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Chapitre 6

Chapitre 6

13 octobre 2026 ~15 min · 2 903 mots

Grâce à la réaction rapide de Ghislain, qui lui pratiqua un massage cardiaque, Fergus parvint de justesse à respirer de nouveau.

« Où avez-vous appris une chose pareille ?

— Ce n'est pas ça, l'important. Ton corps et ton âme ont failli se séparer, à l'instant. Tu crois que c'est facile, de revenir à la vie ?

— Argh, mon cœur s'est affaibli avec l'âge… Il lui arrive de s'emballer quand je suis surpris. »

Ghislain venait de lui souhaiter une longue vie, et ils avaient bien failli se quitter le jour même de leurs retrouvailles. Claquant la langue, il massa la main de Fergus.

« Plus tard, je te préparerai une infusion de racine de mandragore. Pour l'instant, va te reposer.

— Mais je dois encore vous escorter, jeune maître…

— Non, s'il te plaît, va juste te reposer. Tu me rends fou d'inquiétude. À ce rythme, c'est moi qui vais devoir t'escorter.

— Alors permettez-moi au moins de rester à vos côtés pendant votre entraînement. »

Incapable de venir à bout de l'entêtement de Fergus, Ghislain finit par acquiescer à contrecœur.

Fergus avait beau porter le titre de garde du corps, ce n'en était un que de nom. En réalité, il ressemblait plutôt à une nourrice qui suivait Ghislain partout dans le château. À son âge, il ne pouvait plus faire grand-chose. Si Ghislain lui avait retiré cette tâche, Fergus aurait perdu le peu de joie qui lui restait dans la vie.

Après un rapide tour du château pour reprendre ses repères, Ghislain se rendit droit au terrain d'entraînement privé.

L'endroit était sale et à l'abandon : personne ne le gardait ni ne l'entretenait. Devant ce terrain négligé, Ghislain se perdit dans ses pensées.

'Pourquoi est-ce que j'étais comme ça, à l'époque ?'

Un environnement où il pouvait se consacrer entièrement à la culture du mana et à l'entraînement, c'était quelque chose dont il n'aurait même pas osé rêver du temps où il était mercenaire.

Décidément, quitter la maison menait tout droit à une vie de misère.

Tout en méditant cette révélation toute neuve, Ghislain fit appeler un domestique pour nettoyer le terrain.

« Vous comptez vraiment vous entraîner ? demanda Fergus.

— Oui. Je dois travailler dur, maintenant.

— Vous avez pris une sage décision. Absolument. »

Fergus était sincèrement heureux. Les autres se moquaient de tout ce que faisait Ghislain, persuadés qu'il ne faisait que parler. Mais Fergus avait toujours été le seul à croire en lui, répétant que le jeune maître s'était simplement égaré pour un temps.

Tandis que Fergus gardait l'entrée du terrain d'entraînement, Ghislain s'y installa et entama sa culture du mana.

'Il ne me reste pas beaucoup de temps, mais je dois aller aussi loin que possible.'

Il disposait des connaissances et de l'expérience accumulées dans sa vie précédente. S'il s'en servait bien, il était sûr de pouvoir progresser plus vite que n'importe qui. Mais le temps lui manquait.

« Une semaine… C'est serré, mais pas impossible. »

Comparé à celui de sa vie passée, son corps actuel était dans un état si lamentable qu'il en soupirait.

Transformer un corps aussi faible en corps d'acier en une semaine ? Même en renaissant plusieurs fois, ce serait impossible.

En revanche, s'il parvenait seulement à maîtriser le mana, ses capacités physiques s'amélioreraient de façon spectaculaire.

« Au minimum, je dois arriver à manier le mana. »

En y ajoutant l'expérience de sa vie passée, même avec ce corps misérable, il pourrait tenir tête à la plupart des chevaliers.

Sssss…

Sous la volonté de Ghislain, le mana environnant se mit en mouvement, afflua dans son corps et se rassembla de nouveau dans le noyau sous son nombril. Il avait atteint en un rien de temps le stade où l'on absorbe le mana pour le convertir dans son corps — un exploit remarquable pour quelqu'un qui, auparavant, était incapable de seulement le percevoir.

Si d'autres l'avaient vu, ils en auraient été stupéfaits. Mais pour Ghislain, qui avait pratiqué la culture du mana jusque sur les champs de bataille, c'était aussi simple que respirer.

Le surplus de mana que son corps ne pouvait stocker se dispersait autour de lui en une brume rougeâtre.

'Quel gâchis.'

La méthode de culture de Ghislain restait incomplète. C'était une technique qu'il avait modifiée sans retenue à partir de la méthode originelle de sa famille, en l'adaptant à son propre corps.

Comme elle avait été affinée au combat réel, elle dégageait une aura de meurtre dense et manquait de stabilité, mais elle était rapide et efficace. Dans sa vie précédente déjà, cette technique modifiée lui avait permis de se hisser au rang des puissants.

'J'ai eu de la chance, aussi.'

Sa place parmi les Sept Plus Forts du Continent, il la devait à un grimoire découvert par hasard dans une ruine antique.

Un grimoire incomplet et sans nom, vieux et en lambeaux, dont il ne restait que la moitié. C'est pourtant de ce grimoire que Ghislain avait tiré l'inspiration pour recréer sa technique de culture du mana.

Wouuung !

Le mana se rassembla dans le côté droit de sa poitrine et y forma un nouveau noyau. Contrairement aux autres, qui se contentaient du noyau naturellement présent dans leur corps, il en avait créé un artificiellement, à un tout autre endroit.

Wouuung !

Un autre noyau se forma bientôt dans le côté gauche de sa poitrine.

Gouuuung !

Les noyaux, disposés en triangle inversé avec celui qu'il avait sous le nombril depuis la naissance, se relièrent rapidement et firent circuler le mana. C'était l'avantage de la méthode de culture unique de Ghislain, que lui seul pouvait employer.

La puissance explosive produite par ces noyaux travaillant de concert était extraordinaire.

C'était précisément cette force qui avait permis à Ghislain d'inscrire son nom parmi les Sept Plus Forts du Continent et de gagner le titre de Roi des Mercenaires.

Cependant, là où il y a des forces, il y a aussi des faiblesses. Le problème de sa technique, c'était l'extrême instabilité de son énergie.

« Comme prévu, c'est difficile à maîtriser. »

Le mana stocké dans les trois noyaux se mit à se débattre, cherchant à jaillir hors de son corps. Ghislain concentra son esprit, réprima cette résistance et força le mana à se plier à sa volonté.

'Ça aussi, il faudra que je le corrige petit à petit.'

S'il pouvait libérer une puissance immense d'un seul coup, cela consommait une quantité énorme de mana en très peu de temps.

Dans sa vie précédente, avec une réserve de mana aussi vaste qu'un océan, ce n'était pas vraiment un problème, sauf face à un adversaire du même calibre. Mais à présent, les choses étaient différentes.

Il devait réserver ces déchaînements aux moments décisifs pour utiliser au mieux son mana limité.

Sssss…

'Pour l'instant, trois noyaux suffiront.'

Avec seulement trois noyaux, il pouvait venir à bout de la plupart des chevaliers. Ghislain décida de se concentrer sur la stabilisation de son mana plutôt que d'en augmenter le nombre.

Même à l'époque où il était le Roi des Mercenaires, cinq noyaux avaient été sa limite. La charge se multipliait à chaque noyau supplémentaire.

'De toute façon, mon corps ne supporterait pas davantage.'

Bien que la quantité de mana stockée dans les trois noyaux qu'il venait de créer ne le satisfasse pas tout à fait, c'était sa limite pour le moment.

Mais Ghislain n'avait pas l'intention de s'en contenter éternellement. Il perfectionnerait cette technique martiale incomplète et deviendrait encore plus fort dans cette vie.

La source du pouvoir de Ghislain, c'était la vengeance et la colère. Dans sa vie précédente, s'il avait pu atteindre le sommet de la force, c'était uniquement parce qu'il avait enduré des souffrances à briser les os, porté par la seule soif de vengeance.

Il se remémorait sans cesse les derniers instants de sa vie passée, pour ne jamais oublier cette résolution.

'Aiden, cette fois, je te trancherai la tête.'

Aiden, le « Noble Chevalier », celui avec qui Ghislain avait croisé le fer pour la dernière fois dans sa vie précédente. À ce souvenir, Ghislain fronça les sourcils.

'Plus j'y pense, plus j'enrage.'

Aiden l'avait d'abord épuisé, puis avait eu le culot d'amener ses chevaliers au combat. Même en duel, Ghislain n'était pas assuré de le battre, et il avait fallu qu'il affronte tout ce monde à la fois. Il n'avait eu aucun moyen de tenir.

'Ce lâche… En un contre un, j'aurais gagné.'

Ghislain était septième parmi les Sept Plus Forts du Continent, Aiden cinquième. Mais ces classements ne voulaient rien dire. Ce n'étaient que des chiffres arbitraires que les gens attribuaient selon le moment et la réputation.

En réalité, leurs niveaux étaient presque identiques, et l'issue d'un combat pouvait changer selon leur forme du jour ou les circonstances.

'Je le sais très bien…'

Quand on fait partie des Sept Plus Forts, on ne peut s'empêcher d'avoir une immense fierté. Alors, même quand des ignorants disaient ce genre de choses, cela l'agaçait étrangement.

Dans sa vie précédente, son dernier compagnon de beuverie, l'« Armée d'un seul homme », qu'on appelait aussi l'Archimage, le taquinait parfois ainsi :

– « Moi, je suis troisième, et toi septième. Ouais, tu es vraiment nul au combat. »

– « Arrête de dire n'importe quoi… Tu t'ennuies ? Tu veux qu'on se mesure, en souvenir du bon vieux temps ? »

Chaque fois qu'ils se chamaillaient ainsi, les alentours étaient dévastés et le relief changeait tellement que leurs subordonnés les avaient suppliés maintes fois d'arrêter.

'Bon sang, voilà que ça m'énerve encore.'

Rien que d'y repenser, il s'échauffait à nouveau. Même s'ils savaient tous deux que ce n'était pas vrai, c'était exaspérant quand l'autre faisait l'enfant.

Peut-être était-ce son esprit combatif inné, ou peut-être le désir d'affirmer son rang était-il un instinct primitif enfoui au plus profond de lui.

'Très bien. Cette fois, je ne serai pas seulement l'un des Sept Plus Forts. Je deviendrai le plus fort du continent.'

Après tout, même dans sa vie précédente, il n'avait jamais pensé qu'il perdrait face à l'un des autres membres des Sept Plus Forts. Il avait toujours cru qu'on ne pouvait rien savoir avant de s'être battus. Ses adversaires pensaient sans doute la même chose.

Sauf une personne… mais c'était l'unique exception.

« La Plus Grande Épée du Continent… Cet homme était vraiment fort. »

La première place du classement des Sept Plus Forts du Continent, reconnue de tous.

Même Ghislain, pourtant sûr de ses capacités, avait pensé face à lui : 'Ah, ça risque d'être dur…' Au souvenir de cette puissance écrasante, son cœur se refroidit.

Bien qu'il soit revenu dans le passé, il avait toujours l'impression de ne pas pouvoir franchir ce mur colossal.

'Non. Ghislain Ferdium, espèce d'idiot ! Quelles pensées pitoyables ! Pourquoi te laisser intimider dès maintenant ?!'

Certes, la « Plus Grande Épée du Continent » avait été forte à l'époque, mais il n'y avait aucune raison d'avoir peur d'avance.

'Moi aussi, je suis jeune, maintenant.'

Ghislain avait l'expérience et les connaissances accumulées dans sa vie passée, et à présent, il avait aussi la jeunesse pour en tirer pleinement parti.

Il pouvait tenter sa chance.

Bien sûr, l'objectif le plus important restait d'empêcher la destruction de son territoire et de sa famille.

Mais sans le désir de devenir le meilleur — cette soif de défi propre aux combattants —, il ne pourrait pas non plus progresser.

'Je les écraserai tous.'

Dans cette vie, il en finirait avec le duché et les ordures qui se cachaient derrière, et il deviendrait le plus fort, quoi qu'il arrive.

Les yeux de Ghislain luirent d'un éclat rouge tandis qu'il serrait les dents.

***

Jusqu'au début du festival, Ghislain se consacra à reconstruire sa condition physique de base.

Tout en se concentrant sur l'entraînement, il s'efforçait aussi de manger et de discuter avec Elena dès qu'il en avait l'occasion.

'C'est encore un peu gênant, quand même.'

Mais Elena semblait peu à peu accepter son changement, et leur relation s'améliorait par rapport à avant.

« Tu as recommencé à t'entraîner, ces derniers temps ?

— Oui. En tant qu'héritier d'une famille de chevaliers, je ne peux pas me permettre de me relâcher.

— Avant, tu détestais ce genre de choses, non ? Tu disais des trucs comme : "Il n'y a que les idiots qui étudient ou s'entraînent. Je n'ai qu'à donner les ordres, les autres s'en chargeront. Pourquoi est-ce que je me fatiguerais ?" Et tu faisais cette tête-là.

— J'ai dit ça, moi ? »

Elena imita une mine renfrognée, et Ghislain se contenta de hausser les épaules.

Il savait qu'il avait toujours été plein de récriminations, mais honnêtement, il ne se souvenait pas en détail de chacune de ses conversations stupides.

« Oui ! Papa aussi disait que c'était agaçant. Il disait que ce serait bien que tu te dépêches de devenir seigneur, pour qu'il puisse se retirer à la campagne.

— … Bon, j'imagine que j'étais un fils plutôt lamentable. »

Cette réplique lui rappelait clairement à quel point il avait été un désastre dans sa vie passée.

« Si tu travailles dur, peut-être que Papa sera content quand il rentrera ?

— Qui sait. »

Le père de Ghislain, le comte de Ferdium, était actuellement en expédition dans la région du Nord.

Seules les troupes chargées de maintenir l'ordre public étaient restées sur le territoire.

Avec le gros des forces absent et un festival chaotique qui approchait, c'était le moment idéal pour que des forces extérieures viennent semer le trouble avant de prendre la fuite.

C'était une chose dont Ghislain ne s'était jamais rendu compte dans sa vie précédente.

Maintenant qu'il en avait conscience, il était encore plus convaincu que la mort d'Elena, à l'époque, n'avait pas été une simple coïncidence.

« Bon, je vais m'entraîner.

— Depuis quand tu bosses autant ? Je me demande combien de temps ça va durer, cette fois. »

Laissant derrière lui Elena qui marmonnait toute seule, Ghislain retourna au terrain d'entraînement.

***

Le temps passa, et le jour du festival arriva enfin.

'C'est aujourd'hui.'

Après avoir accroché son épée à sa ceinture et terminé ses préparatifs, Ghislain se rendit à la chambre d'Elena.

Elena, qui s'apprêtait à profiter du festival, eut l'air perplexe en tombant sur lui.

« Tu ne t'entraînes pas, aujourd'hui ? Tu viens au festival, toi aussi, grand frère ?

— Oui, allons-y ensemble.

— Eh bien, quelle surprise. Tu viens vraiment au festival avec moi ?

— Ben, un festival, c'est fait pour en profiter.

— Hmm, tu as vraiment changé. »

Elena se tourna vers ses servantes et leur donna leur journée.

Elles avaient encore peur de Ghislain, ou du moins étaient mal à l'aise en sa présence, alors elle les avait congédiées.

Tout en l'escortant, Ghislain se plongea dans ses réflexions.

'C'est différent d'avant.'

Dans sa vie précédente, c'était toujours Elena qui lui demandait de sortir avec elle, parce qu'il était constamment de mauvaise humeur.

Sa proposition avait été une attention, dans l'espoir que le festival lui remonte un peu le moral, ne serait-ce qu'un peu.

Mais à présent que Ghislain avait changé de comportement dans cette vie, Elena n'éprouvait plus le besoin de le lui proposer la première.

Sa façon d'agir influençait les réactions de son entourage, et même son avenir se modifiait subtilement.

'Même si les grands événements restent les mêmes, je ne peux pas calculer chaque petit changement. Je dois m'adapter à la situation.'

Il savait que ces gens-là visaient la famille Ferdium, mais plus il contrarierait leurs plans, plus leurs méthodes évolueraient.

Même en connaissant l'avenir, c'était à lui d'utiliser ce savoir à bon escient selon les circonstances du moment.

'Aucune erreur n'est permise.'

Tout en se le répétant, Ghislain parcourut le festival avec Elena.

Si Elena semblait sincèrement s'amuser dans la foule animée, l'esprit de Ghislain restait assombri, incapable de s'abandonner pleinement à l'ambiance de la fête.

'C'est étrange. Comment est-ce qu'on s'est retrouvés près des bas quartiers ?'

Elena s'était amusée dans le centre bondé et n'avait montré aucune envie d'aller vers les bas quartiers. Personne ne l'y avait appelée non plus.

Peut-être l'avenir s'était-il légèrement modifié du simple fait qu'il avait décidé de l'accompagner, cette fois.

Après avoir encore flâné un moment, Elena s'étira et marmonna avec une pointe d'ennui :

« C'est amusant, mais comme c'est pareil chaque année, ça devient un peu monotone. »

Les festivals étaient généralement répétitifs, et vu les maigres ressources de leur territoire appauvri pour les préparatifs, il n'était pas étonnant qu'elle le trouve monotone.

« Il n'y a rien de plus excitant ? »

Alors qu'elle regardait vaguement autour d'elle, un peu déçue, l'un de ses chevaliers d'escorte s'approcha et lui murmura quelque chose.

« Mademoiselle, voulez-vous que nous allions ailleurs, dans ce cas ?

— Hmm ? Où ça ? »

Le chevalier d'escorte, au sourire chaleureux, s'appelait Jamal. Il faisait partie depuis longtemps des gardes personnels d'Elena et jouissait d'une bonne réputation au château.

« J'ai entendu dire qu'il se passe quelque chose de spécial un peu plus loin, vers les faubourgs.

— C'est vrai ? Qu'est-ce que c'est ?

— Eh bien, c'est seulement ce que m'a raconté un ami. Je ne connais pas les détails, mais il paraît que c'est plutôt… palpitant.

— C'est vrai ? Allons-y ! Je veux voir ça ! »

Les yeux d'Elena pétillèrent tandis qu'elle s'exclamait, impatiente d'aller voir.

Ghislain observa en silence le visage de Jamal.

'Alors, c'était toi.'

Fin du chapitre 6
Fiche de l'œuvre

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