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Chapitre 117

Chapitre 117

8 octobre 2026 ~11 min · 2 111 mots

Je posai un regard froid et indifférent sur la robe qu'elle tenait entre ses mains.

« Depuis quand fais-tu l'entremetteuse ? »

À cette remarque méprisante, le visage de la Nourrice se tordit affreusement.

Sans lui prêter attention, je descendis du rebord de la fenêtre pour gagner le lit. Mais la Nourrice ne recula pas.

« En vérité, vous n'avez jamais vraiment consommé le mariage, tous les deux, n'est-ce pas ? Tu comprends ce que ça veut dire ? Ça veut dire que le grand-duc peut demander l'annulation quand il le voudra ! »

Je baissai un regard glacial sur la Nourrice qui me barrait le passage, puis rassemblai brusquement les amples jupes de ma robe et les soulevai.

Quand j'arrachai par-dessus ma tête le vêtement trempé de sueur, des jambes tordues et une silhouette décharnée, disgracieuse, apparurent au grand jour.

La Nourrice détourna aussitôt les yeux. Devant cela, je laissai échapper un rire creux.

« Tu ne peux même pas me regarder en face, et tu veux que je jette ce corps hideux dans les bras d'un homme ? »

« … Il faut quand même faire un effort. »

La Nourrice bredouilla, les yeux obstinément rivés au sol.

« Le grand-duc ne semble pas complètement indifférent à ton égard, non ? Quand tu t'es effondrée, comme il s'est dévoué ! Même accaparé par les funérailles et la succession, il veille sans faute à tes repas et à tes remèdes. Il ne refuserait sûrement pas si tu le lui demandais. »

Moi qui laissais échapper de petits rires amers et dépités, j'effaçai soudain toute ironie de mon visage.

« Donc tu me dis d'aller le supplier. »

« Ne déforme pas mes paroles. C'est aussi pour ton bien. Une fois l'enfant né, ta place de grande-duchesse sera assurée… »

Devant des paroles aussi transparentes, ma patience s'évapora en un instant.

Je balayai violemment la table de mes mains. Bols, assiettes et céramiques s'éparpillèrent sur le sol dans un fracas aigu.

Plusieurs éclats de verre me piquèrent le cou-de-pied. Sans y prêter attention, je saisis le chandelier près de la cheminée et le lançai contre le mur.

« Dehors ! »

La Nourrice poussa un cri tardif et se rua vers la porte, affolée.

J'attrapai la robe qu'elle avait abandonnée et la déchirai violemment des deux mains. Dans un bruit d'étoffe arrachée, le tissu se fendit en deux. Je le jetai négligemment de côté, gagnai le lit et tirai les couvertures sur moi.

Combien de temps restai-je ainsi ? On frappa prudemment, puis une voix douce s'éleva.

« Votre Altesse, j'ai appris que vous vous étiez blessé le pied. Permettez-moi de soigner votre plaie. »

Je ne répondis pas. Prenant mon silence pour un consentement, on ouvrit la porte, et des pas légers suivirent.

« Je vais examiner la blessure un instant. »

Quand la femme rabattit la couverture, des pieds et des jambes couverts de sang apparurent. La guérisseuse y lança un sort et enveloppa soigneusement mes jambes de bandages propres.

« Comment est la douleur ? »

« …… »

« Si vous avez besoin d'un calmant… »

« L'impératrice t'a-t-elle donné des instructions particulières ? »

À cette question abrupte, la femme se tut.

Je fixai attentivement son visage figé. Après une longue hésitation, elle avoua :

« … Elle m'a demandé de veiller avec le plus grand soin à la santé de la grande-duchesse. »

« Pour qu'un enfant prenne racine facilement ? »

Devant ma voix méprisante, les lèvres de la femme se pincèrent. Je me tournai de l'autre côté, la voix creuse et lasse.

« Va-t'en. »

« Votre Altesse. »

Je la sentis alors s'agenouiller près du lit.

Une chaleur inhabituelle enveloppa ma main ; je sursautai et tournai la tête. La guérisseuse me regardait de ses yeux bruns sincères.

« Votre Altesse n'est obligée de rien faire qu'elle ne veuille pas. »

Je clignai des yeux.

J'aurais dû me moquer d'une ingérence aussi présomptueuse. Que pouvait bien comprendre une simple guérisseuse ? J'aurais dû lui lancer de se mêler de ses affaires et de cesser de dire des bêtises, mais étrangement, les mots restèrent coincés dans ma gorge.

« Je… »

Ma langue se tordit d'elle-même entre mes lèvres entrouvertes malgré moi.

'Je ne veux pas.'

'Je ne veux pas montrer à Barcas ce corps flétri et pitoyable. J'en ai assez d'être un pion sur l'échiquier des ambitions de ma mère. Je refuse de souffrir encore pour des gens qui ne m'aimeront jamais vraiment.'

Je ravalai désespérément les mots qui m'étaient montés à la gorge.

Montre ta faiblesse, et on te piétinera. Je ne supporterais pas d'être blessée par qui que ce soit d'autre.

Je dégageai froidement ma main de celle de la guérisseuse.

« Arrête de dire des bêtises et appelle les servantes. »

La femme, qui m'observait d'un regard pensif, se releva lentement.

Je la regardai s'éloigner, puis lui posai une question sur un coup de tête.

« Au fait, comment m'as-tu dit que tu t'appelais ? »

La femme écarquilla les yeux et répondit d'une voix calme :

« Je m'appelle Maricen. »

Je répétai ce nom pour moi-même, puis la congédiai d'un geste désinvolte.

Peu après, des servantes accoururent pour remettre de l'ordre dans la chambre en désordre et, sur mes indications, m'aidèrent à me préparer.

Je choisis la robe la plus somptueuse de la dot envoyée par le Palais impérial, tressai élégamment mes cheveux et les ornai de perles.

Après avoir appliqué une épaisse couche de fard cramoisi sur mes lèvres couvertes de croûtes, je sortis mon coffret à bijoux.

Dans l'écrin de velours reposaient un petit bouton gravé aux armes des chevaliers Roem, une pierre de lune aux reflets bleu argenté, un mouchoir soigneusement plié et une broche de rubis.

Je contemplai longuement ces traces d'un attachement que j'avais juré mille fois de lâcher sans jamais pouvoir m'en défaire, puis je pris la broche et l'agrafai sur mon sein gauche.

Devant le miroir, le reflet montrait une femme pâle qui s'était désespérément efforcée de dissimuler sa maigreur.

Je demandai à cette femme dans la glace :

'Qu'est-ce que tu fais ?'

'Je n'ai pas encore décidé.'

Je fixai un instant mes pupilles tremblantes, puis congédiai les servantes et quittai la chambre. Par les fenêtres du couloir, le ciel s'assombrissait peu à peu.

Barcas ne devait pas encore être rentré.

Depuis la mort de l'ancien grand-duc, il passait presque tout son temps hors du château. Il assistait à pratiquement toutes les cérémonies religieuses organisées par l'Église de l'Est et semblait accaparé par les tâches sans fin qu'exigeaient l'apaisement de la population inquiète et la réorganisation du ravitaillement militaire.

'Et par-dessus le marché, il s'est chargé des bêtises de Gareth. Dix corps n'y suffiraient pas.'

Avec un sourire amer, je traversai le couloir désolé et glacial, puis descendis le grand escalier.

Quand j'arrivai devant ce qui était désormais la chambre de Barcas, l'ancienne chambre du grand-duc, les domestiques postés à la porte écarquillèrent les yeux de surprise.

Plutôt que de leur ordonner d'ouvrir, je saisis moi-même la poignée et tirai la porte.

Dans un grincement, la vaste chambre inondée de la lumière des lampes apparut.

En apercevant la longue ombre étirée à travers la pièce, je sentis mon dos se raidir. Barcas, en uniforme militaire, venait tout juste de rentrer et défaisait les boutons de sa veste.

« … Qu'est-ce qui t'amène ? »

L'homme, qui me jaugeait lentement par-dessus son épaule, fronça les sourcils en posant la question. C'était une réaction qui rendait parfaitement vaines des heures de préparation.

Ravalant ma déception, j'entrai dans la chambre et verrouillai la porte derrière moi.

« Je suis venue parce que j'avais quelque chose à vous dire. »

Barcas, le visage inexpressif, désigna du menton un fauteuil placé devant la cheminée.

« Assieds-toi. »

Je bougeai mes jambes raidies et m'installai dans le fauteuil. Pendant ce temps, Barcas, qui avait ôté sa veste et l'avait accrochée au mur, versa un verre de vin de pomme et me le tendit.

« Il paraît que tu as encore perdu l'appétit ces derniers temps. Même si je ne peux pas m'occuper de toi moi-même, tu ne dois pas sauter de repas, et il faut bien manger. »

Je gardai les lèvres obstinément closes, le regard baissé sur le verre de vin.

Barcas, qui m'observait les bras croisés, rompit le silence qui s'éternisait.

« Qu'as-tu à me dire ? »

« Vous…… »

Je levai vers lui des yeux désemparés.

Que devais-je dire ? Je ne savais même pas pourquoi j'étais venue le trouver.

Soumission ou résistance ? Une chose était sûre : je me tenais à la croisée des chemins. Et j'étais prête à remettre cette décision entre ses mains.

Je raffermis ma voix tremblante.

« C'est vrai que vous vous opposez au mariage d'Aila ? »

Comme je le regardais droit dans les yeux, comme si je cherchais la bagarre, le coin des lèvres de Barcas se tordit légèrement.

« C'est pour ça que tu évites mon regard depuis quelques jours ? »

Il passa les doigts dans les cheveux en désordre sur son front et eut un rire sec.

« Je m'y suis opposé uniquement à cause du danger politique. »

« Mais des rumeurs circulent au Palais impérial, comme quoi vous auriez encore des sentiments pour Aila. »

Plus je parlais, plus j'avais l'impression d'être une enfant capricieuse qui fait une colère. Chassant cette impression, je poursuivis comme pour le soumettre à un interrogatoire.

« Vous aviez dit que vous feriez taire les ragots sur notre mariage. Répandre des rumeurs aussi ridicules, c'est votre façon de faire taire les ragots ? »

« Il en allait de la sécurité de tous les deux. »

Il parlait avec une lassitude visible.

« Il fallait empêcher le prince héritier d'agir à la hâte. J'ai le devoir de protéger ces deux-là. »

À mesure qu'il parlait, son ton se fit un peu plus dur.

Je levai vers lui un visage figé.

Après avoir poussé un long soupir, Barcas se pencha vers moi et ajouta d'un ton nettement plus doux :

« J'ai l'intention de proposer bientôt un meilleur parti à la première princesse. À ce moment-là, les rumeurs s'éteindront d'elles-mêmes. »

Moi qui le regardais en silence, je laissai échapper un rire creux.

Cet homme comprenait-il seulement ce qu'il disait ?

À voir Barcas parler si légèrement de planter un couteau dans le cœur d'Aila tout en prétendant la protéger, je sentis le désespoir m'envahir avec une ironie amère.

L'impératrice avait raison. Cet homme était aveugle dès qu'il s'agissait d'affaires de cœur.

Pour lui, les sentiments n'entraient pas en ligne de compte. Ce qui comptait pour Barcas, c'était seulement d'accomplir son devoir.

Et la toute première ligne de cette longue liste de responsabilités était sans doute la protection des jumeaux.

Moi qui avais pris la place de grande-duchesse, j'avais peut-être gagné une importance considérable. Mais je ne pourrais jamais être sa priorité absolue.

Son devoir de serviteur de la famille impériale. Son devoir de chef d'une grande maison. Rien ne pouvait passer avant cela.

« Vous êtes… vraiment, vraiment quelqu'un de loyal. »

Ses yeux se plissèrent légèrement. Il semblait comprendre que ce n'était pas un compliment.

J'effaçai le sourire de mon visage. À mesure que mon esprit se refroidissait, je vis clairement ce que je devais faire.

Quand Gareth, devenu empereur, exigerait ma vie, résolu à faire la guerre à la Région de l'Est, le choix de Barcas serait évident.

La question était de savoir si je pourrais accepter cette situation de bon gré.

J'imaginai ma propre mort. Mon image, mourant misérablement, prit bientôt le visage de l'ancien grand-duc. Cet homme avait eu peur de la mort et de ce qui viendrait après.

Et moi ?

La réponse vint aussitôt.

'J'ai peur de mourir.'

Si peur que je m'étais débattue désespérément. Je savais bien que moi seule pouvais me protéger.

'Cette fois n'est pas différente. Je dois survivre par mes propres forces.'

'Ce n'est pas une soumission à l'impératrice. J'ai choisi de me battre parce que je veux vivre.'

Ayant empilé dans ma tête d'innombrables justifications, je relevai enfin la tête et soutins son regard.

« Vous dites que vous n'avez fait que votre devoir ? »

Ses yeux froids se fixèrent sur moi sans le moindre frémissement, et je gravai chaque mot dans ces iris glacés comme on taille la pierre.

« Alors j'exigerai que vous remplissiez aussi vos devoirs de mari. »

Des fissures apparurent enfin sur son visage dénué d'émotion. Je parlai sans détour, comme pour me glisser dans ces failles :

« Cette nuit, je partagerai votre lit. »

Fin du chapitre 117
Fiche de l'œuvre

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