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Chapitre 43

Chapitre 42 — Réunion ministérielle d'urgence

8 octobre 2026 ~11 min · 2 113 mots

« Nous ouvrons à présent la réunion d'urgence des ministres concernés par l'accident du baleinier naufragé. »

La première information était parvenue au Premier ministre pendant la session de la Diète.

Ayant pris la mesure de la situation, le Premier ministre avait retenu les ministres sur-le-champ et fait convoquer les directeurs des agences concernées. Puis, dès la clôture de la séance, il avait ouvert une réunion d'urgence, sans même leur laisser le temps de dîner.

Étaient présents le Premier ministre, le secrétaire général du gouvernement, quatre ministres et quinze autres personnes.

Le secrétaire général, qui présidait la séance, commença par expliquer la raison de cette réunion d'urgence.

« Aujourd'hui, vers 14 h 20, l'exorcisme du baleinier fantôme et de ses marins fantômes, au large dans le Pacifique, a réussi, de même que leur séparation d'avec l'esprit du petit dragon. Quant au patrouilleur fantôme… un onmyōji en a fait son shikigami, si bien qu'il a, lui aussi, été neutralisé. »

« Oh ?! »

Les exclamations des participants mêlaient la joie, pour la première partie, et la perplexité, pour la seconde.

Pour l'exorcisme des vaisseaux fantômes, on avait donné l'ordre d'agir sans délai.

Sur la base de cet ordre, le directeur de l'Agence de l'onmyō, au ministère de l'Intérieur et des Communications, avait confié la mission à la famille Gokidō, capable de voler, et l'avait fait exécuter en coopération avec les garde-côtes, qui relèvent du ministère du Territoire et des Transports. L'annonce du succès était donc réjouissante, mais restait dans le domaine du prévisible.

Ce que l'on avait du mal à comprendre, c'était cette histoire de patrouilleur fantôme changé en shikigami.

« Monsieur Naruse, directeur des garde-côtes, veuillez présenter brièvement la chronologie de l'opération. »

« Bien. Je vais donc vous exposer la chronologie de l'exorcisme du baleinier fantôme. Tout d'abord… »

Le rapport du directeur des garde-côtes, désigné par le secrétaire général, retraçait dans les grandes lignes le déroulement des faits, depuis l'accident jusqu'à l'exorcisme mené par Kazuki et les autres.

Un onmyōji de rang A, trois de rang B et deux de rang C, de la famille Gokidō et associés, avaient pris part à l'opération.

Lors de l'opération, les onmyōji avaient détruit le baleinier fantôme et laissé fuir l'esprit du petit dragon. À cette occasion, Kamo Kazuki, onmyōji de rang B, avait fait du patrouilleur fantôme son shikigami, réglant aussi le problème du patrouilleur fantôme.

« … Voilà. »

Une fois que le directeur des garde-côtes eut exposé les faits, et rien que les faits, le secrétaire général reprit la conduite des débats.

« Si vous avez des observations sur ce point, je vous prie de prendre la parole. »

Les ministres et directeurs ainsi sollicités avaient forcément des observations.

Le gouvernement actuel était une coalition de quatre partis : le Parti républicain, le Parti réformiste, le Parti du Progrès et le Parti de la Marche commune. Dans l'opposition figuraient le Parti travailliste et le Parti national, qui avaient gouverné jusqu'à récemment.

Ce n'était pas un gouvernement d'inertie occupé à préserver des intérêts acquis : chacun avait des avis sensés.

Le secrétaire général, du Parti républicain, donna la parole au ministre de l'Intérieur, également président du Parti réformiste, qui avait levé la main.

« Monsieur Fujisawa, ministre de l'Intérieur, d'abord. »

« J'interroge le directeur de l'Agence de l'onmyō, monsieur Kujō. Monsieur le directeur, le patrouilleur fantôme a été changé en shikigami ; or on m'avait dit que ce patrouilleur fantôme était de rang A. D'un autre côté, le dossier indique que l'onmyōji Kamo est de rang B. Un onmyōji de rang B peut-il soumettre un yōkai de rang A ? »

L'Agence de l'onmyō relevant du ministère de l'Intérieur, son directeur était le subordonné du ministre.

Quand le ministre Fujisawa l'interrogea le premier, le directeur répondit avec une expression grave :

« Ce n'est pas possible, sauf à remplir des conditions particulières. Par particulières, j'entends des cas comme celui des inugami de la famille Hanasaki. L'onmyōji Kamo a une licence de rang B, mais une puissance occulte de rang A. »

« Pourquoi sa licence est-elle restée au rang B, alors qu'on sait que sa puissance occulte est de rang A ? »

« Pour parler franchement, l'évaluation de l'Association des onmyōji n'a simplement pas encore rattrapé son niveau réel. L'Association compte deux rangs A qui ne sont là que pour faire le nombre ; l'un d'eux prendra sa retraite, et l'onmyōji Kamo montera sans doute. »

Kujō, le directeur de l'Agence de l'onmyō, était issu d'une des grandes familles d'onmyōji ; c'était un ancien onmyōji de rang A à la retraite.

Son niveau réel avait été celui d'un rang B supérieur, mais il avait eu la puissance occulte et le nom suffisants pour qu'on le hisse, juste avant sa retraite, au rang A pour faire le nombre.

Ayant frôlé la mort sur le terrain, il s'était reconverti dans les coulisses de l'Association des onmyōji après sa retraite ; il connaissait le monde des onmyōji en profondeur et y avait de nombreux contacts.

Il savait ce que représentait un onmyōji de rang A, et c'était lui en personne qui avait choisi et contacté les Gokidō envoyés cette fois-ci.

Pour tout ce qui touchait aux onmyōji, le gouvernement actuel estimait pouvoir s'en remettre au directeur de l'Agence. Et le directeur possédait des connaissances à la hauteur de cette confiance.

« Ensuite, monsieur Aoyama, ministre du Territoire et des Transports. »

Une fois le ministre de l'Intérieur satisfait, Aoyama, ministre du Territoire et des Transports et président du Parti de la Marche commune, interrogea à son tour le directeur de l'Agence.

« J'interroge moi aussi monsieur Kujō, directeur de l'Agence de l'onmyō. On m'a rapporté que le patrouilleur fantôme était devenu un shikigami. Pouvez-vous m'éclairer sur l'interprétation juridique et les problèmes que cela pose ? »

Les garde-côtes relevaient du ministère du Territoire et des Transports.

Le ministre voulait savoir comment considérer le fait qu'un patrouilleur d'une agence placée sous sa tutelle ait été soumis.

« En tant qu'objet, le patrouilleur repose au fond du Pacifique, et sa perte a été officiellement enregistrée. Les fantômes n'ont aucun droit de propriété. Laissés à eux-mêmes, ils aspirent l'énergie vitale des vivants ; c'est pourquoi les onmyōji sont autorisés à les exorciser ou à en faire des shikigami. Il n'y a aucun problème juridique. »

Après avoir expliqué que cela ne posait aucun problème, le directeur ajouta, eu égard à la position du ministre :

« L'onmyōji Kamo a fait du patrouilleur fantôme son shikigami en qualité de garde-côte. Ce qui s'est produit reste sous le contrôle de notre pays. Un shikigami obéit à celui qui l'a invoqué ; même si l'onmyōji Kamo retourne à l'Association des onmyōji, le faire agir au sein de l'Association servira l'intérêt national. »

La logique et l'orientation exposées par le directeur emportèrent l'adhésion des ministres présents.

Du moment que cela ne posait pas de problème juridique, que le raisonnement tenait et que la population l'accepterait, les petits ajustements de cohérence étaient l'affaire des fonctionnaires.

L'opposition actuelle, désormais menée par une ancienne minorité qui avait pris les commandes, ne se livrait pas à des chicaneries stériles et mesquines.

« Ensuite, monsieur Asakura, ministre de l'Économie et de l'Industrie. »

Une fois le ministre du Territoire satisfait, Asakura, président du Parti du Progrès et ministre de l'Économie et de l'Industrie, prit la parole.

« Une question au directeur de l'Agence. Le patrouilleur fantôme devenu shikigami peut-il servir de force de combat ? S'il pouvait servir à exorciser la flotte fantôme qui infeste la mer intérieure de Seto, ce serait une aubaine. »

« … La flotte fantôme de la mer intérieure de Seto ? »

À cette suggestion du ministre de l'Économie, le directeur de l'Agence fronça les sourcils.

Les vaisseaux fantômes qui infestaient la mer intérieure de Seto étaient les esprits vengeurs d'un groupe appelé les pirates Murakami, qui, depuis l'époque des Cours du Nord et du Sud environ, avaient régné sur ces eaux à partir des îles de la mer intérieure.

Ils pratiquaient la piraterie en s'emparant des cargaisons, mais à partir du moment où Murakami Takeyoshi devint chef de clan, pendant l'époque Sengoku, ils se mirent à percevoir un droit de passage appelé « taxe des voiles ».

Il arrivait que d'autres seigneurs de guerre taxent les ports, mais c'était par bateau, environ trois cents mon (trois mille six cents yens) par navire.

« Si les armateurs changent de port d'escale, les marchandises ne viendront plus. »

« Si on tue les pêcheurs, on ne pourra plus prélever d'impôts. »

Les seigneurs de guerre avaient au moins ce minimum de bon sens.

Mais les pirates Murakami prélevaient un dixième de la cargaison pour une simple traversée de la mer intérieure, dans un seul sens.

Et si l'on ne payait pas ce dixième, ils attaquaient, tuaient les hommes, raflaient toute la cargaison et enlevaient femmes et enfants. À une époque où rapts et traite d'êtres humains étaient monnaie courante, le sort de ces femmes et enfants enlevés était loin d'avoir toujours une fin heureuse.

Si les pirates Murakami, contrairement aux autres seigneurs, pillaient sans pitié, c'est parce que ceux qui naviguaient sur la mer intérieure n'étaient pas leurs sujets.

« Ce ne sont pas nos sujets, alors on les dépouille. »

« Ce ne sont pas nos sujets, alors on les tue. »

Les pirates Murakami étaient donc une bande de pirates d'une tout autre nature que les seigneurs de guerre.

Un exemple célèbre d'attaque contre ceux qui refusaient de payer la taxe des voiles remonte à 1554, lorsque Sue Harukata, vassal du clan Ōuchi, envoya des présents à la maison shogunale des Ashikaga.

Sue Harukata, s'appuyant sur la flotte des Ōtomo, n'avait pas payé la taxe des voiles aux pirates Murakami.

Les chroniques rapportent que Murakami Takeyoshi lança alors sa flotte à l'attaque et s'empara de toute la cargaison.

Attaquer et dépouiller des présents destinés au shogun était impensable pour un seigneur de l'époque.

De nos jours, certains affirment que les pirates Murakami étaient en réalité des pilotes, mais traduits en termes modernes, leurs actes s'appellent vol à main armée, meurtre, incendie criminel, enlèvement, viol et traite d'êtres humains.

« Les vaisseaux fantômes de la mer intérieure de Seto forment une bande d'esprits vengeurs redoutables. Ce ne sont pas des gens ordinaires devenus esprits vengeurs à leur mort : c'est une bande de pirates déjà redoutable de son vivant, devenue, en mourant, des esprits vengeurs plus redoutables encore. »

Le directeur insista bien sur le fait que les vaisseaux fantômes de la mer intérieure de Seto n'avaient rien d'ordinaire.

L'apogée des pirates Murakami se situe à l'époque de la première bataille de l'embouchure de la Kizu.

Dans les combats navals, ils combinaient les grands navires atakebune, les navires moyens sekibune et les petits kobaya, et utilisaient non seulement des flèches incendiaires et des arquebuses, mais aussi des bombes appelées horoku.

On estimait leur puissance à l'époque à cent cinquante mille koku, six cents navires de guerre et dix mille hommes mobilisables au maximum ; à la bataille navale de l'embouchure de la Kizu, rangés aux côtés des Mōri, ils anéantirent la flotte d'Oda Nobunaga.

C'est à la suite de cette défaite qu'Oda Nobunaga fit construire six navires cuirassés armés de canons et de grosses arquebuses.

Par la suite, Toyotomi Hideyoshi promulgua un édit interdisant la piraterie ; les pirates Murakami, qui refusèrent de s'y plier et poursuivirent leurs activités, furent exilés à Kyūshū.

Les pirates Murakami ne purent revenir sur la mer intérieure qu'après la mort de Toyotomi Hideyoshi. Ramenés dans l'actuelle préfecture d'Hiroshima par Mōri Terumoto, ils retrouvèrent une puissance de quatre mille sept cents koku.

Mais à la bataille de Sekigahara, ils combattirent dans l'armée de l'Ouest en tant que vassaux des Mōri, et furent vaincus.

Le domaine des Mōri ayant été réduit à deux provinces, les pirates Murakami furent relégués parmi les vingt-neuf membres de la flotte du domaine de Chōshū, avec des revenus allant de quarante koku au minimum à cinq cents au maximum.

Une fois le shogunat Tokugawa stabilisé, la famille Murakami, vassale des Mōri qui avaient pris le parti de l'armée de l'Ouest, n'avait plus aucune chance de se relever, et les pirates Murakami disparurent enfin.

Puis les esprits des pirates Murakami, devenus des esprits vengeurs, infestèrent la mer intérieure de Seto.

« Sécuriser la mer intérieure de Seto, ce serait un résultat spectaculaire. Qu'en dites-vous ? »

« Si c'est officiellement la politique du gouvernement, je peux toujours le lui demander. »

Sommé de lancer le patrouilleur fantôme devenu shikigami contre la flotte des pirates Murakami devenus esprits vengeurs, le directeur de l'Agence de l'onmyō répondit sans laisser paraître la moindre émotion.

Fin du chapitre 43
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