« J'ai décidé de créer un club d'onmyō avec maître Kamo, onmyōji de rang A, et Gokidō, onmyōji de rang C. J'ai réuni six camarades de classe comme membres fondateurs, alors il me faut un professeur référent et un local. »
Ses membres trouvés, Kotarō, toujours installé dans un coin de la salle de classe, appela directement son père, qui était aussi président du conseil d'administration de l'académie.
Une demande brève, mais qui allait à l'essentiel et faisait forte impression.
Les camarades, et même le professeur principal, observaient Kotarō, médusés.
Les premiers mots de Kotarō avaient été « maître Kamo, onmyōji de rang A ».
Récemment, Kazuki avait fait passer le père de Kotarō, alors 6e des rangs A, à la 7e place. Quand on vous cite le nom de quelqu'un qui vous devance, il est normalement impossible de l'ignorer.
Venait ensuite le nom de Gokidō.
Ce n'était pas Gokidō Yoshiichirō, 4e des rangs A, mais sa nièce, qui pouvait au besoin faire remonter l'information à la famille Gokidō.
Et c'était avec ces deux-là que Kotarō, qui portait le nom de Hanasaki, créait un club d'onmyō.
Cela revenait à nouer une collaboration entre trois familles de rang A : si les Hanasaki étaient les seuls à s'y opposer, on pourrait y voir le choix de ne pas coopérer avec les deux autres.
Le président du conseil d'administration donna effectivement une consigne à son fils.
« Passe le téléphone à maître Kamo. »
Plus laconique encore que son fils, le président demanda à Kazuki, une fois le téléphone passé, quelles étaient ses intentions.
« Cela fait deux semaines. Kotarō m'a dit que vous fondiez un club d'onmyō.
— Oui. Pour ma vie de lycéen, j'ai pensé suivre la proposition de Kotarō et créer un club libre. Si j'entrais dans un club normal, je causerais du tort aux autres. »
Kazuki exposa sa situation.
Onmyōji de rang A, il pouvait, sur une demande urgente, se retrouver dans l'impossibilité de participer à une compétition.
Dans l'ordre des priorités de la société, les vies humaines passeraient sans doute avant, mais les autres membres en pâtiraient, et comme il n'existait sans doute aucun précédent de membre onmyōji de rang A, rien ne viendrait compenser ce préjudice. Les membres lésés seraient mécontents, et les relations autour de lui se dégraderaient.
Dans un club d'onmyō, en revanche, ses activités d'onmyōji seraient comprises. Il pourrait profiter de sa vie de lycéen sans se soucier des compétitions.
Pour les activités, il reprit ce qu'il avait expliqué à Yuzuha.
La fabrication de talismans et l'examen d'État d'onmyōji ne présentaient aucun danger. Les candidats s'affrontaient certes entre eux, mais ils étaient protégés par des talismans. Le club était sûr et pourrait perdurer après le départ de Kazuki et des autres.
Après ces explications, le président se montra compréhensif.
« Si vous fondez ce club, je financerai personnellement, en tant que président du conseil d'administration, les fonds nécessaires à ses objectifs. »
L'objectif affiché par le club, « faire réussir l'examen d'État d'onmyōji à des membres », concernait aussi Hanasaki Kotarō.
Du reste, la famille Hanasaki descendait de Hanasaka Jiisan, le vieil homme qui faisait fleurir les arbres.
Même comparée à Kazuki, qui avait gagné une fortune grâce au vaisseau fantôme, elle possédait une fortune environ mille fois supérieure.
Elle dirigeait aussi le groupe Hanasaki : même sans exercer comme onmyōji, la famille Hanasaki touchait des revenus à faire pâlir.
Kazuki accepta, jugeant la décision raisonnable.
« Merci beaucoup. Dans ce cas, je m'en remets à vous. »
À la tournure de la conversation, la création semblait déjà acquise.
Les cinq membres requis étaient réunis, les professeurs étaient plus nombreux que les clubs officiels et libres, et dans la vaste académie Hanasaki, les lieux d'activité ne pouvaient pas manquer.
Et les onmyōji servaient grandement l'intérêt public.
« Je vais appeler le proviseur, puis je vous rappelle. Vous irez alors au bureau du proviseur. »
Sans s'embarrasser de conclusion, le président indiqua la marche à suivre à Kazuki.
Kazuki lui répondit qu'il avait compris, et l'affaire fut réglée.
'S'il s'est montré si courtois avec un élève comme moi, c'est à cause de la hiérarchie des onmyōji, je suppose.'
Il existe chez les onmyōji une règle tacite née, depuis les temps anciens, au prix de nombreux sacrifices.
« Même rejeton d'une illustre ou d'une grande famille, un inférieur ne peut se voir confier le commandement. »
Être commandé par un onmyōji manquant d'entraînement ou de capacités et subir des pertes, ce serait un désastre.
« Lorsqu'on collabore contre des yōkai, c'est le meilleur onmyōji qui commande. »
« Obéis aux onmyōji qui te sont supérieurs. Sinon, tiens-toi à l'écart. »
Ces règles tacites, nées d'innombrables sacrifices, avaient un poids certain.
Entre la 6e et la 7e place, la différence était mince, mais que le 7e (l'inférieur) prenne de haut le 6e (le supérieur) était une conduite stupide dans le monde des onmyōji.
Justement parce que les Hanasaki étaient une grande famille de l'onmyō, ils devaient donner l'exemple pour ne pas se mettre eux-mêmes la corde au cou à l'avenir.
Mais Kazuki, plus jeune et réputé perdant au corps à corps, fit la grimace.
S'il avait été plus fort que Hanasaki en toutes circonstances, il aurait pu passer outre.
Mais la très auguste personne avait estimé qu'il perdrait face à Hanasaki au corps à corps. Il ne pensait donc pas être plus fort que lui.
'Et si je faisais monter Suisen au rang A pour lui confier aussi le combat rapproché ?'
En recevant sans cesse une puissance occulte plus que suffisante, un shikigami grandit.
Un petit oni ne deviendrait pas un rang A, mais Suisen, dont la mère était une jorōgumo de rang A, avait toutes les chances d'y parvenir.
Le seul problème, ce serait après la mort de Kazuki.
Suisen lui obéissait, mais c'était parce qu'il était un sorcier doté d'assez de puissance occulte pour honorer le contrat, et non parce qu'elle avait une haute moralité.
Où était donc passée la formule « le narcisse pousse au bord de l'eau et reste longtemps pur » ? Songeant à cela, Kazuki secoua lentement la tête.
Tandis qu'il poursuivait ces rêveries, le président rappela Kotarō sur son téléphone.
« Mon père a rappelé. Il dit : « C'est arrangé. Allez au bureau du proviseur avec les membres et votre professeur principal. » »
Les regards de Kazuki et des autres se tournèrent d'un même mouvement vers le professeur principal, qui suivait la scène.
« Moi, je suis le référent du cercle d'études historiques. »
Les regards apitoyés des camarades se plantèrent dans le professeur.
Comme on avait annoncé la création d'un club par six camarades d'une même classe, le professeur principal avait été désigné d'office comme référent, le plus simple à mobiliser : même des lycéens sans expérience du monde du travail pouvaient le deviner sans peine.
« On ne sait pas encore pourquoi vous êtes convoqué, monsieur. »
Pensant qu'il fallait bien dire quelque chose, Kazuki tenta de le rassurer après un court silence ; le professeur se leva, résigné.
« Pff, allez, on y va. Vous ne savez même pas où est le bureau du proviseur. »
Kazuki et les autres se levèrent derrière le professeur qui se mettait en route à contrecœur, et le suivirent en file jusqu'au bureau du proviseur, dans le bâtiment.
L'académie Hanasaki avait beau occuper un terrain aussi vaste que le parc de la Souris, le bureau du proviseur se trouvait dans le bâtiment du lycée.
Ils entrèrent à la suite du professeur, qui avait frappé puis pénétré le premier : le bureau était aussi luxueux que ceux des maires qu'on voit en photo sur Internet.
Digne d'une école au terrain vaste et au budget abondant, le mobilier de bureau était coûteux, il y avait une table et des chaises pour recevoir des personnalités, et la pièce était assez grande pour servir de lieu d'activité au club d'onmyō.
Ayant fait entrer ces élèves aux rêveries menaçantes pour lui, le proviseur donna aussitôt ses instructions au professeur.
« Monsieur Satake, veuillez assurer en plus la fonction de référent du club d'onmyō. Je nommerai un référent adjoint pour le club dont vous vous occupez actuellement.
— Oui, entendu. »
Dans le dos du professeur, qui avait aussitôt acquiescé, Kazuki et les autres virent la triste condition du salarié.
« Le local du club sera la salle de réunion polyvalente D, au 7e étage du bâtiment R, relié au bâtiment du lycée. Elle fait la moitié d'une salle de classe et communique avec une réserve de même taille. Allez faire établir les badges des membres au bureau de gestion. Le président a déjà prévenu.
— Entendu. Je les y emmènerai tout à l'heure. »
S'ils utilisaient des locaux de l'université, était-ce pour une question de sécurité ?
Des talismans de protection comme ceux remis à la tsurara-onna, dix millions de yens les trois, devaient effectivement être surveillés.
Si le club ne se composait que de Kotarō, de la famille Hanasaki qui fournissait les fonds, et des membres du cabinet de Kazuki, on pourrait se servir à volonté et, une fois les talismans épuisés, Kazuki n'aurait qu'à en refaire lui-même. Avec sa puissance occulte surabondante, cela ne lui coûterait aucun effort.
Mais à la réflexion, Kazuki se dit que des talismans à dix millions de yens traînant dans une salle de lycée mal sécurisée, ce n'était peut-être pas une bonne idée.
« Il m'a été dit que Hanasaki signalerait au président le matériel nécessaire aux activités. Par ailleurs, demain, c'est la journée de présentation des clubs officiels et libres. Chaque club passe une vidéo de présentation de deux minutes maximum : présenterez-vous aussi vos activités ? »
À la question du proviseur, Kazuki et Kotarō se regardèrent.
« Kamo, tu as une chaîne vidéo, non ? Fais-nous un truc vite fait.
— Pour aller vite, je peux prendre une vidéo où on balaie les vaisseaux fantômes de la mer intérieure de Seto, et ajouter une voix off et des sous-titres ?
— Ça, ce serait spectaculaire. »
Face aux deux garçons tout excités, le proviseur mit le holà.
« Faites une vidéo de présentation avec des activités dont les autres élèves seraient capables. »
Rappelés à l'ordre, les deux garçons jetèrent un coup d'œil au professeur principal, dont le regard insistant leur intimait : « Calmez-vous un peu, vous deux. »
