Aller au contenu principal
The Forgotten FieldChapitre 19 · 19/102

Chapitre 19

Chapitre 19

30 septembre 2026 ~8 min · 1 537 mots

Depuis que j'avais chassé tous les domestiques envoyés par le Palais principal, le Palais séparé ne comptait plus que moins de dix servantes à son service. Comme je leur avais interdit de m'approcher, le nombre de suivantes que je pouvais emmener se comptait à peine sur les doigts d'une main.

Je me retrouvais donc entourée de domestiques envoyés par Senevir, contrainte d'entreprendre un long voyage. Par nature, je les aurais tous chassés, mais en voyant Gareth et Aila commander des centaines de serviteurs, je ne pus m'y résoudre.

Je fusillai du regard la foule qui entourait les voitures du prince héritier et de la Première princesse, les lèvres pincées d'agacement.

Je détestais que quiconque s'attarde près de moi : depuis des années, je ne laissais approcher personne d'autre que Barcas et ma Nourrice. Je refusais de m'entourer de gens capables de me piétiner à tout moment, de façon imprévisible et sans prévenir.

Pourtant, tandis que mon demi-frère et ma demi-sœur commandaient chacun des centaines de serviteurs, étalant sans retenue leur dignité impériale, l'idée de voyager avec trois ou quatre suivantes seulement me remplissait d'un tel dégoût que j'en avais l'estomac retourné.

Finalement, je n'eus d'autre choix que d'accepter les servantes envoyées par Senevir. Mais je ne pouvais me détendre un instant, ignorant quelles manigances elles pourraient ourdir. Je surveillais chacun de leurs gestes avec une vigilance obsessionnelle tandis qu'elles transportaient mes affaires.

C'est alors que, tout près, s'éleva une voix teintée d'exaspération.

« Comptez-vous vraiment emporter toutes ces affaires ? »

Je levai vers l'homme qui s'était approché de moi des yeux tranchants comme une lame.

Peu après que j'eus renvoyé le chevalier de la Garde impériale sans cervelle qui faisait des courbettes devant le prince héritier, ce chevalier nouvellement affecté s'adressait à moi sans la moindre hésitation. Et je trouvais ses manières profondément désagréables.

Je considérai l'homme, qui se grattait l'arrière du crâne d'un air gêné, et répondis froidement :

« Vous trouvez à redire à mes bagages ? »

« Je comprends votre désir de préserver votre dignité de membre de la famille impériale. Mais n'est-ce pas excessif ? Des centaines de robes, des bijoux et des parures précieuses… À moins que vous ne comptiez vous changer cinq fois par jour, ce sont des fardeaux inutiles. »

« Vous ne comprenez rien. Je compte me changer non pas cinq fois, mais dix fois par jour. À voyager toute la journée en voiture, je serai couverte de poussière, et je n'ai aucune intention de laisser des vêtements souillés toucher ma peau, ne serait-ce qu'un instant. »

« Vous plaisantez, sûrement… »

Le chevalier eut un rire gêné : il ignorait visiblement encore que je ne plaisantais jamais.

J'abandonnai l'homme à la mine niaise et me dirigeai vers la voiture que j'allais occuper.

Ma voiture, placée à l'arrière de la longue procession, était aussi grandiose et raffinée que celle du prince héritier.

Les portières et le toit étaient richement décorés d'or et d'ivoire, et l'intérieur était garni de banquettes si spacieuses qu'elles pouvaient servir de lit, recouvertes d'un épais feutre de laine et de coussins de soie.

Je montai dans la voiture et écartai les rideaux tendus derrière la banquette, dévoilant un espace de toilette assez vaste et une grande armoire de rangement.

J'ouvris les tiroirs reliés au compartiment de rangement et les examinai minutieusement. J'avais apporté toutes les belles robes et toutes les parures de ma collection, et pourtant rien ne me satisfaisait. Cela ne suffirait pas à éclipser Aila.

Je fouillai les tiroirs en désordre, en me mordant la lèvre inférieure de frustration.

J'aurais dû voler le collier de diamants que Senevir avait reçu de l'empereur. Non : j'aurais dû prendre tout le coffret à bijoux de ma mère.

Senevir semblait espérer que je brise les fiançailles d'Aila. N'était-ce pas précisément pour cela qu'elle m'y encourageait ouvertement ? Si je lui avais demandé de me prêter vêtements et bijoux dans ce but, Senevir se serait volontiers exécutée.

'Et si je retournais au Palais de l'impératrice maintenant ?'

Contemplant les tiroirs d'un œil anxieux, je descendis de la voiture. Alors que je me dirigeais vers la résidence de Senevir, j'aperçus Barcas, en uniforme des chevaliers Roem, parmi les soldats.

Je me figeai, comme changée en glace. Il y avait beau avoir plus de cent cinquante hommes en uniformes identiques dans la Cour intérieure, mes yeux ne voyaient que Barcas.

Mon regard insistant s'accrochait de façon obsessionnelle à son dos raide, à ses larges épaules et à ses cheveux d'un gris cendré légèrement lumineux.

Barcas traversait la cour d'un pas mesuré en donnant des ordres à ses subordonnés. Il semblait inspecter la procession avant le départ.

Je déglutis avec peine. À mesure que Barcas se rapprochait, ma gorge me brûlait comme si j'avais avalé une poignée d'éclats de verre.

Le regard indifférent qui avait suivi la longue procession depuis la Porte du château se fixa enfin sur ma voiture.

Même d'assez loin, je distinguais le léger pli qui se formait entre ses sourcils — l'expression qu'il arborait toujours face à moi.

Ce visage froid, qui me causait une douleur si exquise à chaque rencontre, se rapprochait peu à peu.

« Vous n'avez pas encore terminé les préparatifs du départ ? »

Barcas avait réprimandé son propre chevalier sans me prêter attention. L'homme se gratta l'arrière du crâne d'un air embarrassé.

« Comme vous le voyez, il va falloir nous procurer un chariot de ravitaillement supplémentaire. »

À la réponse lasse du chevalier, les yeux d'un bleu pâle de Barcas se tournèrent vers les domestiques qui peinaient à faire entrer la montagne de bagages dans la voiture. Je vis l'agacement se répandre sur son visage impassible.

Enfin, son regard se posa sur moi.

« Cette procession traversera six grandes villes. On pourra s'y procurer les provisions nécessaires en chemin ; veuillez donc réduire les bagages superflus. »

Je levai vivement le menton, comme pour prouver quelque chose.

« Je refuse. Je sais parfaitement ce dont j'aurai besoin. »

« De toute façon, il ne s'agit guère de vêtements ni de bijoux. »

Il avait parlé d'un ton mesuré, austère.

« La Région du Nord-Ouest compte de nombreuses villes au commerce florissant. Vous aurez largement l'occasion d'acheter tout ce que votre cœur désire une fois arrivés au château ; je vous suggère donc de ne pas épuiser les domestiques avant même le départ. »

Je laissai échapper un rire moqueur.

« Ne soyez pas ridicule. Vous voulez me faire passer pour une princesse dissolue qui se vautre dans le luxe pendant un pèlerinage, pour qu'on me compare à Aila, c'est ça ? Vous pensiez vraiment que j'allais tomber dans le piège ? »

« Depuis quand vous souciez-vous de votre réputation… »

Ses lèvres se tordirent en un léger rictus incrédule.

« D'ailleurs, personne ne vous mettrait jamais sur le même plan que la Première princesse. Épargnez-vous donc cette inquiétude inutile. »

C'étaient des mots que je n'avais jamais voulu entendre de sa bouche.

Le visage empourpré de rage, je levai la main pour le frapper. Mais Barcas n'était pas homme à encaisser un tel coup sans réagir. Il m'attrapa vivement le poignet, puis fit signe aux domestiques d'un brusque mouvement du menton.

« Ne laissez que l'essentiel. Retirez le reste. Nous partons dans une heure : dépêchez-vous. »

« Comment osez-vous ! »

Je me débattis de toutes mes forces contre sa prise, la voix stridente de fureur. Mais l'homme demeura inébranlable.

Mon venin atteignant son paroxysme, je lui décochai un violent coup de pied dans le tibia.

« De quel droit ordonnez-vous qu'on retire mes affaires ? Vous vous croyez déjà quelqu'un d'important ? Vous n'êtes même pas encore duc ! Vous n'êtes qu'un chevalier de la Garde impériale — un simple chevalier ! Comment osez-vous parler ainsi à une princesse de l'Empire ! »

« Qu'attendez-vous pour vous dépêcher ? »

Il ignora totalement mon caprice et fixa les domestiques d'un regard glacial. Aussitôt, ils s'empressèrent nerveusement de décharger les bagages de la voiture.

On ne pouvait démontrer plus clairement que les ordres de Barcas — futur duc de la Région de l'Est et commandant de la Garde impériale — pesaient bien plus lourd que ceux d'une princesse qui ne l'était que de nom.

Les yeux flamboyants de fureur, je perdis toute retenue et me jetai sur l'une des servantes.

« Ôte immédiatement tes mains de mes affaires ! S'il manque une seule de mes affaires, je vous ferai tous pendre ! »

Ma menace resta en suspens. Barcas me souleva sans effort d'un seul bras et me fourra dans la voiture comme on se débarrasse d'un bagage encombrant.

Jetée sur la banquette de la voiture, je sentis mon visage s'embraser de rage.

Barcas était un homme dont la moelle même était imprégnée de loyauté envers la famille impériale. Jamais il n'aurait porté la main sur Aila de cette façon.

S'il pouvait me traiter avec une telle désinvolture, c'était parce qu'il ne me considérait pas comme une véritable membre de la famille royale.

L'injustice me brûlait si fort que les larmes me piquaient les yeux. Que cet homme garde une courtoisie aussi irréprochable envers ma demi-sœur tout en ne me montrant que du mépris, c'était insupportable.

Fin du chapitre 19
Fiche de l'œuvre

Commentaires

Code anti-spam :······
0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.