La cité de Lumeria.
Cette métropole tentaculaire au cœur du continent n'était pas seulement le centre géographique du monde : elle en était le cœur symbolique.
L'un de ses portails de téléportation brillait d'un vif éclat.
« Chers voyageurs, nous sommes arrivés à la cité de Lumeria. Veuillez vérifier que vous n'oubliez rien avant de descendre. »
À la suite de l'annonce, Leo franchit le portail.
Le portail de téléportation se dressait sur un plateau, en bordure de la ville.
En sortant, Leo vit le panorama de la cité de Lumeria se déployer devant lui.
Fwouuh !
Ses cheveux blancs flottèrent dans la brise.
Un vaste paysage urbain, d'une grande modernité, s'étendait à perte de vue.
Au loin miroitait un lac si immense qu'on aurait pu le prendre pour une mer.
D'ordinaire noyé dans une brume épaisse, il était aujourd'hui d'une clarté de cristal.
Grâce à cela, on distinguait au bord du lac la silhouette d'un grand château : l'Académie Lumern.
'Dans deux jours, j'y serai.'
Un mois s'était écoulé depuis l'examen d'entrée.
Comme toujours, il avait fait couler beaucoup d'encre.
L'examen de la région de l'Ouest, le champ de bataille de Leo, était sur toutes les lèvres.
Avec seulement quarante admis, il avait fait grand bruit.
'Ce n'est pas mon problème.'
Leo avait été occupé à préparer son entrée.
Aujourd'hui, après un mois de préparatifs, il arrivait à Lumeria.
Personne de la maison Flove ne l'accompagnait.
La cérémonie d'entrée de Lumern était interdite aux personnes extérieures.
'Va apprendre tout ce que tu peux.'
'Mon fils, tu ne nous en voudras pas si on ne vient pas te dire au revoir, hein ?'
Au souvenir des paroles de Deid et de Reina, Leo sourit.
Ses parents étaient nobles, mais pas du genre à jeter l'argent par les fenêtres.
'Plutôt que de gaspiller de l'argent en portails de téléportation, ils préfèrent le consacrer au bien-être du fief.'
Leo partageait leur point de vue.
Quittant le portail, il s'engagea dans la rue Kuraju, l'artère commerçante animée de Lumeria.
'Elle a dit qu'elle m'attendrait ici.'
« Leo ! Par ici ! »
Celia, ses longs cheveux noirs noués en queue-de-cheval, agitait la main avec énergie. Vêtue d'une tenue de sortie élégante et pratique, elle attirait les regards en s'approchant avec un sourire éclatant.
« Tu vas bien ? »
« Pas de raison que ça n'aille pas. Félicitations pour la première place, au fait. »
« Être première ex æquo avec ce petit beurre, c'est agaçant, mais première, c'est première. »
Elle rejeta ses cheveux en arrière avec élégance.
« Alors maintenant, regarde-moi avec un peu de respect. »
« Difficile de respecter quelqu'un que j'ai vu vomir tripes et boyaux. »
« Hé ! »
Celia vira au rouge et se mit à crier.
« Rah ! Tu ne me laisses jamais gagner ! »
Elle le fusilla du regard, puis poussa un lourd soupir.
« Où est l'oncle Zis ? »
« Il arrive ce soir. D'ici là, je me suis dit qu'on pourrait faire les boutiques de la rue Kuraju. »
La rue Kuraju vendait tout ce dont un élève de Lumern pouvait avoir besoin.
Des uniformes aux manuels, en passant par le matériel propre à chaque filière, les armes, les bâtons et les catalyseurs d'invocation, on y trouvait de tout.
« Tu n'as pas encore acheté ton uniforme ni tes livres, si ? »
« Non. »
« Tu pourras les avoir aujourd'hui. Suis-moi, je vais te servir de guide, dans ma grande bonté. »
***
Celia conduisit Leo jusqu'à une grande boutique de vêtements sur le boulevard principal.
Une vitrine exposait les uniformes de Lumern.
On y lisait le nom de la marque : [Blessrigger].
« Ça a l'air cher. »
« Évidemment. Ils confectionnent les uniformes de Lumern depuis mille ans. »
Lumern exigeait trois types de tenues : une tenue de cérémonie pour les occasions officielles, l'uniforme standard pour les cours et une tenue d'entraînement pour les travaux pratiques.
Chacune devait répondre à des exigences minimales.
Pour les respecter, le « tissu de mana », imprégné de mana, était indispensable. La qualité du tissu de mana déterminait la gamme de l'uniforme, expliqua Celia.
« Et Blessrigger, c'est une marque de luxe. J'ai acheté le mien ici aussi. »
Ses explications terminées, Celia entra dans la boutique.
Ding, ding.
« Bienvenue chez Blessrigger. »
Un vendeur qui attendait leur ouvrit la porte avec un sourire chaleureux.
À l'intérieur, quelques clients flânaient, dont certains semblaient être de nouveaux élèves de Lumern.
Tandis qu'ils parcouraient les présentoirs du regard, une femme d'âge mûr s'approcha.
« Bonjour, mademoiselle Celia. C'est un honneur de vous recevoir de nouveau. »
Elle s'inclina avec grâce et parla d'un ton prudent.
« Puis-je vous demander l'objet de votre visite ? L'uniforme ne vous donne-t-il pas satisfaction ? »
« Si, si. Je suis venue faire ajuster un uniforme pour homme. »
Celia sourit en désignant Leo.
« Il entre à l'académie avec moi cette année. »
« Oh, je vois. Je pensais que vous seule entriez cette année du côté des Zerdinger. Un autre jeune maître, donc. »
Couvrant sa bouche dans un léger hoquet de surprise, la couturière s'inclina devant Leo.
« Je suis Nera, couturière chez Blessrigger. »
Leo remarqua qu'elle était mage.
'Logique. Travailler le tissu de mana exige un savoir-faire magique. Mais tout de même, une mage couturière... Les temps ont changé.'
« Jeune maître, je vais prendre vos mesures. »
Nera sortit un mètre ruban et prit les mesures de Leo.
« Vous visez bien la filière Chevalerie ? »
« Oui. »
« Quel est l'attribut de votre aura ? »
L'aura variait selon la nature de la technique.
Les mélanges de tissu de mana différaient selon l'attribut de l'aura.
Ils pouvaient renforcer la défense contre les attributs opposés, ou amplifier la puissance du même attribut.
L'effet n'avait rien de spectaculaire, mais dans l'environnement compétitif de Lumern, le moindre avantage comptait.
« Un tissu de mana neutre, s'il vous plaît. »
« Pardon ? »
Nera eut l'air légèrement perplexe, et Celia, qui souriait à côté, fronça les sourcils.
Leo sourit.
« Neutre, s'il vous plaît. »
Un tissu de mana neutre.
Une étoffe ordinaire, sans aucun attribut.
Naturellement, aucun client n'en demandait.
« Bien compris. »
Mais la parole du client faisait loi.
Après avoir pris les mesures et noté les détails, Nera se retira dans l'atelier de couture.
« Pourquoi neutre, tout à coup ? Tu vas apprendre l'aura de notre famille. Un tissu de mana d'attribut feu t'irait mieux. »
« Une idée qui m'est venue, c'est tout. »
'Neutre, ça veut dire que ça peut devenir n'importe quoi.'
Il apprendrait la technique d'aura des Zerdinger, bien sûr.
Mais il n'avait pas l'intention de s'en remettre uniquement à elle.
« Au fait, je suis fauché. »
« Tu crois que je serais assez radine pour te faire payer ? Père a entendu parler de toi, et il a décidé que les Zerdinger prendraient en charge tous tes frais de scolarité. »
Leo se souvint des paroles de Reina.
'Ça va, ça va. Ton oncle est radin, mais il roule sur l'or. S'il fait le pingre, je ne resterai pas les bras croisés.'
C'était ce qu'elle avait dit quand Deid s'était inquiété des frais de scolarité, de l'uniforme et des manuels de Leo.
D'après elle, elle avait laissé derrière elle ses biens personnels en quittant les Zerdinger.
Comme ils lui appartenaient en propre, indépendamment de la famille, elle pouvait les réclamer.
'Avec son caractère, elle serait capable de débarquer chez les Zerdinger et de tout mettre sens dessus dessous.'
Le patriarche, qui le savait, avait sans doute accepté de financer Leo pour cette raison.
Peu après, Nera, en maîtresse couturière, revint avec un uniforme sur mesure.
Après un essayage et quelques retouches, il fut parfait en moins d'une heure.
Nera s'inclina.
« L'uniforme sera livré à votre logement. »
Guidés par un vendeur, ils réglèrent la note et quittèrent Blessrigger.
« Ensuite, les manuels ? »
Celia emmena Leo dans une immense librairie.
Il leur fallait les manuels généraux obligatoires et ceux propres à chaque filière.
Leo prit non seulement les manuels de Chevalerie, mais aussi des livres de Magie et d'Invocation.
« Tu te prépares déjà pour les duels ? Tu es méticuleux, dis donc. »
Celia hocha la tête d'un air approbateur, mais Leo pensa : 'Je compte les étudier moi-même.'
Il ne le dit pas à voix haute.
On l'aurait pris pour un fou.
Après avoir acheté tout le nécessaire, ils partirent explorer Lumeria.
La métropole regorgeait de curiosités.
Visiter la ville était amusant, et la cuisine de rue, un régal.
En regardant Celia savourer une glace d'un air ravi, Leo eut un petit sourire en coin.
'Encore une gamine, au fond.'
En tant qu'héritière des Zerdinger, Celia restait toujours consciente du regard des autres, mais avec Leo, qui avait son âge, elle laissait voir son côté de jeune fille.
À l'heure du dîner, ils regagnèrent leur logement.
« Vous voilà ? »
« Mon oncle ! »
Zis les attendait.
« Alors, comment ça s'est passé ? »
Zis ébouriffa les cheveux de Celia, qui avait l'air inquiète, puis s'approcha de Leo.
« Leo, comment as-tu passé ce mois-ci ? »
« Bien. »
« Le conseil de famille a pris sa décision. »
Après l'examen, Zis avait proposé que Leo apprenne le [Souffle du Phénix].
Permettre à une personne extérieure, même de même sang, d'apprendre la technique secrète de la famille était une question délicate.
Le conseil en avait débattu pendant un mois, et le verdict était tombé aujourd'hui.
« Tu as reçu l'autorisation d'hériter du [Souffle du Phénix]. »
Celia s'illumina et se tourna vers Leo.
« Félicitations, Leo ! »
Pour s'être entraînée et mesurée à lui, elle était convaincue que Leo était digne des Zerdinger.
Mais les anciens auraient pu en juger autrement.
Son soulagement était manifeste.
« Bien que ta mère ait quitté la famille, son sang et... » Zis sourit largement.
« Tes résultats à l'examen de l'Ouest ont impressionné les anciens. »
La réputation de l'examen de l'Ouest et de ses quarante admis avait fait le tour du monde.
Zis tendit à Leo une clé rouge.
Une clé de sous-espace.
« Ouvre-le, ce sous-espace. »
Leo inséra la clé dans le vide et la tourna, ouvrant un sous-espace. Un livre en sortit.
Il l'ouvrit, mais les pages étaient blanches.
'Scellé.'
Il saisit aussitôt la structure du sceau.
« Fais tomber ton sang là. »
Leo se mordit le doigt et laissa une goutte de sang tomber sur la page.
Des mots apparurent.
« À partir de maintenant, toi seul peux lire ce livre. »
« Compris. »
« L'entrée à l'académie, c'est dans deux jours... Pourquoi ne pas essayer de l'apprendre d'ici là ? »
« Ça ne pose pas de problème ? »
« Bien sûr que non. L'idéal serait que tu éveilles ton aura avant l'entrée. »
Zis eut un sourire énigmatique.
« Mais ça ne sera pas facile. »
***
Le [Souffle du Phénix] en main, Leo entra dans sa chambre.
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Tu vas entraîner ton aura, non ? Je t'aiderai si tu bloques. »
« Comme ça, gratuitement ? »
« Si tu dis : "S'il vous plaît, ma dame", peut-être. »
« Dit celle qui m'appelait "jeune maître" après avoir perdu. »
« Hé ! »
Celia lança un oreiller sur son cousin, qui ramenait sur le tapis son sombre passé.
Leo l'esquiva avec une aisance exaspérante.
Assis sur le lit, il ouvrit le livre.
Celia, folle de rage, le foudroya du regard.
« Rah ! Je ne t'aiderai pas tant que tu ne m'auras pas suppliée comme il faut ! »
Sans s'occuper d'elle, Leo eut un petit sourire et parcourut le contenu.
'Impressionnant.'
C'était digne d'une technique d'aura de famille héroïque.
Complexe, mais puissante.
Tandis que Leo se concentrait sur la circulation du mana du Souffle du Phénix, Celia ricana.
'Il n'y a aucune chance que ce soit facile.'
Avec le talent de Leo, les techniques d'aura de base seraient une partie de plaisir.
'Ma tante a dit que Leo avait atteint la résonance du mana.'
Maîtriser la résonance du mana, le plus grand obstacle, revenait à avoir fait la moitié du chemin vers n'importe quelle technique d'aura.
Mais le Souffle du Phénix était différent.
Il exigeait non seulement la résonance, mais aussi une manipulation du mana d'une grande finesse.
Ce n'était qu'en allumant une « flamme » qu'on franchissait la première porte.
Même Celia, une prodige, avait mis une semaine à faire naître l'étincelle.
Leo allait bientôt se heurter à un mur avec la manipulation du mana.
Elle eut un sourire rusé.
'Je vais lui faire payer de m'avoir traitée comme une servante. Deux jours à m'appeler "ma dame", ça devrait suffire~'
Tandis qu'elle ourdissait sa vengeance...
Fwouuh !
Des flammes jaillirent du corps de Leo et l'enveloppèrent.
Elles prirent derrière lui la forme d'ailes avant de se dissiper.
« Pas facile, hein ? »
Maîtriser le Souffle du Phénix, c'était se servir de l'aura pour former des ailes de feu.
Il avait fallu deux semaines à Celia pour atteindre ce stade.
'Mais lui... Lui...'
« Ma dame, je bloque ici. Vous auriez des conseils pour y arriver facilement ? »
Désignant un passage, Leo posa la question d'un ton parfaitement détaché.
Celia ne put que hurler : « Espèce de fou ! Il y a des limites à la folie ! Qui maîtrise ça d'un simple coup d'œil ?! »
