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Chapitre 3

Chapitre 3 - Le Gyūki et la Yamanba (2e partie)

3 octobre 2026 ~10 min · 1 801 mots

Le chant des petits oiseaux résonnait haut et clair, et l'on entendait faiblement le murmure d'un ruisseau.

Une petite colline privée, trop modeste pour prétendre au nom de montagne.

Fendant la forêt de cèdres qui couvrait cette colline, et taillant parfois les broussailles à la serpe, Kazuki et les autres s'enfonçaient toujours plus loin.

Cette cédraie qui s'étendait à perte de vue était l'une de ces montagnes de cèdres qu'on trouve partout à la campagne, plantées en masse « sur ordre des autorités » à l'époque où les poteaux électriques du Japon étaient en bois.

Marchant d'un pas assuré, un long bâton à la main, la vieille femme se mit à raconter l'histoire de la montagne qui lui appartenait.

« Autrefois, les poteaux électriques, c'était surtout du cèdre enduit de goudron. Tu savais ça, toi ? »

« Ah bon ? Je n'ai jamais vu de poteau électrique en bois. »

Tout en répondant poliment à la cliente, Kazuki se posa une question peu galante envers une dame : quel âge pouvait bien avoir cette vieille femme aux cheveux blancs ?

« À l'époque, au Japon, les poteaux électriques étaient en cèdre. Alors on nous a dit que pour en planter et en remplacer dans tout le pays, il fallait des tas de cèdres, et on a multiplié les montagnes de cèdres. »

Ce n'était sans doute pas la seule raison.

Mais puisqu'il existait le témoignage d'une personne concernée, ou de ses descendants, c'était à coup sûr l'une des raisons pour lesquelles on avait multiplié les cédraies.

Pour qu'un cèdre atteigne la longueur d'un poteau électrique, il faut plusieurs dizaines d'années.

Or un poteau en cèdre ne dure que quinze ans : pour continuer à remplacer les poteaux de tout le Japon, en tenant compte du temps de croissance des cèdres, il en fallait plus du double du nombre de poteaux.

À l'époque où les poteaux étaient en cèdre, en planter davantage en prévision de la demande était plutôt logique.

« Mais les poteaux en béton sont arrivés, et on n'a plus eu besoin des cèdres. On nous les a fait planter, et ensuite, c'était "on ne peut pas vous les racheter". Vraiment, quelle plaie. »

« Ça a dû être difficile. »

Il y avait de quoi être embêté, en effet, et Kazuki se montra compréhensif.

Un poteau en béton dure plus de quarante ans, et il est plus simple à entretenir que le cèdre. Il n'y a pas besoin de le faire pousser, après tout, et on peut le fabriquer en pleine ville.

Tous les poteaux du pays étaient donc passés au béton, et les cèdres n'avaient plus servi à rien.

L'offre et la demande s'étaient inversées, et les cèdres devenus inutiles avaient envahi tout le Japon.

Si les cèdres avaient envahi le Japon depuis l'Antiquité, les Japonais, qui auraient dû s'y adapter, ne souffriraient pas autant du pollen de cèdre.

Les innombrables cédraies d'aujourd'hui étaient-elles ce qui restait d'une politique nationale qui les avait multipliées à grande échelle avant d'en perdre le contrôle ? se demanda Kazuki.

Rien que posséder un terrain coûte des impôts.

Et même si l'on veut vendre les cèdres pour tirer parti du terrain, personne n'en veut, on n'en vend presque pas, et rien que l'abattage creuse un énorme déficit.

De tels terrains, on les appelle parfois des « biens immobiliers-boulets », ni plus ni moins que des dettes. Tout en écoutant ce genre d'histoires, Kazuki et les autres arrivèrent jusqu'au Gyūki.

(C'est bien l'esprit divin d'un camélia.)

Dans un coin de la montagne, un camélia rouge fleurissait en silence.

De ce camélia, Kazuki perçut l'énergie divine qui habitait aussi son propre corps.

Pour ce qui était de percevoir le ki, Kazuki se flattait de n'avoir pas d'égal.

Après tout, dans l'Enfer de la Grande Chaleur Brûlante, pendant un temps si long qu'il semblait ne jamais devoir finir, il avait côtoyé des présences d'une énergie yin colossale.

(Il n'a en lui aucune souillure. Ce n'est pas une brute qui se déchaîne.)

Croire sa propre expérience, ou croire les affirmations d'une vieille femme rencontrée pour la première fois ?

La réponse allait de soi.

« Papa, je vais essayer de le soumettre. C'est un Gyūki d'une puissance énorme, je ne suis pas sûr de gagner, mais même s'il faut forcer, je dois l'abattre, sinon notre cliente est en danger. Je te laisse deux pigeons shikigami. Au pire, ils devraient pouvoir le retenir. Fais attention. »

Kazuki n'était pas du genre à forcer face à un adversaire dangereux.

Sur le terrain, les imprévus arrivent, mais s'il savait avant le combat qu'il risquait de ne pas gagner, il le disait franchement et prenait d'abord la fuite. Puis il reviendrait tenter sa chance après s'être parfaitement préparé : voilà comment il voyait les choses.

Et les pigeons shikigami que Kazuki avait créés étaient loin de ne servir qu'à retenir un adversaire.

Comprenant l'intention de Kazuki, qui disait ouvertement des choses absurdes, Kazunori marqua un temps avant de répondre.

« Hmm, compris. »

Après avoir échangé un signe de tête avec Kazunori, Kazuki s'adressa ensuite à la cliente.

« Madame Aikawa, c'est dangereux, alors éloignez-vous un peu, s'il vous plaît. Je vais essayer d'abattre le Gyūki. »

« Ah oui ? Alors je compte sur toi. »

Après avoir fait reculer la vieille femme et sa petite-fille, Kazuki traça un cercle et acheva ses préparatifs.

Seulement, ce qu'il avait tracé n'était pas un cercle de soumission, mais un cercle d'invocation, destiné à l'asservir comme shikigami.

On distingue en gros trois sortes de shikigami.

La première, celle de l'onmyōdō, consiste à asservir des divinités démoniaques ou des esprits divins par la puissance occulte et les techniques.

La deuxième, ce sont les divinités protectrices qu'on appelle depuis un autre monde (les Inari des sanctuaires, les gardiens Kongō Rikishi des temples, etc.).

La troisième, issue de la magie taoïste, consiste à charger du papier ou des morceaux de bois de sa propre puissance occulte ou de celle d'autrui.

Les pigeons shikigami relevaient de la troisième, et ce qu'il allait employer sur le Gyūki relevait de la première.

Pour employer des shikigami de la première ou de la deuxième sorte, l'officiant doit leur fournir en continu sa propre puissance occulte. Et si le shikigami dépense des forces au combat, il faut aussi les lui restituer.

C'est pourquoi un officiant à la puissance occulte faible perd l'essentiel de la sienne rien qu'à nourrir son shikigami. Il se retrouve alors entièrement absorbé par l'entretien et l'emploi du shikigami, incapable de faire correctement quoi que ce soit d'autre.

À cause de cet inconvénient, les contrats de shikigami ne sont guère appréciés.

Voilà pourquoi les onmyōji qui ne sont pas maîtres de shikigami recourent massivement à la troisième sorte, les shikigami jetables.

Mais Kazuki possédait assez de puissance occulte pour asservir même un Gyūki colossal.

« Je vais maintenant procéder à la soumission. »

En réalité, il ne s'agissait pas de le soumettre, mais de l'asservir.

Kazuki forma les sceaux et, à voix basse pour que la vieille femme ne l'entende pas, récita la formule.

« Rin, pyō, tō, sha, kai, jin, retsu, zen, gyō. Entre le ciel et la terre, toute chose forme le yin et le yang. Selon la loi du yin et du yang, je fais de toi, esprit, le yin, et de mon ki de vivant le yang qui lui répond, et je scelle ce contrat. Ainsi donc, obéis à cette loi, deviens mon shikigami, manifeste-toi et prête-moi ta force. Kyū kyū nyo ritsuryō ! »

Tandis que Kazuki récitait en versant son ki dans le cercle, un tourbillon de puissance spirituelle finit par apparaître près du centre, là où se trouvaient les racines du camélia, et le visage d'un Gyūki gigantesque, aux traits terribles et sévères, se dessina.

« Oh, quelle puissance !? »

Le Gyūki que Kazunori, saisi d'effroi, contemplait d'en bas avait une carrure qui semblait atteindre le toit d'une maison à étage.

Fidèle au dicton « le nom révèle la nature », le Gyūki avait « une tête de bœuf sur un corps d'oni », d'une musculature phénoménale.

De même que les muscles des gorilles ou des chimpanzés diffèrent de ceux des humains, les muscles des oni devaient eux aussi différer. Aucun humain, si musclé soit-il, n'aurait pu avoir une telle musculature.

Tout son corps était rouge comme le camélia ; il portait un pagne de paille et serrait dans sa main droite une énorme massue.

« Un gorille de la taille d'une maison, qui vous regarde de haut en serrant une énorme massue. »

C'était un spectacle de cet ordre, et Kazunori recula malgré lui.

Un Gyūki aussi puissant ne se contenterait pas de terrasser un éléphant d'Afrique : il pourrait peut-être même vaincre un tyrannosaure.

Le Gyūki, qui avait fait frémir Kazunori, onmyōji chevronné, plongea dans l'ombre de Kazuki dès que l'énergie yang qu'on lui insufflait fut à la hauteur du contrat.

À cet instant, le cercle, qui avait perdu l'être dans lequel déverser la puissance occulte, se dissipa dans une violente bourrasque.

« Kyaa ! »

Secouée par la bourrasque, Aoi poussa un cri, chancela et se laissa tomber assise.

Après un bref silence, le chant des petits oiseaux et le murmure du ruisseau revinrent.

Autour de l'endroit où la bourrasque avait soufflé, les fleurs de camélia avaient disparu. Kazuki planta son regard dans celui de la vieille cliente et fit son rapport.

« Avec mon ki et une technique secrète transmise dans ma famille, j'ai réussi à le sceller. Mon ki est épuisé, mais dans quelques jours, je lirai les souvenirs du Gyūki pour vérifier pourquoi il se déchaînait. »

« Tu peux faire une chose pareille ? »

Devant la vieille femme stupéfaite, Kazuki le menteur hocha vigoureusement la tête.

« Il me suffira d'accumuler du ki pendant quelques jours pour vérifier. Par précaution... il n'y en a pas un deuxième, n'est-ce pas ? Mon ki est déjà épuisé, et mon père n'est qu'un onmyōji de rang C. S'il en sort un deuxième... nous ne gagnerons pas. »

Quand Kazuki lui fit part de ses craintes en laissant paraître un air inquiet, la vieille femme répondit avec un léger rictus au coin des lèvres.

« Ah oui ? Mais tu peux être tranquille. Il n'y aura plus de Gyūki. »

« Tant mieux. À vrai dire, j'ai à peine la force de marcher. »

Sur ces mots, Kazuki tourna le dos à la vieille femme d'un pas mal assuré et se tourna vers Kazunori.

« Papa, le sceau est termi... »

Les paroles de Kazuki furent couvertes par le fracas d'un choc sourd.

Kazuki bondit aussitôt en arrière et se retourna : l'énorme couperet que tenait la vieille femme heurtait la massue du Gyūki surgi de l'ombre de Kazuki, dans une violente gerbe d'étincelles.

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