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Chapitre 2

Chapitre 2

30 septembre 2026 ~13 min · 2 494 mots

'C'est vraiment étrange.'

Après avoir ôté sa chemise, Zich examina son corps tout entier. Des muscles toniques dessinaient et sculptaient sa silhouette, mais ils n'arrivaient même pas à la cheville de ceux qu'il avait acquis en tant que Seigneur Démon ; à cette époque, il avait poussé son corps jusqu'à ses limites extrêmes. Même l'énorme cicatrice qui lui barrait le dos, grande comme une carte du monde, avait disparu.

Zich s'assit sur le lit et mit de l'ordre dans ses pensées.

'Je suis sûr qu'après avoir affronté cet enfoiré de Glen Zenard, j'ai aussi perdu contre ses compagnons et que j'étais à l'article de la mort.'

Non, c'était même drôle de parler d'« article de la mort ». Son corps avait été coupé en deux et sa tête tranchée : il serait plus exact de dire qu'il était mort.

'Mais je suis bel et bien vivant.'

En plus, comme s'il avait réellement remonté le temps, il était plus jeune.

'Ce n'est pas un rêve.'

Il avait déjà vérifié plusieurs fois. Ses joues le brûlaient encore à force de se gifler. Zich tenta de se rappeler ce qui s'était passé juste avant sa mort.

'Après avoir perdu contre Glen et ses compagnons, j'ai dû écouter les radotages de cet enfoiré. Ensuite…'

Comme s'il venait de comprendre quelque chose, ses yeux brillèrent.

'J'ai transpercé ce type, Glen, avec la « Clé qui Déforme le Destin ». C'est à cause de ça ?'

Il croyait que cet outil magique ne changeait que l'avenir de celui qu'il transperçait, mais au vu de sa situation actuelle, c'était la seule explication qui lui venait.

'Où est-ce que je l'avais trouvée ?'

L'expression de Zich se durcit.

'Je ne m'en souviens pas.'

Et pas seulement du lieu. Il ne se souvenait ni du moment ni de l'endroit où il avait trouvé l'objet, ni de quand il l'avait placé dans son index. Il n'y avait aucune information sur la « Clé qui Déforme le Destin » dans sa tête. Il savait seulement que l'outil magique s'était retrouvé fiché dans son doigt sans qu'il s'en rende compte.

'Non, calme-toi, Zich Moore. J'ai peut-être simplement oublié.'

Zich oubliait facilement les petits détails. C'était peut-être pour ça qu'il ne se rappelait rien de cet objet.

'Mais si quelqu'un avait modifié mes souvenirs ?'

Zich fixa l'index qui avait abrité la « Clé qui Déforme le Destin ».

'Pour l'instant, je devrais en apprendre davantage sur cette clé.'

Il avait maintenant un objectif.

Et avec cette décision, tout son sérieux s'envola.

'Hm, qu'est-ce que je vais faire à partir de maintenant ? Je ne peux pas passer le reste de ma vie à chercher des infos sur un outil magique.'

Zich n'avait pas envie de consacrer toute son énergie à suivre la trace d'un objet sans le moindre indice. Il lui fallait un autre objectif. L'idée de suivre de nouveau un chemin sanglant en tant que Seigneur Démon lui plaisait, mais celle de vivre une vie complètement différente aussi. Après tout, n'était-ce pas une seconde chance inespérée ?

'Ce serait du gâchis de ne pas en profiter.'

Zich réfléchit intensément. Il sentait qu'il devait d'abord déterminer à quelle époque il se trouvait.

'Voyons. Vu ce qui m'entoure, on dirait que je n'ai pas encore quitté ma famille.'

Contrairement à sa nature sauvage, Zich était, étonnamment, issu d'une famille aristocratique, et d'une assez noble, qui plus est. Moore était le nom qu'il s'était donné lui-même ; son nom de famille d'origine était Steelwall. Fidèle à son nom, la famille Steelwall protégeait depuis longtemps le royaume comme une forteresse imprenable.

'Puisque je suis le fils aîné, ce ne serait peut-être pas si mal d'hériter du nom de la famille.'

Autrefois, il avait quitté sa famille pour parcourir le monde. Et il n'avait cherché que la puissance, au point de gagner le titre de « Seigneur Démon de la Force ». Mais cette fois, Zich se disait que ce ne serait pas si mal de devenir l'héritier de sa famille et de jouer les nobles.

'Pourquoi étais-je parti, déjà ?'

C'est à ce moment-là.

Criii !

La porte s'ouvrit sans qu'on frappe. Dérangé dans ses pensées, Zich fronça les sourcils et fixa celui qui entrait.

'On peut débarquer comme ça dans la chambre du fils aîné d'une famille noble ?'

Zich avait beau avoir abandonné toutes les manières et l'étiquette nobles en quittant sa famille, il savait au moins ça.

'C'est un parent ? Un frère ou une sœur ?'

Il fut surpris de constater que l'homme qui avait fait irruption dans sa chambre avait tout d'un domestique.

'C'est bien un domestique, non ?'

Zich crut s'être trompé, mais l'homme portait indéniablement une tenue de domestique. Le domestique fixa Zich. Et, surprise, il le regarda de travers, ce qui laissa Zich sans voix.

Un domestique qui toisait un noble d'un air mauvais.

« Vous étiez encore dans votre chambre, monsieur ? »

'Heureusement, il me vouvoie encore.'

Vu son insolence, Zich s'attendait à ce qu'il le tutoie aussi. Il se demanda d'ailleurs s'il fallait vraiment être reconnaissant pour une chose pareille.

« D'habitude, vous sortez tôt le matin. Vous avez renoncé à ça aussi, maintenant ? Je ne crois pas que vous soyez en position de faire le paresseux. »

'… Il se fiche de moi ? Il n'y a pas de sous-entendu derrière ses paroles, quand même ?'

La situation était si ridicule que Zich se mit à penser à toutes sortes de choses.

« Ha ! »

Zich laissa échapper un rire forcé et fit signe au domestique d'approcher, d'un doigt. L'expression du domestique s'assombrit, mais Zich continua de lui faire signe en souriant. Si bien que le domestique finit par s'avancer à ses côtés.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Le domestique se comportait comme s'il avait fait la faveur de s'approcher par pitié, mais le sourire de Zich s'élargit.

Puis il se leva du lit, très posément.

On aurait dit une montagne qui se dressait : son physique était à ce point énorme. Zich dépassait le domestique d'une tête et demie, et alors qu'un domestique normal aurait été intimidé par une telle différence de carrure, celui-ci continuait de le fusiller du regard.

Zich ne dit rien pendant un moment et regarda le domestique de haut.

« Vous m'avez appelé. Pourquoi vous ne dites rien… ? »

Le domestique était en train de se plaindre quand…

Paf !

Le poing de Zich partit. Au moment où il atteignit la joue du domestique, un bruit sonore retentit.

« Ugh ! »

Fracas !

Comme une poupée de papier emportée par le vent, le domestique fut projeté et percuta une petite étagère d'aspect luxueux. Il poussa un grand cri tandis que l'étagère tombait, et le domestique s'écroula comme un sac-poubelle.

« Aaaaaah ! »

Le domestique se tortillait de douleur par terre. Du sang coulait de sa bouche avec quelques dents d'un blanc parfait, et ses joues enflèrent instantanément.

« Qu'eff-que vous faifez… ! »

Les larmes aux yeux, le domestique fusilla Zich du regard et peina à parler. Il semblait vouloir dire « Qu'est-ce que vous faites ? », mais sa prononciation était si déformée qu'on avait du mal à comprendre.

Zich s'approcha du domestique à terre. À ce mouvement, le domestique, qui le fusillait du regard avec une colère puérile, recula un instant. Le sourire avait quitté le visage de Zich. Une intention meurtrière plus glaciale que les vents d'hiver du Nord l'avait remplacé.

Zich leva le pied.

« Ma-Madame va pas appouver… ! »

Crac !

« Urrrrrgh ! »

Zich se mit à piétiner le domestique sans relâche. Celui-ci semblait vouloir dire quelque chose comme « Madame ne va pas approuver ! », mais Zich s'en fichait. Il continua de le piétiner sans pitié.

Le domestique, qui s'égosillait un instant plus tôt comme s'il avait un protecteur puissant derrière lui, était maintenant rempli de terreur face à Zich, pareil à une machine inexpressive dont l'unique but était de le piétiner. Même la pensée « Il ne va quand même pas me tuer ? » s'était changée en « À ce rythme, il va vraiment me tuer ! ».

« Pa-Pardon… ! »

Les lèvres enflées, le domestique implora son pardon.

Stop !

Zich cessa de le piétiner.

Comme s'il avait vu une corde tomber du ciel à la fin du monde, le domestique se prosterna précipitamment. Il était si près du sol qu'il semblait collé au plancher.

« Pa-Pardon ! J'ai eu towt ! »

Il implorait son pardon d'urgence, larmes et morve coulant sur son visage. Zich reposa le pied qu'il avait levé.

« Tu as compris quelle est ta place ? »

Le domestique hocha la tête comme un pantin, et Zich rit, satisfait.

'Comme c'est une belle journée et que j'ai rajeuni, je devrais m'arrêter là.'

Zich pensait pardonner au domestique à ce stade, mais…

Bam !

« Qu'est-ce qui se passe ?! »

La personne qui ouvrit la porte à la volée fit complètement changer Zich d'avis.

Zich vit un homme en uniforme, une épée pendue à la ceinture.

'Un chevalier.'

L'homme semblait être au moins garde du corps de la famille. Comme il avait l'air assez jeune, Zich supposa qu'on avait dû le traiter de génie une ou deux fois dans sa vie.

'Il est venu à cause des cris ?'

Le chevalier fit aller et venir son regard entre Zich et le domestique et fronça les sourcils.

« Chevalier B-Byner ! »

Comme si Byner était son sauveur, le domestique rampa vers lui.

« Que s'est-il passé ? »

Byner interrogea le domestique accroché à sa jambe.

« Ce-ce type… ! »

'Ce type ?'

Les sourcils de Zich tressaillirent. Le domestique implorait grâce comme un insecte un instant plus tôt, mais maintenant qu'il avait quelqu'un sur qui s'appuyer, il redevenait arrogant. Zich se dirigea de nouveau vers lui.

« Iiiik ! »

Le domestique se cacha précipitamment derrière le chevalier.

Tchak !

La main de Byner empêcha Zich d'avancer.

« Que faites-vous ? »

'Quoi ? La façon de parler de ce salaud…'

C'était indéniablement le chevalier de la famille, mais il ne montrait aucun respect pour le fils aîné. Au contraire, il laissait même percer un léger mépris.

« Pousse-toi. »

« Je vous ai demandé ce que vous faisiez. »

« Tu me demandes ce que je fais ? Tu n'as pas entendu ce salaud me traiter de "ce type" ? Ce n'est pas un peu trop insolent pour un vulgaire domestique qui s'adresse au fils aîné de la famille ? » La raison de Zich était claire. Un noble mal luné aurait déjà fait couper la langue du domestique.

Byner devait le savoir aussi, mais il ne bougea pas pour autant.

« Je vais m'en occuper. »

« Pas besoin. Je vais l'éduquer moi-même. »

« J'ai dit que j'allais m'en occuper. »

Zich fixa le chevalier et vit le domestique se relever derrière lui. Malgré la douleur, le domestique souriait. Comme pour le narguer : « Qu'est-ce que vous allez faire, maintenant ? »

« Je le pensais déjà avant, mais toi aussi, tu es insolent. »

Byner eut un sourire narquois : « Et qu'allez-vous faire ? Me frapper aussi ? »

« Rien ne m'en empêche. Un salaud qui ne reconnaît pas son propre maître finit par se soumettre si on le cogne assez de fois. »

Byner regarda Zich avec dédain et pensa : 'Comme il avait l'air de connaître sa place et de se tenir tranquille, j'ai été indulgent avec lui. Il a décidé de n'en faire qu'à sa tête, maintenant ? Et où a-t-il appris à parler aussi grossièrement ? Il n'est vraiment pas digne d'être l'héritier.'

« Alors allez-y. » Byner fit un pas en avant, comme pour inviter Zich à porter le premier coup.

Fwish !

Zich lança son poing.

Byner tressaillit. Il ne pensait pas que Zich le frapperait vraiment. Mais il n'était pas devenu chevalier par pure chance. Byner se pencha en arrière et esquiva le coup de poing de Zich.

'Pas mal du tout.'

Byner savait que Zich entretenait régulièrement sa forme, mais même ainsi, ses coups de poing étaient trop féroces.

'Mais ça ne suffit pas.'

Zich n'était pas encore assez fort pour battre un chevalier comme lui.

'Je devrais profiter de l'occasion pour le remettre à sa place.'

Quand Zich lança le poing, Byner saisit l'occasion pour viser son ventre, mais Zich pivota sur ses pieds et échappa à l'attaque.

Boum !

Après une roulade, Zich se redressa à côté du lit.

La distance entre eux s'était creusée, mais Byner n'avait aucune intention de mettre fin si facilement à cette échauffourée. Il balança son poing vers Zich, qui tentait de se relever. Byner comptait terminer ce combat d'une petite claque sur le visage de Zich.

Flap !

La vue de Byner se couvrit de blanc. 'Quoi !'

C'était une couverture. D'un geste vif, Byner écarta la couverture qui allait le recouvrir, mais quand sa vue se dégagea, il n'y avait plus personne devant lui.

« Messire Byner, derrière… ! »

À la voix pressante du domestique, Byner se retourna vivement.

Crash !

« Ugh ! »

Byner sentit un choc violent à l'arrière du crâne.

Boum !

Byner s'effondra. De jolies fleurs, de l'eau et des éclats de vase s'éparpillèrent autour de sa tête qui saignait.

« Le talent ne fait pas tout, salaud. »

Après avoir fracassé un vase sur la tête de Byner, Zich lui cracha des insultes.

Plus l'adversaire était jeune, plus il était vulnérable aux attaques irrégulières.

'Crétin. Tu croyais que j'étais assez fou pour me battre loyalement contre toi ?'

On avait beau l'avoir appelé autrefois le « Seigneur Démon de la Force », dans sa situation actuelle, il ne pouvait en aucun cas affronter un chevalier de front. Il n'était même pas encore habitué à son corps actuel. Mais les souvenirs et l'expérience acquis en tant que « Seigneur Démon de la Force » étaient toujours en lui. Après avoir surmonté d'innombrables batailles et épreuves, il était facile pour Zich d'assommer un jeune chevalier qui n'avait même pas encore dégainé.

'Puisqu'il est inconscient, je le piétinerai plus tard.'

Zich reporta son attention sur le domestique. Le visage enflé de celui-ci était rempli de peur.

« Tu n'étais pas content quand ton ange gardien est arrivé ? Mais qu'est-ce que tu vas faire, maintenant qu'il est dans cet état ? »

« Pi-Pitié… ! »

« Ne t'inquiète pas. Je ne vais pas te tuer. »

Zich leva de nouveau le pied. Alors, soudain, il se rappela ce que Glen Zenard lui avait dit.

[Si tu renais, je prie pour que tu deviennes quelqu'un qui fait le bien !]

'D'accord, je ferai ça à partir de demain.'

Et pendant un long moment encore, les cris d'un domestique remplirent toute la chambre de Zich, jusqu'à ce qu'un autre chevalier finisse par accourir, alerté par le vacarme.

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