passé avant... on n'y peut rien. Mais à partir d'aujourd'hui, on peut changer les choses. »

« Oui. »

« Cette fois, on ne laissera pas Tonton mourir. »

« Ne t'inquiète pas, Edgar. »

Edwin serra Edgar fort dans ses bras. La respiration d'Edgar s'accéléra. Edwin posa sa paume sur ses yeux.

« Je vais t'aider. »

« ... Oui. »

« Il suffit d'avancer pas à pas. »

« Oui. »

La respiration d'Edgar ralentit.

Edwin garda encore longtemps la main sur ses yeux avant de la retirer.

Il changea de position, cherchant à se mettre à l'aise.

« Tu peux te reposer, maintenant. Allez, on dort. Tu n'as pas pu dormir correctement hier. »

« ... »

« Mais, Edgar. Si Tonton vient de la Base du Nord, tu crois qu'il connaît la magie ? »

Edgar entrouvrit les yeux et regarda son frère.

« Tu en es encore là ? »

« Non, je dis ça comme ça ! C'est un monde de fantasy, non ? Alors il y a forcément de la magie. »

Edgar eut un sourire incrédule. Il se tourna vers Edwin et le serra à son tour dans ses bras. Exactement comme ils l'avaient fait tout le mois passé, blottis l'un contre l'autre pour se tenir chaud devant la cheminée froide et éteinte.

« Tu disais toujours des trucs bizarres comme ça. »

« Ah bon ? »

« Oui. Les entendre à nouveau... ça me plaît. »

« Tant mieux. »

« Oui. »

Edwin eut un grand sourire.

« Bon. On dort pour de vrai, maintenant. Moi aussi, j'ai sommeil. »

Les jumeaux chuchotaient doucement, serrés l'un contre l'autre.

« Bonne nuit, Edwin. »

« Bonne nuit, Edgar. »

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