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Chapitre 90

Chapitre 90

14 octobre 2026 ~13 min · 2 523 mots

La conversation avec le comte se poursuivit jusqu'au matin.

Elle aurait été rapide si j'avais pu me contenter de transmettre les informations sur les orcs, mais il voulait savoir tout ce qui s'était passé, du début à la fin.

« C'est une suite d'événements incroyables. »

« Si vous ne me croyez pas, faites venir Vergil et demandez-lui. »

« Hmph, tu crois que je croirais ce morveux qui t'a juré son épée ? »

Le comte parlait avec un visage où se mêlaient déception et soulagement.

« Tu as bien travaillé.

Grâce aux informations que tu as obtenues, nous pouvons nous préparer à la guerre. »

« J'ai seulement fait ce que j'avais à faire. »

Le comte, qui tapotait la table en silence, lança soudain :

« Quand cette bataille sera terminée, le fort sera à toi. »

C'était un signe de reconnaissance, mais avant que j'aie pu le remercier, le vaurien en moi répondit à ma place.

« Il était à moi depuis le début, quelle nouveauté. »

« Ha ?

Hahaha !

C'est vrai, il était à toi depuis le début !

Hahaha ! »

Le comte, qui avait ri longtemps, dit d'une voix ferme :

« Comme tu l'as dit, le maître de ce fort, c'est Moner.

Il en a toujours été ainsi, et il en sera toujours ainsi. »

Le comte, qui avait juré son épée à l'ancien duc, était calme, comme s'il énonçait un simple fait, mais le sens de ses paroles était lourd.

« À partir de maintenant, tu vas devoir prouver que tu es un Moner. »

'Puisque tu n'en as pas été un jusqu'ici.'

Je pouvais le comprendre sans que le comte ajoute explicitement ces mots.

Tout le monde doutait de ma légitimité et mettait mes capacités en question.

Contrairement au nom de « Moner », qui était comme une solide muraille, je n'avais pour moi qu'une sale réputation.

Et pourtant, je pouvais répondre avec un sourire.

« Avant la fin de cette bataille, tout le monde le reconnaîtra. »

Il restait un peu plus de deux semaines avant l'arrivée du Tyran.

La guerre commencerait avant.

« Que le mythe de la maison Moner sera réécrit sous mon nom. »

« …Je l'espère bien. »

Sur ces mots, nous mîmes fin à la conversation, et je regagnai ma chambre et m'endormis comme si je m'étais évanoui.

***

Toc, toc, toc.

« Rhhhhh. »

Toc, toc, toc.

Bizarre.

J'ai l'impression de venir juste de me coucher.

Toc, toc, toc.

Non, ce n'est pas une image : je venais vraiment de me coucher.

Je venais de finir une douche bienheureuse et de m'allonger sur le lit.

Toc, toc, toc.

On dirait que la personne dehors n'a pas l'intention de renoncer.

« Entrez ! »

Quand je criai, plein d'agacement, un soldat familier entra.

Il s'appelait Derku, non ?

C'était le soldat au cœur froid qui avait ignoré les cris désespérés de Hoodwock.

« Ex-excusez-moi !

L-loyauté ! »

« Qu'y a-t-il ? »

« Le, le comte vous demande d'assister à la réunion……. »

C'est pas vrai.

« Je viens à peine d'arriver. »

« Oui, oui, le… le comte n'a pas encore dormi non plus… il a dit qu'un commandant doit toujours montrer l'exemple. »

« L'exemple, mon cul. »

Je redressai mon corps, lourd comme une tonne, avec un immense agacement.

Je comprenais parfaitement le désir du comte de me montrer.

Rien qu'en assistant à la réunion, le remue-ménage de la nuit dernière et les rumeurs absurdes sur les éclaireurs disparaîtraient complètement.

Si je voulais devenir le maître de Moner, cela voulait aussi dire que je devais faire connaissance au plus vite avec les commandants de ce fort.

Et j'étais sûr qu'il y avait eu beaucoup de demandes et de pression pour me voir.

« Mais quand même, il faut avoir une conscience……. »

En me disant que c'était le prix de la popularité, je suivis Derku jusqu'à la salle de réunion.

« Il paraît que tu détestes Hoodwock à ce point. »

« N-non, monsieur ! »

« Hoodwock avait l'écume aux lèvres, il disait qu'il avait pris soin de toi avec affection et amour, et que tu l'avais remercié avec une prière d'exorcisme. »

« P-pas du tout, monsieur ! »

« Tu crois que tout ce que dit un ancien est un mensonge ? »

« C'est parce qu'il n'arrête pas de dire des choses qui n'ont pas de sens……!

Ah, non, pardon !

Je me reprends ! »

Tout en taquinant la nouvelle recrue, dont les réactions étaient si divertissantes.

***

Quand j'arrivai dans la salle de réunion, le comte Sven m'accueillit d'une voix froide.

« Tu es en retard. »

Rien de bon ne semblait pouvoir sortir de ma bouche, alors je répondis plutôt par un sourire.

Quel être humain sans conscience.

Comment un humain pareil avait-il pu dépasser sa condition et atteindre la sixième étoile ?

« Comme vous pouvez tous le voir, les éclaireurs sont rentrés sains et saufs.

Contrairement aux rumeurs, il n'y a pas eu une seule victime. »

À la voix indifférente du comte, les commandants réunis dans la salle laissèrent chacun échapper un hoquet de surprise.

« Ha……. »

« Comment……. »

« Allons, allons.

Le chef des éclaireurs ne s'est pas encore reposé depuis la fin de sa mission, nous aurons donc une explication à part plus tard.

Occupons-nous d'abord des affaires urgentes. »

Son but semblait être de montrer que j'étais en bonne santé, car le comte passa vite au point suivant de l'ordre du jour.

Il est vrai que s'il avait dû expliquer tout ce qui s'était passé, une ou deux heures n'auraient pas suffi.

« D'abord, commençons par la question du soutien des nobles du nord. »

Dès que le comte eut fini de parler, les commandants élevèrent chacun la voix.

« Après avoir fait autant de concessions, nous devrions naturellement accepter.

Ne sommes-nous pas à la veille d'une bataille ? »

« Même si des chevaliers graisseux entrent dans le fort, bougeront-ils selon notre volonté ?

Ce sera peut-être différent à l'avenir, mais en ce moment, je pense que c'est du poison. »

« Encore faudrait-il qu'il y ait une garantie qu'ils apporteront leur soutien à l'avenir.

Si les nobles voient que nous n'avons aucune chance de gagner, ils se retireront aussitôt et feront comme si ce soutien n'avait jamais existé. »

« Donc vous dites qu'il faudrait faire entrer du poison dans le fort ?

Pour parler franchement, que ferez-vous si la chaîne de commandement commence à se rompre ?

Vous allez punir un chevalier d'une autre famille selon la loi militaire ? »

« Alors, à défaut, nous devrions au moins faire venir des soldats……. »

« Ils disent que ce sont des soldats entraînés, mais nous ne saurons pas si ce sont des soldats entraînés ou des conscrits avant leur arrivée !

Au lieu de laisser une bande de bons à rien gaspiller nos vivres, nous devrions augmenter les rations des excellents soldats d'élite du fort ! »

Les opinions des deux camps étaient tendues.

Le soutien des nobles du nord était alléchant, mais une force alliée indisciplinée ne valait pas mieux qu'une cohue de va-nu-pieds.

Le meilleur choix aurait été d'accepter les troupes de soutien des nobles puis de déployer celles de chaque famille sur des sections différentes de la muraille, mais si une section tombait, c'était tout le fort qui s'effondrerait.

Alors que la réunion bruyante se poursuivait depuis un moment, le comte, qui réfléchissait, ouvrit la bouche.

« Qu'en pense le chef des éclaireurs ? »

Au même instant, tous les regards de la salle se tournèrent vers moi.

Ces yeux brûlants semblaient crier que leur opinion était la bonne, mais la réponse était déjà décidée.

« Nous devons refuser. »

« Chef des éclaireurs !

Le fort manque tellement de troupes en ce moment……! »

« Silence.

Le chef des éclaireurs n'a pas fini. »

Le doute et la défiance commencèrent à emplir les yeux brûlants, mais moi, qui avais eu affaire à des centaines de nobles dans le jeu, j'étais sûr de moi.

Car si les nobles avaient bougé, c'était qu'ils pensaient y trouver leur avantage.

« Les nobles ne font jamais rien qui leur fasse perdre.

S'ils font cette offre, c'est forcément qu'ils pensent que soutenir Moner leur sera profitable. »

Même si le comte avait exprimé son intention de refuser, s'ils avaient proposé une fois de plus d'envoyer des troupes, le sens en était simple.

« Si nous refusons de nouveau et faisons une demande déraisonnable, ils n'auront pas d'autre choix que d'accepter.

Non, peut-être croiront-ils que nous gagnerons à coup sûr et élargiront-ils leur soutien. »

La nature des nobles, qui cherchaient à obtenir une plus grosse part du gâteau dans une guerre gagnante pour en tirer honneur et pouvoir réel, n'avait jamais changé.

« Intéressant.

Alors, que pouvons-nous demander de plus ? »

« Le commandement pendant la guerre, et tout le matériel de guerre, y compris les vivres que chaque force utilisera.

Et il faut préciser que les troupes pourront être renvoyées à la discrétion du responsable. »

À mes mots, la salle de réunion se remit à bourdonner.

Si nous faisions une demande déraisonnable, les familles nobles risquaient de changer d'avis à nouveau.

Voyant que le débat allait reprendre, j'ajoutai quelques mots pour terminer la réunion un peu plus tôt.

« Voyons les choses simplement.

Sans le commandement et les vivres, c'est une armée dont nous ne pourrons pas nous servir même si nous l'avons.

Et si nous recevons des soldats qui ne font que gaspiller les vivres sans pouvoir les renvoyer, cela revient à nous charger d'un fardeau. »

Une exigence à la fois impolie et constituant le strict minimum dont Moner avait besoin.

« Hmm… c'est vrai. »

Le comte parcourut la salle des yeux pour recueillir les avis, mais personne n'ouvrit la bouche.

« Si tout le monde est d'accord, passons au point suivant.

Nous avons reçu un message du gouvernement central……. »

La réunion se poursuivit plusieurs heures.

Je n'avais pourtant mentionné aucune des informations sur l'ampleur ou la vitesse de l'ennemi que l'écureuil avait apportées, mais à mesure que la guerre approchait, les problèmes grands et petits s'accumulaient.

Le comte me demandait mon avis à chaque débat, et s'il n'y avait pas d'objection, il se rangeait à mon avis.

À mesure que la réunion avançait, l'intention du comte, qui m'avait convoqué sans même me laisser dormir, devint claire.

'Leurs regards ont changé.'

Rien qu'en donnant mon avis et en débattant, les yeux des commandants, qui brillaient de soupçon et de défiance, avaient changé.

Juste au moment où le soupçon et la défiance avaient complètement quitté les yeux des commandants pour laisser place à la curiosité et à l'intérêt, le comte annonça la fin de la réunion.

« C'est tout pour la réunion du matin.

Il y a une file de gens qui attendent impatiemment le retour du chef des éclaireurs. »

Je regardai le comte, puisque nous n'avions encore parlé de rien d'important, mais le comte secoua lentement la tête.

'Il y a une autre raison ?

Est-ce parce que j'ai été trop honnête en disant que l'information venait d'un écureuil ?'

Diverses pensées me vinrent, mais je ne pensais pas que le comte ignorerait les informations que je m'étais donné tant de mal à rapporter, alors je m'inclinai et quittai la salle de réunion.

***

J'avais pensé envoyer un message à Trimia et au gouvernement central, mais je ne pensais pas tenir le coup, alors je regagnai ma chambre.

La fatigue de la marche ininterrompue était une chose, mais je n'avais pas dormi correctement depuis l'apparition de l'engeance démoniaque.

Criiic.

- Tu es bien en retard, humain !

Au moment où j'entrai dans ma chambre, Calua, couché sur un coussin dans un coin de la pièce, s'écria :

« Qu'est-ce que tu fais ici ? »

- Les humains stupides m'ont déplacé ici !

J'ai mordu les stupides jusqu'à ce qu'ils m'amènent ici !

En un instant, une image cauchemardesque me traversa l'esprit.

« Si un soldat perd une main après avoir été mordu par un drake……. »

À ma voix froide, Calua bondit et s'écria :

- N-non !

Je les ai mordus doucement !

Ils ont un peu saigné, mais je ne les ai pas mangés !

« Alors, ouf. »

Avec une vague de soulagement, je m'allongeai sur le lit.

« Je suis vraiment fatigué, alors ne me réveille pas avant le dîner.

Si tu as faim, va voir Reina. »

- Cette femelle est déjà passée plusieurs fois !

Elle s'inquiète pour toi !

« Ah, dis-lui de ne pas s'inquiéter……. »

Avant que j'aie pu finir, un puissant démon du sommeil me submergea.

***

[Correctif système en cours…… 32 %]

***

Roi des orcs, Tyran, Grand Guerrier.

Il y avait bien des noms pour désigner celui qui régnait en roi des peaux-vertes, mais aucun titre ne saisissait vraiment « qui il était ».

Car parmi les titres qu'on lui donnait, « joueur » ne figurait pas.

『Lost Chronicle』, qui perdait des joueurs à cause de sa difficulté ridicule, avait connu une popularité explosive grâce à une mise à jour majeure.

Contrairement au « Mode Monarque », les joueurs pouvaient découvrir un monde complètement différent à travers divers modes, comme le « Mode Autre espèce », où l'on devenait une autre espèce du jeu pour explorer le monde, ou le « Mode Académie », où l'on devenait le disciple d'un PNJ célèbre pour accomplir le but de son maître.

« Dominant », qui avait reçu d'innombrables noms depuis son arrivée dans ce monde, était l'un des nombreux joueurs à avoir aimé le jeu.

Le premier joueur au monde à avoir réalisé l'exploit d'unifier le continent avec l'espèce « orc ».

« …Tout est parti en vrille. »

Le trône, entouré de huit grands guerriers, était un symbole de victoire, mais Dominant, assis sur ce trône, était plongé dans ses pensées, le visage déformé.

« L'Arbre-Monde, je n'aurais pas dû faire confiance à cette garce bonne à être mâchée. »

C'était une erreur d'y voir une pièce cachée ou un privilège spécial.

Il n'y avait aucune chance que 『Lost Chronicle』 soit aussi généreux.

« Tss, ça ne sert à rien de regretter le passé.

D'abord, je prends le fort, puis je réfléchirai au plan suivant. »

Fort-Avant serait forcément plein d'ennemis à sa mesure.

« Rien qu'en tuant tous les humains là-bas, j'aurai assez d'expérience pour monter de niveau.

Ou je pourrais bâtir un royaume sur cette terre. »

Au départ, il avait prévu de quitter la forêt si le plan échouait.

Contrairement aux monstres des profondeurs, il était sûr de pouvoir mettre en pièces toutes les races qui n'osaient même pas entrer dans la forêt par peur.

« Donc ce n'est pas une fuite hors de la forêt.

Un grand guerrier ne fuit pas devant un ennemi.

C'est… oui, une conquête.

Pas une fuite, une conquête. »

Les yeux du tyran, à la veille de la guerre, brûlaient d'un rouge d'excitation et d'impatience.

Fin du chapitre 90
Fiche de l'œuvre

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