Ce devait être quelques mois avant mes seize ans.
Angoissée à l'idée de devenir adulte dans les mois à venir, je le harcelais plus que d'habitude, l'implorant de m'aider à choisir mes vêtements et mes parures. C'était une tentative pitoyable pour capter son attention.
Barcas, qui d'ordinaire aurait ignoré ce genre de requêtes, semblait usé par mes jérémiades incessantes et se mit à donner son avis sans résister.
Peut-être s'était-il montré indulgent en se disant que, dans quelques mois, il serait débarrassé de moi. Quelle magnanimité exaspérante. Et pourtant, j'éprouvais une urgence désespérée, comme si j'étais prête à tout pour garder Barcas lié à moi.
Car la fin, qui m'avait paru si lointaine, approchait enfin.
« Que penses-tu de cette robe pour ma cérémonie de majorité ? »
J'avais revêtu une robe de soie raffinée venue de la Région du Sud, et je bombai le buste devant lui avec une ostentation délibérée.
Barcas, comme toujours, se contenta de poser sur moi un regard sec. Sous ce regard posé, mon visage s'échauffait de plus en plus.
Il allait alors de ses dix-neuf ans vers ses vingt ans, et son corps, débarrassé de sa charpente d'adolescent, s'était durci en une beauté virile. N'eussent été ces yeux sans vie, dénués d'émotion, il aurait ressemblé à un ange descendu du ciel.
J'élevai délibérément la voix pour dissimuler mon cœur tremblant.
« Je te demande ce que tu en penses ! »
« … On dirait une enfant qui a volé le vêtement d'une adulte. »
Ses lèvres, obstinément closes, s'entrouvrirent enfin.
Je plissai les yeux. L'homme ajouta une autre remarque dédaigneuse.
« Elle vous va affreusement mal. »
Je devins écarlate et le foudroyai du regard. Mais comme c'était moi qui avais sollicité son avis, j'avais du mal à répliquer.
Les yeux flamboyants d'indignation, je tapai du pied et me retirai derrière le paravent. Là, je fouillai frénétiquement la montagne de vêtements empilés devant moi. J'étais déterminée à faire rougir cet homme au visage de cadavre.
Au bout d'un moment, je choisis une robe bien plus audacieuse, au décolleté si dangereusement profond qu'il frôlait le scandale. J'hésitai, me demandant si je n'allais pas trop loin, puis je rassemblai mon courage et enfilai la robe à la hâte. Dans le miroir, une jeune fille d'une beauté à couper le souffle me regardait.
J'examinai mon reflet avec satisfaction, me tournant d'un côté puis de l'autre. Ma silhouette élancée, qui ressemblait autrefois à un bouleau, avait commencé à se transformer à partir de quatorze ans. Ma poitrine, jadis plate, s'était mise à gonfler jusqu'à la taille d'une pomme, et mes hanches, autrefois quelconques, s'étaient peu à peu arrondies.
J'étais très fière de ma transformation. L'idée de m'approcher de la beauté sans défaut de Senevir me remplissait d'une exaltation sans bornes. Une fois que Barcas aurait compris ce que je possédais, il changerait sûrement d'avis. Je deviendrais bientôt la plus belle femme du monde.
Portée par l'espoir, je jaillis de derrière le paravent.
« Et celle-ci ? »
Barcas, qui regardait par la fenêtre d'un air d'ennui, tourna la tête vers moi. Pour la première fois, quelque chose qui ressemblait à une émotion apparut sur son visage. Mais ce n'était guère une émotion positive.
Les sourcils froncés, Barcas me balaya du regard et parla avec une certaine irritation.
« La première robe. »
Il prit une profonde inspiration et ajouta d'un ton neutre :
« Portez celle-là. »
Sa voix était dénuée de l'admiration ou du trouble que j'avais espérés : totalement desséchée et creuse. Pourtant, le simple fait qu'il se souvienne de la toute première robe parmi les dizaines que je lui avais montrées fit bondir mon cœur.
Je lui adressai un sourire entendu.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? Tu fais semblant d'être indifférent, mais tu regardais attentivement depuis le début ? »
Il ne répondit rien. Quoi qu'il en soit, il semblait simplement souhaiter que ce fastidieux défilé de mode s'achève au plus vite.
Une pointe de dépit me vint devant son air arrogant, mais je choisis de passer outre avec grâce. Même si je ne pouvais pas changer son attitude du jour au lendemain, j'étais résolue à lui dévoiler peu à peu une nouvelle version de moi-même.
Je fredonnai en reprenant la robe que j'avais essayée en premier.
C'était un surcot de velours délicat et élégant, densément brodé de motifs féeriques. Cette robe ne quitterait jamais ma garde-robe, pas même pour l'éternité. Car elle avait attiré l'œil de Barcas.
Je me changeai rapidement et reparus devant lui en tournoyant délibérément pour la faire admirer.
« C'est celle-ci, n'est-ce pas ? »
Il me regarda fixement. La femme qui s'était montrée irritable toute la journée gloussait à présent comme une ivrogne, mais cette bizarrerie ne semblait pas l'émouvoir. Peut-être que, pour lui, que j'enrage comme un monstre ou que je glousse comme une folle ne faisait pas grande différence.
Pourtant, je voulais désespérément croire que son attitude envers moi avait changé.
Et de fait, son regard autrefois indifférent s'était mis, à un moment donné, à s'attarder longuement sur mon visage. Ce n'était pas tout. Sa façon de me parler semblait s'être adoucie.
Mes sens aiguisés avaient capté ce changement subtil, et je sentis un fil d'espoir fragile remuer dans ma poitrine.
Se pouvait-il que Barcas, lui aussi, trouve difficile de se séparer de moi ? Après avoir passé tant de temps ensemble, peut-être s'était-il attaché à moi, lui aussi. Je me cramponnais désespérément à ce vain espoir.
« Si je danse dans cette robe, je ressemblerai à une reine des fées, non ? »
À ma question, un léger pli apparut entre ses sourcils.
Était-il las de mes questions sans fin ? Non, peut-être réfléchissait-il à la réponse à me donner. Je choisis de l'interpréter favorablement.
« Arrête de rester planté là comme une statue et répète avec moi. »
Avant qu'il ait pu répondre, je lui saisis le bras et l'entraînai. L'homme qui, auparavant, n'aurait pas bougé d'un pouce se laissa désormais tirer en feignant la réticence.
Tu vois bien. Je triomphais. Quelque chose avait changé, c'était certain.
Je le tirai plus fort, car sa raideur ne trahissait guère de bonne volonté, et nous fis tournoyer tous les deux. Mais mon pied se prit dans un coffre qui traînait par terre, et je perdis l'équilibre. D'instinct, je m'agrippai à son bras.
Barcas lâcha quelque chose d'inintelligible et passa précipitamment un bras autour de ma taille.
Mais la chambre était dans un tel désordre qu'il n'y avait nulle part où poser le pied sans risque. Les vêtements empilés pêle-mêle s'emmêlèrent autour de ses chevilles, et nous tombâmes ensemble sur le tapis. Je lâchai un petit juron.
« Tu aurais dû ranger cette chambre correctement ! »
Barcas, qui avait pâti de sa tentative de me retenir, haussa un sourcil. Il était garde, pas domestique. On ne pouvait pas attendre de lui qu'il s'acquitte de tâches aussi insignifiantes. Je le savais parfaitement, et pourtant je déversai mon irritation sur lui.
« Si j'ai ne serait-ce qu'un bleu sur le derrière, tu ne t'en tireras pas comme ça. Espèce de garde bon à rien ! »
Comme je ronchonnais en essayant de me relever, une vive douleur me traversa le cuir chevelu. Je le fusillai du regard, incrédule.
« Tu viens de me tirer les cheveux ? »
Un bref soupir lui échappa.
« Vos cheveux semblent s'être pris dans le bouton de ma manchette. »
Il avança légèrement le bras qu'il avait passé dans mon dos pour me le montrer.
Comme la douleur me piquait de nouveau le crâne, je poussai un cri et le frappai à la poitrine.
« Ça fait mal, imbécile ! »
Il s'immobilisa, les yeux baissés sur les miens, qui brillaient de larmes retenues. J'avais mal au cœur, mais je le fusillai du regard.
Barcas laissa échapper un autre soupir discret et repassa le bras dans mon dos. Puis il se mit à bouger la main avec précaution, comme s'il tentait de démêler mes cheveux.
Assise entre ses genoux, je jetais des regards nerveux alentour. Ce n'est qu'alors que je pris conscience de notre proximité et de notre position inconvenantes.
Le léger parfum de savon et de menthe qui émanait de lui faisait battre mon cœur si fort que je craignais qu'il ne l'entende. Le bruit semblait assez puissant pour parvenir à ses oreilles.
