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Chapitre 57

Chapitre 57

14 octobre 2026 ~13 min · 2 557 mots

Ding ! Dong ! Ding ! Dong !

L'alarme ne s'arrêtait pas.

'Qu'est-ce qui se passe ?'

J'avais connu d'innombrables attaques de monstres au cours de ces trois semaines.

Fort-Avant était une forteresse préparée aux invasions de monstres ; la cloche ne sonnait même pas pour une attaque ordinaire.

« Je ferais mieux d'aller voir le comte avant l'entraînement. »

Par la fenêtre, je vis des dizaines de soldats courir en toute hâte.

Si l'on convoquait même les soldats au repos, il y avait clairement un problème.

***

Au poste de commandement où j'allai trouver le comte, des dizaines de commandants étaient déjà réunis en pleine réunion.

« Il est absolument impossible de combattre hors de la forteresse !

Vous savez bien que se battre hors de la forteresse, c'est une mission suicide ! »

Aux paroles du jeune homme assis à la gauche du comte, un vieil homme à l'air digne, à droite, intervint :

« Qui l'ignore ?

Il y a déjà des dizaines d'ogres qui se dirigent par ici, et tu veux défendre le château ?

Que feras-tu si la porte du château est enfoncée ? »

« Jamais Fort-Avant ne sera enfoncé par de simples ogres ! »

« Je parle d'un "et si", d'un "et si" !

Il faut au moins régler le cas des ogres pour ne pas être ébranlés par l'invasion des orcs ! »

« On dit que la seule chose qui grandit avec l'âge, c'est la peur !

Si les ogres vous font si peur, allez donc les combattre vous-même !

Je ne peux pas envoyer un seul chevalier à la mort ! »

Aux mots de l'homme, le visage du vieillard s'empourpra.

« Qu'est-ce qui lui prend, à ce morveux ?

C'est pratiquement moi qui t'ai élevé, petit morveux ! »

« Pourquoi vous ressortez ça ici ?

Si vous êtes si vieux, montrez l'exemple !

Quiconque sort n'est-il pas un homme mort ?

Depuis quand Moner abandonne-t-il ses camarades ?! »

Le comte, qui avait légèrement froncé les sourcils devant les voix de plus en plus fortes, prit la parole.

« Assez. »

Les deux camps avaient leurs raisons.

Les flèches ne pouvaient pas percer l'épaisse peau d'un ogre.

Il était de notoriété publique que seuls des chevaliers pouvaient venir à bout des ogres, mais les ogres de la Forêt des Bêtes Démoniaques, qui défiaient le bon sens, pouvaient tenir tête à trois ou quatre chevaliers en gardant de la marge.

Le problème, c'était que ces ogres et ces orcs descendaient vers le sud en même temps.

Même si les chevaliers faisaient une sortie sur-le-champ, les orcs leur couperaient sûrement la retraite pendant qu'ils combattraient les ogres.

Et même s'ils réussissaient à chasser les ogres et à rentrer, une fois que les orcs se mettraient à grouiller, les portes du château ne pourraient plus s'ouvrir avant la fin de la défense.

« Hmm…… »

Le comte tapota la table du bout des doigts et se plongea dans ses réflexions.

Pour arrêter à la fois les ogres et les orcs sans aucune perte, il faudrait qu'il bouge lui-même, mais……

« Et "lui" ? »

« Teheki a déjà quitté son territoire. »

Évidemment.

Il ne laisserait jamais passer une telle occasion.

« Fils de chienne. »

Un juron échappa au comte sans qu'il s'en rende compte.

Le Roi Gobelin, Teheki, le haïssait, lui et cette forteresse.

Il se moquait même d'avoir des gobelins derrière lui ou non.

À la moindre chance de tuer le comte de Fort-Avant, il apparaissait toujours et brandissait sa lance.

C'était lui qui avait barré la route au comte pendant la guerre des Trolls, et lui encore qui, caché dans une escouade de reconnaissance naga, avait tendu une embuscade au comte et plongé l'ordre de chevalerie dans une crise désespérée.

« Il apparaîtra sûrement avec les ogres. »

Le rusé salaud devait savoir que l'ordre de chevalerie seul ne pourrait pas chasser les ogres et revenir à temps.

Il devait aiguiser sa lance en attendant le moment où le comte sortirait.

Mais il n'y avait pas d'autre solution.

« … Moi et l'ordre de chevalerie au complet ferons une sortie pour chasser les ogres et revenir.

Si nous ne revenons pas, nous abandonnerons la défense et passerons à la guerre totale. »

« Père ! »

« Commandant ! »

« Absolument pas ! »

Au moment où tous restaient sous le choc de la décision du comte…

« J'y vais. »

Ian, qui écoutait en silence, s'approcha de la table et prit la parole.

***

Des humains exaspérants.

J'allais laisser passer, mais quoi ?

Abandonner la défense ?

Ce que vous avez sur les épaules, c'est de la décoration ?

« Comte, puisque la situation est ce qu'elle est, changeons le pari.

Je prendrai quelques soldats et je chasserai les ogres. »

Des dizaines de regards s'abattirent sur Ian comme la foudre.

« Si je réussis, donnez-moi le poste de commandeur des chevaliers. »

Le premier à réagir à cette proposition absurde fut le vieil homme à la longue barbe blanche.

« Comment osez-vous, dans un endroit pareil !

N'agissez pas à la légère pour vous faire tuer, tenez-vous tranquille ! »

Peut-être était-il très mécontent qu'un inspecteur du commandement central, d'identité inconnue, s'avance au milieu d'une réunion importante.

Personne dans la salle ne cachait sa colère ni son mépris envers cet inspecteur qui s'immisçait soudain.

'J'ai l'impression d'être rentré à la maison.'

De bon cœur, j'ignorai tous les regards perçants et regardai le comte.

Quoi que les autres puissent jacasser, la décision reviendrait au comte.

« Il sera trop tard si la bataille éclate ici.

Nous devons chasser les ogres maintenant, avant qu'ils ne fassent leur jonction avec les orcs. »

Par chance, il n'y avait pas la moindre trace de mépris dans les yeux du comte.

***

Perdu dans ses pensées, le comte ferma les yeux et tapota la table de l'index en dessinant une bataille dans sa tête.

Même s'il sortait lui-même affronter les ogres, dès que Teheki s'en mêlerait, le cours de la bataille tournerait en sa défaveur.

Dans le pire des cas, lui et des dizaines de chevaliers risquaient de mourir.

'Si j'envoie maintenant des troupes capables de vaincre les ogres……'

Il fallait au moins trois chevaliers pour abattre un ogre.

Puisqu'on parlait de dizaines d'ogres, il faudrait déployer au moins un ordre de chevalerie entier.

'Alors les troupes manqueraient pour combattre les orcs.'

Il ne pouvait donc pas envoyer l'ordre de chevalerie.

C'était une folie de diviser ses forces sans même connaître avec précision le nombre d'ennemis.

« Avez-vous déjà vu un monstre ? »

« Non.

Mais je peux vous l'assurer : il n'existe aucun humain en ce monde qui connaisse les monstres mieux que moi. »

Devant cette affirmation absurde, il regarda le jeune seigneur.

C'était ridicule.

L'oisillon devant lui, qui avait passé toute sa vie à Fort-Central, mouillerait sûrement son pantalon à la simple vue d'une face de gobelin, et pourtant il nourrissait l'espoir absurde qu'il pourrait peut-être y arriver.

Était-ce à cause de l'aura nettement différente que l'homme avait acquise en seulement trois semaines, ou de la lettre de son idiot d'ami qui lui demandait de bien prendre soin du duc ?

Il secoua la tête, chassa ses pensées parasites et dit fermement, d'une voix froide :

« Refusé. »

Comme s'il s'y attendait, le jeune seigneur ne broncha pas devant ce refus glacial.

Il fronça seulement un peu les sourcils, comme si c'était dommage.

« C'est une folie de planifier une opération d'anéantissement sans même connaître le nombre des troupes ennemies. »

Les changements qui se produisaient dans la forêt étaient inhabituels.

Les orcs, qui n'avaient pas bougé depuis des décennies, avaient quitté leur territoire.

Les ogres, qui vivaient en solitaires depuis des centaines d'années, s'étaient regroupés.

Comme le disait le comte précédent, quand le vent soufflait dans la forêt, il fallait faire le dos rond et observer la situation ; c'était le moment de faire le dos rond.

« À la place, partez en reconnaissance et voyez-les de vos propres yeux. »

« En reconnaissance ? »

« Nous avons perdu le contact avec presque toutes les patrouilles d'éclaireurs.

Ce serait un miracle de recevoir un rapport sur l'invasion. »

À cet instant, l'expression indifférente d'Ian se figea.

« Les éclaireurs ? »

« Oui.

Sur cent éclaireurs, seuls trois sont revenus. »

« Bon sang…… »

Ce n'est qu'alors que le visage effronté du jeune seigneur trahit de l'inquiétude.

Au moment où il pensait qu'il avait enfin saisi la situation, un mot de mauvais augure échappa au jeune seigneur.

« La Légion de guerre orque…… ? »

Dire qu'il connaissait la Légion de guerre.

Même s'il n'avait été qu'un épouvantail, il restait du sang de la famille ducale ?

Il dit au jeune seigneur, qui fronçait les sourcils :

« Allez le vérifier. »

Pendant ce temps, la forteresse se préparerait à la guerre.

***

Mon cœur battait à tout rompre tandis que je longeais le couloir.

'Bon sang, bon sang, bon sang !'

Jusqu'ici, je ne m'étais pas particulièrement inquiété.

La chute de la famille Moner était encore loin.

Les dix prochaines années.

J'étais certain que tout resterait sûr jusqu'au moment où le jeu commencerait.

'Fort-Avant a arrêté seul la Légion de guerre orque ?'

Impossible.

Si le comte Mogul avait été là, peut-être, mais un seul maître ne pouvait en aucun cas arrêter la puissance d'une légion représentant toute une race.

'Au moins quelques centaines de morts, des milliers si on n'a pas de chance.'

Dans le pire des cas, il faudrait peut-être abandonner la forteresse.

Une bataille où il faudrait peut-être abandonner la forteresse, où était concentrée toute la puissance militaire de Moner, et où l'on pourrait compter des centaines, voire des milliers de victimes.

« Ces satanés porcs……! »

Mes précieux soldats et chevaliers, pas touche.

La forteresse, qui était l'avenir même, encore moins.

« Je vais vous mâcher et vous recracher. »

La seule chose sur laquelle je pouvais compter, c'était mon corps robuste.

***

« Bande de cinglés. »

Je regardai les dix soldats debout devant moi.

Dans les yeux des soldats, Hoodwock compris, je voyais luire une colère et une folie brûlantes.

« Nous n'allons pas mourir. »

Les salauds venus après avoir appris la mort de leurs camarades avaient tous l'air prêts à mourir.

« Comme vous l'avez entendu, cette mission est une reconnaissance.

Peu importe qui vous êtes venus venger : si je juge la situation défavorable, nous nous replierons immédiatement. »

Comme s'ils m'avaient entendu, les soldats serrèrent plus fort encore les arcs qu'on venait de leur remettre.

Hoodwock, tête baissée, prit la parole d'une voix rampante.

« Je veux juste voir la tête des salauds qui sont partis avant nous. »

Mourir sur les remparts, passe encore, mais ceux qui mouraient hors de la forteresse n'avaient même pas droit à de vraies funérailles.

« D'accord, d'accord. »

Bien sûr, je savais qu'ils ne s'étaient pas réunis pour honorer réellement les morts.

Nous n'irions pas là où l'avant-garde était tombée, il était donc impossible de voir le visage des soldats disparus.

Malgré tout, faisant mine de ne rien savoir, je m'adressai à ces idiots qui partaient retrouver leurs camarades avec une lueur d'espoir.

« Allons les insulter tout notre soûl. »

« Oui ! »

***

Sitôt le repas terminé, l'ordre de déploiement tomba.

Il semblait qu'on ne pouvait même pas accorder une demi-journée, le temps pressant pour une patrouille de reconnaissance.

Alors que je me hâtais de préparer le départ, je sentis Vergil et trois chevaliers approcher.

Un mauvais pressentiment m'envahit et, sans même lever les yeux, je vérifiai mon équipement militaire en disant :

« Je suis occupé. »

« Moi aussi, je suis occupé. »

« Je ne vous emmène pas. »

« Je n'ai aucune envie de prendre part à une opération stupide, moi non plus. »

Alors seulement, je levai les yeux vers ce visage de mauvais augure.

Il était beau garçon, mais têtu comme un chevalier, ce qui lui donnait un air de porte-malheur.

« Alors dégagez. »

Bien sûr, s'il avait eu l'intention de dégager, il ne serait pas venu juste avant le déploiement.

« Mon père m'a ordonné de vous accompagner dans cette mission. »

« Bon sang. »

D'un air las du monde, je fusillai du regard le boulet qui s'était accroché à la dernière minute.

Quatre boulets.

« Je vous protégerai, alors concentrez-vous simplement sur la mission. »

Il semblait que ce boulet ne savait même pas comment devait fonctionner une chaîne de commandement.

J'avais beau traîner des malus, ce serait gênant que la méfiance se propage jusque dans une mission.

Pourquoi avais-je réuni les soldats sans même révéler mon identité ?

'Si je ne règle pas ça maintenant, ce sera dangereux en cas d'urgence.'

Sitôt ma décision prise, ma main bougea.

L'épée à ma ceinture jaillit et, en même temps, la Main meurtrière du Roi Spectre, que je travaillais depuis un mois, passa à travers l'épée.

Une lame qui filait en ligne droite vers les points vitaux, sans trancher ni verticalement ni horizontalement.

Avant même que Vergil, stupéfait, puisse poser la main sur la garde de son épée, la lame dans ma main toucha son cou.

« Qu'est-ce que c'est que ça……! »

Il venait à peine de saisir son épée, mais il ne pouvait ni la tirer ni la lâcher, et ses yeux tremblaient sans fin.

Comme prévu, l'attaque préventive l'emporte toujours.

C'était une loi immuable de l'univers.

« Je suis le chef de cette patrouille de reconnaissance.

Si vous avez une objection, soit vous dégagez, soit vous mourez ici. »

La pointe de l'épée s'enfonça légèrement dans le cou de Vergil.

Ce n'était pas parce qu'il avait crié à la réunion des chefs de famille.

« Laquelle vous plaît ? »

Vergil, le visage chiffonné, regarda tour à tour le chevalier et les soldats surpris, puis ferma les yeux et acquiesça légèrement.

Croyait-il que j'allais le laisser s'en tirer à si bon compte ?

« Dites-le, dites-le avec des mots.

Ne faites pas de cinéma avec cette langue si bien pendue.

C'est moi qui commanderai entièrement cette mission.

Vous êtes d'accord ? »

Ce devait être une première pour Vergil, fils de comte et chevalier cinq étoiles.

Tout le monde avait dû le reconnaître et le suivre.

Une voix chargée de soupirs s'échappa d'entre les lèvres serrées de Vergil.

« J'ai compris, alors retirez cette épée, je vous prie. »

« Très bien. »

Alors seulement, je baissai mon épée et tapotai l'épaule de Vergil.

« Nous avons dans l'escouade une jeune recrue prometteuse, trop douée pour n'être qu'un éclaireur ! »

Vergil, qui ignorait totalement que ma mission secrète venait de changer, sourit amèrement.

« Je m'en remets à vous. »

« Bien sûr, bien sûr !

Faisons de notre mieux pour le temps qu'il reste. »

Un chevalier cinq étoiles et trois chevaliers quatre étoiles.

La reconnaissance n'était-elle pas une mission trop insignifiante pour un personnel d'un tel niveau ?

'Un ogre chacun… seulement dix ?'

J'avais déjà pensé à bien des méthodes, mais il n'y avait pas de carte aussi utile qu'un chevalier cinq étoiles.

'Je saurai bien m'en servir et vous le rendrai, comte.'

Le comte devait le vouloir, lui aussi.

Sûrement.

Fin du chapitre 57
Fiche de l'œuvre

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