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Chapitre 2

Chapitre 2

30 septembre 2026 ~10 min · 1 854 mots

J'avais vécu toute ma vie sans le moindre lien avec les enfants.

Avec l'esprit aussi embrouillé, j'étais au bord du vertige.

'En tout cas, si elle est entrée sur recommandation, ce doit être une demoiselle de famille noble.'

J'émis une première hypothèse sur Rachel Brown, avant de l'écarter aussitôt.

Du moins, à ma connaissance, aucun noble de l'Empire ne portait le nom de « Brown ».

Et puis, « Brown » n'était pas le genre de nom qu'on donnait aux roturiers non plus.

Le nom d'un noble devait avoir une prononciation élégante et un sens grandiose.

'Sinon, c'est sans doute une demoiselle d'une famille insignifiante tombée dans la misère.'

Cette femme appartenait probablement à la seconde catégorie.

Même domestique, une fille de bonne famille n'aurait pas porté des vêtements aussi miteux.

À cet instant, une migraine aiguë me frappa, comme si elle n'attendait que ça.

Une voix familière à glacer le sang résonna à mes oreilles.

« Alors profite de l'occasion pour bien réfléchir à la raison pour laquelle je fais ça. »

L'existence de « cet homme », que j'avais oubliée, me revint avec netteté.

« Dans l'au-delà. »

Le milieu de ma poitrine se mit à brûler, comme si j'avais avalé un morceau de charbon.

Comme si cette maudite flamme qui avait dévoré mon corps avec avidité me brûlait à présent le cœur.

« … Ian. »

Je ne cherchais pas à l'appeler.

Je n'aurais pas dû laisser le nom de ce salaud qui m'avait tuée franchir mes lèvres.

La flamme qui brûlait dans un coin de ma poitrine s'était, je ne sais comment, propagée jusqu'à mes yeux.

Des larmes coulèrent de mes yeux brûlants.

« Nounou, pleure ? Bobo ? »

Alors la boule de poils, non, l'enfant qu'on appelait la princesse Emilia, m'enlaça les genoux.

« Nounou, pas bobo ! Ouiiiin ! »

« Non, attendez… »

La princesse s'était déjà mise à pleurer à chaudes larmes.

Voir la princesse pleurer avec moi était embarrassant.

Je n'eus d'autre choix que de poser prudemment la main sur les cheveux emmêlés d'Emilia, pareils à une fourrure.

J'étais décontenancée : je ne me souvenais pas d'avoir jamais consolé un enfant aussi jeune, sauf peut-être à une époque dont je n'avais plus souvenir.

« … Arrêtez de pleurer, s'il vous plaît. »

Je caressai doucement ses cheveux fins comme du duvet.

Je me demandais si cette méthode marcherait, mais par chance, elle semblait fonctionner.

Emilia cessa vite de pleurer quand je lui caressai la tête.

« Mm, alors Nounou va plus pleurer non plus ? »

« Oui. Je ne pleurerai plus non plus. »

« Alors Lia va plus pleurer non plus ! »

La princesse essuya ses larmes assez courageusement et fit la moue.

La regarder m'éclaircit l'esprit, je ne sais comment.

C'est vrai. Maintenant que j'étais morte et revenue à la vie, ce qui comptait, ce n'étaient pas des émotions mesquines.

Je serrai les deux poings et me remémorai les paroles de ce salaud.

« Brûlez-la. Qu'il ne reste pas de cendres. »

Ian avait voulu qu'il ne reste pas même mes cendres.

Mais contrairement à son souhait, mon âme était revenue à la vie par défi, en empruntant le corps d'une autre.

'Attends-moi, Ian.'

Je serrai les dents en revoyant le visage de l'amant qui m'avait poignardée dans le dos.

'Quelle qu'en soit la raison.'

Pour les traîtres, il n'y avait que la mort.

Je serrai les dents en me remémorant la loi d'airain de l'organisation.

'Je ne te pardonnerai jamais.'

Le jour où j'avais rouvert les yeux, non plus dans le corps de la chef de la meilleure guilde d'assassins du continent, mais en nourrice impériale.

Je fis le serment de consacrer cette seconde vie qui m'était donnée à la vengeance, et à rien d'autre.

***

« Nounou, Nounou. »

Tandis que je brûlais en silence de vengeance.

Emilia tira sur l'ourlet de ma jupe en pleurnichant.

« Grand frère s'est sauvé. Trouve-le. »

Grand frère ? Ah, maintenant que j'y pense, la gouvernante m'avait dit de trouver le « prince Edwin ».

« Vous parlez… enfin, vous voulez parler du prince Edwin ? »

Prenant conscience du rang de princesse de l'enfant, je m'exprimai plus formellement.

« Oui ! Grand frère s'appelle Edwin ! »

J'acquiesçai aux paroles d'Emilia, puis fronçai bientôt les sourcils.

'Attends, ai-je la moindre raison de faire ça ici ?'

M'échapper du Palais impérial ne serait pas difficile pour moi.

Je connaissais, là, tout de suite, plus de cinq entrées secrètes du Palais impérial.

'Mais même si je sors maintenant, rien ne garantit que je pourrai retrouver Ian.'

J'ignorais combien de temps s'était écoulé depuis ma mort, et je n'avais pas une seule pièce.

Sortir sans réfléchir dans ces conditions serait stupide.

'Ce n'est plus non plus mon corps entraîné d'avant, et si j'agis sans plan, mourir une deuxième fois n'aurait rien d'impossible.'

Je regardai la jeune princesse devant moi, Emilia, et pris une décision.

Pour le moment, je vivrais en tant que cette ridicule « nourrice ».

J'ouvris la porte avec une expression extrêmement déterminée.

C'était enfin le moment où ma nouvelle vie commençait.

***

Trouver le prince ne fut pas aussi difficile que je le pensais.

Parce qu'Emilia savait où il était.

« Vous êtes vraiment sûre que c'est là ? »

« Oui ! Grand frère Edwin joue toujours là-bas ! »

Agacée par Emilia qui me suivait à petits pas, je la soulevai d'une main et marchai vite.

'Comment peut-elle être aussi légère ?'

La princesse, si légère qu'un coup de vent l'aurait emportée, sentait bon la poudre sucrée au sommet du crâne.

'Grands dieux, c'était une barbe à papa et pas une boule de poils ?'

La petite princesse qui ressemblait à une barbe à papa passa les bras autour de mon cou en gloussant de joie.

« Nounou, haut ! »

Qu'est-ce que ça avait de si amusant ?

Je laissai Emilia jouer avec mes cheveux et marchai d'un bon pas.

'D'ailleurs, quel genre de gamin était cet Edwin ?'

J'avais fréquenté le Palais impérial d'innombrables fois avant ma mort, mais c'était la première fois que je venais au Palais du Troisième Prince.

'À propos, pour le palais d'un prince…'

Le palais entouré de galeries à arcades était, comment dire.

Vaste, mais sans rien pour le remplir.

'Désolé.'

C'était littéralement un lieu d'une désolation sans pareille.

'Ah, ça me revient un peu.'

En regardant le palais vide, quelques informations sur le Troisième Prince me revinrent.

Le Troisième Prince de l'Empire de Bentrum, Edwin Anaxinian Bentrum.

'Vraiment un enfant abandonné.'

Le Troisième Prince Edwin était le seul fils né de l'empereur actuel, « Cabellius III », et de la Troisième Consort, « Idis Lionel ».

Mais la Troisième Consort Idis était décédée trois ans plus tôt.

Elle était morte d'une hémorragie en couches ; elle avait donc sans doute succombé juste après avoir mis Emilia au monde.

Sans rien laisser à ses enfants.

'Mais on n'y pouvait rien.'

Venue d'un pays étranger, elle n'avait aucun appui notable au sein de l'Empire.

On l'avait vendue comme otage : il n'y avait aucune chance qu'elle en ait.

'Le royaume de Lionel était sans doute trop occupé à régler ses propres problèmes pour se soucier de ce qui se passait ici.'

Le Troisième Prince Edwin et la Première Princesse Emilia, qui n'avaient rien dont se vanter.

Leur présence s'était peu à peu effacée du Palais impérial.

Comme s'ils n'avaient jamais existé.

C'était tout ce que je savais du Troisième Prince Edwin.

'Pas étonnant que mes souvenirs soient flous. C'était quelqu'un sans aucune présence.'

Les domestiques qui servent des maîtres sans pouvoir ont toujours la vie la plus dure.

Si je restais ici, une vie de misère se dessinait clairement devant moi.

'Le mieux serait de filer au plus vite.'

Tout en réfléchissant à ceci et à cela, j'étais arrivée au jardin arrière de l'annexe.

'Hmm, il y a quelque chose de bizarre ?'

J'avais beau regarder, le prince n'était nulle part.

Je fronçai les sourcils et regardai autour de moi, puis finis par fermer les yeux.

Je concentrai toute mon attention sur mes sens pour ne pas laisser échapper la moindre présence.

Alors je perçus une belle agitation de l'autre côté du mur.

Je me dirigeai en hâte vers cet endroit.

« Ça, c'est… »

Le mur, dans un coin du jardin du palais annexe.

Il y avait des traces maladroitement dissimulées par des buissons, mais mes yeux ne s'y laissaient pas prendre.

Quand j'écartai les buissons, un petit trou dans le mur apparut.

L'herbe tout autour était aplatie.

C'étaient clairement les traces du passage d'un petit animal ou d'un jeune enfant.

Si le prince qui aurait dû être dans le jardin avait disparu, il avait dû s'échapper par ce trou.

'Pas le choix.'

Je posai Emilia par terre.

« Nounou ? »

« Votre Altesse, vous devez rester sagement ici. Vous avez compris ? »

« Sagement ? »

Emilia tortilla ses doigts, l'air embêté.

« Lia a faim. »

Maintenant que j'y pensais, elle disait avoir faim depuis notre première rencontre.

J'étais embêtée moi aussi, mais je n'y pouvais rien.

Je ne pouvais pas emmener la petite princesse dehors à la légère.

En plus, si l'on découvrait que le prince avait quitté son palais sans suivante, ce serait un scandale.

Je devais me dépêcher de retrouver ce prince.

« Je reviens vite. Attendez juste un petit moment, s'il vous plaît. »

« Mm, d'accord. Tu reviens vite, hein ? »

Au lieu de répondre, je hochai légèrement la tête et pris une profonde inspiration.

Puis je m'élançai d'un seul mouvement et sautai par-dessus le mur.

« Nounou ! Trop fort ! »

J'entendis l'exclamation d'Emilia de l'autre côté du mur.

Heureusement, ce nouveau corps avait des capacités physiques correctes.

J'époussetais mes mains et me retournais tranquillement quand cela arriva.

Je sentis un regard.

Un regard furtif mais tenace, qui s'accrochait à moi.

Il ne semblait pas malveillant, mais ce n'était pas non plus un regard franchement agréable.

Je tournai vivement la tête.

Mais le regard avait déjà disparu sans laisser de trace.

'Je me suis fait des idées ?'

Je plissais les yeux et m'apprêtais à me tourner vers l'endroit d'où venait le regard quand cela arriva.

« Rendez-le-moi ! »

Un cri, presque un hurlement, retentit du côté opposé.

C'était la voix d'un jeune enfant.

***

L'agitation venait des Écuries royales, situées près du Palais du Troisième Prince.

« Rendez-le-moi ! Rendez-le-moi, j'ai dit ! »

À une vingtaine de pas, sous le toit de bois d'une écurie.

Une bande de grands garçons encerclait un petit enfant.

« Rendez-le-moi, j'ai dit ! »

« Rendez-le-moiii~ Rendez-le-moi, qu'il diiit~ »

Les garçons semblaient beaucoup s'amuser à taquiner le petit.

À en juger par leurs vêtements, ils n'étaient pas de basse extraction.

'Ils sont grands, mais ils ont des visages d'enfants. Ils ont tous l'air nobles ; des pages, peut-être ?'

Tandis que je m'interrogeais sur l'identité de cette bande de garçons.

J'aperçus parmi eux un petit qui détonnait particulièrement.

'Trouvé.'

Le Troisième Prince Edwin.

C'était exactement celui que je cherchais.

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