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Chapitre 103

Chapitre 103

3 octobre 2026 ~8 min · 1 463 mots

« Si vous me le permettez, j'examinerai moi-même la composition. Ainsi, Votre Altesse pourra être tranquille. »

Je ne dis ni oui ni non et lui fis seulement signe de se retirer. La guérisseuse des Sierkan s'inclina aussitôt et quitta la chambre.

J'avais regardé danser les flammes crépitantes de la cheminée ; je me levai, écrasée par une profonde lassitude.

Lorsque je m'allongeai sur les draps moelleux, la douleur qui irradiait de mes genoux s'apaisa peu à peu. Le baume faisait manifestement son effet.

Les paupières mi-closes, je contemplai le plafond taché, puis tournai la tête vers la vitre teintée de pourpre.

Le ciel était déjà passé de l'ambre éclatant à une teinte sombre de vin.

Le couchant qui flambait si férocement serait bientôt dévoré par les ténèbres. Ce moment-là serait idéal pour une attaque surprise.

Une inquiétude fugace me saisit — et si Barcas était blessé au combat ? —, mais je la chassai aussitôt.

C'était un homme qui avait surpassé des centaines de chevaliers Roem avant ses vingt ans et s'était hissé au rang de commandant des chevaliers. Venir à bout d'une bande de maraudeurs ne serait rien pour lui.

Je bannis délibérément ces pensées vagabondes et fermai les yeux avec force. Tandis que ma conscience s'obscurcissait, le glas de la cloche annonçant la fin du jour s'insinua dans mon esprit.

En écoutant cette résonance lointaine qui descendait du clocher, je sombrai brusquement dans le sommeil, comme on perd connaissance.

Je repris conscience dans l'obscurité profonde du petit matin.

Saisie d'une soif brûlante, j'ouvris les yeux et fus prise d'une suffocation inattendue. Je tirai sur l'encolure de ma robe de lin.

Comme cette oppression dans ma poitrine ne passait pas, je rampai jusqu'au pied du lit et attrapai la lampe.

À cet instant, une lueur pourpre qui coulait le long du mur attira mon regard. En suivant cette faible trace de lumière, je tournai la tête et découvris les flammes presque éteintes dans la cheminée ; je pris une profonde inspiration. Cette clarté mourante me fit l'effet d'une bouffée d'air frais.

Je descendis du lit et allai jusqu'à la cheminée. Dans la cendre noire, quelques braises grésillaient encore. Pour les ranimer, j'empilai plusieurs bûches et actionnai vigoureusement le soufflet posé par terre. Le bois se mit à fumer, puis s'embrasa en vives flammes.

Mes épaules se détendaient de soulagement quand je tournai soudain la tête. Un bruit étrange venait de quelque part. Il me fallut quelques secondes pour comprendre que c'était le cri d'une bête.

Des chiens sauvages seraient-ils apparus ?

Je m'approchai de la fenêtre et ouvris prudemment le battant vitré. Un vent froid et sec me fouetta le visage.

Frissonnant sous la morsure du froid, je scrutai les ténèbres en suivant ce son de plus en plus distinct.

Un cri lugubre résonnait sur la colline baignée de lune. Pourtant, je ne voyais nulle part la silhouette de la bête qui gémissait avec tant de désespoir.

Je tournais le regard vers l'extrémité de la steppe, me demandant si le son venait de la forêt, lorsqu'on frappa à la porte.

Mes nerfs se tendirent d'un coup.

« Qui est là ?

— Pardonnez-moi, Votre Altesse. J'ai entendu du bruit et je me suis demandé si la douleur ne vous empêchait pas de dormir, alors je suis venue m'en enquérir. »

C'était la guérisseuse des Sierkan.

Ma méfiance retomba et je répondis d'un ton indifférent.

« Je n'arrivais simplement pas à dormir. Tu peux te retirer. »

Un bref silence suivit. La femme s'attarda, hésitante, devant la porte, puis proposa avec précaution :

« Si cela vous convient, voulez-vous que je vous prépare une tisane pour vous aider à bien dormir ? »

Je fronçai les sourcils. Qu'elle n'obéisse pas sur-le-champ à mon congé m'agaça.

« Ce n'est pas néces… »

J'allais refuser comme à mon habitude, mais je me tus brusquement. Je venais de me rappeler que j'avais promis de lui remettre le remède préparé par la guérisseuse des Taren.

Je ne la soupçonnais pas vraiment d'administrer des drogues douteuses, mais la prudence ne pouvait pas nuire.

Après un instant de réflexion, je dis sèchement :

« Très bien. Entre. »

Une fois la permission donnée, la guérisseuse entra dans la chambre, un petit baluchon serré dans une main.

Je l'examinai attentivement, d'un regard qui la jaugeait.

Comme si elle sortait tout juste du lit, elle ne portait qu'une ample chemise de nuit en lin sous une robe de chambre grise.

Elle repoussa derrière son oreille ses cheveux en désordre d'un geste gêné et se dirigea vers la cheminée.

« Patientez un instant, je vous prie. Ce sera prêt très vite. »

Elle suspendit une casserole de cuivre au-dessus des flammes, puis sortit de son baluchon une botte d'herbes médicinales.

Après avoir mêlé plusieurs variétés dans la casserole et les avoir légèrement torréfiées, elle prit une bouilloire et versa de l'eau sur le mélange.

Bientôt, le parfum délicat de la camomille et de la lavande flotta dans l'air.

« Voilà, c'est prêt. »

La guérisseuse versa avec soin une partie de l'infusion dans une tasse et me la tendit d'une main prudente.

Je la pris et la contemplai en silence. Un arôme sucré montait discrètement jusqu'à mes narines ; elle y avait sans doute ajouté du miel.

Tandis que je la savourais lentement, un long hurlement déchira de nouveau la nuit.

Je laissai échapper un petit gémissement. La bête semblait résolue à hurler toute la nuit.

« Ferme la fenêtre. Tire aussi les rideaux. »

La guérisseuse obéit aussitôt. Pourtant, le cri de la créature sauvage traversait sans peine l'épaisse vitre et les lourds rideaux.

Elle eut un sourire embarrassé.

« On dirait que ce loup se languit désespérément de quelqu'un dans ce village. »

Je laissai échapper un rire creux, comme devant une idée absurde.

« Tu essaies de plaisanter avec moi, maintenant ?

— Ce n'est pas ce que je voulais dire… »

Décontenancée par ma réplique cinglante, elle poursuivit d'un ton mesuré :

« Dans la Région de l'Est, une croyance populaire veut que ceux qui meurent sans avoir reçu le baptême renaissent sous la forme de bêtes sauvages. Les cris qu'on entend la nuit seraient leurs chants, qui appellent ceux qu'ils ont aimés de leur vivant. »

Je ricanai.

« Les âmes non baptisées tombent simplement dans l'abîme et cessent d'exister. Tu ne connais même pas une doctrine aussi élémentaire ?

— … Je connais bien les enseignements de l'ordre religieux. »

Une amertume se glissa dans son expression.

« Pourtant, ne serait-il pas bien plus consolant de croire qu'un être cher est revenu à nos côtés, fût-ce sous la forme d'une bête ? Les prêtres eux-mêmes ferment souvent les yeux sur ce genre de foi. »

Je pris un air perplexe.

« Y en a-t-il vraiment tant qui meurent sans avoir reçu le baptême ?

— Comme tous les sujets de l'Empire, nous recevons dans la Région de l'Est le baptême dans les cent jours qui suivent la naissance. Mais les enfants mort-nés sont privés de cette bénédiction, n'est-ce pas ? »

Percevant le chagrin tissé dans sa voix, j'écarquillai les yeux, mal à l'aise.

Cette guérisseuse avait-elle perdu un enfant ?

Ne sachant que dire, je m'agitai maladroitement jusqu'à ce qu'elle esquisse un doux sourire, comme pour dissiper la lourdeur de l'instant.

« La tisane va refroidir. Buvez-la tant qu'elle est chaude, je vous prie. »

Comprenant son discret signal, je bus le breuvage tiède.

La guérisseuse, qui m'avait observée en silence, posa plusieurs fioles de remède sur l'étagère et se retira.

Allongée sur le lit, j'écoutai les hurlements s'éloigner peu à peu.

Peut-être cette femme avait-elle entendu le chant qui l'appelait. Peut-être était-ce pour cela qu'elle n'avait pas trouvé le sommeil jusqu'à présent.

Perdue dans ces songeries, je finis par chasser de mon esprit ces pensées oiseuses.

J'avais déjà bien du mal à affronter ma propre souffrance. Il ne me restait aucune force pour me soucier de celle d'autrui.

***

Que la tisane y fût pour quelque chose ou non, je dormis profondément, sans rêves.

Je m'éveillai avec une sensation de fraîcheur que je n'avais pas éprouvée depuis une éternité ; mes yeux ensommeillés s'emplirent de la vive lumière du matin qui entrait à flots par la fenêtre.

À cet instant, je sentis une présence tout près. Je tournai la tête, pensant que la Nourrice m'apportait de l'eau pour ma toilette, et des doigts frais m'enveloppèrent la joue ; je sursautai.

Quand ma vue s'éclaircit, je distinguai Barcas, assis au bord du lit.

Clignant des yeux, l'air hébété, je me redressai en hâte.

À l'instant où je commençais à l'examiner de la tête aux pieds, cherchant la moindre trace de blessure, mon menton fut relevé et, sans prévenir, ses lèvres descendirent sur les miennes.

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