Debout sur l'estrade, Ian posa un regard froid sur les visages réunis dans la salle de banquet.
Au fond, tous les problèmes auxquels Moner faisait face venaient de l'absence de son maître, le duc.
Il était tout naturel que la vermine infeste une maison sans maître.
Une voix basse et contenue jaillit, comme en ébullition.
« Tout le monde semble de mauvaise humeur. »
C'étaient eux, la vermine qui rongeait le domaine.
Ceux qui s'étaient rempli les poches de pots-de-vin pendant que les gens du domaine mangeaient du pain mêlé de sable, ceux qui avaient multiplié leur fortune en profitant de la souffrance des autres.
Ian descendit lentement de l'estrade et poursuivit.
« Bien sûr, je peux tout à fait le comprendre.
Il y a ceux qui ont obtenu leur poste en soudoyant le Régent, et ceux qui l'ont eu en s'alliant à d'autres vassaux. »
Il se dirigea vers le percepteur, tout au premier rang, et lui tapota l'épaule.
« Ça doit être désagréable que je me proclame soudain le maître. »
Le percepteur, croisant le regard froid d'Ian, baissa vivement la tête et dit :
« Désagréable n'est pas le mot !
Nous sommes ravis que vous soyez devenu chef de la famille, jeune seigneur… »
Tchac !
Avant qu'il n'ait fini sa phrase, Ian passa son chemin.
Le percepteur, resté planté là, porta instinctivement la main à son cou.
Il ne ressentait aucune douleur, et pourtant il sentit une dague émoussée.
« Q-qu'est-ce que c'est ? »
À l'instant où le percepteur, surpris, retira inconsciemment la dague, un sang chaud jaillit.
« B-baron Deon ! »
Le noble qui riait et bavardait un instant plus tôt hurla, le visage livide, et des cris éclatèrent de toutes parts.
« Gardes !
Gardes ! »
« Le jeune seigneur est devenu fou ! »
Par-delà le corps de Deon, qui s'effondra comme si ce n'était qu'un mensonge, Ian, les yeux rouges, parla.
« Vous qui avez juré allégeance à Moner, vous vous êtes rempli les poches au lieu de protéger le domaine. »
Les vassaux alentour crièrent à Ian, qui avançait sans s'arrêter :
« Jeune seigneur !
Reprenez-vous !
Qu'est-ce que c'est que ça, dans le château seigneurial sacré… ! »
La dague d'Ian vola de nouveau vers la gorge de l'homme.
« Vous vous êtes engraissés sur la souffrance des gens du domaine et vous avez trahi votre serment de fidélité pour une richesse éphémère. »
Chaque fois qu'une main jaillissait du sein d'Ian, les vassaux en plein désarroi s'effondraient un à un.
« Comment pourriez-vous expier ce péché autrement que par la mort ? »
L'intention meurtrière qui brillait dans ses yeux luisait de façon menaçante.
« Par conséquent, vous tous, qui méritez la mort, êtes condamnés à mort. »
***
Juste avant qu'Ian ne monte sur l'estrade.
Le baron Malfoyeu, médecin personnel d'Ian, qui avait longtemps veillé sur sa folie, avait lu la folie dans ses yeux dès l'instant où il était entré.
« Ouvrez la porte tout de suite.
Les toilettes, il faut que j'aille aux toilettes tout de suite. »
Le baron, s'efforçant de n'attirer l'attention de personne, supplia l'Ordre de la Noblesse Noire qui gardait la porte.
« En tant que noble, comment pourrais-je commettre une telle inconvenance à la cérémonie d'investiture du jeune seigneur ?
Je vous en prie, je vous en supplie, laissez-moi passer un instant ! »
Mais l'Ordre de la Noblesse Noire ne broncha même pas en le voyant trépigner.
« E-espèces de maudites garces ! »
Il l'avait compris dès l'instant où il était entré dans la salle de banquet.
Une cérémonie d'investiture sans nourriture ni boisson.
Ce n'était clairement pas un lieu de célébration et de bénédiction.
Non, le jeune seigneur n'avait clairement aucune intention de recevoir les félicitations des personnes réunies ici.
'Bon sang, j'aurais dû m'enfuir plus tôt !'
Il était resté à sa place, craignant que partir n'attire un plus grand malheur, mais de là à ce que les choses tournent ainsi.
'Il faut que je trouve le Régent avant qu'il ne soit trop tard, mais où est-ce qu'il est passé, ce vieux ?!'
S'il existait un moyen de survivre ici, le Régent le connaîtrait.
Mais il avait beau chercher, le Régent n'était nulle part.
« Il n'a tout de même pas abandonné Moner pour s'enfuir ? »
Tandis que Malfoyeu, qui se rongeait les doigts sous une peur grandissante, cherchait le Régent, il aperçut Ian qui descendait lentement de l'estrade.
'C'est trop tard !'
À l'instant où il croisa le sourire cynique du jeune seigneur, chaque cellule de son corps hurla au danger, et un frisson picotant lui parcourut le corps, des orteils jusqu'au sommet du crâne.
Tandis qu'il regardait frénétiquement autour de lui, le corps tremblant, il vit enfin une personne vêtue d'une robe qui se cachait derrière un pilier, d'un côté de la salle de banquet.
Bien que la silhouette en robe détonne dans la salle de banquet, personne ne semblait lui prêter attention, comme si elle était invisible.
'… Le Régent ?
Il se cachait là !
J-je suis sauvé !'
Tandis qu'il se précipitait vers le Régent, il eut un étrange pressentiment.
Contrairement au Régent habituel, qui gardait toujours une posture raide comme un piquet, tel un maniaque obsessionnel, son dos voûté et son corps tremblant lui donnaient l'air d'un malade.
Devant cette incongruité, le baron s'arrêta un instant, et la main du Régent jaillit pour lui couvrir la bouche.
« Keuh, mmph, mmph ! »
Tchac !
Tchac !
Les ténèbres, qui avaient instantanément jailli du corps du Régent pour engloutir le baron, regagnèrent son corps comme si de rien n'était, et il se cacha de nouveau derrière le pilier.
***
« Je vous en prie, je vous en prie, épargnez-moi ! »
« Une seule fois, ayez pitié… ! »
« Que la malédiction des dieux soit sur vous… ! »
Les yeux d'Ian étaient calmes tandis qu'il traversait ce pandémonium de malédictions, de cris et de suppliques.
« Gargl ! »
Chaque fois qu'Ian bougeait mécaniquement le bras, un nouveau cadavre s'ajoutait sur le sol de marbre.
Il perça le front de celui qui avait imploré sa pitié, et celui qui avait supplié qu'on l'épargne roula au sol, cadavre sans tête.
Ceux qui n'étaient pas armés reculaient, toujours plus loin, pour tenter de s'échapper, mais l'Ordre de la Noblesse Noire qui gardait la porte ne le permettait pas.
« Hah, hah. »
Combien en avait-il abattu ?
Son corps lui envoyait un avertissement, à force d'user sans interruption de son mana.
'Encore un peu.'
Je ne pouvais pas rester ici.
C'était là qu'avait commencé ma réflexion à Lier.
J'aurais pu rallier les nobles par la politique en tant que duc par intérim, mais je ne pouvais pas rester à Fort-Central.
Je devais me rendre sur le front pour saisir les mouvements des monstres, je devais lever l'armée de la famille Moner, et je devais rencontrer les héros pour leur voler leurs traits.
Puisque je ne pouvais pas tranquillement rester assis au château seigneurial à gérer le domaine, je devais adresser un avertissement à tous ceux du château seigneurial et de Moner.
Que le nouveau maître de Moner ignorait la pitié.
« Gargl ! »
Alors je continuais de bouger le bras.
Pour chaque parcelle d'infamie et de mort accumulée sur ce bras, sur ce corps, les survivants n'oublieraient jamais ce jour, et à mesure que l'infamie grandirait, tous craindraient le vaurien de la famille Moner.
« Jeune seigneur… non, duc.
Je vous en prie, une seule chance ! »
Tout en plongeant ma dague dans la gorge d'un fonctionnaire dont je ne connaissais ni le nom ni le visage, je priai comme on prononce un vœu.
« Gaaah ! »
Que la famille Moner devienne aussi propre que le sang qui avait taché le château seigneurial aujourd'hui.
***
« Hoo… »
Après avoir retiré la dague du corps d'un homme au ventre proéminent, je laissai échapper un soupir et regardai autour de moi.
'Le Régent, où est le Régent ?'
J'avais beau avoir agi soudainement, je ne m'attendais pas à pouvoir tromper le regard du Régent.
Le Régent, qui gouvernait Moner depuis des années, ne pouvait pas ne pas s'interroger sur une cérémonie d'investiture sans boisson ni nourriture.
J'avais pensé qu'il pourrait y avoir des soldats ou des chevaliers qu'il avait soudoyés, alors j'avais renvoyé toutes les forces du château et mobilisé l'ensemble des rôdeuses elfes noires et l'Ordre de la Noblesse Noire, mais le Régent n'avait montré aucun mouvement.
'Il ne s'est certainement pas enfui… où se cache-t-il ?'
Au moment où je me disais que le Régent se cachait par peur.
« Khahahaha ! »
Le rire du Régent résonna dans la salle de banquet.
Un son désagréable, plus proche du métal raclant le métal que d'une voix humaine, suivit.
« Je me demandais quelle excuse donner à ces idiots de Mogul et de Sven, mais tu me l'as réglé toi-même, comme ça ! »
Le Régent, qui tourna la tête dans un craquement, dirigea ses yeux noirs et troubles vers le deuxième prince, Trimia.
« Si je rapporte que je t'ai puni, toi qui, devenu fou pendant la cérémonie d'investiture, as tué le prince, le royaume reconnaîtra lui aussi ma vraie valeur ! »
Des yeux du Régent, qui avaient déjà perdu toute netteté, un liquide rouge sombre coulait sans fin.
« Alors je deviendrai enfin le maître de cette terre !
Moi, qui me suis consacré à cette terre plus que quiconque ! »
Le Régent, qui se tenait là après sept ans d'attente, n'envisageait pas la défaite.
Il ne lui restait que le désir de tuer au plus vite tous ceux qui se trouvaient ici et de prendre Moner pour lui.
Lui qui aurait survécu ici et héroïquement mis fin aux atrocités du jeune seigneur, on se souviendrait de lui à jamais comme du sauveur du domaine, et il régnerait en maître sur cette terre.
« Un morveux comme toi ose se proclamer le maître ?! »
Le Régent croyait en la puissance abondante qui emplissait son corps.
Après avoir englouti le baron Malfoyeu, il avait l'impression qu'il n'y avait rien au monde qu'il ne puisse faire avec cette puissance débordante.
Même si Mogul ou Sven avaient été là, il aurait pu les engloutir et les tuer.
Le Régent, souriant de satisfaction devant cette puissance débordante, eut un rire sinistre et cria à Ian :
« Meurs ! »
Il sortit l'« entrave » offerte par l'Empire et la lança vers le jeune seigneur.
L'« entrave » se changea en ténèbres et fondit sur Ian.
***
Ian fixa intensément les ténèbres qui approchaient.
« Comme prévu. »
Ces ténèbres sinistres étaient elles aussi l'un des signes avant-coureurs de la ruine qui engloutissait ce monde.
<Mauvaise fin n° 011 : Les Ténèbres proliférantes>
Ces ténèbres incompréhensibles, que les mages et les chevaliers en dessous de la 6e classe ne pouvaient pas toucher, ne pouvaient être soumises que par le pouvoir sacré.
'Je suis à peu près sûr que le jeu parlait d'un phénomène anormal causé par un mana sursaturé…'
Les ténèbres, qui se propageaient comme un virus dans le jeu, dévoraient les gens et grossissaient.
C'étaient des monstres si mortels qu'on ne pouvait pas empêcher la mauvaise fin si on ne les réprimait pas dès les premiers stades, mais ils étaient d'une difficulté de chasse extrême parce qu'ils parasitaient les humains.
Cependant, dès l'instant où le soupçon était né que la race démoniaque et l'Empire pouvaient être impliqués, ce camp-ci s'était entièrement préparé à combattre la race démoniaque.
N'avait-il pas fait venir la Sainte en personne à une cérémonie d'investiture qui serait remplie de massacre et de châtiments unilatéraux ?
Il fixa droit les ténèbres proliférantes et cria :
« Shendelzar ! »
Au cri d'Ian, Shendelzar, qui s'était réfugiée sur un côté, fit le signe de croix et activa la magie sacrée qu'elle avait préparée à l'avance.
« Le Dieu de la Lumière descend en ce lieu, nul mal n'osera donc approcher !
Domaine divin ! »
Quand son incantation s'acheva, une lumière chaude se répandit et emplit la salle de banquet, et la magie sacrée <Domaine divin>, qui transformait un espace désigné en sanctuaire et anéantissait le mal, s'activa.
« Kouaaaah ! »
Le Régent, qui tentait de toutes ses forces de tuer le jeune seigneur, hurla sous la douleur intense qui déferla soudain dans tout son corps.
« Aaaaah !
Arrêtez, arrêtez, arrêtez ! »
Un liquide noir coulait sans fin de ses yeux, de son nez et de ses oreilles, et son corps et ses muscles fondaient comme s'ils brûlaient.
Ce mal grossier, fabriqué à partir d'une simple drogue, ne pouvait pas tenir face à une magie sacrée créée pour chasser les démons incarnés en ce monde.
« Impossible !
Je, je ne peux pas mourir ! »
Le Régent ne parvenait pas à comprendre la situation.
Il ne pouvait pas croire que la puissance qui lui avait paru toute-puissante s'effritait sous l'incantation d'une frêle femme qui n'était qu'une prêtresse, ni que le grand projet qu'il avait attendu sept ans s'achève si vainement.
« Aaaaah ! »
Plus incroyable encore était la douleur incessante, comme si tout son corps était consumé par le feu.
Cette douleur, qui aurait fait perdre connaissance et mourir un humain ordinaire, se prolongeait sans fin.
La fumée âcre de sa chair brûlée l'aveuglait, et la douleur, comme si son âme était broyée, l'empêchait même de crier encore.
Tout ce qu'il pouvait faire, c'était se recroqueviller en boule et attendre la mort.
Alors une voix pleine de raillerie s'éleva au-dessus de sa tête.
« Une fin qui te va bien. »
Tout comme l'Ian d'avant que le Roi de la Stratégie ne le possède, voyant le Régent recroquevillé de douleur, attendant la mort qui approchait, un sourire satisfait apparut sur les lèvres d'Ian.
« Tu ne mourras jamais facilement. »
Ian sortit une fiole de son sein et versa soigneusement le remède dans la bouche du Régent.
« Gargl !
Hein ?
Kouaaaah ! »
Il avait beaucoup d'informations à tirer de ce salaud.
S'il découvrait pourquoi il avait pris Moner pour cible, où il s'était procuré la Miséricorde de la Reine, le poison du monde démoniaque, et comment il avait obtenu les « ténèbres proliférantes », il pensait pouvoir découvrir une fin qu'il n'avait jamais vue en tant que joueur.
Avec la combinaison d'un stimpack, qu'on appelait un élixir de bas étage, et de la magie sacrée, on pouvait se raccrocher à la vie même à l'état de cadavre mourant.
À l'instant où il le pensait, la tête du Régent, touchée par le pouvoir sacré, enfla comme un furoncle.
« Kouaaaaaaah ! »
Pop !
Dans la salle de banquet enveloppée d'un pouvoir sacré chaud comme la lumière du soleil.
Le râle d'agonie du Régent résonna pitoyablement.
