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Chapitre 9

Chapitre 9

25 octobre 2026 ~10 min · 1 833 mots

« Un pari où le perdant doit manger tous les légumes ? »

« Oui. Cela vous tente ? »

J'avais décidé de me servir de son envie de me mener la vie dure.

Edwin semblait très intéressé par les conditions du pari, car il me relança aussitôt.

« On parie sur quoi ? Pas le Monte. »

Il était sur ses gardes, sans doute au souvenir de ce qui s'était passé la veille.

Il avait l'air de penser qu'il ne me battrait jamais au Monte.

Croyait-il donc pouvoir gagner à autre chose ?

'Une idée plutôt rusée.'

Je me tamponnai le coin des lèvres avec une serviette et poursuivis.

« Que diriez-vous d'une partie de cache-cache ? »

Cache-cache.

À ce mot, les yeux du prince s'illuminèrent aussitôt.

« C'est ma spécialité ! »

Il bondit de sa chaise comme s'il allait courir dehors d'un instant à l'autre.

« Cache-cache ? Lia veut jouer aussi ! Lia veut jouer aussi ! »

Emilia, assise à côté de lui, s'excita à son tour et tapota la table avec sa cuillère.

Je soulevai la princesse et repris.

« La princesse Emilia et moi chercherons. »

« Kyaaaaa ! »

Tout excitée, Emilia agita les deux mains au-dessus de sa tête en poussant des cris.

Edwin, lui, haussa les sourcils, l'air sûr de lui.

« Hmph, tu vas le regretter. »

« En revanche, nous limiterons le terrain au rez-de-chaussée, où se trouve la salle à manger. »

« Ça me va. Ce serait embêtant que tu ne me trouves pas. »

Edwin haussa les épaules comme s'il me faisait une faveur.

Je le regardai et ajoutai d'un ton détaché :

« Si je trouve Votre Altesse, j'ai gagné ; si je ne vous trouve pas, c'est Votre Altesse qui gagne. »

« Le perdant mange tous les légumes qui restent. C'est ça ? »

Edwin confirma une fois encore les termes du pari et sourit de toutes ses dents.

« Ne viens pas le regretter. »

***

Le Troisième Prince de l'Empire de Bentrum, Edwin Anaxinian Bentrum.

À onze ans, il n'avait presque jamais eu l'occasion de jouer avec des enfants de son âge.

Aucun noble n'enverrait son enfant jouer avec un prince dont la fréquentation ne rapportait rien.

Il ne s'entendait avec personne et, hormis la défunte Emma, personne ne s'intéressait à lui.

Peut-être était-ce pour cela qu'Edwin n'ouvrait jamais facilement son cœur, mais paradoxalement, il fondait sans défense à la moindre attention.

C'était aussi pour cette raison qu'il s'était laissé piéger par la bande de Gail et avait misé son bracelet au Monte.

Il était rare qu'un enfant de son âge vienne le premier lui proposer de jouer ensemble.

« Tch, ici non plus, ce n'est pas terrible. »

Quoi qu'il en soit, le prince semblait très excité ce jour-là.

Edwin inspecta la réserve attenante à la cuisine.

'Où est-ce qu'elle ne pourra pas me trouver ?'

Après mûre réflexion, le prince choisit une grande caisse à légumes.

À moitié remplie de carottes, elle était assez grande pour qu'il y tienne largement.

Edwin se glissa dans la grande caisse et referma le couvercle.

'Parfait. Ici, elle ne me trouvera jamais.'

Recroquevillé dans la caisse, le prince gloussa doucement.

C'est alors qu'il entendit des pas approcher.

Le prince colla son œil à une fente de la caisse.

Par chance, ce n'était pas Rachel.

« Je n'ai jamais vu un homme aussi beau de toute ma vie. »

Les deux servantes entrées dans la réserve se mirent à bavarder.

« Vraiment ? Le roi d'Adamant est si beau que ça ? »

« Oui ! Je croyais qu'il aurait l'air effrayant, puisqu'on l'appelle le Roi Loup, mais pas du tout ! »

Des cheveux noirs comme le ciel nocturne, une peau lisse joliment hâlée, des yeux d'ambre qui scintillaient comme des étoiles…

La servante débitait toutes sortes de mots fleuris en se tortillant.

« Et son corps, si magnifique ! J'ai cru que c'était une statue échappée d'un temple ! »

« Tu fais carrément de la poésie. De la poésie. Où diable trouverait-on quelqu'un comme ça ? »

« Il existe ! Il existe ! Je l'ai vu ! »

La servante cria sur sa compagne comme pour la gronder, puis s'enlaça les bras.

« Ah, si seulement je pouvais être serrée une fois dans ces larges bras, je n'aurais plus d'autre souhait, vraiment. »

« Arrête. Un roi regarderait une simple servante, tu crois ? Dépêchons-nous d'y aller. »

« Tu n'es jamais d'accord avec ce qu'on dit. »

La servante qui ronchonnait sembla quitter la réserve, puis revint sur ses pas.

« Oh, j'ai failli oublier de poser ça là-dessus. Les souris sont terribles en ce moment, ç'aurait été une catastrophe. Hé, ne pars pas toute seule, aide-moi ! »

« Arrête de faire ta mauviette ! »

Les servantes s'approchèrent tout près de la caisse où se cachait Edwin.

Boum…

Un bruit lourd résonna au-dessus de sa tête, puis les pas des servantes s'éloignèrent peu à peu.

La réserve retrouva son calme.

Edwin, qui retenait son souffle, la main sur la bouche, s'assura que les servantes étaient parties et soupira.

'C'était moins une. J'ai failli me faire prendre par les servantes d'abord.'

Il avait failli écorner sa fierté de maître du cache-cache.

Dans la caisse exiguë, Edwin resta assis sans bruit, les genoux repliés.

« Mmph. »

Combien de temps s'était écoulé ?

Même quand d'autres servantes allèrent et vinrent ensuite, sa nourrice ne se montra pas.

Edwin remuait, mal à l'aise dans sa position.

'C'est inconfortable.'

Il respirait mal, et ses jambes s'engourdissaient.

'J'ai l'impression que ça fait longtemps que je suis entré là-dedans.'

L'expression d'Edwin s'assombrit peu à peu.

Soudain, de mauvais souvenirs ressurgirent dans l'esprit du jeune prince.

« Tu veux jouer avec nous, toi aussi ? »

Le visage espiègle du Deuxième Prince Lloyd, portrait craché de l'empereur.

Les jeunes enfants de familles nobles qui gloussaient derrière lui.

À cette époque où il ne savait même pas ce qu'était l'hostilité, Edwin les avait simplement suivis, tout content.

« Si tu te caches ici, personne ne te trouvera. Edwin, cache-toi ici. »

« Et toi, Grand frère Lloyd ? »

« Je connais une autre cachette. Alors tu restes ici, et si tu te fais prendre, crie pour me prévenir. Compris ? C'est comme ça que "nous" gagnerons. »

Lloyd posa la main sur l'épaule de son petit frère, qui le regardait avec admiration, et sourit.

« Mais tu ne dois absolument pas sortir d'ici avant que le chercheur te trouve, d'accord ? Sinon, on perdra à cause de toi, Edwin. »

Était-ce parce que le coffre se trouvait dans un endroit si reculé, ou parce que la bande du Deuxième Prince n'en avait parlé à personne ?

Pendant des heures, non seulement aucun chercheur ne vint, mais personne ne vint chercher Edwin.

À cause de la requête menaçante de Lloyd, Edwin ne pouvait pas ouvrir le coffre et sortir de lui-même.

Si Emma, sa nourrice, n'avait pas appris la nouvelle sur le tard et n'était pas accourue, il aurait peut-être dû passer la nuit dans ce coffre.

« Votre Altesse ! »

Le coffre s'ouvrit, et le visage baigné de larmes d'Emma apparut.

Mais ce qui frappa d'abord le jeune prince, ce ne fut pas son visage.

Ce furent ceux des domestiques visibles derrière la nourrice.

Appelés en pleine nuit, ils tenaient des torches à la main.

Grâce à cela, Edwin put lire toutes les émotions qui se reflétaient dans leurs yeux.

'Un fardeau encombrant.'

'Un prince simplet.'

'Un sale gosse égoïste qui ne pense qu'à lui.'

Ce jour-là, la fierté de prince d'Edwin vola en éclats.

Le prince se mordit la lèvre au souvenir de ce passé.

'… Ce n'est pas drôle.'

Au moment où il allait soulever le couvercle et sortir…

Clac, clac.

Le couvercle faisait beaucoup de bruit mais ne s'ouvrait pas.

« Qu-qu'est-ce que c'est ? »

Edwin perdit contenance.

Le couvercle ne bougeait pas d'un pouce, comme si quelqu'un avait posé une lourde pierre dessus.

'Ce seraient les servantes de tout à l'heure ?'

Edwin pâlit en se rappelant le bruit sourd qu'il avait entendu au-dessus de lui.

Maintenant qu'il y pensait, on posait parfois de lourdes pierres sur les caisses de la réserve pour empêcher rats et chats de gâter les provisions.

'Alors je ne peux pas sortir non plus ?'

Le petit cœur d'Edwin se mit à battre violemment.

Il cognait si fort qu'on aurait dit qu'il s'était logé dans ses oreilles.

Edwin ferma les yeux de toutes ses forces et se boucha les oreilles.

Désormais, il n'y avait plus d'Emma pour venir le chercher. Personne ne saurait qu'il était là.

'Non, ils ne remarqueront sans doute même pas que j'ai disparu.'

Cette fois, il resterait peut-être enfermé ici pour toujours.

Alors que la terreur du passé engloutissait peu à peu Edwin…

Le couvercle s'ouvrit d'un coup.

« Vous voilà, Votre Altesse. »

Au-dessus de sa tête apparut le visage de sa nourrice, Rachel.

Expression indifférente, ton indifférent, gestes indifférents.

Pourquoi l'image d'Emma se superposait-elle à cette personne qui ne montrait pas la moindre chaleur ?

À l'instant où il se rappela le visage de quelqu'un qui lui manquait,

les larmes jaillirent enfin des yeux d'Edwin comme une averse.

***

'Je ne comprendrai jamais les enfants.'

Pourquoi diable ce gamin pleurait-il, enfoui sous un tas de carottes ?

Intérieurement décontenancée, je m'efforçai de garder un visage impassible.

« Alors, j'ai gagné le pari… »

Au moment où j'allais proclamer ma victoire,

Edwin éclata brusquement en sanglots bruyants.

« Pourquoi, pourquoi tu es si en retard ! Idiote ! Ouaaaaah… ! »

Vraiment, ce gamin était incompréhensible.

Hier, il me fuyait comme la peste, et aujourd'hui il piquait une crise parce que j'étais en retard.

« Grand frère, pourquoi tu pleures ? Pleure pas ! »

Pire, en entendant son frère pleurer, même Emilia, sur mon dos, se mit à renifler.

'C'est à devenir folle. Qu'est-ce que je suis censée faire ?'

Je soupirai intérieurement, glissai les deux mains sous ses aisselles et le tirai hors de la caisse.

« Arrêtez de pleurer, tous les deux, je vous prie. »

Le voir pleurer tout seul après y être entré de lui-même et vouloir qu'on l'en sorte, c'était vraiment absurde.

Et même sorti de la caisse, Edwin versait toujours des larmes.

'Quelle plaie.'

Les adultes qui pleurent se calment vite avec un peu de menace, mais pas les enfants.

C'est pour cela que j'avais toujours trouvé les enfants difficiles. Je n'arrivais ni à comprendre ni à cerner des créatures avec lesquelles on ne pouvait pas raisonner.

'Je n'ai pas le choix.'

J'étais nulle pour consoler, mais je n'avais pas le choix.

Si je le laissais pleurer ainsi et qu'il se déshydratait, c'est encore moi qui en porterais la responsabilité.

J'hésitai, puis essuyai ses larmes avec ma manche.

« Pardon d'être en retard. »

Des excuses maladroites, qui n'avaient rien d'une consolation.

Fin du chapitre 9
Fiche de l'œuvre

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