Aller au contenu principal

Chapitre 12

Chapitre 12

3 novembre 2026 ~11 min · 2 013 mots

Une respiration rauque, mais rythmée.

Quelqu'un s'entraînait sur le Terrain d'épreuve du Givre.

Le Terrain d'épreuve du Givre était accessible à toute heure pour l'entraînement et la préparation physique.

Les soldats qui souhaitaient s'entraîner de leur côté pouvaient l'utiliser quand bon leur semblait.

Mais jamais.

Jamais aucun soldat n'y était arrivé avant moi pour s'entraîner.

J'entrai sur le Terrain d'épreuve du Givre, la curiosité en éveil.

Et alors...

Hah ! Hah ! Hah !

Je vis Adrian en train de travailler son corps.

Le torse nu d'Adrian, sa chemise jetée de côté.

Des muscles fermes s'y étaient implantés.

C'était peut-être pour ça.

Le froid mordant de l'aube, un froid qui justifiait le mot « givre ».

Il ne parvenait pourtant pas à vaincre la chaleur d'Adrian.

'Encore aujourd'hui...'

C'était déjà le dixième jour.

J'avais naturellement entendu les rumeurs.

Les rumeurs selon lesquelles Adrian avait changé.

Tous les soldats du territoire Whitewolf, et même les servantes de la Résidence du seigneur, ne parlaient que d'Adrian : impossible de ne pas être au courant.

Adrian vivait pratiquement sur le Terrain d'épreuve du Givre, alors je le croisais tous les jours.

Mais je n'y prêtais pas grande attention.

Je pensais que ça ne durerait pas, rien de plus.

Le premier jour passé, je n'y prêtai pas attention.

Le deuxième jour, toujours pas.

Le quatrième jour, je me dis qu'il abandonnerait bientôt.

Passé le quatrième jour, un léger trouble naquit.

Le cinquième et le sixième jour, je me demandai brièvement : et si... ?

Au bout d'une semaine, le huitième jour, j'admis qu'il avait la volonté de changer.

Mais je pensais que ça s'arrêterait là.

Le neuvième jour, je chassai délibérément cette pensée.

Et aujourd'hui, le dixième jour.

Hah ! Hah ! Hah !

Adrian travaillait son corps sur le Terrain d'épreuve du Givre, sans faillir.

À ce stade, même moi, je devais reconsidérer les choses.

Bien sûr, dix jours, ce n'est pas si long.

C'était bien trop court pour déclarer qu'un homme avait vraiment changé.

Mais une telle préparation physique n'était pas à la portée de n'importe qui.

À vrai dire, dix jours, non, même une seule journée, c'est éreintant.

Je ne négligeais pas non plus ma propre préparation physique.

Mais je n'avais pas la certitude de pouvoir me pousser à ce point.

Ce que faisait Adrian dépassait de très loin les limites de la physiologie humaine.

Bien sûr, il possédait une capacité de récupération remarquable, presque étrange.

Je me demandais comment Adrian pouvait bien avoir de telles capacités de régénération, et pourtant...

Même ainsi, la récupération ne faisait que restaurer le corps.

Mais pousser ses muscles jusqu'à leur point de rupture absolu ?

Cela exigeait tout autre chose : de la volonté et de la force mentale.

Sans volonté ni force mentale pour fondation, même une régénération digne d'un troll ne servait à rien.

Et une meilleure récupération signifiait que les dégâts réels s'accumulaient moins.

Sans stimulation suffisamment intense, le corps ne pouvait pas être entraîné du tout.

Cet entraînement était, au sens propre, impossible si l'esprit ne dominait pas la chair.

Seule une force mentale pure permettait de dépasser les limites du corps.

Mais c'était bien plus facile à dire qu'à faire : extraordinairement difficile.

Une force mentale sans l'endurance physique pour la soutenir.

Une telle volonté était plus mince que du papier.

Adrian avait tenu cet entraînement pendant dix jours.

Dix jours d'affilée, ce fou furieux avait dépassé ses limites, jour après jour.

Les soldats du château du comte ne voyaient plus Adrian comme la honte de la maison du comte Whitewolf.

Les servantes de la Résidence du seigneur ne le voyaient plus comme la honte de la maison du comte Whitewolf non plus.

Seules les petites gens du territoire Whitewolf, encore ignorantes de ces changements, continuaient à voir en Adrian la honte de la maison du comte Whitewolf.

Autrement dit...

Même moi, j'avais fini par l'accepter.

Qu'Adrian avait changé.

Que ce n'était pas un simple effort passager.

Et pourtant, dans mon regard posé sur Adrian...

« ... »

La méfiance et le soupçon restaient intacts.

***

[Ce type est complètement cinglé !!!!]

Les mots frénétiques s'embrasèrent devant mes yeux.

Je jetai la barre au sol, où elle s'écrasa dans un fracas de tonnerre.

À cet instant, l'attention de tous les soldats se braqua sur moi.

Mais je n'avais pas la tête à m'en soucier.

Mes muscles déchirés ne pouvaient plus obéir, même pour remuer un doigt : respirer était devenu un fardeau.

Mon corps, tel un pantin aux fils coupés, s'effondra mollement au sol.

[Tu peux utiliser la compétence « Régénération [C+] » pour restaurer tes muscles déchirés.]

[Nutriment requis : protéines.]

[Veux-tu consommer des protéines pour régénérer tes muscles déchirés ?]

À l'instant où j'acceptai, un bruit humide et gargouillant résonna en moi...

Tout mon corps fut pris de convulsions tandis que les fibres musculaires déchirées commençaient à se régénérer.

Les muscles se reconstruisaient, plus denses, plus serrés qu'avant.

« Argh... ! »

J'avais l'impression que tout mon corps était mis en pièces.

Qu'est-ce qui clochait chez moi ? Chaque jour, l'intensité de mon entraînement augmentait de façon exponentielle.

À mesure que la force de mes fibres musculaires augmentait, l'intensité des dégâts que je m'infligeais augmentait aussi, et la douleur grimpait elle aussi de façon exponentielle.

Cette fois, je m'étais vraiment brisé : la régénération venait avec une lenteur douloureuse.

Apparemment, j'avais subi des dégâts qui dépassaient le grade de ma capacité de régénération.

Il faudrait bientôt que je chasse un troll des glaces pour acquérir du matériel génétique supplémentaire.

Je restai étalé au sol, à attendre que mon corps se régénère.

Puis, soudain.

Mon regard tomba sur Kai, qui dirigeait l'entraînement des soldats à un bout du terrain d'épreuve.

Kai avait toujours été ainsi.

Il entraînait personnellement les soldats du territoire Whitewolf.

Au début, je me posais la question.

Pourquoi un noble chevalier s'occuperait-il de telles tâches ?

Mais pendant mon temps dans les Forces alliées, j'avais fini par comprendre.

C'était le véritable devoir d'un chevalier.

Chevalier, c'était à la fois un titre et une fonction.

Le seigneur détenait l'autorité militaire suprême, mais en temps de guerre, le chevalier devenait officier de commandement et dirigeait la plupart des opérations militaires.

Par conséquent, « premier chevalier » voulait dire commandant militaire suprême.

Le commandement opérationnel et l'entraînement des soldats relevaient de ses attributions.

Mais les commandants, comme souvent, se relâchaient dans leurs devoirs.

Entraîner les soldats ?

Ils refilaient simplement ce travail à leurs subordonnés.

Kai, lui, était différent.

Dans tous mes souvenirs, il n'y avait pas un seul cas.

Il ne s'était jamais dérobé à ses responsabilités ni à ses devoirs.

Un homme dévoué à la « chevalerie » qui consiste à remplir son devoir.

Il avait beau avoir sombré en devenant commandant de la Légion du Givre, le Kai de l'époque où il était encore humain était le modèle même du chevalier.

Regardez-le maintenant.

Kai portait une armure de métal.

Un chevalier en armure de métal, quoi de plus normal, direz-vous ?

Pas du tout.

Une armure de fer pèse environ quarante kilos.

Une armure de plates complète pèse à peu près le double, dans les quatre-vingts kilos.

Aucune personne saine d'esprit ne portait ça pour un oui ou pour un non.

De plus, on était ici dans la Plaine neigeuse du Nord.

Savez-vous ce qui arrive quand on porte une armure de métal dans un froid mordant et implacable, toute l'année ?

La peau se déchire.

Ce n'était pas une simple figure de style.

Le métal exposé au froid absorbe rapidement l'air glacé, et quand il touche la peau nue, la chair gèle instantanément et la peau se déchire.

C'est pour ça que les soldats du château du comte portent des armures de cuir.

Enfiler une armure de métal par ce froid serait du suicide.

Pourtant, Kai restait indemne, et la raison en était...

'Il protège son corps avec son aura.'

Et il le faisait toute la journée.

'Ce fou furieux.'

Il n'y avait vraiment personne d'aussi fou que lui.

Le plus absurde, c'était ses raisons.

D'abord, parce qu'il était « chevalier ».

Il devait se tenir entièrement prêt au combat, à tout moment, en tout lieu.

Et ensuite, tout cela au nom de l'entraînement.

'Il disait qu'il pouvait ainsi entraîner son aura en continu, même dans les moments ordinaires.'

Kai n'enlevait même pas son armure pour manger.

Plus encore, il voyait le repos lui-même comme une forme d'entraînement.

En ce sens, Kai transcendait chaque instant : son existence même était culture et raffinement.

La personne la plus folle que j'aie jamais rencontrée, toutes vies confondues.

Je me surpris à penser qu'il fallait être aussi fou pour devenir une Liche par la seule force de la volonté.

Le génie ne peut surpasser l'homme assidu, l'homme assidu ne peut surpasser celui qui aime ce qu'il fait, et celui qui aime ne peut surpasser le fou, dit le dicton.

Kai était à la fois un génie et un fou à lier.

Tuer quelqu'un comme ça ?

Je ne pouvais pas me permettre de rester les bras croisés.

Il fallait que j'embrasse la folie, moi aussi.

[Le tissu des fibres musculaires a dépassé les limites humaines !]

[Les fibres musculaires sont reconstruites à neuf !]

[Ta Force augmente de +4 !!]

Je fourrai la ration dans ma bouche tout en ajoutant du poids sur la barre.

***

Une fois l'entraînement militaire de base des soldats terminé.

La phase suivante était la « préparation physique ».

C'était une séance à laquelle participaient non seulement les soldats, mais aussi moi.

Même un chevalier qui maniait l'aura ne pouvait négliger la culture de son corps.

L'efficacité de l'aura variait selon la qualité du corps qui lui servait de fondation.

Pour un chevalier, le corps est à la fois la fondation et le socle.

Aussi exceptionnelle que soit l'escrime, aussi brillant que soit le talent, sans fondation solide pour les soutenir, tout perd sa valeur.

Le talent seul n'aboutit à rien de plus que la médiocrité.

Je faisais ma préparation physique avec les soldats.

Sans raison particulière : c'était simplement ma routine quotidienne, mon entraînement.

« Tout le monde. Calez votre respiration et avancez au pas de course. »

Moi en tête, les soldats se mirent à courir à l'unisson.

Au début, tous suivaient l'allure.

Mais peu à peu, ceux qui ne pouvaient pas tenir la vitesse commencèrent à décrocher.

Je ne les pressai pas pour autant.

Même entre soldats, l'endurance physique varie d'une personne à l'autre.

Il est injuste d'exiger un entraînement identique quand les capacités naturelles diffèrent autant.

La préparation physique n'est pas une compétition.

Il s'agit simplement de se pousser jusqu'à la limite de ce qu'on peut accomplir, et de le faire avec constance, chaque jour.

Le véritable entraînement consiste à reconnaître ses propres limites à travers ce processus, et à cultiver le cran et la persévérance pour les dépasser.

Une force mentale sans le socle de l'endurance physique n'est que du papier de soie, tout comme une force physique dépourvue de résolution n'est qu'un bonbon creux.

« Haah... ! Haah... ! »

« Je... je n'en peux plus... ! »

Au bout d'environ une heure, des soldats commencèrent à rendre les armes.

Au bout de deux heures, la plupart s'étaient effondrés d'épuisement.

Il ne restait plus que le capitaine de la garde et les instructeurs.

Mais même eux ne purent dépasser les trois heures.

Quelques-uns avaient franchi la barre des trois heures, mais l'écart était négligeable.

Alors seulement, j'augmentai encore l'allure.

Il était temps de tester mes propres limites.

« Waouh... ! »

« Vraiment remarquable... »

À mesure que la vitesse augmentait, des exclamations fusèrent parmi les soldats.

C'était bien naturel : nous avions couru ensemble près de trois heures, et voilà que j'accélérais encore.

À première vue...

C'était de l'admiration qui m'était adressée.

Mais je discernais la vérité.

Ces exclamations, ces souffles coupés, ne m'étaient pas destinés.

Je tournai lentement la tête en arrière.

Mon regard balaya ce qui se trouvait derrière moi.

Quelqu'un me talonnait de près.

« Hah ! Hah ! Hah ! »

... C'était Adrian.

Fin du chapitre 12
Fiche de l'œuvre

Commentaires

Code anti-spam :······
0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.