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Chapitre 121

Chapitre 121

8 octobre 2026 ~8 min · 1 592 mots

Cette nuit-là, quand j'étais retourné dans ma chambre, ce qui m'attendait, c'était un lit taché de vives traces de sang.

Au moment où je l'avais constaté sous la vive lumière de la lampe, ma poitrine s'était violemment serrée, et un froid glacial m'avait pénétré jusqu'aux os.

J'avais voulu aller la retrouver pour examiner ses blessures, mais l'image de son visage, quand elle m'avait supplié de la laisser seule, m'avait cloué sur place.

Combien de temps étais-je resté là, à contempler ce lit refroidi ? Soudain, une envie de détruire quelque chose m'avait saisi.

Tout m'exaspérait. Cette femme qui se servait de moi avec tant de désinvolture, moi-même qui me laissais emporter par ses manœuvres, et mon propre corps, en proie à une chaleur incontrôlable qui refusait de retomber.

Je serrai les dents. Elle m'avait toujours poussé en avant par ses actes imprudents et téméraires. Cette nuit-là n'était que la suite de la même rengaine. Je me le répétais, et pourtant mes nerfs à vif ne montraient aucun signe d'apaisement.

« Que faisons-nous du reste de la journée ? »

Alors que nous approchions de la Porte du château, Daren, qui me suivait en silence, posa soudain la question.

Tiré de ma rêverie, je levai les yeux vers le soleil qui déclinait au-delà de la tour du château et fronçai les sourcils.

En temps normal, j'aurais déjà dû assister à la réunion organisée par l'Alliance des nobles. Mais les principaux points de l'ordre du jour étaient sûrement réglés. Me montrer en retard ne servirait qu'à perdre du temps en vaines démonstrations.

Ma décision vite prise, je changeai aussitôt de direction.

« Nous rentrons pour aujourd'hui. »

Sur ces mots, je sautai lestement en selle et lançai mon cheval.

Lorsque j'arrivai au château, le ciel commençait déjà à se teinter d'un léger violet.

Levant les yeux, je remarquai de minces nuages qui s'amassaient à l'est et plissai le front. L'idée me traversa qu'il risquait encore de pleuvoir. Si c'était le cas, les traces laissées par les loups seraient entièrement effacées, et la traque s'en trouverait compliquée.

'Rien ne va, ces temps-ci.'

Avec un rire amer, je sautai lestement du dos de Torque et gravis les marches.

Lorsque j'entrai dans le château principal, les serviteurs qui attendaient près de l'entrée me débarrassèrent du plastron et de la cape qui m'enveloppaient.

J'écartai d'un geste léger leurs attentions encombrantes et traversai droit le vaste hall. À ce moment, j'aperçus la silhouette d'une quart-naine qui descendait l'escalier, les bras chargés de vêtements. En me voyant, la femme se figea, et je m'avançai à grands pas devant elle pour lui demander sans détour :

« Comment s'est portée la princesse aujourd'hui ? »

La femme sursauta, puis se mit à bavarder nerveusement.

« Dans la journée, elle a mangé quelques fruits et bu un peu d'hydromel, et le soir, elle a pris plusieurs cuillerées de bouillie d'orge aux herbes médicinales. Elle a aussi bu une boisson de lait de chèvre fermenté pour se rafraîchir. Il semble tout de même que son appétit se soit un peu amélioré, comme si son estomac allait mieux qu'avant. C'est grâce aux soins attentifs de Monseigneur. »

J'écoutai en silence sa longue explication avant de demander d'un ton mesuré :

« Et son humeur ? »

« Son humeur était… »

Une expression désemparée passa sur le visage de la femme. J'observai les vêtements qu'elle serrait dans ses bras et tordis les lèvres. Des étoffes colorées et ornées gisaient en lambeaux, roulées en ballots.

Il semblait que mon épouse, l'humeur aigrie par quelque chose, avait passé sa colère sur des objets.

« Inutile de répondre. »

« Ah, Mademoiselle est simplement devenue un peu plus sensible. Et puis aujourd'hui, elle a quand même réussi à se calmer… »

La femme, qui défendait précipitamment sa maîtresse, se tut soudain et baissa les yeux d'un air gêné.

J'attendis qu'elle poursuive, puis, comprenant qu'elle n'avait aucune intention de finir sa phrase, je repris ma marche avec un léger soupir.

Arrivé devant la porte de la chambre du deuxième étage, je vis la lumière du soir qui ruisselait par la haute fenêtre étirer de longues ombres sur le sol de marbre. Mes yeux se tournèrent vers l'escalier qui menait au troisième étage.

Un instant, l'idée d'aller la voir en personne pour m'assurer de son état me traversa l'esprit, mais j'y renonçai, certain d'être éconduit à la porte. Depuis cette nuit-là, elle gardait sa porte verrouillée et me repoussait obstinément.

Je me massai la nuque endolorie et reportai mon attention sur ma propre chambre.

Puis, soudain, un parfum puissant m'effleura les narines, et mon corps se raidit.

Un étrange frisson me remonta l'échine. Avant même d'en prendre conscience, j'avais saisi la poignée et ouvert violemment la porte.

« Vous êtes rentré plus tôt que prévu. »

À l'instant où j'entrai dans la chambre, une voix fraîche me parvint aux oreilles. Mon regard glissa vers le lit. Une femme en robe légère d'un bleu profond était assise sur les draps blancs, ses jupes volumineuses étalées autour d'elle.

Elle écarta le livre posé sur ses genoux et poursuivit avec calme :

« On m'a dit que vous étiez sans cesse pris par vos devoirs ces derniers temps, alors je pensais que vous ne rentreriez qu'au cœur de la nuit. »

« … C'est pour ça que tu es ici ? »

J'avais verrouillé la porte derrière moi presque d'instinct en parlant.

« Tu pensais que je ne serais pas là ? »

« Si je n'avais pas voulu vous voir, pourquoi aurais-je attendu dans cette chambre vide ? Ce que je voulais dire… c'est que je pensais devoir attendre longtemps avant que vous n'arriviez. »

Elle parlait en se mordillant ses lèvres écarlates.

Je remarquai qu'elle ne faisait que feindre le calme tout en tremblant de nervosité, et je croisai les bras sur ma poitrine.

Le parfum dense qui saturait la chambre m'envahissait les poumons, et mes nerfs déjà tendus s'aiguisèrent encore.

Je rassemblai mes pensées éparpillées et la considérai avec méfiance.

« Tu m'attendais ? »

« C'est ce que je viens de dire. »

Elle avait répliqué avec agacement, puis elle humecta ses lèvres desséchées. Mon regard s'y attarda un instant avant que je ne tourne les yeux vers la fenêtre.

Mon bas-ventre se contracta tandis que ma température montait sans cesse. Irrité par ma propre fébrilité, celle d'un étalon qui flaire l'odeur d'une jument, je demandai sèchement :

« Pourquoi ? »

Un ton accusateur m'avait échappé malgré moi.

Je m'avançai jusqu'au lit et la dominai de toute ma hauteur.

« Tu m'évites délibérément depuis plusieurs jours. »

« C'est que… j'avais simplement besoin de temps. »

L'inquiétude vacilla dans ses yeux d'un bleu profond. Une légère rougeur monta à ses joues pâles et à son cou immaculé, et son parfum se fit plus intense.

Je serrai fort mes doigts moites de sueur et la pressai d'une voix tranchante :

« De temps pour quoi ? »

Elle agrippa l'ourlet de sa jupe d'un geste anxieux.

« Pour me remettre… »

Sa voix, comme arrachée à sa gorge, apaisa instantanément mon agressivité.

Je me penchai vers elle, le visage grave.

« Cette nuit-là, il y avait des taches de sang sur les draps. La blessure était-elle grave ? »

« Non, je vais bien. On m'a dit que c'était tout à fait naturel. »

Mon soulagement à sa réponse fut de courte durée : ses mots suivants me raidirent de nouveau.

« La blessure est complètement guérie maintenant, et rien n'empêche de partager un lit. »

Je restai un moment silencieux, à contempler son visage. Elle poursuivit d'un ton monocorde :

« Pour concevoir un enfant, nous devons être intimes régulièrement. La Nourrice a dit… que plus c'était fréquent, mieux c'était. »

Je la regardai d'un air hébété, puis, l'instant d'après, laissai échapper un rire sec.

Il semblait que cette femme était résolue à ne voir en moi rien d'autre qu'un étalon reproducteur.

Je pris la robe de chambre posée près du lit et la jetai sur elle.

« Je crains de ne pas être particulièrement disposé. Quitte ma chambre, je te prie. »

« Vous n'avez aucun droit de refuser, je vous l'ai déjà dit. »

Elle redressa le dos et me lança un regard acéré.

« C'est une obligation. Quelque chose que vous devez faire, quels que soient vos sentiments. »

Mon visage se crispa.

Ma raison savait qu'elle avait raison. Laisser un héritier était sans aucun doute mon devoir.

Si, tout en le sachant, je m'étais abstenu jusqu'ici de réclamer son lit, c'était parce que je ne savais que trop à quel point elle abhorrait le contact d'un homme.

Tant que Lucas existait comme solution de rechange, il n'y avait aucune raison d'imposer à son corps une épreuve inutile.

Mais si c'était elle qui l'exigeait, la chose était tout autre. N'avais-je pas nourri en secret l'espoir qu'un jour cette femme finirait par m'accepter ? Si elle me tendait la main la première, je n'avais aucune raison de refuser.

Alors pourquoi cette réticence me rongeait-elle ?

« Vous obéirez à mes paroles, n'est-ce pas ? »

Talia me pressait du ton impérieux d'une reine. Pourtant, dans ses yeux vacillait une peur qu'elle ne parvenait pas tout à fait à cacher.

Je répondis avec une certaine impulsivité :

« Si c'est ce que tu désires. »

La honte et le soulagement se disputèrent son visage. Sans la quitter des yeux, je repris d'un ton résolu :

« Mais cette fois, nous ferons comme je le souhaite. »

Fin du chapitre 121
Fiche de l'œuvre

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