« Toi… !! Hé, enfoiré, enfoiré !! »
Ça faisait tellement de bruit derrière moi que je me suis retourné.
L'homme de tout à l'heure me foudroyait du regard.
« Hmph. Tu t'es enfin retourné. »
Allons bon. Mes descendants semblent manquer de manières.
Devrais-je le corriger un peu ?
« Pardon. Ta puissance magique est si faible que je ne t'avais pas vu. »
« Qu… qu'est-ce que tu as dit !? »
Les yeux de l'homme se sont emplis de fureur presque aussitôt.
« Je suis le duc démon Zepes Indu, et tu oses m'insulter en connaissance de cause ? »
« Duc démon… ? Non, jamais entendu parler de toi. Tu es célèbre ? »
Ah, je vois. Ce surnom a dû naître à un moment ou à un autre au cours des deux mille dernières années.
« Hé, toi, enfoiré. Excuse-toi tout de suite. »
Quelle voix glaciale.
Zepes me fixe d'un regard sans pitié et serre le poing. Des particules de puissance magique se rassemblent, et un cercle magique se dessine.
Deux, trois, quatre… cinq cercles magiques.
Il ouvre la main, et une flamme d'un noir de jais, condensée, jaillit de sa paume.
« Qu… !? »
« Surpris ? Tant mieux. Tu vas implorer qu'on t'épargne ? Je te pardonnerai si tu me lèches les bottes. Sinon, j'utiliserai cette flamme noire capable de brûler jusqu'aux dieux, qu'on appelle le Feu Démoniaque, et je réduirai ce joli minois de demoiselle à l'état de squelette. Hyahahahahaha !! »
Qu… qu'est-ce que… c'est que cette magie de bas niveau ? À quoi bon tracer cinq cercles magiques pour produire cette flamme démoniaque ?
Bien sûr que je suis surpris. Il a parlé avec une emphase si grandiloquente, et on vient de me montrer une magie inférieure à celle d'un enfant qui joue avec des allumettes.
Bien qu'il soit mon descendant, il n'est absolument pas doué en puissance magique. Pauvre garçon.
« Fffou. »
« … Qu'est-ce que… Impossible !! C'est impossible !! »
J'ai soufflé la flamme démoniaque.
« Enfoiré, enfoiréééé… Qu'est-ce que tu as fait !! »
« Pourquoi es-tu surpris ? J'ai juste soufflé la flamme d'une allumette. »
« Ma flamme démoniaque, une flamme d'allumette !? »
À la base, Zepes et moi n'utilisons pas du tout la puissance magique de la même façon.
Ce type rassemble frénétiquement sa puissance magique et s'en sert de force. Moi, j'en ai naturellement tout autour de moi et je peux m'en servir spontanément.
À l'âge des mythes, si on n'en était pas capable, la mort était assurée.
Enfin, je suppose que cet état d'esprit de la paix à tout prix a entraîné le déclin de la magie ; mais ce pourrait être une bonne époque pour vivre. Des démons faibles peuvent désormais parler avec une telle emphase.
« Enfoiré… une telle insulte… ne crois pas que tu vas repartir vivant. »
Ce type ne comprend donc pas l'écart entre nos niveaux ?
« Attends un instant. »
Quand j'ai parlé, le corps de Zepes s'est raidi comme s'il était paralysé.
« … Qu'est-ce qui t'arrive ? »
« Qu… Je ne peux plus bouger… qu'est-ce que tu m'as fait !? »
Ah, je vois. La puissance magique s'attache naturellement à mes paroles : j'ai dû lui lancer une contrainte.
Se laisser prendre aussi facilement par la puissance des mots. Ses défenses antimagie doivent être bien faibles.
« Tant pis. Reste planté là et réfléchis un moment à tes actes. »
À peine avais-je fini de parler que Zepes a pris un air contrit.
« Toutes ces choses que j'ai dites… ce n'étaient pas des paroles à prononcer en rencontrant quelqu'un pour la première fois… S'il y avait un trou… je voudrais m'y cacher. Comment pourrais-je me faire pardonner ce que j'ai fait ? »
Zepes a continué à réfléchir à ses actes, planté là comme un épouvantail.
Les voix des autres candidats de tout à l'heure se sont remises à murmurer.
« C'est incroyable. Ce type a fait s'excuser Zepes. »
« Ah, tu as vu ? Il a éteint cette flamme démoniaque. Ce doit être un maître de l'antimagie. »
« Je n'ai jamais vu sa tête. C'est peut-être l'outsider de la génération du chaos. »
Quelle exagération.
J'ai pourtant modéré ma voix. Même ce type devrait pouvoir défaire ma contrainte d'ici une dizaine de minutes.
« Désolé de t'avoir fait attendre. On y va ? »
J'ai appelé Misha, qui m'attendait, et nous nous sommes mis en marche.
« … Arnos… » m'appelle-t-elle d'une petite voix.
« Quoi ? »
« … Fort… ? »
Je n'ai pas pu m'empêcher de rire.
« Je ne le nierai pas, mais dans ce cas précis, ce n'est pas le mot qui convient. »
Elle penche la tête sur le côté, perplexe.
« … Pourquoi pas le mot qui convient ? »
« Ce type était trop faible. »
Nous sommes entrés dans l'arène où se déroulait l'examen.
