Quelques jours plus tard.
Sous mes yeux s'étend la vue familière de la grande porte de mon château.
Mon château a été bâti à partir d'une formation magique tridimensionnelle : même après deux mille ans, il est toujours en bon état. Par endroits, toutefois, il accuse son âge par rapport à l'époque où j'étais encore en vie.
La seule chose qui ait vraiment changé, c'est son nom : on l'appelle désormais l'académie du Roi Démon.
En regardant autour de moi, je vois des gens franchir la porte les uns après les autres.
Ils viennent passer l'examen d'entrée ?
« Mon petit Arnos, courage. »
J'avais beau leur avoir dit que ce n'était pas nécessaire, mes parents ont eu vent de l'examen et m'ont accompagné jusqu'à l'école.
« Toi, euh, il, hé, héhé, garde l'esprit calme ! »
Mon père marmonne des choses incohérentes.
« Non, c'est toi qui devrais te calmer, papa. »
« Ah, ouh, tu as l'air d'aller bien. »
« Mm, mm. Notre petit Arnos est si fort, en un mois à peine. Il va forcément réussir ! »
Évidemment, aucun autre démon n'est venu avec ses parents.
Les regards alentour me font un peu honte.
« Bon, j'y vais. »
Je me retourne et me dirige vers la file de démons alignés devant la grande porte.
« Allez, Arnos, tu peux le faire ! Allez, Arnos, tu peux le faire ! »
Hmm. Mon père est embarrassant…
C'est donc ainsi que sont les parents humains ? Je dois avouer que ce n'est pas désagréable du tout, juste un peu gênant.
« Hourra, hourra, Misha ! Courage, courage, Misha ! »
Un autre encouragement embarrassant, qui ne venait pas de mon père, retentit derrière moi.
Un rapide coup d'œil me montre un homme barbu au visage sévère, les poings levés au ciel, en train de s'égosiller.
Il a du sang de démon mêlé, mais il semble assez faible en lui. À peu près comme mon père, peut-être ? Ce qui veut dire qu'il pourrait être humain, lui aussi.
S'éloignant d'un pas traînant de cet homme embarrassant, une fille sans expression. Elle est très jolie : des yeux bleus, un nez droit et un visage candide. De longs cheveux blond platine aux boucles vaporeuses lui cascadent sur les épaules.
Elle porte une robe noir et blanc. La broderie et la coupe semblent d'origine démoniaque. Si c'est le cas, ses parents sont peut-être des démons et non des humains, eux aussi. Enfin, sa mère pourrait être une démone, en tout cas.
« Allez, Arnos, tu peux le faire ! Allez, Arnos, tu peux le faire ! »
Au moment où je passe la grande porte, j'entends de nouveau mon père.
La fille se tourne vers lui et suit son regard jusqu'à moi.
« Ah… »
Nos yeux viennent de se croiser.
« On dirait qu'on est tous les deux dans l'embarras. »
Quand je prends la parole, elle laisse échapper un petit rire timide.
« … Mm… »
La fille a émis un bref acquiescement.
Elle a du mal à parler ? Elle est taciturne, peut-être ? Elle ne semble pas près d'en dire davantage.
Elle n'a pas l'air de se méfier de moi, en tout cas.
« Je suis Arnos. Arnos Voldigod. »
Après avoir parlé, je me suis demandé si j'avais bien fait. C'est le nom du Roi Démon fondateur. D'un côté, je ne veux pas faire d'esclandre ; de l'autre, je ne vois aucune raison de le cacher non plus.
Bah, peu importe. Maintenant ou plus tard, ça ne change pas grand-chose.
« … Misha… »
Contre toute attente, mon nom ne lui a fait aucun effet.
« … Misha Necron… »
Je me demande pourquoi elle ne s'y est pas intéressée. Cela dit, c'est mieux ainsi.
Deux mille ans ont passé. Je n'imagine pas que quiconque ici s'intéresse au Roi Démon Arnos.
« Enchanté, Misha. »
« … Mm… »
Encore une réponse brève.
Alors que j'allais franchir la porte, un homme s'est planté devant moi.
La peau mate, un corps comme forgé dans l'acier, des cheveux blancs coupés court, il semble avoir une vingtaine d'années.
Il arbore un sourire qui transpire les mauvaises intentions.
« Hein ? Tu passes l'examen d'admission avec tes parents ? Depuis quand l'académie du Roi Démon est un terrain de jeu pour les gamins ? »
Hmm. Qui est ce type ?
« … Hé, c'est pas… ? »
« Aah… ça sent mauvais… Il s'est attiré le regard arrogant de Zepes. Je me demande s'il va garder tous ses membres… »
Apparemment, ce gaillard est célèbre.
Laissons-le de côté pour l'instant : cette file s'étire-t-elle tout le long du côté droit ? C'est là que se trouvait l'arène, j'en suis sûr.
Je vois. Ils doivent faire passer l'examen d'entrée là-dedans.
« Tu te débrouilles bien au combat, Misha ? »
« … Pas vraiment… »
Le combat n'est pas son fort, apparemment. Enfin, puisque le monde est en paix, ce n'est pas grave.
Nous sommes partis vers la droite et avons rejoint la file.
