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The Forgotten FieldChapitre 57 · 57/102

Chapitre 57

Chapitre 57

30 septembre 2026 ~8 min · 1 468 mots

Astros s'essuya le visage d'un revers de manche, gravit l'escalier de pierre d'une seule traite et tira la lourde porte bien close. Par l'entrebâillement, le Grand Hall s'étendait devant lui, silencieux comme un tombeau, sans le moindre bruit.

Ne trouvant ni garde ni même une servante dans la pénombre, Astros s'avança à pas de loup et monta l'escalier avec précaution.

Il ne comprenait pas pourquoi il marchait si doucement.

Il l'avait déjà senti la dernière fois : ce château était comme un cimetière. L'atmosphère sinistre lui faisait retenir son souffle sans même y penser.

Jetant un coup d'œil aux fenêtres tendues de rideaux, Astros grimpa les marches deux à deux et atteignit le troisième étage en un instant.

Enfin, la porte de la chambre de sa sœur apparut.

Il s'arrêta devant l'immense porte d'acajou pour reprendre son souffle, puis frappa avec précaution.

Mais il eut beau attendre, personne ne demanda qui était là, ni ne l'invita à entrer.

'Elle dort, peut-être ?'

L'oreille collée à la porte, Astros frappa plus fort cette fois. Un bruit sourd lui répondit de l'intérieur.

Après un instant d'hésitation, il saisit la poignée et jeta un œil dans la pièce.

La chambre en désordre était emplie d'une fumée pâle et brumeuse.

Toussant dans l'air vicié, Astros écarquilla soudain les yeux. Devant lui s'étendait une scène comme balayée par une tempête.

Bouche bée, il se sentit attiré à l'intérieur de ce chaos.

Des éclats de verre jonchaient le sol de la chambre.

Comme si l'on avait lancé une bouteille, le tapis empestait le vin bordeaux, et sur toute sa surface traînaient de longues bandes de tissu déchiré et des plumes qui semblaient avoir jailli d'oreillers éventrés.

Parcourant ces débris d'un regard vide, Astros découvrit soudain un miroir en pied brisé en mille morceaux et tressaillit, les épaules crispées.

Sur la surface du miroir, fêlée comme une toile d'araignée, son reflet se multipliait des dizaines de fois.

Un frisson le parcourut et il commençait à reculer quand un bruissement se fit entendre derrière lui.

En se retournant, Astros se figea à la vue de Talia, étendue n'importe comment sur le tapis.

Son souffle se bloqua dans sa gorge.

Elle était allongée, vêtue d'une simple chemise de nuit légère, les yeux creux fixés au plafond. L'absence de vie sur son visage lui glaça l'échine.

Elle bougea son bras frêle, mince comme une branche de bouleau, ramassa une poignée de plumes éparpillées par terre et les lança en l'air.

Des plumes d'un blanc pur dérivèrent comme de la poussière dans l'air vicié.

La femme contempla ce spectacle d'un regard flou, puis tourna lentement les yeux vers lui.

Astros se surprit à reculer sans réfléchir.

Ses lèvres, croûtées de sang séché, s'entrouvrirent pour laisser passer une voix rauque.

« … Tu es venu te rincer l'œil ? »

« Je… Je venais seulement prendre de tes nouvelles… »

Ses yeux désolés se posèrent sur le bouquet de fleurs qu'il serrait dans ses bras.

Astros sentit ses oreilles s'enflammer. Allez savoir pourquoi, il avait l'impression de commettre envers elle une terrible faute.

Talia laissa retomber ses paupières, comme épuisée.

« … Pose-les là et va-t'en. »

Hésitant, Astros déposa le bouquet sur l'étagère près du lit.

Il ne savait plus quoi faire d'autre.

Après un dernier regard impuissant à sa sœur, Astros quitta bientôt la pièce.

Berens, qui attendait dans le couloir, fronça les sourcils en voyant son visage livide, soupçonnant qu'il lui était arrivé malheur.

Sans explication, Astros le saisit par la main et l'entraîna.

« Retournons tout de suite au Palais principal. »

Sur ces mots, il s'enfuit par le Couloir silencieux comme un tombeau.

Il ne savait même pas ce qu'il fuyait. Il fallait simplement quitter au plus vite cet endroit, inexplicablement froid et humide.

Astros jeta un dernier regard par-dessus son épaule à la porte entrouverte de la chambre, puis dévala l'escalier. Comme une bête qui s'arrache à un piège, il jaillit du Palais séparé d'un seul élan désespéré.

***

J'avais l'impression qu'une fourmi rampait dans mes veines.

Une douleur vive et piquante remontait le long de mon tibia, me rongeant le genou, la cuisse, le bassin et le bas du dos.

Elle n'était pas aussi intense qu'avant, mais pas moins exaspérante.

Je raclai de mes ongles, avec une détermination implacable, la peau bosselée de mon genou. La fourmi sous ma peau semblait résister et s'enfouissait plus profond, jusque dans l'os.

Pour extraire ce misérable parasite, j'arrachai la peau dure et squameuse comme un tissu mort.

Le sang ruissela de la plaie béante. Sans tenir compte de la douleur cuisante, je grattais la chair à vif mise à nu quand la Nourrice entra dans la chambre et poussa un cri aigu et perçant à ce spectacle.

« Je t'en prie, je t'en supplie, arrête ! »

La Nourrice lâcha le plateau qu'elle tenait et m'attrapa la main.

Je la fixai d'un regard vide, puis posai mon autre main sur la cicatrice.

« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? »

La Nourrice saisit mon autre main et poussa un profond soupir.

« Si cette vilaine cicatrice empire encore, qu'est-ce que tu feras ? »

Je la regardai, les yeux creux.

C'était la Nourrice qui m'avait toujours louée pour ma beauté, sans jamais se lasser de ses compliments. Elle disait que j'étais le portrait de Senevir enfant, et elle m'était si dévouée.

Même à ses yeux, mon apparence semblait désormais grotesque.

Je dégageai mon poignet d'un geste brusque et la repoussai par l'épaule.

« Sors ! Je ne supporte pas de te voir ! »

La Nourrice, les yeux plissés, alla d'un pas lourd jusqu'à l'étagère. Elle prit sur le plateau le bol de bouillie et le flacon de remède et me les tendit.

« Quand tu auras mangé ça, je partirai, même si tu essaies de me retenir. »

Je tendis la main pour envoyer valser le bol.

Mais même la Nourrice, pourtant peu fine, semblait avoir acquis un certain discernement après avoir subi la même scène plusieurs fois.

Elle recula vivement, le regard sévère.

« Si tu ne manges pas, je ne ferai pas brûler l'encens pour dormir. »

Je la foudroyai d'un regard plein de rancœur avant de finir par accepter le bol. Je n'avais plus la force de discuter.

Je pris la cuillère et enfournai machinalement la bouillie dans ma bouche. C'était comme manger de la boue.

Réprimant ma nausée, je vidai le bol et avalai le mystérieux remède, sur quoi la Nourrice fourra une nouvelle botte d'herbes dans le brûle-parfum et l'alluma.

Étendue sur le lit, je respirai profondément la fumée âcre.

Tandis que ma conscience se brouillait et que la somnolence me gagnait, je soupirai de soulagement et tournai les yeux vers la fenêtre. Derrière la vitre transparente, le ciel du soir était teinté de cramoisi.

Dès le coucher du soleil, d'épaisses ténèbres m'engloutiraient. Même à travers le brouillard de mon esprit, l'effroi commençait à s'insinuer.

Je redoutais la venue de la nuit. Le souvenir d'avoir attendu sans fin dans le noir que quelqu'un arrive me serrait la gorge à m'étouffer.

Mais je redoutais plus encore la venue du matin. Je ne voulais pas vivre un jour de plus dans ce corps misérable et ruiné.

Je fermai les yeux de toutes mes forces et murmurai une prière désespérée.

Si seulement tout le temps qui m'était imparti pouvait s'écouler pendant mon sommeil.

Afin que je sois libérée de cette souffrance pour toujours.

Mais, comme toujours, mon vœu ne fut pas exaucé.

Réveillée par une main qui me secouait l'épaule, je levai les yeux vers la fenêtre par laquelle entrait le soleil et poussai un soupir creux.

Une nouvelle journée fastidieuse allait commencer, semblait-il. Je pressai mes tempes douloureuses de mes deux mains.

C'est alors qu'une voix inconnue parvint à mes oreilles.

« Il faut vous lever maintenant, Votre Altesse. »

Surprise, je tournai la tête, découvris une silhouette sombre debout à côté de mon lit et me redressai aussitôt.

Une femme de haute taille et de forte carrure me regardait de haut, les yeux luisants comme l'acier.

Elle s'inclina d'un mouvement précis et gracieux et prit la parole :

« Pardonnez mon impolitesse d'être entrée dans votre chambre sans permission, Votre Altesse. Je suis Trania Meldren, Première servante de la Maison de l'impératrice. Je suis venue sur ordre de l'impératrice pour vous servir toute la journée. »

Déconcertée, je roulai des yeux et parcourus lentement la chambre.

À un moment ou à un autre, la chambre avait été rangée, et une douzaine de servantes vêtues de robes marquées du sceau de l'impératrice attendaient dans un coin.

En voyant les brassées de vêtements qu'elles portaient, je me raidis.

Un sombre pressentiment me serra la gorge.

« Me servir ? Pourquoi vous… »

« Aujourd'hui, Votre Altesse a une audience avec l'empereur. »

Fin du chapitre 57
Fiche de l'œuvre

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