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Chapitre 41

Chapitre 40 — Les femmes Gokidō

8 octobre 2026 ~11 min · 2 098 mots

« Pour la mission, vous allez revêtir l'uniforme des garde-côtes. »

Arrivés dans la préfecture de Fukuoka, Kazuki et les autres devaient gagner en patrouilleur les eaux proches de la zone.

Le patrouilleur porte-hélicoptères sur lequel embarqua Kazuki était énorme, même parmi les grands patrouilleurs.

Cent quarante mètres de long, plus que le navire-usine. Six mille sept cent quarante-deux tonnes, bien au-delà des trois mille neuf cent quatre-vingt-sept tonnes du patrouilleur de classe Miyako devenu vaisseau fantôme.

À bord, Yoshiichirō leur demanda d'enfiler l'uniforme des garde-côtes.

« Si nous y allons avec ça, le patrouilleur fantôme ne nous attaquera pas, c'est ça ? »

« Exactement. Le temps de la mission seulement, mais vous serez détachés de l'Association des onmyōji auprès des garde-côtes, avec un grade correspondant à votre rang d'onmyōji. Ce grade sera aussi communiqué au patrouilleur fantôme. »

« On nous donne même un grade ? »

« Pour augmenter les chances de succès. »

Devant la surprise de Kazuki, Yoshiichirō hocha la tête comme si cela allait de soi.

Les onmyōji exerçaient un métier à la longue histoire, et comme ils étaient capables d'affronter les êtres spirituels, on leur avait établi, comme pour les Forces d'autodéfense et la police, une grille d'équivalences indicative.

Rang A : général de brigade (FAD), général de division (armée), commissaire général, contrôleur de 1re classe (B)

Rang B : colonel (FAD), colonel (armée), commissaire divisionnaire, contrôleur de 2e classe

Rang C : lieutenant-colonel (FAD), lieutenant-colonel (armée), commissaire, contrôleur de 3e classe

Rang D : commandant (FAD), commandant (armée), inspecteur principal, officier de 1re classe

Rang E : capitaine (FAD), capitaine (armée), inspecteur principal, officier de 2e classe

Rang F : lieutenant (FAD), lieutenant (armée), inspecteur, officier de 3e classe

Chez les garde-côtes, le capitaine d'un grand navire correspond à un colonel, celui d'un navire moyen à un lieutenant-colonel, celui d'un petit navire à un commandant.

Le patrouilleur de classe Miyako devenu fantôme était un grand navire ; son capitaine avait le grade de contrôleur de 2e classe, l'équivalent d'un colonel.

Si Yoshiichirō, le plus haut placé des onmyōji qui monteraient sur le catcher, avait un grade inférieur à celui du capitaine, on ne pouvait exclure que le patrouilleur leur mette des bâtons dans les roues.

On avait donc attribué à Yoshiichirō, onmyōji de rang A, le grade indicatif prévu pour les détachements, « contrôleur de 1re classe (B) », supérieur à celui du capitaine.

Kazuki, onmyōji de rang B, devenait temporairement contrôleur de 2e classe, au même niveau que le capitaine. Là encore, pour éviter toute obstruction du patrouilleur fantôme.

Un contrôleur de 2e classe occupe un poste de premier plan : chef de service à la direction centrale, directeur de département dans un état-major régional, chef d'un bureau des garde-côtes, directeur d'un centre de trafic maritime, commandant de base aérienne, capitaine de grand patrouilleur…

Accorder un grade aussi élevé, même temporairement, n'avait sans doute rien de souhaitable.

Mais le gouvernement comme les garde-côtes devaient régler le problème.

Une petite formalité suffisait à augmenter les chances de réussite : on ne pouvait pas la refuser par simple souci d'amour-propre.

« Entendu. »

La tenue que revêtait Kazuki, l'uniforme de type 3, était celle que portent les garde-côtes en hiver ; en mars, les équipages des patrouilleurs la portaient encore.

Un garde-côte chargé de les guider conduisit Kazuki et les autres vers des cabines séparées pour les hommes et les femmes.

Les onmyōji participant à l'opération étaient les suivants :

Rang A, 1 : Gokidō Yoshiichirō

Rang B, 3 : Gokidō Yoshitomo, Gokidō Fūka, Kamo Kazuki

Rang C, 2 : Gokidō Sara, Gokidō Shion

Sara et Shion, onmyōji de rang C, avaient reçu le grade de contrôleur de 3e classe.

C'était un grade inférieur à celui du capitaine du patrouilleur de classe Miyako devenu fantôme. On leur avait donc demandé d'éviter autant que possible d'agir seules pendant l'exorcisme.

Pendant que Sara se changeait, sa cousine Fūka, entrée avec elle dans la cabine, lui demanda :

« Sara, tu as fait un sacré coup d'éclat, quand même. Alors, ta nouvelle vie, ça donne quoi ? »

Le coup d'éclat, c'était d'avoir quitté ses parents pour aller dans le même lycée et le même cabinet que Kazuki.

Ces dernières générations, la famille Gokidō gardait deux fils dans la maison principale : l'aîné en héritait, et le cadet, gardé en réserve, fondait une branche cadette.

À la génération suivante, le fils aîné de Yoshiichirō hériterait donc de la maison, le second fonderait une branche cadette, la fille aînée, Fūka, épouserait l'héritier d'une grande famille d'onmyōji, et Yoshisuke, le père de Sara, serait relevé de ses fonctions.

Si l'on multipliait les membres, les terres et les biens hérités depuis l'Antiquité, les rites secrets, le temps consacré à l'éducation, les relations avec les autres familles, rien de tout cela n'aurait suffi.

Les héritiers étaient donc triés sur le volet ; en dehors de la lignée directe de la maison principale, on ne dispensait pas d'éducation particulière, et la puissance plafonnait au rang C, celui d'un tengu ordinaire.

Yoshisuke, le frère cadet de Yoshiichirō, était une branche cadette d'une seule génération.

Une fois Yoshisuke relevé de ses fonctions, deux voies s'offriraient à Sara et Shion.

La première : un mariage arrangé. Comme Yayoi, mariée dans la famille Kasuga.

La seconde : vivre libres. Sans soutien de la famille Gokidō, mais sans contraintes non plus.

Sara avait agi une dizaine d'années plus tôt que prévu, mais elle suivait une voie toute tracée.

Il s'agissait de la seconde option, mais la justification qu'elle avait mise en avant, « rendre ce qu'elle devait à Kazuki, qui avait sauvé la vie des familles Gokidō et Kasuga », n'était pas de celles que la très honorable famille Gokidō pouvait rejeter.

Résultat : tout en ayant choisi la seconde voie, Sara bénéficiait d'un soutien comparable à celui de la première.

Bien sûr, la famille Gokidō ne pensait pas seulement à solder une dette.

La puissance occulte de Kazuki était celle d'un rang A, et elle avait aussi calculé qu'il fallait nouer avec lui des relations amicales.

C'est en jugeant que ne pas s'opposer à Sara et la laisser agir de sa propre initiative mènerait au meilleur résultat qu'on en était arrivé là.

« Tout se passe bien. Je suis devenue onmyōji du cabinet de Kazuki, et on vit ensemble. Le mois dernier, on est partis en voyage, et on a même pris un bain aux sources chaudes ensemble. Un bain mixte. »

« Quouâ-miaou ?! »

Les yeux écarquillés comme ceux d'un chat, Fūka poussa un cri de surprise, la bouche grande ouverte.

Gokidō Fūka était une jeune fille de très bonne famille.

En tenue décontractée, avec son carré mi-long, elle avait l'air de bosser cinq jours par semaine dans une grande chaîne de fast-food du coin.

Mais la famille Gokidō, où le rang A était héréditaire, avait des relations phénoménales.

Un de ses oncles avait servi comme onmyōji à la garde de Sa Majesté. Un oncle maternel avait travaillé aux côtés du Premier ministre.

La famille fréquentait des gens à ce niveau-là ; en passant par quelques connaissances, il n'existait pour ainsi dire aucune porte qu'elle ne puisse pas se faire ouvrir.

Les talismans que les Gokidō confectionnaient après leur retraite contribuaient beaucoup à entretenir ces relations.

Le rang A étant le plus élevé, et ses trois premiers n'étant pas humains et n'en fabriquant pas, ceux des Gokidō étaient les meilleurs du pays.

Ils allaient aux familles de vieille lignée de la haute société ; avec ceux qu'ils ne fréquentaient pas, ils pouvaient se permettre de les éconduire, quels que soient leur rang ou leur fortune.

Fūka pouvait assister à des réceptions où même un gouverneur de préfecture n'était autorisé à venir qu'accompagné de son conjoint, et des peintres célèbres lui envoyaient des invitations à leurs expositions, où l'artiste en personne lui faisait la visite.

Quand les jeunes filles de bonne famille autour d'elle parlaient de leurs fiancés, Fūka, qui fréquentait un monde encore au-dessus, avait l'impression d'observer avec attendrissement des enfants qui jouent innocemment.

Pour Fūka, jeune fille de très haute volée, la « première » des deux voies réservées aux femmes de la famille Gokidō était toute tracée, et elle n'avait jamais eu de petit ami de sa vie.

On avait grosso modo réduit à quelques noms les prétendants qu'elle connaissait de vue. Mais rien n'était encore décidé.

Pour une telle demoiselle, les paroles de sa cousine de cinq ans sa cadette étaient un choc.

« C-c'était un bain mixte ?! »

« Le bain en plein air de la chambre. C'était étroit, alors on y est entrés épaule contre épaule. »

« Nyaaaaah ?! »

Secouant violemment la tête de gauche à droite, Fūka se tortilla, les yeux fermés.

Sara lui adressa un sourire charmeur.

« C'est pas vrai. Sara est devenue adulte avant moi… »

Tandis que Fūka, abasourdie, encaissait sa défaite face à sa cousine de cinq ans sa cadette, Shion, qui écoutait, protesta d'un air maussade :

« T'y es allée pour le boulot, t'étais enroulée dans une serviette, vous n'avez pas franchi la limite, je parie. »

Sara avait réussi à induire sa cousine en erreur, mais tromper sa jumelle Shion, c'était une autre affaire.

Le choix des mots et les tournures un peu trop calculées avaient dû sonner faux aux oreilles de Shion.

Démasquée, Sara tira la langue.

« Bien vu, Shion. Tu m'as grillée. »

« Ça se voit, normal. »

Face à une Shion mécontente, Sara poussa un léger soupir.

« Ah, ouf. J'ai eu peur. »

Pendant que Fūka s'efforçait de retrouver son calme, Sara demanda sans détour à Shion, qui affichait son mécontentement :

« Ce qui te déplaît, Shion, c'est qu'il y ait Aoi à côté de Kazuki, et moi en plus, non ? »

« Pas spécialement. Une dette, c'est une dette, t'as qu'à la rendre. Ça, je ne dis pas le contraire. »

Si Sara abordait le sujet devant Fūka, c'était pour expliquer le mécontentement que Shion manifestait envers leur coéquipier Kazuki, à la veille de l'opération.

De son côté, Shion avait précisé que cela ne gênerait en rien l'opération elle-même.

Son explication donnée à Fūka, Sara sourit à Shion.

« Si tu perdais la main droite et la jambe gauche, Shion, tu comprendrais, je crois. Sans ta main directrice, tu ne peux plus rédiger de talismans. Sans jambe gauche ni main droite pour tenir la béquille, tu ne peux plus marcher normalement. Et d'une seule main, tu ne peux même pas faire avancer un fauteuil roulant. »

Shion se tut ; Sara enfonça le clou.

« Toi aussi, la jorōgumo t'a dit qu'elle te couperait les bras et les jambes, non ? Kazuki t'a juste sauvée avant qu'elle le fasse. Si tu étais à ma place, tu ferais pareil que moi. Et même, toi, tu ferais sûrement quelque chose de bien plus fou. »

« Quelque chose de plus fou, c'est quoi, miaou ?! »

Fūka, qui tendait l'oreille, s'écria, incapable de supporter ses propres fantasmes.

Laissant Fūka se tortiller toute seule, Sara s'adressa à Shion.

« La récompense de la mission que j'ai confiée, c'est moi qui la paie, tu n'as rien à faire. Mais toi aussi, tu as été sauvée, ça te travaille, et comme tu ne peux rien faire, tu es de mauvaise humeur. »

« Et alors ? »

Sentant qu'on avait percé à jour ce qu'elle avait sur le cœur, Shion laissa éclater sa mauvaise humeur.

Sara, qui s'attendait parfaitement à cette réaction, lui proposa une solution à ce qu'elle ressentait, en soulevant au passage l'obstacle qui se dressait sur le chemin.

« Si ça te travaille autant, tu n'as qu'à venir au cabinet de Kazuki, toi aussi. Mais le hic, c'est papa. Il est capable de dire : "Une, je veux bien, mais deux, pas question." »

« Je n'ai jamais dit que je voulais y aller. »

Sans tenir compte de ce démenti peu convaincant, Sara avança une solution audacieuse.

« Dans ce cas, on n'a qu'à demander à Kazuki de battre papa. Et il lui dira : "Sans moi, tes filles seraient mortes dans le combat contre les jorōgumo. C'est moi qui les protégerai, alors je les prends toutes les deux." »

« Ne propose pas un truc que papa, qui a des muscles à la place du cerveau, serait capable d'accepter. »

La mine renfrognée, Shion protesta auprès de sa sœur jumelle.

Et devant la cabine, les hommes qui attendaient que ces dames aient fini de se changer se demandaient s'ils pouvaient se permettre de les appeler.

Fin du chapitre 41
Fiche de l'œuvre

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