« Ce n'est pas drôle ? »
Le roi posait la question.
« Le chien qui devrait protéger son maître s'enfuit, et le maître risque sa vie en prétendant protéger le chien. »
Il sourit, les lèvres largement étirées de plaisir.
« Le sang des Moner n'a pas changé d'un pouce. »
Le regard du roi, qui parlait d'un ton désolé, se tourna vers le feu de camp vacillant.
« Je comptais capturer l'enfant de Sven ici pour l'attirer dehors.
Si je l'avais fait, tout ce que j'ai bâti se serait effondré. »
Je le regardai, interdit, incapable de comprendre ses paroles énigmatiques.
« Sven ne te l'a pas dit ?
L'âme de celui qui pénètre dans le grand domaine embrasse une volonté, et la volonté qu'embrasse mon âme, c'est la justice.
Un gobelin qui protège la justice, existe-t-il au monde une combinaison plus mal assortie ? »
Le gobelin, qui gloussait, ramassa un marteau posé au sol et poursuivit :
« Alors si je m'étais servi comme otage du lâche qui vient de s'enfuir, ma propre dignité serait tombée tout aussi bas. »
Les yeux du gobelin, qui riait de lui-même, se tournèrent à nouveau vers Ian.
« C'est un grand soulagement.
Un très grand soulagement. »
Tandis que sa bouche largement étirée s'incurvait en un sourire, l'aura menaçante du roi enveloppa les alentours.
L'intention meurtrière qu'on ne sentait pas un instant plus tôt emplit l'air, et une hostilité bien nette me piqua la peau.
« Existe-t-il un acte plus juste que de trancher la lignée maudite des Moner ? »
Devant le sourire glacial du gobelin, je tentai de bouger, mais le mana du gobelin s'était déjà répandu partout et je ne pouvais même pas remuer le bout d'un doigt.
Au moment où ce marteau bougerait, ma vie prendrait fin.
Je sentais nettement la mort qui me faisait face.
Une fin aussi vaine que les innombrables échecs que j'avais connus dans le jeu.
Mourir dans la Forêt des Bêtes Démoniaques, d'une rencontre fortuite avec le Roi Gobelin.
Et pas face à une engeance démoniaque d'une puissance immense, ni face à une demi-déesse qui avait dominé une race entière et s'en était jouée, mais face à un simple gobelin.
« Héhéhé…… »
Un rire m'échappa devant cette situation invraisemblable.
Je n'avais même jamais entendu le nom de Teheki dans le jeu, il était donc voué à mourir d'ici dix ans.
Alors que je me consolais en me disant que je n'aurais pas à m'inquiéter de la vengeance, l'aura du gobelin qui m'enserrait de toutes parts retomba d'un coup.
« Alors, en échange de cette vie, écoute mes paroles, juste une fois, je t'en prie. »
Le roi souriant avait l'air quelque peu désespéré.
« C'est aussi ma justice, qui ne vaut pas plus qu'une crotte de chien. »
***
Au moment où j'avais pris conscience de moi-même, tout le monde m'appelait le Roi Gobelin.
Alors je l'avais cru, et j'avais agi en conséquence.
Mener mes frères, fidèles à leurs instincts et à leurs désirs, n'avait rien de facile, mais plus difficile encore était la haine envers ma propre espèce, qui refusait de disparaître.
Des décennies passèrent et, même au moment où nous eûmes conquis la lisière de la forêt après d'innombrables batailles, je ne parvenais pas à comprendre les miens.
Pourquoi vivaient-ils moins d'une dizaine d'années ?
Pourquoi, comme des bêtes démoniaques, ne suivaient-ils que leurs instincts et leurs désirs ?
Pourquoi.
Pourquoi.
Pourquoi diable.
Et finalement, j'en arrivai à une conclusion inéluctable.
'Je suis différent d'eux.'
Au début, ce fut un petit doute.
Et ce petit doute se changea peu à peu en conviction tandis que je suivais en secret les humains entrés dans la forêt.
Je ne pouvais pas pleinement comprendre les humains, mais j'étais clairement plus proche d'un humain que d'un gobelin.
J'aimais l'alcool des humains, leurs chants, leurs émotions, leur esprit combatif et leur camaraderie, et leur bravoure.
Et cet amour devint une haine pure, tournée vers ma propre espèce.
'Pourquoi, pourquoi ne pouvez-vous pas comprendre ?!'
Les gobelins ne pouvaient apprendre ni une langue ni la cuisine, et ils ne pouvaient même pas feindre la moindre once d'altruisme.
Contrairement aux humains qui se lamentaient sur les cadavres de leurs camarades morts, les gobelins s'affairaient à déchiqueter et dévorer les cadavres de leurs camarades.
'C'est parce qu'ils ont faim, parce qu'il n'y a pas assez à manger.'
À quoi bon une langue ou des chants quand même la survie était incertaine ?
Alors, après d'innombrables batailles, nous conquîmes un coin de la forêt et organisâmes une fête.
'Désormais, nous n'aurons plus à mourir de faim.'
'Enfin, nous allons vivre.'
La première fête, emplie des vœux du roi, se termina en tragédie.
Contrairement aux humains qui chantaient en buvant, les gobelins ivres brandirent leurs épées en tous sens, les yeux injectés de sang.
Quand quelqu'un mourut d'un coup d'épée perdu, les gobelins se rassemblèrent pour déchiqueter et dévorer le cadavre, et une bagarre éclata.
Même avec une montagne de viande entassée devant eux, les gobelins mangeaient des gobelins.
Ce n'est qu'alors que j'entendis leur chant.
Kihihi, kéhéhé, kikigik.
Le son d'un chant fait en raclant leurs cordes vocales de joie.
De vils et sauvages démons à deux pattes.
Le roi n'abandonna son peuple qu'après avoir vu un père mâcher son propre enfant.
Alors que je restais là, hébété, à regarder l'espoir et la conviction de pouvoir les sauver vaciller et s'éteindre avec le feu de camp grossièrement bâti, une enfant simple d'esprit qui s'était approchée de moi chuchota, comme en babillant d'une prononciation malhabile :
« Pas, abandonner. »
Elle fut mon premier sujet.
Et ces mots furent la première supplique que j'entendis en tant que roi.
« Pas, abandonner. »
C'était une enfant sans nom, qu'on appelait seulement « la malédiction de la forêt ».
Un être qui ne pouvait ni marcher, ni parler, ni se battre, contrairement aux gobelins qui marchaient et se battaient dès le jour de leur naissance.
Les enfants simples d'esprit, que je n'avais jamais une seule fois jugés précieux et que les autres gobelins traitaient comme des porte-bonheur contre la malédiction de la forêt, étaient enfin les frères que j'avais trouvés.
En la regardant grandir, j'appris moi aussi.
Ils ne savaient pas marcher dès la naissance.
Ils ne pouvaient pas saisir une épée dès la naissance.
Ils n'avaient ni les sorts du chaman, ni l'agilité du soldat, ni la force monstrueuse du hobgobelin.
Ils n'avaient rien de la sauvagerie ou de l'instinct avec lesquels un gobelin devait naturellement naître.
Ce n'est qu'au bout de plusieurs années qu'ils firent leurs premiers pas.
Et au bout de plusieurs années encore, ils apprirent une langue.
Ils savaient pleurer, rire, se mettre en colère et être heureux.
Ils pouvaient ressentir autre chose que la faim, la soif de sang et la folie.
C'était aussi différent qu'un ogre et un gobelin.
C'était la découverte d'une espèce que j'attendais depuis si longtemps.
Le peuple qui dansait autour d'un feu de camp grossier.
Le roi l'aimait sincèrement.
***
« Héhéhé… tout le monde m'appelait roi bien avant ça, mais ce n'est qu'à ce moment-là que je suis vraiment devenu roi. »
Teheki poursuivit, le regard fixé sur la lumière où il avait perdu tout espoir avant de le retrouver.
« Toi, un humain, tu n'y croiras peut-être pas, mais nous étions satisfaits.
Nous l'étions, jusqu'à ce que la malédiction commence. »
À la lisière de la forêt que nous avions obtenue.
Parmi un peuple qui savait rire, même s'il ne possédait rien en abondance.
« Nous » préférions créer plutôt que détruire ; nous ne nous souciions donc ni des humains hors de la forêt ni des habitants de la forêt.
Du moins, pas avant que commence la malédiction de la forêt.
« Petit maître de Moner, sais-tu pourquoi la forteresse n'est pas tombée ? »
Sans même attendre de réponse, le gobelin aux yeux jaunes les roula et ricana à l'adresse d'Ian.
« Un mur fragile bâti par des humains, même un orc n'aurait aucun mal à en venir à bout. »
Le gobelin, qui caquetait en disant que la forteresse disparaîtrait sans laisser de trace si seulement le tyran qui régnait sur les orcs parmi les nombreuses races et leurs rois se mettait en marche, désigna son nez qui frémissait et dit :
« La seule raison pour laquelle vous êtes en vie, bande de salauds, c'est que les habitants de la forêt détestent l'extérieur.
Les choses qui vivent dans cette forêt respirent le mana ; elles n'accordent même pas un regard à la terre des humains, si pauvre en mana. »
Ian, qui écoutait l'histoire d'un air grave, fronça les sourcils.
Si c'était vrai, comment expliquer les monstres qui avaient attaqué la forteresse pendant le petit mois qu'il avait passé à Fort-Avant ?
Teheki, voyant son visage, caqueta de nouveau.
« Ton père ne t'a pas appris ça non plus ?
Avant que la forteresse soit bâtie, Moner commerçait avec diverses races de la forêt.
Les nagas du marais, les loups à deux pattes au cœur de la forêt, et même nous, insignifiants à la lisière de la forêt, avions reçu toutes sortes d'armes et d'outils. »
J'essayai de me rappeler le duc qui riait en disant que, tant qu'on pouvait communiquer, on pouvait être amis, mais son souvenir s'était effacé autant que le long temps écoulé, et seul le son de son rire me parvenait encore faiblement.
« Puis la malédiction s'est répandue.
Une malédiction qui engloutissait tout, hormis les émotions et les désirs primitifs. »
Les habitants de la forêt rendirent aux humains leur confiance.
Ils les avertirent au sujet de ceux que la folie avait possédés et leur dirent de bâtir une haute clôture.
C'est ainsi que fut bâtie la forteresse qui barrait la forêt.
« Si tu as écouté jusqu'ici, tu devrais comprendre. »
Les yeux tremblants du gobelin miteux foudroyèrent le jeune maître de Moner avec une intensité ardente.
« Que je craignais la malédiction plus que tout au monde. »
La famille qui riait et bavardait encore la veille au soir bavait, les yeux injectés de sang.
Ma famille, mon peuple, qui tenait des épées et des lances grossières au lieu des marteaux qu'il chérissait tant, exhalait une hostilité menaçante.
Sous une forme en rien différente des gobelins que j'avais tant détestés.
« Alors j'ai supplié Moner à plusieurs reprises.
De simplement nous laisser franchir la forteresse.
Même un petit morceau de cette vaste terre aurait suffi, non, il n'était même pas nécessaire que ce soit la terre de Moner, il suffisait de nous laisser passer. »
Je l'avais expliqué au duc d'avant, et au duc d'avant lui, et au comte actuel à plusieurs reprises, mais personne n'avait pu comprendre ces êtres qui étaient des gobelins sans être des gobelins.
Le faible gobelin, qui n'avait pu que regarder, impuissant, son peuple, piégé par le mur qu'il leur avait conseillé de bâtir, se faire tuer par les humains postés sur ce mur, avait accumulé sa force au fil de ce long temps.
En aspirant sans fin à la justice.
« La malédiction ne disparaîtra peut-être pas même si nous quittons la forêt, et de même que j'ai tué ma famille, je sais que vous n'aviez pas d'autre choix.
Malgré tout, je vous hais. »
Le regard du roi, qui revoyait le visage de son peuple, dont il restait moins de deux cents âmes, était cloué sur Ian.
« Sauve-nous de cette forêt. »
***
J'examinai Teheki d'un œil tremblant.
Son corps court et trapu, cruellement dévoilé par la robe rejetée.
Ses muscles solides, incroyables pour un gobelin.
Ses yeux jaunes, brillant comme s'ils étaient incrustés d'or, entre ses paupières largement fendues.
Mon regard suivit naturellement jusqu'au marteau d'allure extraordinaire, et une pensée suivit.
'Un marteau comme arme principale, petit, il aime l'alcool et les chants, et c'est une race qui aime créer……'
Mes yeux roulèrent et revinrent au visage de Teheki.
'Son visage ressemble à celui d'un gobelin qui s'est fait sérieusement tabasser……'
Rien qu'à voir la bave qui coulait au coin de sa bouche, fendue jusqu'à l'oreille, impossible de nier que c'était un gobelin.
« C'est que…… »
Mes soupçons n'étaient même pas dissipés que mon dos, resté droit même face à la mort, s'inclina comme un épi de riz mûr, et mes deux mains, qui avaient lâché l'épée, se joignirent poliment pour se frotter tout naturellement de haut en bas.
« Jusqu'où vous êtes-vous renseigné ? »
[L'『Œil du Démon de l'Or』 s'ouvre.]
Devant l'existence du nain, que je n'avais jamais oubliée, le talent du grand marchand qui avait commercé avec eux autrefois s'éveilla.
L'or scintilla sur son visage hideux, et le tintement des pièces d'or résonna par-delà sa respiration désagréable.
« Je suis un pacifiste qui a même accueilli une elfe noire !
Vous voulez des terres dans la forêt ?
Auriez-vous besoin d'une mine, par hasard ?
En cherchant bien, on trouve aussi du fer et du cuivre…… »
À la vue de ce nain pur et sans tache, le talent du marchand, qui avait jailli comme une explosion, montra les dents au nain naïf qui clignait des yeux, interdit.
