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Chapitre 73

Chapitre 73

14 octobre 2026 ~12 min · 2 370 mots

Ian ne comprenait rien à cette situation.

Pourquoi ce stupide tas vert était obsédé par Hoodwock.

Où l'ogre était passé après s'être contenté de pousser un rugissement.

Pourquoi l'ordre de chevalerie, qui aurait dû protéger l'escouade de reconnaissance en première ligne, était apparu au milieu de la formation ennemie.

Ce qu'ils avaient bien pu faire pour que l'ordre de chevalerie tout entier obtienne des traits en si peu de temps.

'C'est vrai.

Ce monde est comme ça, de toute façon.'

C'était un monde où les dragons volaient et où les trolls étudiaient dans la bibliothèque de l'Empire.

Un monde où une engeance démoniaque vivait dans une cathédrale et où le roi d'un clan se déplaçait pour une simple attaque surprise.

En pensant ainsi, il décida de renoncer à comprendre, mais il y avait une chose à laquelle il avait du mal à renoncer.

Alors, pourquoi diable…

« Vous brandissez un bouclier ? »

À cette question, ma première épée sourit et répondit :

« Il y avait des choses qui bloquaient le passage, alors je les ai renversées pour venir. »

……?

…Et pas tranchées ?

…Pourquoi, avec une épée parfaitement en état ?

Poser la question n'avait fait qu'accroître ma curiosité.

Devant le visage triomphant de Vergil, je ne pus même pas me résoudre à demander quoi que ce soit de plus.

Au bout du compte, je renonçai à comprendre et hochai la tête.

« C'est bien, vous avez bien fait. »

Quoi qu'on en dise, le fait était qu'il m'avait sauvé la vie, et tant qu'il pouvait bloquer cette hache grossière, épée ou bouclier, peu importait.

***

Ayant reculé d'un pas du bord entre la vie et la mort, j'eus un instant pour reprendre mon souffle.

Pendant cet instant, je parcourus le champ de bataille du regard.

Tout en observant Hlyundeyrr, qui avait reculé en fulminant, et les orcs éparpillés partout, je calculai mentalement nos chances de victoire.

'Toujours 0 %.'

Rien n'avait changé.

Ni le champ de bataille ni l'adversaire n'avaient changé.

Un commandant de légion orc n'était pas un être dont un simple ordre de chevalerie pouvait venir à bout.

'Et la fuite, alors ?'

Si j'abandonnais à moitié l'ordre de chevalerie, pourrais-je m'échapper ?

Si les chevaliers restants mettaient leur vie en jeu pour l'arrêter, ne pourrais-je pas gagner assez de temps pour que quelques-uns s'en sortent ?

Envisageant cette possibilité, je me concentrai sur les sons.

Boum, boum, boum.

Au-delà des pas réguliers, je sentais vaguement la présence de l'ogre.

Il se rapprochait peu à peu.

À une allure ridiculement lente.

'Est-ce que je peux tenir jusqu'à son arrivée ?'

Avec un seul ordre de chevalerie ?

Et combien mourraient, alors ?

Je ne voyais aucune issue.

L'ogre qui aurait déjà dû être arrivé n'était pas là.

Et le commandant de légion qui n'aurait pas dû être là, l'était.

La frustration m'était montée jusqu'à la gorge.

Une question impatiente jaillit de mes lèvres.

« Comment on se sort de là. »

Alors, une réponse vint de mon côté.

« Comme le souhaite mon seigneur. »

Surpris par cette voix nonchalante, dénuée du moindre doute ou du moindre regret, je regardai à côté de moi, et Vergil me fit un signe de tête d'un air confiant.

'Confiant, hein……'

À cette question qui me traversa un instant l'esprit, mes pensées s'emballèrent.

Pourquoi le plan avait-il échoué ?

Quel était le plan de l'adversaire ?

Où les choses avaient-elles déraillé ?

Puis, soudain, le regard d'Ian se tourna vers Hlyundeyrr.

Après avoir fixé un moment la bête d'un œil interrogateur, un sourire lent et âcre s'étira sur les lèvres d'Ian.

« Hé. »

Les yeux de Hlyundeyrr, qui foudroyaient Vergil et l'ordre de chevalerie, revinrent vers Ian, et son aura se déversa.

L'aura, l'intention meurtrière, l'esprit combatif du commandant de légion qui régnait sur des milliers d'orcs aiguisaient leur lame et me menaçaient de ne pas ouvrir la bouche à la légère.

Des lèvres d'Ian, qui faisait face à cette menace glaçante, s'échappa une voix moqueuse.

« Je te laisse partir si tu fuis maintenant. »

Je ne perdrai jamais.

***

« Krrk ? »

La bête déconcertée cligna des yeux, comme si elle ne comprenait pas.

« Je ne perdrai pas, quoi qu'il arrive. »

C'était ça, la confiance, et c'était ça, le plan.

J'avais beau y repenser, le plan ne changeait pas.

Je m'étais simplement laissé effrayer trop tôt par la menace née de quelques erreurs de calcul, mais ni l'ennemi ni le champ de bataille n'avaient changé.

« Krrk, tu veux me mettre à l'épreuve ? »

La bête, serrant sa hache, gronda.

Inutile de le mettre à l'épreuve.

En voyant un orc agiter sa langue plutôt que son arme bien affûtée, je commençais à ressentir une assurance que je n'avais pas avant.

'J'en suis sûr.'

Un orc qui agite la langue plutôt que la hache.

Qui prépare des pièges au lieu de charger, élabore des stratégies au lieu de se battre, et use la Légion.

Il n'a aucune intention de se battre.

Non, il ne peut pas se battre.

« Essaie donc. »

Comme Ian faisait un pas en avant, l'ordre de chevalerie le suivit.

Les yeux de Hlyundeyrr allaient tour à tour d'Ian à l'ordre de chevalerie.

« Krrk, un salaud qui hurlait de peur il y a un instant à peine se croit tout permis.

Tu crois que la quatrième hache de la Légion ne peut pas percer quelques malheureuses épées ? »

L'aura de la bête qui parlait s'intensifia encore.

Tandis qu'il dégageait une intention meurtrière et un esprit combatif menaçants, comme s'il allait charger d'un instant à l'autre, quelques chevaliers serrèrent nerveusement leurs boucliers.

Mais même à cet instant, Ian, qui regardait Hlyundeyrr droit dans les yeux, ne réagit pas à son aura.

« Tu savais que l'ordre de chevalerie arrivait, tout à l'heure, pas vrai ?

C'est pour ça que tu as chargé en utilisant même ton esprit combatif, non ? »

Si j'avais senti l'approche de l'ordre de chevalerie, il avait dû la sentir aussi.

À partir de ce moment-là, il avait fait semblant d'avoir perdu la raison et tenté de me tuer.

'Pourquoi diable ?'

Un commandant de légion jouerait-il une telle comédie ?

Et avant cela, s'il avait vraiment essayé de me tuer, comment pouvais-je être encore en vie ?

Ce n'est qu'une fois mes pensées arrivées à ce point que je la vis.

La blessure cachée derrière l'esprit combatif rouge flamboyant.

Alors, l'issue de la bataille sur laquelle je m'interrogeais devint claire.

Et pourquoi il était venu vers moi, et non vers Hoodwock.

« Au début, je croyais que la Légion avait évacué pendant que tu combattais l'ogre.

Mais c'était l'inverse. »

Je jetai un coup d'œil aux orcs qui tremblaient encore, la tête dans les mains.

Ces guerriers toujours paralysés par la peur, incapables de bouger alors même que les 3 minutes s'étaient écoulées et que les effets du rugissement de terreur s'étaient dissipés.

« C'est la Légion qui t'a fait gagner du temps pendant que tu fuyais. »

Dans le combat contre l'ogre, il avait subi une défaite écrasante, et il avait fui en se servant de la Légion comme bouclier.

La bête blessée ne pouvait pas aller au combat, et elle ne pouvait pas aller tuer Hoodwock de peur de croiser l'ogre.

Alors, pour faire simple…

« Il t'a sacrément fait peur, l'ogre, hein ? »

À ces mots, la bête ouvrit la gueule.

« C'était donc toi, le vrai chef. »

Tandis que ses yeux rouges étincelaient, comme s'il allait me dévorer d'un instant à l'autre.

***

« Kouaaaak ! »

Boum !

Dans un rugissement, le corps gigantesque de la bête, qui avait pris appui sur le sol, sembla voler dans les airs, puis s'abattit sur Ian comme la foudre.

« Ne bloquez pas, reculez ! »

L'ordre de chevalerie, qui avait levé ses boucliers pour parer l'attaque, recula d'un même mouvement.

Boum !

À travers la tempête de sable, les yeux de la bête, plantée au milieu de l'ordre de chevalerie, étaient fixés sur Ian.

L'allure de stratège imprudent qu'il avait un instant plus tôt avait disparu ; on voyait à présent le visage d'un guerrier empli d'une intention meurtrière écarlate, à l'image de son esprit combatif.

L'aura acérée de la bête, souple comme une lance, disparut en un instant, et une lame de hache émoussée, qui avait englouti des milliers d'orcs, prit sa place.

« Humain dangereux. »

Ce qui sortit de la gueule de la bête était un rugissement, mais son sens était clair.

À en juger par ces yeux rivés sur moi comme des clous, et par le désir ardent qu'ils contenaient…

Ce qu'il voulait, c'était ma tête.

« Tu meurs. »

C'était une double déclaration.

Le commandant de légion blessé avait décidé de mourir ici, et en échange, il avait décidé de prendre la tête d'un seul humain.

Mais il ne savait pas.

Que cet humain faible et insignifiant caché derrière le bouclier était un chasseur qui l'avait déjà tué des dizaines de fois.

Le chasseur, sûr de son succès, étira les coins de sa bouche et dit :

« Oui.

Tu meurs. »

***

Je ne le vis même pas bouger.

Simplement, à l'instant où ses pieds bougèrent, je pivotai instinctivement à la taille.

Fwoush !

La lame acérée de la hache me frôla les yeux.

Si je n'avais pas bougé, c'est ma tête qu'elle aurait fendue, et non l'air.

Tout en prenant vivement mes distances, j'aperçus Vergil, la main sur son fourreau, et criai :

« Resserrez le mur de boucliers !

Formation de chasse au troll ! »

Face à un troll qui régénère ses blessures sans fin jusqu'au seuil de la mort, on ne se sert pas de l'épée.

À la place, on resserre le mur de boucliers et on pousse le troll jusqu'à l'épuisement.

« Kouaaaah ! »

Comme agacée par les chevaliers qui l'encerclaient, la hache de la bête vola vers le chevalier qui bloquait le flanc gauche.

Boum !

C'est là que ça devient important.

S'ils tentent de résister à sa force monstrueuse, ils seront simplement écrasés.

L'essentiel, avec un mur de boucliers, c'est de l'épuiser, pas de se lancer dans une épreuve de force.

« Ne résistez pas !

Si vous ne pouvez pas détourner, reculez ! »

Le chevalier qui entendit le cri glissa en arrière.

Un autre chevalier se colla à la bête qui tentait de percer par la brèche.

« Kwoooor ! »

Boum !

La bête enragée fit de nouveau tournoyer largement sa hache pour repousser les chevaliers et prit appui sur le sol.

« Hah ! »

Quand la bête bondit comme pour voler dans les airs, je courais déjà de toutes mes forces vers Vergil.

Car il était évident, même sans regarder, qui il visait.

Kwa-kwa-kwang !

Comme prévu, le regard de la bête, qui avait atterri en écrasant le sol à l'endroit où je me tenais, était rivé sur moi.

L'obsession d'un Chasseur de chevaliers qui a choisi sa cible confine à la monomanie.

« Vergil ! »

Avant même que la hache de la bête ne bouge, mon fidèle bouclier, accouru, couvrit mon flanc.

Kwa-kwang !

Laissant derrière moi ce fracas assourdissant, qu'on avait peine à croire être celui d'un bouclier heurtant une hache, je repartis en courant.

S'il ne vise que moi, il me suffit de courir.

Car de toute façon, c'est une bataille qu'on gagne rien qu'en gagnant du temps.

« Kwoooooooor ! »

J'entendis le rugissement furieux du commandant de légion découvrant que je m'enfuyais.

« Allez, essaie donc de m'attraper. »

Je le dis sans me retourner, mais il avait dû l'entendre.

Boum !

Boum !

Boum !

Le bruit de la bête, qui ne savait pas abandonner, et de l'ordre de chevalerie luttant pour le ralentir ne serait-ce que d'un pas résonnait sans cesse sur le champ de bataille.

***

Ian courut sans relâche vers l'endroit où il sentait la présence de l'ogre.

Malgré tout, il ne cessait de vérifier derrière lui.

Sachant qu'un Chasseur de chevaliers ayant choisi sa proie n'abandonnerait pas la chasse avant que la proie ou le chasseur ne soit mort, il se retournait pour surveiller la bête.

Quand, après avoir couru sans relâche, il trouva l'ogre…

« Ah…… »

Il pleurait.

Ce corps gigantesque, couvert de sang vert au point qu'on ne pouvait même plus deviner sa forme d'origine, pleurait en silence, les yeux pleins d'un chagrin déchirant.

Kwa-jik, kwa-deuk, kwa-deuk.

Même tandis qu'il piétinait, écrasait et mâchait un à un les orcs prosternés, sa colère et sa tristesse palpables ne diminuaient pas le moins du monde.

Boum, boum, boum !

Voilà pourquoi ses pas étaient si interminablement lents.

Car il ne pouvait laisser en vie un seul membre du clan qui avait osé souiller ses petits.

De ses yeux tristes, il scrutait sans cesse les alentours et s'activait des mains pour écraser, briser, déchirer et mâcher à mort les orcs prosternés.

Boum, boum, boum !

Après l'avoir observé un moment, je me retournai.

'Quel malaise.'

L'ayant vu, je savais.

Que ce massacre était un requiem pour ses petits morts.

Qu'une profonde rancœur, qui ne s'apaiserait pas même s'il tuait tous les orcs de cette forêt, le faisait avancer.

À une telle bête, le commandant de légion du clan vert sombre ne ferait-il pas un assez joli cadeau ?

Sur cette pensée, je tournai la tête pour chercher Hlyundeyrr, et je vis un Hlyundeyrr quelque peu nerveux ainsi que le dos du chevalier qui lui barrait la route.

'Bon sang.'

Il fixait d'un regard noir le chevalier devant lui.

Comme le chasseur abattait sa hache d'un air agacé, le chevalier interposa son bouclier.

Ka-ka-ka-kak !

La hache, qui glissait le long du bouclier en faisant jaillir des étincelles, s'arrêta soudain.

Même quand les yeux du chasseur se plissèrent en croissant de lune, la proie ne sut pas qu'elle était tombée dans un piège.

Je pris instinctivement appui sur le sol et criai :

« Espèce d'imbécile !

T'es aveugle ?! »

Au même instant, je sentis un regard perçant dans mon dos.

Le martèlement des mains et des pieds de l'ogre, jusque-là continu, ne se faisait plus entendre.

Fin du chapitre 73
Fiche de l'œuvre

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