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The Forgotten FieldChapitre 26 · 26/102

Chapitre 26

Chapitre 26

30 septembre 2026 ~7 min · 1 289 mots

J'observai d'un œil soupçonneux le profil de ma demi-sœur, et soudain l'irritation m'envahit : je prêtais une attention bien excessive au moindre geste de cette créature insignifiante. Je détournai la tête.

Qu'importait ce qui occupait sa tête vide ? Quand je monterais sur le trône, elle serait de toute façon effacée de ce monde à jamais. Il me suffisait de patienter jusque-là.

Comme pour anéantir la présence agaçante de ma sœur, j'avalai à grandes gorgées avides un vin âpre.

***

Je feignis un air d'ennui en portant la coupe de vin à mes lèvres. Puis je remarquai que le bout de mes doigts tremblait légèrement et reposai aussitôt la coupe. M'efforçant de paraître aussi naturelle que possible, je cachai mes mains sous la table et humectai mes lèvres desséchées.

L'endroit où j'avais touché Barcas me brûlait comme s'il avait pris feu. Nos peaux ne s'étaient pas effleurées directement, et pourtant la sensation de son ossature ferme, perçue à travers le cuir froid de ses gants, semblait s'infiltrer jusque dans ma chair.

Je forçai mes épaules à redescendre alors qu'elles se recroquevillaient d'instinct, et frottai mes paumes moites de sueur contre ma jupe. Je sentis le tissu chargé d'humidité me coller à la peau.

Soudain, une vague de honte déferla sur moi. La robe que j'avais choisie pour provoquer la colère de Gareth me donnait l'impression de m'étrangler.

Je sentais mes épaules et mon dos nus me picoter de malaise, et je serrai les poings. J'avais beau savoir que cet homme ne pouvait pas me regarder, mes nerfs étaient tendus à en faire mal.

Je réprimai désespérément l'envie de me retourner pour voir où se portait le regard de cet homme. Des années de comédie me permettaient de garder un visage impassible, mais je ne pouvais rien contre la sueur qui perlait peu à peu sur ma peau.

Sentant le tissu fin me coller à la peau comme un liquide visqueux, je me mordis la lèvre inférieure. Choisir cette robe avait vraiment été une décision stupide.

« Les mets ne sont-ils pas à votre goût ? »

Je sursautai à cette voix soudaine. Le jeune moine assis en face de moi me regardait fixement.

Était-ce l'abbé ? Je haussai les épaules avec affectation.

« Comparé à ce que je mangeais au Palais impérial, c'est plutôt minable. »

À cette remarque dédaigneuse, le visage du moine se crispa légèrement.

Je tournai vivement la tête pour détourner l'attention de moi et pris un petit morceau de gâteau. Si j'avais l'air de manger, peut-être s'abstiendrait-il de toute conversation inutile. Sur cette pensée, je fourrai la bouchée friable dans ma bouche, la mâchai et l'avalai machinalement. J'avais l'impression d'avaler une éponge.

Je ravalai ma nausée et bus une gorgée de vin. Puis je remarquai que plusieurs moines me fixaient avec insistance, et je fronçai les sourcils. Leurs regards poisseux me répugnaient davantage que la nourriture grasse.

Je me levai brusquement.

« Ce banquet est décevant. Je crois que je vais me retirer pour me reposer. »

Gareth me lança un regard irrité. En temps normal, j'aurais décoché encore quelques piques pour agacer mon frère, mais j'avais l'impression que la bile allait me remonter dans la gorge d'un instant à l'autre, et je ne pouvais pas rester assise.

Je quittai rapidement la salle. En sortant de cet espace saturé d'odeurs d'huile, d'alcool et de chandelles brûlées, mon estomac retourné sembla se calmer un peu.

Je pris une profonde inspiration, essuyai mon front moite et avançai dans le Couloir à pas mesurés.

Je sentis l'air frais de la nuit me balayer le dos. Serrant mes avant-bras couverts de chair de poule, je pressai un peu le pas.

Parfois, je ne comprenais pas pourquoi je me comportais ainsi. Quel sens y avait-il à m'exhiber sous les yeux des gens et à semer la discorde ?

« Le prince héritier semble absolument incapable de tolérer ton existence. Par moments, il paraît te supporter encore moins que moi. »

La voix de Senevir, qui avait murmuré cela avec contentement un jour, dans le passé, résonnait faiblement à mes oreilles.

Ce devait être le jour de la cérémonie commémorative de feu l'impératrice Bernadette.

Quand Gareth m'avait vue entrer dans la salle, tenue par la main de Mère, il avait complètement perdu la raison.

Les nobles avaient poussé des cris d'horreur tandis qu'il hurlait et saisissait la jeune princesse à la gorge, mais le prince héritier n'avait pas voulu lâcher prise. Il avait fallu que deux chevaliers se précipitent pour parvenir, à grand-peine, à l'arracher à moi.

À peine libérée de son étreinte grotesque, j'avais rampé jusqu'aux pieds de Mère et m'étais blottie contre elle. Senevir m'avait alors enveloppée de son corps, comme pour me protéger.

L'espace d'un instant, j'avais senti les larmes me monter aux yeux de soulagement, mais j'avais alors surpris une expression de satisfaction sur le visage de Senevir.

Ce devait être à partir de ce jour-là que je m'étais mise à provoquer Gareth à la moindre occasion.

Ma réputation, déjà au plus bas, avait sombré au pire, mais cela m'était égal. La réputation du prince héritier en pâtirait aussi, et alors Mère serait contente.

Soudain, un rire creux jaillit de mes poumons. Je me trouvais ridicule : je me débattais encore désespérément pour une miette de son affection, même après en être arrivée là.

Même si je traînais l'honneur du prince héritier dans la boue, Senevir ne m'aimerait jamais.

Mère n'aime personne. Ni l'empereur, ni même Astros, qu'elle chérit tant.

Pour elle, tout n'est qu'outil et moyen. C'est peut-être justement parce que je ne le comprends que trop bien que je répète ces actes. Si je ne peux pas prouver mon utilité, je ne serai plus vraiment rien pour elle…

« Votre Altesse la princesse. »

La voix soudaine m'arracha à ma rêverie.

En tournant la tête, j'aperçus une silhouette sombre qui se dressait dans le couloir plongé dans l'ombre. À l'instant où je reconnus le moine qui m'avait fixée avec tant d'insistance dans la Salle des banquets, mon corps se raidit.

'Il m'a suivie ?'

Je jetai un regard prudent autour de moi. Le long couloir qui menait au Jardin était complètement désert : pas âme qui vive. Comprendre qu'il m'avait suivie en silence jusqu'à cet endroit désolé me fit courir un frisson le long de l'échine.

« Que voulez-vous ? »

Je me forçai à prendre un ton impérieux, masquant toute trace de peur dans ma voix.

Heureusement, mon bluff sembla fonctionner : je le sentis hésiter. Je le fixai d'un regard perçant, en espérant qu'il se contente de faire demi-tour et de s'enfuir.

« Je vous ai demandé ce que vous vouliez. »

« C'est… c'est à propos de ce que vous avez dit tout à l'heure… »

Le moine bafouillait.

Je fronçai les sourcils.

« Qu'est-ce que j'ai dit ? »

« Eh bien… dans la Salle des banquets… »

L'homme se tortillait de façon répugnante, son visage constellé de taches de rousseur virant à l'écarlate, tandis que son regard vacillait vers moi avec une lueur inquiétante.

Je plantai fermement les pieds au sol, refusant de reculer. Je savais que montrer ma faiblesse ne ferait que l'enhardir. Je levai le menton avec une froide arrogance.

« Je n'ai pas la moindre idée de ce dont vous parlez. S'il n'y a rien d'autre, je m'en vais. »

« V-vous avez dit que vous vouliez… répondre aux attentes du prince héritier… »

L'homme avait lâché cela d'un ton désespéré.

Moi qui m'étais tournée vers le Jardin, je me figeai. Se pouvait-il qu'il m'ait suivie après avoir entendu mes paroles de défi, lancées en réponse à l'avertissement de Gareth de ne pas jouer avec les prêtres ?

Comme si l'on m'avait aspergée d'eau glacée, l'effroi m'envahit.

Fin du chapitre 26
Fiche de l'œuvre

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