La raison pour laquelle le comte Sven n'avait pas puni les espions revenus était simple.
Même s'ils mouraient, les rumeurs finiraient par se répandre.
En fait, si les espions mouraient, les rumeurs gagneraient encore en poids.
Ceux qui voulaient ternir l'honneur de Moner par tous les moyens raconteraient n'importe quoi, prétendant que Moner cherchait à étouffer la vérité, ou que le comte avait livré le fort à un vaurien.
Et surtout, les soldats du fort ne se laissaient pas ébranler par de telles rumeurs.
« C'est pour ça que je vous disais que ce vaurien était dangereux ! »
Même en entendant ce genre de propos, ils se contenteraient de penser : « Le comte s'en occupera. »
Maudire le jeune seigneur mort ne ramènerait pas les éclaireurs à la vie.
Et ils ne pouvaient pas non plus insulter le comte.
« Non, je veux dire, le comte……! »
« Hum !
Reprends-toi !
Comment oses-tu parler du comte à la légère ! »
La foi des soldats envers le comte tenait plutôt de la religion.
***
En revanche, les rumeurs se propagèrent plus largement au sein de la famille royale et de la noblesse centrale.
« J'ai entendu dire que le jeune seigneur de Moner avait disparu en mission, c'est vrai ? »
« C'est exact.
On dit que le roi en est très affligé. »
« Mon Dieu……. »
« J'avais entendu dire que c'était un vaurien……. »
S'il y avait un tout petit problème, c'était que la rumeur sur l'« Ork » répandue par le deuxième prince Trimia circulait parmi certains nobles.
« Alors l'“Ork” !
Qui arrêtera l'Ork ?! »
« Un Ork ? »
« Celui qui, dit-on, apporte le feu de soufre d'un seul battement d'ailes……. »
« J'ai entendu dire que Moner avait demandé du soutien……. »
À mesure que la rumeur sur l'« Ork », qui n'était qu'une petite rumeur, prenait de l'ampleur, les nobles du nord du royaume se mirent naturellement à se réunir plus souvent.
Si Moner, qui était comme une solide muraille, venait à tomber, les suivants à brûler dans le feu de soufre seraient les familles nobles du nord.
***
Le baron Diez, qui assistait à l'un des cercles représentatifs de la noblesse du nord, les « Messieurs fumeurs de cigares », écoutait les conversations des autres nobles, le visage morose.
« La situation de Moner semble grave.
J'ai entendu dire que les trois familles comtales du nord rassemblaient des vivres en prévision de la guerre. »
« À voir ce prince rassembler des troupes, il doit vraiment se passer quelque chose de grave. »
Sans l'invitation et la recommandation d'un vicomte proche, Diez, fonctionnaire de rang intermédiaire au service de renseignement, n'aurait jamais participé à un rassemblement aussi stupide, mais une fois qu'il y était, il n'avait pas le choix.
Quelles que soient les âneries qu'ils jacassaient, il ne pouvait que garder le silence.
Pour réfuter une rumeur qui commençait à être acceptée comme un « fait », il lui aurait fallu une révélation du Saint-Empire en personne.
Alors qu'il gardait le silence, ignorant les nobles qui entonnaient en chœur leurs bêtises, le vicomte Dotran lui demanda d'un ton détaché :
« Baron, des nouvelles de la famille royale ? »
Diez, qui laissa échapper un petit soupir en voyant les autres nobles le regarder, ouvrit la bouche.
« La… la famille royale a entièrement démenti l'existence de l'“Ork”. »
« Ha ! »
« Pour qui nous prennent-ils, pour des imbéciles ! »
Pour la noblesse, la défiance et le soupçon envers le roi étaient des vertus élémentaires.
Diez, qui pensait en son for intérieur que la famille royale aurait mieux fait de reconnaître l'existence de l'« Ork » et de lever des soldats privés, poursuivit.
« L'Ork est un monstre qu'on n'a jamais trouvé dans aucune archive.
Un monstre qui couvre le soleil de ses ailes et crache le feu de soufre, une telle chose ne peut pas exister……. »
Bang !
Avant qu'il ait pu finir, un jeune noble surexcité frappa la table et se leva en criant.
« Baron !
À une époque où l'on a découvert la légendaire engeance démoniaque, comment pouvez-vous être si sûr que l'“Ork” n'existe pas ?! »
« C'est vrai !
Cette engeance démoniaque, elle aussi, ne venait-elle pas de la forêt des bêtes démoniaques ?! »
« Ha !
On croirait que le baron n'est pas un noble du nord ! »
Diez, qui serra les poings devant le comportement de ces sauvages nobles du nord, ferma les yeux très fort et calma sa colère.
Être stupide n'était pas un crime.
Non, vraiment pas ?
Être stupide à ce point ?
« Allons, allons.
Calmez-vous tous, je vous prie.
Le baron ne faisait que transmettre le message, n'est-ce pas ? »
Quand le vicomte Dotran, l'hôte du rassemblement, prit la parole, les autres nobles baissèrent la tête en guise d'excuse.
« Hmm… c'est vrai.
Je me suis trop emporté. »
« La réponse négligente de la famille royale n'est pas la faute du baron.
J'ai été irréfléchi. »
Cependant, Diez, fonctionnaire de rang intermédiaire au service de renseignement, ne manqua pas le soupçon dans les yeux des nobles qui s'inclinaient.
'Désormais, ils douteront de tout ce que je dirai.'
Finalement, Diez décida d'ignorer tout ce que diraient les autres crétins.
« …Vous voulez dire que la famille royale soutient le deuxième prince ? »
« C'est ce que je dis !
Si le roi n'avait pas donné sa permission, comment le prince oserait-il rassembler des troupes ! »
Même cela n'était pas facile, à écouter ces âneries.
Diez, qui savait que le roi s'était alité après avoir vu le prince en pleine crise de folie, poussa un profond soupir intérieur, mais en écoutant d'autres âneries, il se surprit à être étrangement convaincu.
« Le démenti de la famille royale, ce ne serait pas pour tromper la faction du premier prince ? »
« Hmm, c'est vrai. »
« Évidemment.
Si ces salauds d'Orks osent attaquer le royaume, les forces de la famille royale bougeront à coup sûr. »
Ça ne semblait pas un peu plausible ?
'Se pourrait-il qu'ils se soient alliés au premier prince et qu'ils ne cachent l'information qu'à moi…….'
Ce n'était pas entièrement faux, puisque la majeure partie du service de renseignement soutenait en secret le premier prince.
Si le roi avait décidé de soutenir le deuxième prince, il se méfierait naturellement des partisans du premier prince.
'L'Ork, c'est n'importe quoi, mais il est tout à fait possible que le roi donne un petit coup de pouce au deuxième prince.
Il est vrai aussi que le talent dont le deuxième prince a fait preuve en quelques semaines seulement est remarquable.'
Plus il réfléchissait, plus son soupçon se changeait en conviction.
Après tout, même le service de renseignement ne trouvait pas pourquoi la famille royale avait rejeté la demande de soutien de Moner.
'Et si tout cela était la volonté du roi…….'
Diez, qui avait percé à jour en un instant la manœuvre de la famille royale, les yeux brillants, déclara :
« Nous devons rassembler immédiatement nos forces et soutenir Moner. »
Comme s'il parlait au service de renseignement, Diez s'adressa d'une voix claire et articulée aux nobles qui le regardaient comme pour lui demander de quoi il parlait.
« Vous savez tous, j'en suis sûr, que le prince Trimia s'est récemment rendu à Moner.
Cela signifie que la famille royale veut consolider encore sa relation avec Moner. »
Les nobles idiots penchèrent la tête, mais Diez poursuivit, admirant sa propre excellente intuition, aiguisée par des années de travail au service de renseignement.
« Il y a quelques mois, on a découvert que les trois familles comtales du nord vendaient des vivres à Moner à des prix absurdes.
D'ailleurs, le roi en personne a puni le comte Obsol. »
Les « Messieurs fumeurs de cigares » prêtèrent enfin attention aux paroles du baron.
« Personne dans le royaume ne douterait de la loyauté de Moner, mais on ne sait jamais ce qu'il y a dans le cœur des gens, n'est-ce pas ?
C'est pourquoi le roi a décidé de soutenir Moner par l'intermédiaire du deuxième prince. »
Le vicomte Dotran, devant son affirmation, dit d'un air réticent :
« Je comprends les propos du baron.
Mais cela semble un peu léger comme raison de soutenir Moner avec des troupes……? »
« Vicomte, c'est justement une raison de plus pour apporter notre soutien.
Si le prince Trimia aide Moner à défendre le fort contre les Orks, qui sera le premier partisan du prince ? »
Les nobles pensèrent naturellement à Moner.
Le géant du royaume, resté tapi, qui ne s'était jamais une seule fois mêlé des affaires de la famille royale et de la noblesse.
S'il soutenait le deuxième prince, l'ordre de succession serait renversé en un instant.
« Avec les troupes rassemblées par le prince Trimia et le soutien de la famille royale, Moner ne tombera jamais.
Et puis, quand la prochaine guerre pour le trône commencera……. »
« Moner se mettra en mouvement pour rendre la pareille au prince. »
Les nobles, stupéfaits par la manœuvre élaborée du roi, frissonnèrent.
« En effet, avec un exploit comme aider Moner à défendre le fort, les âneries de ceux qui le calomniaient comme un prince fou disparaîtront. »
Les nobles, qui hochaient la tête en écoutant, se mirent à calculer intérieurement combien de soutien ils devaient fournir pour pouvoir s'en vanter plus tard, et le silence tomba sur la salle.
« Hmm… tout le monde semble avoir beaucoup en tête, alors terminons la réunion d'aujourd'hui ici. »
Dès que le vicomte Dotran eut fini de parler, les nobles, après avoir échangé des salutations, s'affairèrent.
Le vicomte Dotran, l'hôte du rassemblement, hocha la tête avec satisfaction.
Il n'en était pas certain, mais les nobles du nord feraient de leur mieux pour fournir autant de troupes que possible.
***
Après la réunion, quand le vicomte Dotran regagna les appartements du seigneur, la femme qui l'attendait se leva, inclina légèrement la tête et dit :
« Merci pour votre travail, vicomte. »
« Avec ceci, ma promesse envers vous est tenue, comtesse. »
« Merci pour votre aide. »
Le vicomte claqua la langue en regardant Natasha, comtesse d'Obsol, qui répondait avec un doux sourire.
Manquer à ce point d'assurance en transmettant une information que les nobles du nord devaient absolument connaître, était-ce parce qu'elle ne pouvait échapper à son sang de fille de concubine ?
« Alors je vais prendre congé.
Je dois moi aussi réfléchir à la façon d'aider Moner. »
Le vicomte, l'air de rien, l'interrogea pour sonder Natasha.
« Au fait, combien la famille de la comtesse compte-t-elle apporter comme soutien ? »
Les autres nobles auraient cherché à cacher leur jeu d'une manière ou d'une autre, mais Natasha répondit d'une voix calme.
Elle dit que les trois familles comtales du nord, dont la maison Obsol, avaient promis de jouer le destin de leur famille dans cette bataille.
'Au cas où, je devrais aussi envoyer une lettre à la maison du comte Lyt.'
Sur cette pensée, le vicomte raccompagna la comtesse en hâte, puis fit appeler son secrétaire général et son commandeur des chevaliers.
Dans le temps qui restait, il devait pousser ses chevaliers à former, d'une façon ou d'une autre, des soldats d'élite plus utiles que ceux des autres familles.
***
« …Quoi ? »
Sven, qui écoutait le rapport, abaissa la lettre qu'il lisait et redemanda.
Même lui, qui avait acquis son sang-froid en franchissant d'innombrables fois les portes de la mort, ne put s'empêcher d'être décontenancé par ce qu'il venait d'entendre.
« Les nobles du nord se sont proposés pour soutenir Moner. »
Ces porcs ?
Pourquoi ?
Au lieu de poser une question inutile, Sven dit froidement :
« Refuse. »
Il ignorait quelle était leur manœuvre, mais au mieux, ils enverraient quelques conscrits pour pouvoir s'en vanter plus tard.
Le fort n'avait pas besoin de soldats sans entraînement.
Non, il ne fallait pas les laisser mettre le pied au fort.
S'ils le faisaient, on dépasserait le stade des soldats tués par les pierres des gobelins : les soldats tués par les flèches de leur propre camp pousseraient comme des champignons.
« Euh… monsieur le comte. »
Sven se pinça le front en voyant son secrétaire général l'appeler, l'air embarrassé.
« C'est encore ce morveux qui a ordonné ça ? »
Ce morveux de jeune seigneur semblait n'avoir fait que s'entraîner pendant son séjour au fort, mais combien de choses avait-il préparées pendant ce temps ?
« ……. »
Sven, qui laissa échapper un petit soupir devant le secrétaire général incapable de répondre aussitôt, secoua la tête.
« C'est absolument inacceptable.
Des soldats d'élite entraînés, passe encore, mais des maladroits, c'est du poison. »
« Hmm……. »
« S'ils veulent vraiment apporter leur soutien, dis-leur d'envoyer un ordre de chevalerie. »
Tout en sachant que cela n'arriverait jamais, Sven aurait refusé même si un ordre de chevalerie était venu.
Contrairement aux chevaliers du fort, voir des gens se pavaner sans le moindre talent risquait de rendre malade de colère même un maître comme lui.
Cependant, contrairement à ce que pensait Sven, le secrétaire général répondit calmement.
« Ah, oui.
Alors je leur ferai savoir que nous n'acceptons que des soldats réguliers entraînés et des ordres de chevalerie. »
« …Quoi ? »
Le secrétaire général dit, l'air perplexe, à Sven stupéfait :
« Toutes les familles nobles du nord ont annoncé qu'elles enverraient leur ordre de chevalerie. »
« Quoi ?! »
Sven pensa brièvement à Ian et se demanda.
Si ce morveux était, comme le disaient les rumeurs, un enfant de démon qui ensorcelait les gens.
'Un ordre de chevalerie…….'
Dans une situation où même un seul soldat manquait cruellement, un ordre de chevalerie serait d'une grande aide.
Le comte, qui avait réfléchi un instant, mit de l'ordre dans ses pensées et dit au secrétaire général :
« Quand même, on ne peut pas accepter n'importe qui.
Refusons-les tous et faisons-leur clairement connaître nos conditions. »
Quitte à ne recevoir aucun soutien, il refusait absolument de laisser mourir les soldats du fort à cause d'une bande de bons à rien.
