Aller au contenu principal

Chapitre 27

Chapitre 27 — Suivi après mission

8 octobre 2026 ~8 min · 1 499 mots

« J'ai eu de la chance de ne pas être entraînée en enfer. »

Trois jours avaient passé depuis l'assaut contre le nid des jorōgumo.

Transportée au centre hospitalier universitaire, Sara avait perdu l'avant-bras droit à partir du coude et la jambe gauche à partir du genou, mais elle avait survécu.

Une personne ordinaire en serait morte, mais Sara descendait de dieux démons et de grands tengu.

En absorbant l'immense énergie divine que lui avait donnée Kazuki et en la convertissant en force vitale, elle avait pu rester en vie.

« Je veux me dire que c'est déjà bien qu'il me reste un bras et une jambe. »

Son bras droit et sa jambe gauche avaient été rongés par le venin d'une jorōgumo à l'énergie de yōkai de rang A inférieur.

La neurotoxine que les jorōgumo produisent en convertissant leur énergie de yōkai a pour effet de paralyser ou de tuer leurs proies. Plus l'énergie de yōkai est forte, plus le poison est efficace, et moins la proie a de puissance occulte, moins elle peut y résister.

La puissance du poison produit par une jorōgumo de rang A inférieur surpassait l'effet de l'élixir apporté par les Gokidō ; il avait aisément brisé la résistance de Sara, alors de rang C supérieur, et envahi son bras droit et sa jambe gauche.

Quand Kazuki était arrivé pour la désintoxiquer, l'amputation était déjà inévitable.

Face à la perte de son bras droit et de sa jambe gauche, Sara imaginait des situations pires encore et s'efforçait de se dire que la sienne valait mieux.

Perdre les deux bras, avoir la colonne vertébrale touchée et ne plus pouvoir bouger, tomber en enfer : en se disant que c'était mieux que tout cela, elle tâchait de garder le moral.

Elle était loin d'en avoir pris son parti ou de l'avoir accepté.

Pour une jeune fille de quinze ans, c'était sans doute une épreuve bien trop cruelle.

Kazuki mesura à quel point l'Association avait raison de ne pas délivrer de licence d'onmyōji aux moins de quinze ans. Un peu plus jeune, Sara n'aurait même pas pu raisonner ainsi.

Ne sachant que lui répondre, Kazuki décida pour l'instant de valoriser Sara telle qu'elle était.

« Tu vas sûrement te poser plein de questions sur ton corps, mais tu me seras utile malgré tout, Sara. J'ai plein d'idées, par exemple employée au cabinet d'onmyōji que je vais monter. J'ai un secret, alors je voulais quelqu'un qui ne me trahirait jamais, même si on lui offrait des montagnes d'argent. »

Les Gokidō étaient une famille qui tenait sa promesse envers En no Gyōja depuis plus de mille trois cents ans.

Et Sara, une Gokidō, avait fait une promesse à Kazuki : « Si vous me sauvez, je paierai tout ce que je pourrai avec la vie que vous m'aurez rendue. »

L'immense puissance de Kazuki était de celles qui paraissent d'autant plus étranges qu'on se tient près de lui, mais la Sara d'aujourd'hui ne dirait rien, même sous peine de mort.

« Tu devais payer la mission de sauvetage contre un yōkai de rang A avec la vie que je t'aurais rendue, non ? Alors le reste de ta vie devrait me revenir. Quand j'entrerai au lycée, je monterai mon cabinet, alors aide-moi. »

Même Sara, au plus bas moralement, pouvait comprendre que Kazuki disait cela par compassion.

Valide, elle aurait pu apporter une contribution suffisante pour s'acquitter de la vie qu'on lui avait rendue. Mais privée de son bras dominant et d'une jambe, elle ne pouvait pas contribuer par le travail qu'on attendait d'une onmyōji.

Répondre au téléphone, ce qui demandait des connaissances d'onmyōji, quelqu'un qui aurait échoué à l'examen d'État pourrait le faire avec un peu d'habitude. Quant au travail administratif comme la comptabilité, une personne ordinaire ayant ses deux mains serait sûrement plus à l'aise.

Loin de l'aider, Sara craignait donc d'être un boulet pour Kazuki.

« Je paierai tout ce que je pourrai, mais je ne pense pas pouvoir contribuer, par le travail administratif de votre cabinet, à hauteur du prix d'une mission urgente de rang A. En revanche, je vous promets de ne pas mourir de mon propre chef sans vous avoir prévenu. »

Autrement dit, elle n'excluait pas de mettre fin à ses jours après l'avoir prévenu.

Devant Sara, prisonnière d'une immense détresse, Kazuki ne put retenir un soupir.

« D'accord. Alors je vais te dire deux choses que je pense vraiment. Essaie de voir si ça te convainc. »

« Je vous écoute. Je ne peux rien faire d'autre que rester couchée, alors ce n'est pas le temps qui me manque. »

Pour que Sara ne meure pas, Kazuki se résigna à prononcer des paroles qui n'avaient rien de très reluisant.

« Le métier d'onmyōji me permet maintenant de gagner ma vie, alors je ne cherche pas des sommes folles. Ce que j'attends plutôt, c'est qu'une jolie fille de mon âge me rende la pareille. Je tiens absolument à ce que tu paies : ça, c'est la première chose. »

À ce premier aveu, Sara ne manifesta ni mépris ni déception ; elle regarda plutôt avec regret ses membres perdus avant de demander :

« J'espère pouvoir vous être utile. Et la deuxième chose, qu'est-ce que c'est ? »

Il fallait bien une solution de fond.

Pour que Sara ne mette pas fin à ses jours, Kazuki lui montra qu'il restait une possibilité.

« La deuxième, c'est que je suis maître de shikigami. Je vais chercher un yōkai capable de guérir tes blessures et le prendre à mon service. Je compte t'acheter sur l'avenir dès maintenant, te soigner avec un shikigami et y gagner plus tard. Voilà. »

Quand Kazuki eut fini d'expliquer, Sara, après avoir ruminé le sens de ses paroles, ouvrit timidement la bouche.

« Ça existe, un yōkai pareil ? »

Guérir le corps humain est extrêmement difficile.

En Occident, le Livre de l'ange Raziel décrit comment fabriquer des talismans de guérison, et au Japon, les talismans où est inscrit « Kyūsoku banmei kyū kyū nyo ritsuryō » calment la toux, mais rien ne permet de régénérer le corps humain.

L'oiseau divin nommé caladrius peut guérir certaines maladies, mais pas les blessures.

Kazuki, pourtant, avait une idée.

« On ne perd rien à essayer. Même si ça échoue, je te prendrai quand même dans mon cabinet, ça ne change rien. Alors, qu'en dis-tu ? Tu veux bien me vendre Sara, pièce unique en édition limitée ? »

Si Sara restait chez les Gokidō dans son état actuel, elle ne ferait que souffrir en voyant sa jumelle Shion, valide. Mieux valait que le cabinet de Kazuki la prenne.

Elle aurait un objectif, celui de s'acquitter de sa dette, et si quelqu'un lui disait avoir besoin d'elle, elle pourrait se sentir utile.

Et de fait, après un temps de silence, Sara répondit :

« L'article présente pour le moment quelques défauts, mais si cela vous convient, je ne suis pas opposée à vous le vendre. Malheureusement, il n'y a pas de mode d'emploi, il faudra donc des explications au cas par cas. Cela vous convient-il ? »

« Ça me va. Je l'achète. »

« Alors je vous le vends. Merci de votre achat. Je dois l'expliquer à mon père et à ma mère, alors donnez-moi quelques jours. Mon père est hospitalisé lui aussi, et nous ne pouvons bouger ni l'un ni l'autre. »

L'opération avait fait de nombreux morts et blessés.

Elle avait abattu les deux mères araignées et les six petites désignées comme cibles, et la mission était un succès.

En contrepartie, du côté des onmyōji, Kasuga Yayoi, qui avait accepté la mission à l'origine, et Kazuyoshi, le fils aîné des Kasuga, gardaient des séquelles qui les obligeaient à prendre leur retraite d'onmyōji.

Yoshisuke, le père de Sara, n'avait pas subi de séquelles qui lui feraient perdre son rang, mais il était toujours hospitalisé, grièvement blessé.

Les autres avaient des blessures modérées ou plus légères, mais les onmyōji qui avaient participé avaient subi un coup terrible.

Sans l'intervention de Kazuki, le côté est aurait été anéanti.

À l'ouest, Yoshiichirō, seul, aurait pu s'échapper, mais les Forces d'autodéfense auraient sans doute été décimées.

En conclusion, la mission avait été mal estimée, et la rémunération était sans aucune mesure avec le danger.

Fixer le prix de la mission à deux milliards de yens avait été une lourde faute de la famille Kasuga.

À en juger par les résultats, il aurait fallu un montant dix fois supérieur et l'engagement de plusieurs onmyōji de rang A. Cela dit, c'était le chef des Gokidō qui avait assuré le commandement général sur le terrain, et la faute ne revenait pas qu'à la famille Kasuga.

« Je vais attraper un yōkai capable de te soigner. »

« Oui, à bientôt. »

La mission supplémentaire que Kazuki avait acceptée, c'était de sauver Sara.

Dans l'état actuel des choses, on pouvait difficilement dire qu'il l'avait « sauvée », et Kazuki entendait bien mener son travail à son terme.

Fin du chapitre 27
Fiche de l'œuvre

Commentaires

Code anti-spam :······
0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.