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Chapitre 12

Chapitre 12 - Tu ne me plais pas

2 novembre 2026 ~15 min · 2 846 mots

« Haa... »

Je soufflai pour reprendre mon souffle.

Mon énergie interne était presque à sec.

Mais il l'avait fallu.

La pièce était remplie de chevaliers, et Kail était le plus fort d'entre eux.

Si j'avais cherché à économiser mon énergie en me retenant d'employer mes arts martiaux, le combat aurait été bien plus difficile.

Je mesurai une fois de plus à quel point l'Art du Ciel nocturne, des Étoiles et de la Lune était vorace en qi.

Ce brouillard noir, ce Ciel nocturne qui voilait ma lame...

Tout cela n'était que ma propre énergie interne, transformée, qui jaillissait de mon dantian.

D'un coup sec du poignet, je fis gicler le sang de ma lame, puis baissai les yeux sur le corps de Kail, étendu à terre.

Je l'avais cru dépourvu d'honneur. Mais non : quoi qu'en disent les autres, il avait suivi un honneur bien à lui.

Et il avait sans conteste été plus fort que Gustav, par le corps comme par l'esprit.

Si j'avais vaincu, c'était uniquement grâce à l'Art du Ciel nocturne, des Étoiles et de la Lune, transmis par le Démon Céleste.

Sans lui, j'aurais peut-être peiné, moi aussi.

Un genou à terre, je fermai doucement les yeux de Kail, restés grands ouverts, inflexibles.

« Sire Kail. J'espère que la prochaine fois, tu serviras un meilleur seigneur. »

J'eus aussi un bref mot de condoléances pour les autres soldats tombés.

Ils étaient venus me tuer, mais les morts n'en restaient pas moins des voyageurs partis pour un long chemin.

... Bien sûr, ils n'étaient pas tous morts.

Certains étaient inconscients. D'autres, couchés parmi les cadavres, faisaient le mort.

Ma perception du qi les repérait tous. Impossible de ne pas les remarquer.

Mais je fis semblant de rien.

Après tout, moi aussi, je m'étais un jour caché parmi les cadavres.

« Là ! Par ici ! »

« Vite ! »

J'avais beau en avoir abattu un grand nombre, il en arrivait toujours davantage.

« Haa... »

Je calmai ma respiration et vérifiai l'énergie qui restait dans mon dantian.

Il n'en restait plus beaucoup, après plusieurs usages de l'Art du Ciel nocturne, des Étoiles et de la Lune.

Assez pour deux ou trois fois encore, peut-être.

Mais ce n'était pas grave.

Ce n'était pas ma seule arme.

Des pas précipités se rapprochèrent en résonnant, et des chevaliers et des soldats surgirent au bout du couloir.

« Non ! »

En voyant les corps de leurs camarades étendus à mes pieds, ils eurent les yeux brûlants de rage.

« Tu as osé t'en prendre à sire Kail... ! »

Je jetai un coup d'œil au chevalier qui les menait.

Pas d'aura.

Tous les chevaliers ne maîtrisaient pas l'aura.

Si le baron Barankia avait donné aux hommes de Gustav le titre de gardiens, ce n'était pas sans raison : il tenait ainsi en laisse les rares utilisateurs d'aura.

Pendant que je me perdais dans ces réflexions, ils chargèrent en hurlant.

« Tuez-le ! Vengez sire Kail ! »

Ils se ruaient sur moi comme des héros terrassant un grand méchant, comme si j'étais le fléau du monde.

« ... C'est injuste, non ? Le méchant, ce n'est pas moi, c'est eux. Comme celui qui lâche un pet et reproche ensuite l'odeur aux autres. »

« Meurs ! »

Un chevalier sans nom me porta un coup d'estoc.

Il ne maniait pas l'aura, mais il y avait derrière son geste tout le poids d'un chevalier entraîné.

Seulement, le poids ne compte que si le coup touche.

Pour moi, il était léger comme une plume.

Je me contentai de glisser mon pied gauche derrière le droit pour laisser passer son épée, puis décrivis un arc de ma lame, d'un geste presque nonchalant.

Tchac !

La tête du chevalier vola.

« Qu... ! »

Les soldats qui le suivaient flanchèrent et se figèrent en pleine charge.

Cette hésitation me suffisait.

Je frappai de nouveau et en abattis trois de plus d'un seul mouvement.

Le sang gicla. Par réflexe, je secouai ma lame pour la nettoyer avant de parler.

« Ceux qui veulent mourir, avancez. Ceux qui ne veulent pas, faites le mort comme les autres, ou fuyez tant que vous le pouvez encore. »

Ils se figèrent sans un mot.

Leurs regards étaient acérés, mais je les laissai glisser sur moi sans la moindre expression.

« Décidez-vous vite. Vous battre, ou fuir. Je préférerais la seconde option. »

« ... »

« Je ne suis pas assez miséricordieux pour épargner quiconque lève sa lame contre moi. Si vous vous battez, préparez-vous à mourir. »

Un soldat crispa son visage dans une sombre résolution, puis chargea en rugissant.

« Ouaaaaah ! »

Et comme des dominos, les autres suivirent, se ruant sur moi en hurlant.

Un sourire m'étira les lèvres.

« Voilà qui est mieux. »

Le château du baron ruissela de sang.

Certains chargeaient, d'autres fuyaient.

Pour moi, cela ne changeait rien.

Les deux avaient leurs mérites.

Les braves m'offraient des combats grisants au bord de la mort. Les lâches m'épargnaient un massacre inutile.

J'abattis ceux qui se battaient, chaque mise à mort aussi nette que la précédente.

« Où est le baron ? »

Je n'avais pas encore décidé si j'allais le tuer.

C'était un misérable qui méprisait les paysans et les faibles, ça, c'était vrai. Mais le tuer posait ses propres problèmes.

Kail avait raison : abattre un noble ferait une entrée en scène spectaculaire.

Trop spectaculaire.

Et je n'avais pas besoin de spectacle.

Affronter des adversaires puissants qui viendraient me chercher, c'était une chose.

Avoir tout le royaume de Blake à mes trousses, c'en était une autre.

Surtout tant que je me trouvais encore à l'intérieur de ses frontières.

Cela réduirait à néant mon projet de retourner au royaume de Maia.

Je ne pourrais même pas approcher d'un cercle de téléportation. Ma survie même deviendrait incertaine.

Au royaume de Maia aussi, il était interdit de tuer des nobles, certes, mais pas à ce point.

Ici, cela voudrait dire une traque sans fin, des nuits sans sommeil, la menace permanente des lames dans l'ombre.

'Je devrais peut-être me contenter de gifler quelques fois ce crapaud.'

Sur cette pensée, je poursuivis mon chemin.

Trouver le baron Barankia ne fut pas difficile.

Plus il y avait d'hommes pour me barrer la route, plus j'étais proche.

« Si vous voulez mourir, sortez. Si vous voulez vivre, attaquez-moi. »

« ... ? »

Leurs regards perplexes me firent comprendre que je m'étais trompé.

« Ah, c'est l'inverse. Si vous voulez mourir, attaquez. Si vous voulez vivre, dégagez de mon chemin. »

À force de répéter les mêmes répliques, ma langue fourchait.

« Arrêtez-le ! »

« Ne le laissez pas approcher du seigneur ! »

Certains fuyaient, d'autres se battaient.

L'influence de Kail perdurait peut-être, car malgré la nullité de leur seigneur, plus de chevaliers et de soldats que prévu se jetèrent sur moi.

Sans autre choix, je maniai mon épée, et le sang éclaboussa la salle.

« Hiik ! »

« F-fuyez ! »

Même ceux qui brûlaient de vengeance pâlirent et prirent la fuite en voyant tomber leurs camarades.

Je ne pris pas la peine de les poursuivre.

Je leur lançai plutôt des encouragements.

« Allez-y, alors. Le vrai vainqueur, c'est le survivant ! Courez loin, bande de salauds ! »

Les vrais experts, les utilisateurs d'aura et les épéistes habiles, étaient déjà tombés sous l'Art du Ciel nocturne, des Étoiles et de la Lune, dans ma chambre.

Ceux qui restaient n'étaient que du menu fretin.

Ils n'avaient ni aura ni escrime raffinée.

Contre eux, je n'avais même pas besoin d'arts martiaux. Un simple coup d'estoc, une entaille désinvolte, et ils tombaient.

J'arrivai enfin devant un édifice qui ressemblait à un temple, mais des matériaux de construction éparpillés alentour laissaient penser qu'il n'était pas encore achevé.

« Ne le laissez pas passer ! Tenez la ligne ici ! »

« La déesse Ketel est avec nous ! »

« Ouaaaaaah ! »

Tchac !

« Poussez-vous, bande de bigots. »

« ... ! »

J'abattis les gardes de la porte et entrai.

Là se dressait une immense statue de déesse, qui baissait sur nous un regard bienveillant.

Et agenouillé à ses pieds, priant désespérément, se tenait le baron Barankia.

Alors, cet homme était pieux, finalement ?

« Déesse Ketel ! Il manie une magie noire maudite ! Abattez sur lui le châtiment divin ! »

« ... N'importe quoi. »

C'était donc ça. Il me prenait pour un mage noir et était venu se réfugier ici.

Clang !

Les chevaliers qui l'entouraient dégainèrent tous en même temps.

Je levai la main pour les arrêter.

« Mes amis, accordez-moi un instant. »

Je refermai les portes du temple, puis tirai un long banc des rangées de sièges et le calai contre l'entrée.

« Misérable ! Qu'est-ce que tu fais ? »

L'un de ces soi-disant champions de la justice n'y tint plus. Il cria et chargea.

Je ne me retournai même pas.

Je me contentai de faire un pas de côté et laissai son épée siffler dans le vide.

Toc !

L'épée du chevalier, qui visait mon cœur, alla se planter dans le banc.

Je lui envoyai le talon dans la mâchoire d'un coup de pied retourné.

Crac !

« Gheuk... »

Ses yeux se révulsèrent et il s'effondra.

« Tss. Je t'avais dit d'attendre. »

« ... »

Claquant la langue, je repris ma tâche et tirai le banc en place.

« J'ai presque fini. Un peu de patience. Vous êtes si pressés, franchement. »

« ... »

Après avoir empilé trois longs bancs contre la porte, je me retournai, satisfait.

« Voilà. Maintenant, on va pouvoir passer un bon moment ensemble. »

Je les appelai d'un doigt.

« Allez, dépêchez-vous. Offrons un beau combat à la déesse. »

Les chevaliers échangèrent un regard, puis chargèrent.

L'un d'eux se précipita avec une fiole et m'en jeta le contenu au visage.

Splash !

« Goûte à l'eau bénite, démon ! »

Plic, plic.

Clignant des yeux sous le liquide qui me dégoulinait sur le visage, je marmonnai :

« ... Salaud. »

Un autre chevalier marmonna une prière tout en me portant un coup de taille.

« Ketel, toi qui châties le mal ! Donne-moi la force de vaincre ce sorcier noir ! »

Et pendant une seconde, ça marcha.

Pas grâce à la puissance divine, mais parce que j'étais sidéré.

« ... Tu viens de me traiter de démon ? »

Clang !

J'écartai sa lame en criant :

« Bande d'idiots ! Ce n'est pas de la magie noire, ce sont des arts martiaux ! »

« Silence, immonde serviteur des ténèbres ! »

« Va lécher les pieds de ton seigneur démon ! »

J'envoyai valser d'un coup de pied l'un des fanatiques de Ketel à travers la salle et aboyai :

« Elle est bien bonne, celle-là. Quand votre baron a voulu me tuer, vous vous êtes tous tus. Mais maintenant que c'est votre tête qui est en jeu, ça devient injuste ? Vous savez seulement ce que veut dire le mot conscience ? »

« Tais-toi, démon ! »

« Ketel, ne nous laisse pas ébranler par ses paroles infâmes ! »

« ... Ha, incroyable. »

La fureur me bouillonnait dans la poitrine. Je tendis les bras vers la statue qui nous dominait.

« Dame Ketel ! Bon sang, ce sont eux qui ont voulu me tuer les premiers ! Donnez-moi le courage d'abattre ces hypocrites sans vergogne ! »

Fort de la « bénédiction de Ketel », je taillai en pièces ces faux fidèles, ceux qui m'aspergeaient d'eau bénite comme ceux qui psalmodiaient des prières creuses.

Quand je les eus tous abattus, je brandis mon épée bien haut.

« Ha ha ha ! La déesse Ketel est avec moi ! »

Même alors, le baron Barankia continuait de marmonner ses prières devant la statue, sourd à tout le reste.

Du pied, je fis basculer une épée tombée à terre pour la soulever, puis la frappai d'un violent coup de pied.

Vlan ! Fracas !

La lame alla se planter droit dans la poitrine de la statue.

« Ouaaah ! »

Le baron hurla enfin de terreur.

Je m'avançai vers lui à grands pas.

« Baron. Et maintenant ? Il ne reste plus que vous et moi. »

Il martela sa déesse du poing.

« Ketel ! Pourquoi une telle épreuve ? M'avez-vous vraiment abandonné ? »

Je lui envoyai un coup de pied en plein visage.

Bam !

« Argh ! »

« Vous osez blasphémer contre notre dame Ketel ? »

Il s'affaissa comme un insecte.

Je le saisis par le col et le relevai.

« Baron. Je ne suis pas une épreuve envoyée par la déesse. Je suis la conséquence naturelle de votre propre cupidité. Ne vous avisez pas de lui en faire porter la faute. »

« L-lâchez-moi ! »

« Vous voulez toujours cette dague, n'est-ce pas ? »

Je la sortis et l'agitai devant ses yeux.

« ... »

Même à cet instant, son regard avide restait collé à elle, comme celui d'un drogué à son vice.

Écœuré, je le giflai.

Paf !

« Gheuk ! »

Tandis qu'il chancelait, je lui demandai froidement :

« Dites-moi, baron. Que comptez-vous faire de l'Héritage d'Ophosis ? »

Il se redressa d'un bond en grondant.

« Tu oses me poser la question ? »

« Je ne la poserais pas si je connaissais la réponse. Comment deviner ce qui vous trotte dans la tête ? »

« Imbécile ! S'emparer de l'Héritage d'Ophosis, c'est s'emparer d'une puissance assez vaste pour commander au monde ! Plus personne n'osera jamais me mépriser ! »

Je me curai l'oreille, l'air las.

« Qu'est-ce que vous me racontez ? Vous êtes déjà noble, non ? Qui vous méprise ? »

« Qui d'autre ? Les grands nobles de la capitale ! Pour eux, un baron des frontières comme moi ne vaut pas mieux qu'un ver de terre ! Mais je vais leur montrer. Plus jamais ils ne regarderont Lucas Barankia de haut ! »

« ... »

Pathétique.

Lui qui méprisait les paysans pour leur basse naissance rampait lui-même devant des seigneurs plus élevés.

Quel tas de contradictions.

Un choc fit trembler la porte.

« Monseigneur ! Vous êtes à l'intérieur ? »

Le visage du baron s'illumina d'espoir.

« Oui ! Vite, tuez ce... »

Je lui envoyai un coup de pied dans le ventre.

« Gheeuk ! »

Épée en main, je marchai vers lui tandis qu'il crachait du sang, tremblant de terreur.

« V-vous ne comptez tout de même pas... »

« Pas quoi ? »

« Me tuer ? Un noble ? »

« Pourquoi pas ? »

« Vous... vous n'êtes pas sérieux. »

Je m'approchai en silence.

Il recula en se traînant sur le derrière.

« A-attendez ! Vous allez faire de tout le royaume de Blake votre ennemi ! »

« ... »

« Un vil roturier qui tue un noble de haute naissance ? Impossible ! Savez-vous ce qui va se passer ? »

« ... »

« On enverra les chevaliers royaux réclamer votre tête ! »

Je lui écrasai la poitrine du pied pour le clouer au sol.

« Kheuk ! Arrêtez ! Je vous ai dit d'arrêter ! »

Il se débattait sous ma botte.

Je levai mon épée.

« N-non ! »

Il ferma les yeux de toutes ses forces.

La lame s'abattit.

Crac !

« ... »

Prudemment, il entrouvrit un œil.

« ... ? »

L'épée était plantée dans le sol, juste à côté de son oreille.

« Baron. »

Je le regardai droit dans les yeux.

« Vivez honnêtement. Oubliez cette dague. Compris ? »

« ... »

« Ou pas. Ça m'est égal. »

Je resserrai ma prise sur la poignée.

« J-j'ai compris ! Je l'oublie ! Je n'y penserai plus jamais ! »

« Bien. »

Je tapotai sa joue de crapaud et me tournai vers la porte.

Le tuer ne valait pas ce que ça coûterait.

Cela suffisait.

La nouvelle du nouveau propriétaire de la dague se répandrait loin. Personne ne soupçonnerait Hans.

Je pourrais continuer d'abattre ceux qui viendraient la flairer, tout en trouvant mon propre chemin vers le royaume de Maia.

Cela suffisait.

Me mettre tout un royaume à dos ?

Brr. Rien que d'y penser, j'en avais la chair de poule.

« Monseigneur ! Vous êtes sain et sauf ? »

En approchant de la porte, mon regard tomba sur l'épée plantée dans le banc.

Celle-là même qui avait manqué mon cœur pour aller s'y ficher.

« ... »

Je la contemplai un long moment.

Puis je l'arrachai...

... et la lançai sur le baron, qui peinait à se relever.

Chhk !

La lame lui transperça la gorge.

Ses yeux s'exorbitèrent.

« P... pourquoi... »

Bam.

Je baissai les yeux sur lui et murmurai :

« J'ai beau retourner la question dans tous les sens... tu ne me plais pas. »

Fin du chapitre 12
Fiche de l'œuvre

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