Si rien n'avait changé, l'art de l'épée devait se trouver à quelques kilomètres derrière la crête de Clayton.
Il me fallut cinq heures pour descendre la montagne à pied, puis dix de plus pour atteindre la zone approximative où se trouvait l'art de l'épée.
Une grande forêt, qui s'étendait sur plusieurs kilomètres, apparut devant moi, et une fois arrivé à son orée, j'y entrai sans même réfléchir.
J'avais beau être épuisé d'avoir marché toute la journée sans m'arrêter, je décidai de serrer les dents et de poursuivre ma route.
Certains diraient que j'étais trop impatient, à négliger ainsi mon corps pour courir après des objets cheatés, mais je ne suis pas d'accord. Non seulement je m'étais réincarné dans un monde où les faibles étaient la proie des forts, mais dans un avenir proche, quiconque ne serait pas assez fort n'aurait plus que la mort pour horizon.
Si je voulais devenir assez fort pour espérer surmonter les drapeaux de mort certaine qui m'attendaient, ma seule option était d'augmenter ma force autant que possible.
Chaque minute gagnée était une minute que je pourrais consacrer à m'entraîner.
Malgré l'obscurité, ma vision n'en souffrait guère, en partie grâce à ma condition physique améliorée, que je devais entièrement au fruit miraculeux mangé plus tôt. Le seul problème, c'était que je me trouvais en pleine forêt. Même si j'y voyais clair, il restait difficile de distinguer ce qui se trouvait devant moi.
« Si je me souviens bien, il devrait y avoir une rivière pas loin. »
Mon objectif, pour l'instant, était de trouver une rivière qui descendait directement du plus haut sommet de la crête de Clayton.
'Toi qui cherches la voie de l'épée, suis la route qui s'écoule du plus haut sommet.'
En explorant un donjon, le protagoniste était tombé sur trois rouleaux anciens soigneusement posés côte à côte, et sur l'un d'eux étaient inscrits exactement ces mots.
Au début, le protagoniste n'avait pas compris le sens de l'inscription, mais il avait fini par le déchiffrer avec l'aide de l'un de ses compagnons. Malheureusement, le temps qu'il comprenne de quoi parlait le rouleau, il était déjà trop tard : il avait déjà appris l'art de l'épée du [Style Levisha].
Mais ça m'allait parfaitement, car j'aimais vraiment beaucoup le [Style Keiki].
En termes simples, le rouleau disait au protagoniste de suivre la rivière qui descendait du plus haut sommet de la crête de Clayton. Le mot « route » associé à « s'écoule » désignait une rivière, et « le plus haut sommet » désignait la plus haute montagne du territoire humain, qui se trouvait dans la crête de Clayton.
Et c'était précisément cette rivière que je cherchais en ce moment.
Je ne mis pas longtemps à la trouver, mais quand j'y parvins, j'étais vraiment à bout. Je devais être sur la route depuis plus de dix-huit heures. J'avais beau vouloir continuer, mon corps refusait tout simplement de m'écouter : je n'eus donc pas d'autre choix que de camper près de la rivière.
Ces deux derniers jours représentaient sans doute à eux seuls tout l'exercice que j'avais fait au cours des dix dernières années de ma vie. Je n'avais jamais fourni autant d'efforts physiques ; même si j'avais condensé du mana et que mon corps arrivait à suivre, je ne pense pas qu'on puisse en dire autant de mon mental… car je sentais mes pensées s'émousser à chaque seconde où je continuais d'avancer.
La première chose que je fis en arrivant à la rivière fut de remplir aussitôt ma gourde. Jusque-là, je buvais avec modération pour économiser l'eau, mais c'était une inquiétude superflue.
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Nom : Gourde compressée
Rang : (G+)
Description : Gourde capable de contenir jusqu'à 50 litres d'eau sans en subir le poids
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Je veux dire, cette gourde pouvait contenir jusqu'à 50 litres d'eau.
Ce n'était pas génial, ça ?
Avant de partir pour la crête de Clayton, j'avais acheté cette petite merveille à la gare, et je ne pouvais pas dire que j'en étais mécontent.
Non seulement elle contenait jusqu'à 50 litres, mais grâce à sa technologie avancée, elle divisait aussi le poids de son contenu par dix : remplie, la gourde ne pesait que 5 kg.
Bon, cette dernière fonction était indispensable, parce que… à quoi bon trimballer une gourde de 50 litres d'eau si on n'arrive même pas à la porter ?
Ce qui m'avait le plus surpris, ce n'était pas sa technologie étonnante. Non, c'était son prix.
Elle ne m'avait coûté que 20 U.
Le U était la monnaie de ce monde ; il venait de l'Union, l'association qui supervisait actuellement l'humanité aux côtés du gouvernement central, une alliance des plus grandes nations d'avant le début de la deuxième phase du Cataclysme.
L'Union était aujourd'hui l'organisation la plus puissante du domaine humain, et seul le gouvernement central pouvait la contrôler.
Même les plus grandes guildes en activité n'osaient pas défier l'autorité de l'Union, car un affrontement avec elle signifierait leur perte définitive. L'Union disposait du plus grand nombre de Héros de rang S, ce qui en faisait un mastodonte au sommet de l'humanité.
Mais ce qui rendait l'Union particulièrement redoutable, ce n'était pas le fait qu'elle dispose du plus grand nombre de Héros de rang S.
Non.
C'étaient ses dirigeants.
Les « sept têtes de l'Union ».
Chacun possédait une puissance qui dépassait de loin le rang S et atteignait le légendaire rang SS.
Il n'existait actuellement que quinze Héros de rang SS dans le domaine humain, et sur eux tous, sept faisaient partie de l'Union, ce qui en faisait la principale puissance du domaine humain.
Chacune de ces têtes figurait parmi les dix premiers du classement des Héros, qui recensait les membres les plus forts de l'humanité.
Le système des Héros, créé par le gouvernement central, classait chaque individu selon ses exploits et sa force.
Ce système avait été conçu pour inciter les gens à devenir plus forts : non seulement il apportait la gloire à leur nom, mais une compensation financière appropriée était versée chaque année aux Héros les mieux classés.
Depuis la deuxième phase du Cataclysme, l'humanité était divisée en deux camps : les Héros et les vilains.
Les vilains étaient des individus classés en fonction des crimes qu'ils avaient commis.
Le gouvernement central avait mis à prix la tête de chaque vilain, et la récompense augmentait avec le rang du vilain.
Mais pour être véritablement qualifié de vilain, un individu devait signer un pacte avec un démon. Un serment par lequel il vouait sa vie aux démons, en échange de quoi le démon lui accordait une partie de son pouvoir.
Comme les démons étaient en guerre ouverte contre plusieurs races, ils recouraient, pour affaiblir leurs adversaires, à des méthodes qui semaient la discorde de l'intérieur ; en donnant du pouvoir à des individus prêts à obéir à leurs ordres par soif de puissance, ils étaient parvenus à affaiblir leurs ennemis sans relâche.
Cette formule, qui fonctionnait depuis des éons, avait permis aux démons de s'imposer comme une race dominante à travers l'univers.
Face à la pression constante des démons, à l'extérieur comme à l'intérieur, seule une organisation comme l'Union parvenait, tant bien que mal, à maintenir l'équilibre des pouvoirs au sein de l'humanité.
Pour l'instant, j'avais 250 U sur moi, mais s'il me fallait plus d'argent, je pouvais toujours en demander à mes parents.
J'ai oublié de le dire, mais en me réincarnant dans ce monde, j'avais découvert que j'avais une mère, un père et une petite sœur âgée de seulement deux ans. Et surtout, apparemment, mon père était le maître d'une guilde de taille moyenne, voire modeste, appelée « Galxicus ».
Comme je n'avais aucun souvenir d'avoir mis cette guilde dans mon roman, cela ne pouvait signifier que deux choses : soit elle était trop insignifiante pour l'intrigue, soit ma réincarnation avait provoqué un effet papillon sur l'histoire et créé Galxicus. Sincèrement, je préférais la première option, car la seconde voudrait dire que certains événements s'écarteraient du récit, ce qui introduisait une part d'incertitude dans l'histoire que je connaissais.
Avec un soupir, je sors un petit cube de mon sac. J'appuie sur un petit bouton sur le dessus, puis je le lance par terre.
Shham !
Aussitôt, le cube se déploya en une grande tente bleue, à peu près de la taille d'une pièce.
En regardant le cube se déplier tout seul sous mes yeux, je ne pus retenir un hoquet d'émerveillement.
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Nom : Tente compressée
Rang : (G+)
Description : Faite de la peau d'une chauve-souris glaçante, cette tente de 2 mètres carrés se monte d'une simple pression sur un bouton.
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C'est trop cool.
Si j'avais eu ce genre de truc dans le monde où je vivais, je serais allé camper à coup sûr. Je veux dire, je pouvais littéralement monter la tente en quelques secondes, sans me donner la peine de l'installer moi-même.
En regardant à l'intérieur, je ne pus m'empêcher de hocher la tête avec satisfaction. Elle était vide, mais vraiment spacieuse. On pouvait largement y tenir à plus de cinq, et davantage en se serrant. En plus, comme elle était faite de la peau d'une chauve-souris glaçante, une bête de rang G, elle était bien plus résistante que du plastique ordinaire, et certains diraient même qu'elle rivalisait avec certains métaux : une excellente tente.
Je sortis mon matériel de couchage, m'allongeai confortablement dans la tente et fermai les yeux. J'étais si épuisé que je m'endormis quelques secondes à peine après m'être couché.
Le lendemain, après avoir rangé mes affaires et pris un petit-déjeuner sous la forme d'une barre énergétique, je repris ma route vers le manuel martial cinq étoiles en longeant la rivière.
La bonne nouvelle, c'était que je savais ce que je cherchais en avançant. La mauvaise, en revanche, c'était que je n'avais aucune idée de la distance à parcourir avant de le trouver.
Je ne pouvais que me reprocher ma paresse. Quand j'écrivais les scènes de voyage, j'avais complètement laissé de côté les informations importantes, comme le temps que le protagoniste avait marché ; parfois même, je les sautais purement et simplement et faisais arriver le protagoniste à destination en omettant son trajet.
Si bien que, même s'il existait un objet cheaté que je voulais vraiment obtenir, je ne saurais même pas où chercher, car le paresseux que j'étais n'avait pas écrit où se trouvait l'endroit. Je n'avais indiqué que la zone générale. Mais même ça ne servait à rien, car certaines zones étaient si vastes qu'il me faudrait des années pour les explorer. En plus, j'avais aussi passé sous silence les dangers qui rôdaient dans les parages, ce qui réduisait encore les chances de trouver l'objet cheaté.
On ne pouvait pas vraiment m'en vouloir, cela dit. Qui s'attendrait à se retrouver soudain projeté dans son propre roman ? Et puis, j'avais sauté les scènes de voyage parce qu'elles étaient tout simplement trop ennuyeuses.
M'arrêtant net, je fixai un étrange rocher devant moi. Il avait une forme bizarre : sa silhouette évoquait celle d'un samouraï brandissant un sabre au-dessus de sa tête. Je dis « évoquait », car il était recouvert de mousse et de lianes, si bien qu'à moins de regarder attentivement, on ne l'aurait jamais remarqué.
Bien sûr, je savais pourquoi il avait cet aspect : ce n'était pas vraiment un rocher, mais une statue érigée à la mémoire du grand maître Keiki.
Avec le temps, la statue s'était peu à peu dégradée, au point de ne plus ressembler qu'à un rocher de forme étrange pour quiconque passait par là.
J'étendis un petit tissu par terre et m'assis dessus.
« Et maintenant, on attend. »
J'attendais le coucher du soleil, car ce n'est qu'à ce moment-là que je saurais exactement où aller. La statue avait été façonnée par le grand maître Keiki de son vivant, et conçue pour indiquer, à chaque coucher de soleil, l'emplacement de son tombeau.
À partir de là, je suivais à la lettre ce que j'avais écrit sur la manière de trouver le tombeau du grand maître Keiki.
Au départ, le protagoniste ne s'était même pas donné la peine de venir ici, puisqu'il n'avait pas choisi le [Style Keiki] mais le [Style Levisha] : j'étais donc le tout premier à venir ici.
Le soleil ne tarda pas à commencer à se coucher, et au moment précis où il passa juste au-dessus de la statue, une ligne dorée jaillit de la pointe du sabre. En suivant la direction de la ligne, je pus déterminer à peu près qu'elle pointait vers le nord-ouest, vers ce qui ressemblait à un grand arbre discret, très loin de là.
« Bingo ! »
Avec un large sourire, je gravai aussitôt l'arbre dans ma mémoire et me mis à courir.
Il faut environ cent cinquante à deux cents secondes au soleil pour se coucher. Je n'avais donc que ce peu de temps pour courir de la statue jusqu'à l'arbre, ou du moins m'en approcher, alors qu'il se trouvait à au moins un kilomètre.
Si je n'arrivais pas assez près avant que le soleil ne soit couché, je perdrais facilement l'arbre de vue : à part qu'il était un peu plus grand que les autres, il ressemblait exactement à tous les arbres des environs.
Si la statue ne l'avait pas désigné directement, je n'aurais jamais su où aller.
« Haa, haa, haa… »
J'arrivai hors d'haleine et m'effondrai devant l'arbre.
J'étais complètement épuisé. J'avais sprinté à toute vitesse sur un terrain accidenté jusqu'à atteindre l'arbre.
Le soleil était déjà couché à mon arrivée, mais peu m'importait : j'avais atteint mon objectif.
« Bon, je fais quoi, maintenant ? »
Même si j'étais l'auteur, je n'avais pas la moindre idée de ce que je devais faire ensuite, car je n'avais jamais écrit de scène où le protagoniste se rendait au tombeau du grand maître Keiki. Je ne savais même pas s'il y avait des pièges ou des épreuves à l'intérieur.
Tout ce que je savais, c'était que le tombeau se trouvait quelque part près de cet arbre.
En inspectant soigneusement les abords de l'arbre, je remarquai une racine qui dépassait du sol. En posant les mains dessus, je constatai qu'elle était plutôt branlante comparée aux autres racines, fermement ancrées dans la terre.
Sans réfléchir, je tirai aussitôt sur la racine de toutes mes forces.
Crac !
Dans un grand bruit, la racine s'arracha net du sol, révélant un petit trou juste assez large pour une personne.
Jetant la racine de côté, je m'engageai aussitôt dans le petit trou.
La première chose que je remarquai en y entrant, c'était que tout l'arbre au-dessus était creux, et qu'une unique corde pendait depuis son sommet.
Glups.
En suivant la corde du regard, je déglutis malgré moi : elle descendait depuis la cime de l'arbre jusqu'au fond d'un trou noir, apparemment sans fond, au milieu du sol.
En regardant dans le trou, je ne pus m'empêcher de sentir une sueur froide couler dans mon dos : on aurait vraiment dit qu'il n'avait pas de fin.
Rassemblant mon courage, je m'agrippai fermement à la corde et commençai lentement à descendre.
Une heure, deux heures, trois heures, cinq heures… quand mes mains furent engourdies, j'avais perdu le compte du temps passé à descendre le long de la corde.
Mes bras et mes abdominaux commençaient à me brûler à force de descendre sans relâche, et sans même m'en rendre compte, mon mental se dégradait lui aussi.
Pourtant, malgré toute ma souffrance, j'endurai la douleur et continuai de descendre dans le trou.
