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Chapitre 149

Chapitre 149

2 novembre 2026 ~9 min · 1 623 mots

Le bébé appuyait sur le nerf qui descendait le long de ma jambe gauche, provoquant une sensation de brûlure et de fourmillement qui me tourmentait jour et nuit sans répit. Une douleur aiguë, comme si l'on m'avait enfoncé un pieu dans le bas du dos, refusait de s'apaiser.

J'en vins à en vouloir aux dieux d'avoir chargé les seules femmes d'une telle souffrance.

À un moment, je me mis à espérer désespérément que l'enfant soit un fils. Je ne voulais plus jamais revivre une grossesse après celle-ci. Plus une seule fois.

J'étais reconnaissante des soins dévoués dont Barcas et tout mon entourage m'entouraient, mais à mesure que la douleur physique s'aggravait, la satisfaction de porter une nouvelle vie se flétrissait peu à peu. La peur prenait sa place.

Accoucher serait sûrement d'une douleur insupportable, non ?

Accueillir le corps de Barcas me semblait déjà éprouvant chaque fois ; pourrais-je vraiment endurer l'épreuve de l'enfantement ?

Mon ventre grossissait de jour en jour, et une terreur grandissante m'envahissait. Une part de moi souhaitait de toutes ses forces être délivrée au plus vite de cet état, tandis qu'une autre priait pour que ce moment n'arrive jamais.

« Votre Altesse, je vous ai préparé une tisane pour apaiser vos nerfs. Elle devrait vous aider à dormir un peu. »

Maricen, qui remuait une marmite devant la cheminée depuis un moment, s'approcha avec une tasse contenant un liquide brun foncé. Je la pris sans protester et bus.

Au début de ma grossesse, j'avais refusé d'avaler quoi que ce soit qui puisse nuire à l'enfant, mais désormais je n'hésitais plus devant rien de ce qui pouvait soulager mon corps. Tandis que le bébé débordait de vitalité en moi, je m'étiolais un peu plus chaque jour.

Je craignais de ne plus avoir la force de mettre l'enfant au monde le moment venu.

« Tu veux bien goûter ceci aussi ? C'est un fortifiant envoyé par l'impératrice. On dit qu'il aide à reprendre des forces. »

À peine avais-je fini ma tasse de tisane que la Nourrice s'approcha avec un petit flacon.

Je le fixai un instant, puis secouai la tête. Ma mère voyait certes dans l'enfant que je portais une pièce maîtresse de son jeu et ne m'enverrait sans doute rien de nocif, mais j'avais toujours du mal à lui faire aveuglément confiance.

« J'ai l'estomac barbouillé. Je ne veux rien avaler d'autre. »

« Juste un peu, je t'en prie, par égard pour la bonté de l'impératrice. Elle a envoyé des ingrédients si précieux… »

« Ça suffit ! »

D'un geste irrité, j'écartai la main de la Nourrice. Le flacon de verre lui échappa et roula sur le sol.

Un instant, la colère passa sur le visage rond de la Nourrice.

Ses lèvres tremblèrent comme si elle allait dire quelque chose de cinglant, mais elle finit par pousser un lourd soupir et ramassa le flacon.

J'éprouvai un pincement de culpabilité, mais au lieu de m'excuser, je me détournai et me couchai sur le côté. J'en voulais beaucoup à la Nourrice de se soucier davantage du cadeau dédaigné de ma mère que de mon malaise.

Je remontai la couverture jusque sur ma tête et pressai du bout des doigts mon bassin douloureux.

Je restai longtemps couchée à gémir. À mesure que la tisane faisait effet, la douleur s'atténua peu à peu et la somnolence me gagna. Je m'abandonnai de bon gré au royaume de l'inconscience.

Mais la paix ne dura pas. Au crépuscule, une crampe me saisit la jambe et m'arracha à mon profond sommeil.

Je criai en agrippant à deux mains les muscles de mon mollet secoués de violentes convulsions. C'était comme si l'on m'avait transpercé la jambe d'une lame. Les larmes coulèrent malgré moi sur mon visage.

« Tenez bon un instant, Votre Altesse. Je vous apporte un remède. »

Maricen, qui se reposait près de la cheminée, accourut et porta un flacon à mes lèvres.

« C'est un antidouleur. Il est fait d'ingrédients sans danger pour l'enfant ; buvez sans crainte. »

J'hésitai un bref instant, mais comme la crampe ne montrait aucun signe de relâchement, j'avalai à contrecœur une gorgée du remède tiède.

Pendant ce temps, Tiuran, qui avait préparé une bouillotte remplie d'eau chaude, la posa avec précaution sur ma jambe.

Lorsque la douleur s'apaisa, un peu plus tard, je promenai un regard las sur la chambre faiblement éclairée. La Nourrice se tenait près du lit et me regardait avec inquiétude. Deux jeunes servantes attendaient sur le seuil, prêtes à se précipiter dans le couloir pour aller chercher la prêtresse.

Pour les calmer, je murmurai d'une voix rauque :

« Je crois que ça va mieux. »

« Comment va votre ventre ? »

Tiuran avait posé la question en faisant glisser la bouillotte plus bas sur mon mollet.

Je touchai doucement le bas de mon ventre.

« Ça tire un peu, mais rien de grave. »

« Je vais vous rapporter une tasse de tisane. Elle vous aidera à vous apaiser. »

Au prix d'un effort, je me redressai. Par la fenêtre laissée ouverte pour aérer, le ciel virait au pourpre profond.

« Barcas n'est pas encore rentré ? »

« Monseigneur est à la maison des guildes. Il a fait savoir il y a quelques heures qu'il serait retardé. »

Tiuran m'avait répondu avec gentillesse en calant un oreiller derrière mes reins.

J'apaisai mon mécontentement en caressant doucement, à travers la peau fine de mon ventre, le petit derrière du bébé.

Durant toute la saison du repos, Barcas ne m'avait pas quittée un instant.

Il expédiait l'essentiel de ses affaires depuis le bureau de notre chambre et, une fois le froid installé, il avait réduit ses passages à la maison des guildes et ses audiences au tribunal de la ville. Grâce à quoi je m'étais offert le luxe de commander le grand-duc de la Région de l'Est comme mon propre serviteur.

Barcas me serrait dans ses bras quand je gémissais la nuit, me massait le bas du dos ou apportait des linges frais pour essuyer la sueur de ma nuque et de mon visage ; parfois même, il préparait lui-même des bouillottes et les tenait contre les endroits douloureux jusqu'à ce que je m'endorme.

Mais quand la saison de l'eau commença, Barcas dut reprendre son emploi du temps chargé. Les multiples affaires repoussées tout l'hiver déferlèrent comme un raz-de-marée.

Barcas réorganisa l'administration de son domaine, restée au point mort pendant l'hiver, et mena l'Ordre des chevaliers en tournée d'inspection des baraquements pour évaluer l'état de préparation des troupes.

Les affaires réclamant son attention semblaient ne jamais finir. De grandes manœuvres militaires commencèrent sur le Terrain d'entraînement du château de Laedgo, et des messagers armés se mirent à traverser le château à toute heure.

Je sentais se raviver les braises de la guerre qui couvaient dans la Région du Nord, mais je n'en dis rien.

Je voulais désespérément croire que, même si la guerre éclatait au nord, elle n'atteindrait jamais la Région de l'Est.

En envoyant ses forces de cavalerie, Barcas avait rempli son devoir de sujet loyal ; la suite relevait de la famille impériale.

'Peut-être Gareth prendra-t-il lui-même la tête des troupes pour mater la rébellion.'

Si cet homme mourait au combat, je n'en éprouverais que de la gratitude.

Je souriais faiblement à l'image de mon demi-frère transpercé par une lame du Nord quand une pensée me traversa l'esprit comme un éclair, et mon corps se figea.

Senevir pouvait-elle être derrière cette guerre ?

Si le Nord lançait vraiment une guerre d'indépendance, il y avait de fortes chances que le prince héritier soit nommé commandant en chef.

Pour peu qu'elle parvienne à le pousser sur le champ de bataille, l'impératrice pourrait éliminer son beau-fils sans éveiller le moindre soupçon.

Perdue dans cette pensée, je me rendis soudain compte que je me laissais aller à des chimères sans fondement, et laissai échapper un petit rire.

Si grande que soit l'influence de Senevir, elle ne pouvait pas manipuler en coulisses les nobles du Nord.

Et quand bien même ce serait possible, l'impératrice irait-elle vraiment fomenter une guerre civile ?

Si la moindre preuve venait à la relier à la rébellion, l'impératrice elle-même n'échapperait pas à la corde. Senevir ne prendrait jamais un pari aussi dangereux.

Je ris tout bas de mon imagination absurde, puis sentis soudain un tiraillement dans mon ventre et reposai la tasse que je tenais. En changeant prudemment de position, je sentis l'ourlet humide de ma jupe coller désagréablement à mes jambes.

Je fronçai les sourcils. À force de m'être débattue si violemment, j'avais apparemment le corps entier trempé de sueur.

Je posai les pieds par terre et fis signe aux servantes.

« Il faut que je me lave. Préparez-moi un bain. »

« Tenez-vous à moi. Je vais vous soutenir. »

Tiuran, qui avait écarté la bouillotte, me saisit l'avant-bras.

Je m'agrippai à ses épaules minces mais fermes et me relevai avec précaution. Je sentis alors un liquide tiède couler le long de ma cuisse, et mon corps se raidit.

Je n'avais tout de même pas perdu le contrôle de ma vessie ?

Tandis que je baissais des yeux effrayés vers ma jupe mouillée, j'entendis à côté de moi comme une respiration rauque et laborieuse.

« Bonté divine ! »

Croyant que Tiuran s'était écriée en voyant ma mésaventure, je devins cramoisie de honte. Mais je remarquai alors la terreur dans ses yeux, et mon corps se raidit.

Un terrible pressentiment me parcourut l'échine.

« Allez chercher la prêtresse, tout de suite ! »

Tiuran me rallongea sur le lit d'un geste pressant et lança aux servantes d'une voix forte :

« Ne restez pas plantées là ! La poche des eaux s'est rompue ! Vite ! »

Fin du chapitre 149
Fiche de l'œuvre

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