Quelques jours après ma rencontre avec le premier assassin, ce ne fut pas une, mais deux présences qui vinrent me rendre visite.
Leur façon d'agir aussi différait un peu de la fois précédente, comme s'ils avaient reçu une commande d'un cran au-dessus de simples menaces.
« Kugh. »
Un véritable assassinat, peut-être.
La lame acérée d'une dague fila vers ma gorge. Je pris appui sur le premier assassin, effondré sans connaissance à mes pieds, et roulai à bas du lit.
Fwoush.
Une fine dague vola, visant cet instant précis.
Je tendis la main, saisis la lame à pleine main et chargeai le second assassin. Quand le manche s'enfonça au coin intérieur de son œil gauche, un souffle de douleur s'échappa de la bouche de l'assassin chevronné.
« Huk. »
J'essayais de régler ça le plus discrètement possible, mais avec deux adversaires, ça devenait un peu bruyant.
Le second assassin se releva en titubant et reprit son souffle.
« Mais qu'est-ce que tu es au juste... ? »
« Chut. »
Je l'assommai d'un coup sur la tête avant qu'il n'aille plus loin.
Je m'y attendais, mais ça devenait pénible. Ils en avaient envoyé deux parce qu'ils avaient perdu le contact avec celui qu'ils avaient envoyé seul ?
'Faut-il appeler ça de la bêtise, ou de l'efficacité ?'
Je récupérai les pilules de suicide dans la bouche et les manches des deux visiteurs, un geste qui me semblait désormais presque familier. Avec celles-ci, ça faisait six 【Morsures miséricordieuses】 en tout ?
Exactement le nombre de dirigeants de l'Union des marchands. Comme on dit, les petits ruisseaux font les grandes rivières. Il faudrait que je les remette en bonne et due forme au majordome assassin.
« ... Ces salauds. »
Qu'est-ce que j'allais en faire ?
Ma réflexion fut brève et mon action rapide.
Je décidai d'envoyer ces deux assassins au majordome assassin. J'avais beau retourner la question, c'était la meilleure solution.
'Et les assassins qui viendront ensuite ?'
Je ne pouvais pas continuer à les envoyer au majordome assassin pour qu'il s'en occupe.
Pour l'instant, j'ouvris la fenêtre, y laissai tomber les deux paquets, puis descendis moi-même jusqu'au sol. La pluie tombait du ciel.
Je pensai soudain au pot de fleurs que j'avais posé sur les marches du vestibule.
Contrairement à ce que j'espérais, aucune pousse n'était sortie depuis plusieurs jours, et cela m'inquiétait en secret. Mais avec cette pluie, j'eus un peu d'espoir de voir sortir les cotylédons.
Bon, plus que deux clôtures à franchir et...
« Que signifie tout ceci, mademoiselle Daisy ? »
Huk.
Dès que je me retournai, mes yeux croisèrent ceux de la gouvernante, debout devant la porte de service.
Elle avait soigneusement écrasé son mégot dans la boîte de conserve et regardait les paquets étalés par terre en écarquillant les yeux.
« Qui sont-ils ? »
Je m'étais fait prendre la main dans le sac, de façon trop flagrante. Impossible d'y échapper !
« D-des intrus. »
« Tu t'en es occupée toute seule ? »
Je ne pus me résoudre à répondre à cette question. La gouvernante, qui semblait perplexe, se tapota le menton plusieurs fois, puis poussa un soupir.
« Quand vont-ils se réveiller ? »
« Dans... trois ou quatre heures... »
« Je vois. Suis-moi. »
Je suivis docilement la gouvernante et rentrai au manoir.
J'étais fichue.
'Qu'est-ce qui va m'arriver ? Je vais être renvoyée, comme ça ?'
Je commençais à peine à m'habituer au travail de servante ! Où étais-je censée aller, si je partais d'ici ?
Mais pourquoi serais-je renvoyée ? Je n'avais rien fait de mal. Être un peu forte, c'est un crime ?
« Mademoiselle Daisy. »
« Oui. »
« À mes yeux, mademoiselle Daisy, tu es quelqu'un d'assez important. »
Je ne fis que rouler des yeux pour regarder la gouvernante.
L'arrière de sa tête, tandis qu'elle montait l'escalier menant à l'étage, était aussi calme et soigné que lorsque je l'avais croisée dans la journée.
« Tu es la première à tenir plus d'une semaine au manoir Weatherwax. Mais l'incident de ce soir m'a fait comprendre pourquoi tu es la première. J'aimerais te dire merci. »
Ah.
'Donc la gouvernante ne savait vraiment rien des menaces que subissaient les servantes de ce manoir.'
C'était étrange, quelque part, de laisser passer ça comme si de rien n'était.
Du point de vue du commanditaire qui envoyait les assassins, la gouvernante ne serait-elle pas la cible la plus importante à attaquer ?
Pourquoi les assassins n'avaient-ils pas menacé la gouvernante ?
La gouvernante s'arrêta devant une chambre du deuxième étage.
Cette porte ne m'était pas familière. Ce n'était autre que la chambre de la baronne Weatherwax.
« Voudrais-tu rencontrer la maîtresse, mademoiselle Daisy ? »
Si soudainement ?
Quand je tournai la tête, surprise, la gouvernante eut un sourire un peu amer.
« Je pense que tu ne poserais pas de problème. Bien sûr, c'est à toi de choisir. Tu peux rencontrer la maîtresse, ou pas... »
« Je la rencontre. »
Je regardai la gouvernante avec les yeux d'une servante plus dévouée que jamais.
Rencontrer la baronne Weatherwax. Me rapprocher de la famille Weatherwax.
Être nommée servante à vie de la famille Weatherwax. Puisque c'est à vie, je ne serai pas renvoyée !
Même si je tabasse des intrus, je ne serai pas renvoyée !
« Je la rencontre, c'est sûr. »
C'était une occasion que m'offrait le ciel, non, la gouvernante.
Et je n'avais aucune intention de laisser passer l'occasion de dormir confortablement dans un lit, sans mourir de faim, pendant trois ans.
« Réponds poliment. »
« Je la rencontre, c'est sûr. »
« Il faut dire : "J'aimerais la rencontrer." Il y a une chose que tu dois savoir. Rencontrer la maîtresse s'accompagne de conditions précises. Tu dois me prêter serment de "ne rien divulguer de ce qui concerne la maîtresse". »
Un serment ? Ce mot qui signifie littéralement « s'engager fermement à tenir à coup sûr une promesse ou un objectif » ?
Un regard posé, à peine voilé, me fixait avec insistance. La gouvernante me murmura, de sa voix douce et calme si caractéristique :
« Le serment dont il est question ici est... une forme de magie, par laquelle on se fait une promesse en engageant l'âme de l'un et de l'autre. Il n'est consigné ni oralement ni par écrit, mais gravé dans l'âme de chacun. Même s'il paraît anodin, le rompre entraîne une lourde sanction. »
Pour un serment gravé dans l'âme, il n'existe qu'une seule sanction.
« La mort. »
« C'est cela. Je pensais bien que tu le saurais. C'est une condition inquiétante, n'est-ce pas ? »
« Et qui prononce le serment ? »
« Je te le lancerai moi-même. »
Elle avait raison. C'était très inquiétant.
Pas la condition pour rencontrer la baronne Weatherwax : la gouvernante elle-même.
'Elle sait lancer des serments ?'
La magie est une sorte de sport.
Il y a des limites claires aux murs qu'on peut franchir à force d'efforts et de persévérance, et passé un certain niveau, c'est un sport où l'on doit rivaliser avec le talent inné et la vivacité d'esprit.
Mais la magie était un sport où les gens doués étaient extrêmement rares, même parmi les sports.
Comme la constitution permettant d'utiliser la magie était déjà peu commune en soi, même rester d'un niveau moyen suffisait à gagner sa vie sur des générations.
Les cliniques de soins magiques et les ateliers d'artefacts magiques installés dans chaque quartier étaient pratiquement leurs lieux de travail à vie.
Le serment, en soi, relevait de la magie de bas niveau, de faible difficulté.
Mais magie de bas niveau ou pas, un mage reste un mage.
Tous les mages bénéficiaient de points de bonification spéciaux aux concours de la fonction publique. Autrement dit, même incompétents comme des insectes, ils pouvaient vivre aux frais du trésor public.
'Une mage pareille fait un simple travail de servante. Est-ce pour ça que les assassins ne l'ont pas attaquée ? Elle a tendu un piège ?'
Une famille que des assassins visitent de temps à autre.
Une famille liée à l'héritage de Dian Ket.
Une famille qui emploie une mage comme gouvernante.
Weatherwax... C'était décidément un endroit suspect.
« Tends le bras. »
À sa demande, je retroussai ma manche et tendis docilement le bras.
Sur l'intérieur de mon avant-bras étaient gravées deux lignes en tout. Toutes deux étaient les traces de serments que j'avais prêtés du temps où je vivais sous le nom d'Andert.
« ... Ne me dis pas que ce sont tous des serments ? »
Un serment se grave non dans la chair, mais dans l'âme.
Si bien que, même revenue d'un corps d'homme à un corps de femme, les traces des serments gravées dans mon existence en tant que « moi » ne disparaîtraient pas.
Aucune magie de transformation ne peut effacer les traces d'un serment : on peut seulement les dissimuler. C'était la magie la plus simple dotée de la force la plus puissante, ni plus ni moins.
« Mademoiselle Daisy. Que faisais-tu, au juste, avant ? »
... Soldat ?
Quand je détournai le regard en faisant mine de ne pas entendre, la gouvernante secoua la tête. Bientôt, sur le bras qu'elle me tendit, ne restait qu'une seule ligne, trace d'un serment.
Nos deux bras, rapprochés, se touchèrent comme pour n'en faire qu'un. Une énergie sacrée tourbillonna entre nous deux.
La gouvernante me murmura :
« Je te demande un serment. La condition est : 【Ne révéler aucun secret concernant la famille Weatherwax】. Acceptes-tu ? »
« J'accepte. »
Une longue ligne rouge se traça dans l'air.
La ligne, qui vacillait farouchement comme une flamme, descendit bientôt lentement sur nos bras.
Son contact sur ma peau était brûlant au point de la calciner.
La ligne, qui brûla la peau sans pitié avant de s'y fixer, se grava bientôt comme un tatouage et s'infiltra jusqu'au plus profond de mon âme.
C'était une sensation désagréable, chaque fois, mais je la supportai.
« Ouf. »
Peu après que la gouvernante eut poussé un long soupir, la porte de la chambre s'ouvrit.
La chambre était sombre. Les épais rideaux occultants ne laissaient même pas entrer une poignée du clair de lune, caché derrière de sombres nuages.
La gouvernante, qui avait allumé la lampe posée près du lit, me fit signe.
« Approche et présente tes respects, mademoiselle Daisy. »
Pourquoi cette chambre était-elle si sombre et si silencieuse ?
Pourquoi cette chambre ne donnait-elle pas l'impression d'un endroit où vivaient des gens ?
Pourquoi ne sentait-on, dans cette chambre, aucune autre présence humaine que la gouvernante et moi ?
Pourquoi la baronne Weatherwax ne demandait-elle pas la raison d'une visite de servantes à une heure si tardive ?
Ravalant d'innombrables questions, ce que je découvris sur le lit, c'était la baronne Weatherwax.
« Voici le chef et la maîtresse de notre famille Weatherwax. »
La baronne Weatherwax était, pour ainsi dire...
« Voici la baronne Grey Weatherwax. »
Un œuf.
