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Lorsque Luisa franchit un endroit sombre et étroit, le monde s'illumina.
Mais tout était flou, elle ne voyait pas bien.
Luisa ne comprenait pas. Elle aurait dû être morte.
Pourquoi était-elle en vie ? Et pourquoi ne pouvait-elle pas bouger ?
Elle voulut parler, et
« Ouiiiiinnn ! »
ce fut un cri de nourrisson qui sortit.
Elle, un nourrisson ? Était-ce donc une réincarnation ?
Légendes, traditions, contes d'autrefois. Et les écrits des mages de l'âge des dieux.
Pour quelle raison ce phénomène de réincarnation, qu'on ne trouvait que dans ce genre de textes, lui était-il arrivé à elle ?
Pour comprendre la situation, Luisa observa les alentours tout en pleurant à grands « ouin, ouin ».
Tout restait flou, mais des boules duveteuses flottaient autour d'elle.
Elle sentit qu'on coupait quelque chose qui la reliait, par le ventre, à un ailleurs, et aussitôt après, une chose chaude la serra contre elle.
« Mon adorable bébé. »
« Ouiiin. » ('Qui ? Maman ?')
Cette personne semblait être sa mère.
Elle ne distinguait pas bien son visage. Mais elle dégageait quelque chose de la mère qui avait chéri Luisa jusqu'à ses cinq ans, dans sa vie précédente.
Dans ses bras, il faisait chaud et ça sentait bon. Sa voix avait l'air douce et apaisante.
Luisa se mit aussitôt à aimer sa mère.
« Nnaaah. »
Luisa voulait tant, tant voir le visage de sa mère qu'elle utilisa sans le vouloir un sort de renforcement de la vue.
Aussitôt, sa vision devint nette.
Sa mère, qu'elle voyait clairement à présent, avait les cheveux et les yeux d'un joli brun, comme de l'ambre.
Et sa mère souffrait.
« Ha... ha... ha... ugh. »
Elle respirait avec peine, et surtout, elle était enveloppée d'une sorte de brume noire qui dégageait une présence malsaine.
« Tu es bien sage. »
Sa mère souffrait, et pourtant elle lui parlait d'une voix douce.
« Ouin. »
« Pardon. J'aurais tant voulu te voir grandir... »
Cette mère qu'elle venait enfin de rencontrer parlait comme si elle allait mourir sur-le-champ.
Luisa voulut lui dire quelque chose, mais les mots ne venaient pas.
« Amalia... »
De beaux cheveux argentés et des yeux d'émeraude.
Tout près de sa mère et de Luisa se tenait un homme au beau visage, qui semblait avoir une trentaine d'années et portait les traits des membres de la famille royale de sa vie passée.
« Ouin ! » ('Approche pas !')
Luisa, qui avait été bien trop maltraitée par la famille royale, essaya de l'intimider, mais l'homme n'y prit pas garde et effleura tendrement la joue de sa mère.
« Regarde-la, mon chéri. C'est notre adorable bébé. »
« ... Elle est mignonne. Mais... toi... »
« ... Nous avons parlé maintes fois des risques, non ? »
« Mais... »
« Quand je serai morte, elle n'aura que toi sur qui compter, tu comprends ? »
« Ouin ? » ('Maman, tu vas mourir ?')
Sa mère semblait bel et bien s'être préparée à mourir. Son état était-il si grave ?
Un bébé ne pouvait pas vraiment le savoir.
Tout en pleurant ses « ouiiin », Luisa réfléchit à ce qu'elle pourrait faire.
Elle ne savait même pas ce qu'était cette brume noire.
« Ne dis pas des choses aussi tristes... »
« Reprends-toi. Tu es son père. »
L'homme aux traits royaux était donc son père, et ce père, semblait-il, pleurait.
À ce père, sa mère répéta encore et encore qu'il devait prendre conscience de son rôle.
Puis sa mère dénuda son sein.
Luisa l'ignorait, mais dans ce royaume, on avait coutume de faire boire le lait maternel au nouveau-né dès la naissance.
C'était aussi un rituel censé transmettre à l'enfant la bénédiction des esprits que possédait la mère.
En réalité, cela ne transmettait aucune bénédiction.
Mieux encore, les esprits aimaient les nourrissons : ils s'en approchaient d'eux-mêmes, quoi qu'on fasse.
« Ouiiiin. »
De fait, Luisa voyait de nombreux esprits flotter mollement devant ses yeux.
Mais sa mère, du moins, croyait que la bénédiction des esprits se transmettait par le lait.
C'est pourquoi, avant de mourir, elle voulait donner le sein à Luisa, fût-ce au prix de sa vie.
« ... Ha... ha... Est-ce que mon bébé voudra bien téter ? »
« Ne te force pas. »
« Non. C'est... la dernière chose que je peux faire pour mon bébé. »
Sa mère avait dit cela avec une expression déchirante.
« Mmh. »
Luisa, elle, sentit d'instinct quelque chose de délicieux et s'accrocha au sein.
Elle ne s'en était pas rendu compte, mais elle avait faim.
Dans sa vie passée, elle ne mangeait qu'une fois tous les trois jours : elle avait toujours été affamée.
Alors Luisa but à grandes gorgées.
« Mmh, mmh... mh ? »
Elle s'aperçut que la brume noire qui enveloppait sa mère se mêlait au lait et cherchait à entrer en elle.
Elle eut l'impression qu'on souillait ce lait si délicieux.
C'était désagréable. Le bébé Luisa se fâcha.
« Ouin ! » ('Disparais !')
Voilà ce que Luisa lui ordonna en pensée.
Sa raison lui disait que la pensée seule n'y changerait rien, mais elle avait vaguement senti que c'était ce qu'il fallait faire.
C'était peut-être un jugement instinctif.
Dès que Luisa l'eut pensé, la brume noire disparut en un clin d'œil.
Une fois la brume noire dissipée, le lait devint encore meilleur. Et les bras de sa mère, encore plus confortables.
La respiration de sa mère s'était apaisée. Mais elle n'était pas encore tout à fait rétablie.
Si seulement elle avait pu utiliser un sort de soin... mais pour un bébé, c'était difficile.
« Mmh, mmh, mmh. » ('Maman, guéris vite.')
Tout en le souhaitant de toutes ses forces, elle but son lait en somnolant.
Luisa ne remarqua pas que le corps de sa mère s'était mis à briller, comme sous l'effet d'un sort de soin.
Elle se sentit seulement terriblement fatiguée.
« Mmh, mmh, mmh... »
Elle avait sommeil. Mais Luisa, gourmande comme elle l'était, s'appliqua à boire son lait jusqu'au bout.
