En route vers le repaire des bandits, j'avais brièvement demandé : « Un conseil ? »
Le Démon Céleste avait répondu : [Oublie tout ce que tu fais par habitude.]
J'avais insisté : « Oublier, c'est-à-dire… ? »
[Je parle de tes frappes inefficaces. De ton jeu de jambes inutile. De ta garde trop agressive. De tes muscles que tu contractes et relâches à l'excès. De ton équilibre instable. Jette tout ça.]
« Et ensuite ? »
[Laisse simplement ton corps bouger tout seul. Tes yeux s'ouvriront d'eux-mêmes.]
J'eus un large sourire et raffermis ma prise sur la garde de l'épée. « Parfait. »
Shhhkkk !
Un arc écarlate d'énergie d'épée fendit l'air à l'horizontale, entaillant le dos des imbéciles qui ne regardaient que vers l'extérieur.
« Aaagh ! »
« Gyaaah ! »
« Pourquoi l'attaque vient de derrière ?! »
Avant même qu'ils aient pu se reprendre, je fondis sur eux comme une tempête, lame étincelante.
L'embuscade était parfaite, mais il en restait encore beaucoup. J'avais déployé largement mon énergie d'épée pour maximiser les dégâts, mais je ne les avais pas tous fauchés.
Tchac ! Schlac ! Shhhk !
J'en avais abattu environ trois quand…
Clang !
Mon épée fut parée.
« Il porte d'autres vêtements ! »
« Ces yeux rouge sang ! C'est lui ! »
Ils saisirent vite la situation et contre-attaquèrent.
« Espèce d'ordure ! »
« Tu sais où tu es, au moins ?! »
Des lames fondirent sur moi de toutes parts.
D'ordinaire, faire face à des attaques venant de plusieurs angles est extrêmement difficile.
Un : on ne peut pas lire chaque coup.
Deux : même si on y arrive, le corps ne réagit pas toujours assez vite.
Mais cette fois… c'était différent.
Ce n'était pas si dur.
L'air fendu par leurs coups me semblait un prolongement de ma peau. Mes sens lisaient chaque trajectoire d'instinct, et le qi qui circulait en moi permettait à mon corps de réagir instantanément, comme l'éclair.
Exactement comme l'avait dit le Démon Céleste :
Je lâchai tout.
Et je bougeai comme mon corps le voulait. Comme l'ordonnait le talent du Démon Céleste en moi.
J'esquivai, parai et ripostai. Chaque fois que je trouvais une ouverture, mon épée trouvait de la chair.
« Aaagh ! »
« Khuk ! »
Cris et gerbes de sang suivaient chacun de mes mouvements.
Comprenant la gravité de la situation, d'autres hommes sortirent en masse du bâtiment, visiblement plus haut placés.
« Mais t'es qui, toi ?! »
« Tu sors d'où ?! »
« T'as jamais entendu parler d'Alex Double-Lame ?! »
Leurs attaques se firent plus rapides et plus variées, mais je voyais les lignes que traçaient leurs lames, comme une toile d'araignée scintillant au soleil.
Je pris soin de ne pas abîmer ce tableau, glissant proprement mon épée à travers les brèches béantes de leur garde.
« Huuhk ! »
« Gaaah ! »
Cris et sang jaillissaient immanquablement.
C'était un monde que je n'avais jamais vu.
« Haha… »
Un rire monta en moi. C'était plus fort que moi.
Alors c'est dans ce monde-là que vous viviez, pendant que je pataugeais dans la boue ?
« Hahahaha… »
Alors c'est ça que vous ressentiez…
Pas étonnant que vous m'ayez regardé de haut, moi qui m'échinais à maîtriser mon escrime maladroite.
À tous ces génies qui se moquaient de mes efforts :
Je comprends, maintenant.
« Héhahaha… »
Je dansais sous une pluie de sang.
Le Démon Céleste m'avait prévenu de ne pas abuser de l'aura pour l'instant. Mon énergie interne n'était pas assez profonde pour la soutenir longtemps, et la vague d'attaques du début en avait déjà consommé une bonne partie.
Déployer l'énergie d'épée en un large arc brûlait bien plus de qi que d'en envelopper simplement la lame. Et contre des ennemis incapables même d'utiliser l'aura, inutile de la gaspiller maintenant.
À première vue, même ces « officiers » ne savaient pas utiliser l'aura. Celui qui avait attaqué la cabane la veille devait être tout au plus un lieutenant.
Je m'amusais comme jamais quand…
Bang !
La porte s'ouvrit à la volée.
Je me retournai d'instinct.
Un coup d'œil me suffit :
C'était le chef.
Voilà donc le tristement célèbre Gustav « le Sauvage ».
Un homme immense, bâti comme un ours, planta brutalement une énorme épée à deux mains dans le sol et me foudroya du regard. « Mais t'es qui, toi ? »
Je secouai le sang de ma lame et répondis calmement : « Un simple voyageur de passage. »
Ses traits se tordirent. « Espèce de taré. T'as la moindre idée d'où tu es ? »
« Bien sûr. Un repaire d'ordures. La puanteur est insupportable. »
Ses yeux se plissèrent sur l'épée que je tenais. « … C'est toi qui as tué Cooper ? »
« Cooper ? Mais c'est qui, ce Cooper ? »
Puis je me frappai le front. « Oh, tu parles du type qui a appelé sa maman en hurlant comme une fillette avant que je le tue ? »
Ses yeux s'écarquillèrent, et une intention meurtrière déferla de lui par vagues. « Toi… tu es mort. »
Son énorme épée s'embrasa d'une faible aura : plus forte que celle de ce Cooper, mais pas de beaucoup.
Avant qu'il ait pu charger, je me ruai sur lui le premier, l'énergie d'épée écarlate s'épanouissant le long de ma lame.
« Qu'est-ce que… ?! »
Ses yeux s'écarquillèrent davantage. « Jolie, hein ? »
Il leva précipitamment son épée.
« Je sais. »
Je frappai.
Kaaang !
L'impact le projeta en arrière par l'embrasure, à l'intérieur du bâtiment. J'entrai à sa suite et refermai la porte d'un coup de pied, la verrouillant derrière moi.
Les grandes épées comme la sienne sont pénibles à affronter en terrain dégagé. Mieux valait se battre dans un espace exigu.
J'eus un large sourire. « Faisons ça proprement, sans être dérangés. »
Son visage se tordit en un rictus.
Pour m'assurer qu'il ne tenterait pas de ressortir avant qu'on ait commencé, je tirai une dague de ma poche et la fis pendre sous ses yeux. « Tu vois ça ? »
L'homme écarquilla les yeux. « C'est… ! La dague d'Ophosis ! »
« Ce n'est pas une dague. C'est une clé, imbécile. »
La convoitise brilla dans son regard. « Donne-la-moi. »
« Non. »
« Si tu me donnes cette dague, non, cette clé, je t'épargne. »
« J'ai tué ce Cooper, ou je ne sais plus comment il s'appelait. Vous n'étiez pas proches, tous les deux ? À vous appeler "frangin" à tout bout de champ ? »
« Je ferai comme si rien ne s'était passé. »
Je laissai échapper un rire bref.
Évidemment. Les ordures de bandits sont toutes les mêmes.
Avec un sourire narquois, je répliquai : « C'est une dague, espèce d'abruti. »
Crac.
Une veine gonfla sur son front.
« Comment ça pourrait être une clé ? Tes yeux, c'est de la décoration ? »
« Je vais te tuer ! »
Il chargea, balançant son épée à deux mains.
Fracas !
Elle pulvérisa tous les meubles sur son passage.
Je ne voyais aucune raison de l'affronter de front. Sans aura pour envelopper mon épée, elle ne tiendrait pas plus de quelques échanges avant de finir en échardes, comme ces chaises. Et même en l'enveloppant, ce serait trop demander à mes réserves déjà basses.
Je rangeai donc vite la dague, me baissai et l'esquivai d'un pas de côté.
« Où tu crois aller comme ça ?! »
Il rugit derrière moi, mais je l'ignorai et me glissai dans une autre pièce.
La cuisine.
Mon regard tomba sur les couteaux suspendus au mur.
« … Hmmm. »
Une bonne idée me vint.
Projeter directement l'énergie d'épée gaspille beaucoup d'énergie interne.
Mais si j'utilisais un autre objet comme support ?
« Viens ici ! Je vais te couper en deux ! »
Ses pas lourds martelaient le sol, de plus en plus près.
J'attrapai l'un des couteaux de cuisine, y fis passer une fine couche d'aura et le lançai à l'instant où il apparut dans l'embrasure.
Fwoosh !
« Quoi… ! »
Clang !
Il le dévia de justesse.
Plus agile qu'il n'en avait l'air.
« Oh oh. »
Mais sa réaction m'apprit une chose : ça marchait.
Un peu d'aura, une consommation d'énergie minime, et l'impact restait bon.
Voyant le résultat, je me mis à lancer tous les couteaux du mur.
« Hihihi ! »
« Grrr ! »
Clang ! Clang !
La grande épée était trop lourde pour couvrir tous les angles, et il fut contraint de se concentrer sur la protection de ses points vitaux. Ses bras, ses jambes et ses épaules se couvrirent bientôt d'entailles sanglantes.
Une fois à court de couteaux, je lançai tout ce qui me tombait sous la main :
Plateaux, cuillères, fourchettes, et même une marmite de restes de soupe.
Fracas ! Ting ! Clang !
« Arghhh ! Espèce de fils de… ! »
Il tenait le coup jusqu'à ce que la soupe se renverse sur sa tête. Là, quelque chose finit par lâcher. Il chargea comme un forcené, sans se soucier des projectiles.
« Oh, merde. »
Je lui lançai une fourchette droit dans les yeux et bondis de côté.
Une fraction de seconde plus tard, le comptoir où je me tenais vola en éclats.
Smash !
« Arghhh ! Espèce d'ordure ! »
La fourchette s'était plantée dans son front.
Je jaillis de la cuisine, et il déboula derrière moi en saccageant tout sur son passage, une fourchette plantée dans le crâne, tel un taureau enragé.
Je continuai d'esquiver, le laissant me poursuivre dans le bâtiment exigu jusqu'à ce que son souffle devienne haletant et que ses coups d'épée ralentissent. C'est alors que je passai à l'attaque.
Clang !
Il para mon coup de justesse, à bout de souffle. Mais à ce stade, le combat était déjà à moi.
« Game over, espèce d'abruti sans cervelle. »
Tout s'était passé exactement comme je l'avais prévu :
L'attirer dans le bâtiment, le provoquer avec la dague, l'obliger à gaspiller son endurance à manœuvrer sa grande épée entre les meubles, l'épuiser à coups de harcèlement.
C'est comme ça que quelqu'un sans talent survit dans le caniveau.
Maintenant qu'il était épuisé, il ne me restait plus qu'à en finir.
Même en rationnant mon aura, il ne m'en restait que pour quelques utilisations.
Mais c'était assez pour abattre un taureau fatigué.
Clang ! Clang ! Clang !
J'envoyai valser son épée hors de sa portée et lui tranchai le bras.
Sssk !
Puis je lui plantai un coup de pied en pleine poitrine.
Fracas !
Son corps massif traversa le mur de part en part et roula dehors.
Des exclamations étouffées jaillirent parmi les hommes à l'extérieur.
La lumière du soleil se déversa par la brèche béante.
Je la franchis à sa suite avec un sourire aimable. « Eh ben… quelle belle journée. »
« Haha… »
Je me prélassai sous le soleil tiède et la brise fraîche du matin en marchant vers Gustav, agenouillé devant moi.
Il avait perdu son épée, perdu le bras qui la maniait, et maintenant il avait perdu le combat. Il avait au moins le cran de ne pas crier malgré la douleur, et levait vers moi un regard acéré.
Je souris chaleureusement en réduisant la distance, puis lui enfonçai ma botte en pleine figure.
Bam !
« Comment oses-tu toucher à ma Joy ! »
Je lui piétinai le visage plusieurs fois encore avant de le lâcher.
Il cracha du sang et une dent cassée, sans cesser de me fusiller du regard. « Espèce de malade. T'as la moindre idée de qui me soutient ? »
« Ça devrait m'intéresser ? » Je haussai les épaules. « Je descends de cette falaise. Je me fiche complètement de la façon dont tourne ton monde. »
Il ricana. « Tu parles de la Falaise des Brumes ? Ne me fais pas rire. »
Je pointai mon épée vers les hommes qui tentaient de s'éclipser. « Le premier qui bouge est mort. Vous avez vu mon aura d'épée, non ? Vous voulez y goûter ? »
Ils se figèrent sur place.
« Faites un seul pas, et je vous noie sous l'énergie d'épée. »
Bien sûr, il ne me restait plus la moindre énergie à gaspiller.
Mais ils n'avaient pas besoin de le savoir.
Le bluff fonctionna : ils déglutirent péniblement et ne bougèrent plus.
« À genoux, et regardez les derniers instants de votre minable de chef. »
Je tapotai l'épaule de Gustav du plat de ma lame. « Des dernières paroles ? »
Un sourire ensanglanté étira son visage. « Je t'attendrai en enfer. »
Je lui rendis son sourire. « Tu vas attendre longtemps. Ils viennent de me refouler. »
Schlac… Bam !
Sa tête massive roula dans la poussière.
Le soleil du matin était d'une clarté éblouissante.
