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Chapitre 27

Chapitre 27

8 octobre 2026 ~12 min · 2 340 mots

Après avoir pillé avec succès la guilde marchande du Centaure, Ian confia la nourriture et les esclaves à la guilde marchande du Gobelin d'Or, puis retourna sur la Sauvegarde avec son arme secrète.

« Excusez-moi, jeune seigneur, je ne crois pas que je vous serai d'une quelconque utilité ! Je suis faible et je n'ai aucun talent ! »

L'arme secrète, minutieusement préparée, avait bien des plaintes à formuler, mais Ian n'y prêta guère attention.

À vrai dire, il s'était senti un peu désolé au début, mais après avoir vu Rick réciter la prière d'exorcisme tout le long du chemin, son dernier scrupule s'était envolé.

« Ne t'inquiète pas, Rick. Aujourd'hui, tu n'as qu'à faire ce que tu fais de mieux. »

Aux paroles désinvoltes d'Ian, Rick s'écria avec assurance, comme s'il avait enfin trouvé une issue :

« Ma patronne me le dit tous les jours ! Pas un seul jour sans ! Elle me le répète tout le temps ! Je ne suis bon à rien ! »

« … »

La vingtaine de membres de l'Ordre de la Noblesse Noire le dévisageaient, incrédules, mais Rick était homme à jeter sa fierté sans hésiter pour sauver sa vie.

« Je suis vraiment inutile ! Je vous le garantis ! »

Comme Rick se frappait la poitrine, Ian lui posa la main sur l'épaule.

« Non, Rick. Chacun a sa valeur et son talent précieux. Tu ne t'en es pas encore rendu compte, mais tu as un talent immense. »

Rick fixa Ian, les yeux écarquillés, comme s'il entendait pour la première fois de sa vie pareilles sornettes.

« Je crois en toi. »

Sur ces mots, Ian se dirigea vers Lina et Reina, et les yeux de Rick, qui suivaient son dos, tremblèrent légèrement.

Le jeune seigneur de la famille Moner était bel et bien fou, apparemment.

***

« Ce gamin a vraiment du talent ? »

« Bien sûr. Un talent immense, que tu ne peux même pas imaginer. »

Lina regardait toujours Rick, l'air niais, avec incrédulité.

Seul employé de la guilde, c'était un homme à qui il était difficile de trouver le moindre mérite en dehors de ses pieds rapides et de son aptitude à porter les bagages.

« Hmm… Vraiment ? »

Cependant, Lina, qui savait mieux que personne à quelle vitesse ridicule progressait l'Ordre de la Noblesse Noire, sélectionné par Ian en personne, n'avait d'autre choix que de croire ses paroles.

De même qu'elle n'aurait jamais imaginé manier une dague un mois plus tôt, elle voulait croire que Rick avait lui aussi son propre talent.

« Les préparatifs sont terminés ? »

À la question d'Ian, Lina sortit un sac attaché à sa taille et le lui montra.

« Oui. J'ai rassemblé des souvenirs frappés des emblèmes des ordres de chevalerie des trois domaines. On dirait que les porteurs s'en servent comme porte-bonheur. »

« Bien. Voyons qui va passer ensuite. Si possible, j'aimerais que ce soit le domaine de Lyt… »

À peine Ian eut-il fini de parler que Puck, qui avait repéré au loin une guilde marchande, accourut en agitant les mains.

« Capitaine ! Capitaine ! Une guilde marchande arrive ! Avec un drapeau en forme de tortue ! »

« Volturtle ? C'est le domaine de Merchen. »

Ian, excité à l'idée d'accueillir de nouvelles recrues, appela son arme secrète.

« Rick ! »

« Oui, ou-oui, jeune seigneur ! »

Rick, qui tentait prudemment de filer en entendant approcher la guilde marchande, se retourna comme un chat pris la patte levée et regarda Ian.

« Hah, où crois-tu pouvoir t'enfuir, d'ici ? »

« Hé, hé… Je ne sais même pas me servir d'une épée, alors je voulais d'abord me mettre à l'abri… »

Voyant Rick lui répondre avec un sourire niais, comme s'il n'avait rien fait de mal, Ian pointa lentement le doigt vers la guilde marchande.

« Vas-y ! Rick ! »

« Que-quoi ?! »

Croyant que le démon allait enfin le tuer, Rick devint livide.

***

« Bande de sa-saaaalauds ! Halte ! »

La voix de Rick, qui tapait sur les nerfs sans contenir une goutte de mana, se répandit sur la grande route comme une agression.

« Nous sommes les terribles de la grande route… »

Rick, les larmes aux yeux comme s'il allait pleurer, jeta un coup d'œil à Lina, puis ferma les yeux de toutes ses forces et cria :

« … les bandits de la grande route ! Si vous laissez tout ce que vous avez et que vous dégagez, on ne vous tuera pas ! »

Sa voix et son corps tremblants n'avaient rien de menaçant, mais là n'était pas l'important.

En matière de banditisme, l'élan et la voix faisaient la moitié du travail.

« Donnez ce que vous avez et dégagez ! »

Le cri de Rick résonna bruyamment.

…

Et bien sûr, il n'eut aucun effet.

« Quoi ? Il est fou ? »

« Il dit qu'il est bandit. »

« Où sont les montagnes, ici ? Tss. On a dû l'abandonner là et il a perdu la tête. »

Thierre, qui menait la guilde marchande Volturtle, regarda le fou qui avait arrêté sa guilde.

Un corps décharné et une voix qui tapait sur les nerfs.

« On dit que le Centaure est parti ce matin. C'est peut-être un traînard de chez eux ? »

« Il n'a pas l'air en bon état, alors passons. Voilà ce qu'on récolte, chez Obsol. »

Alors qu'ils tentaient d'ignorer Rick et de passer, celui-ci, affolé, cria de toutes ses forces :

« Si vous voulez vivre, rendez-vous tout de suite ! S'il vous plaît ! On fera un trou dans la cuisse de tous ceux qui resteront debout ! »

À ce cri désespéré, l'Ordre de la Noblesse Noire, épées dégainées, fondit sur la guilde marchande Volturtle.

***

« Kehehe… Alors vous étiez des chevaliers du domaine d'Obsol. »

Thierre laissa échapper un rire creux, misérable à l'idée d'être tombé dans un piège.

« Se faire passer pour un porteur abandonné et tendre une embuscade à une guilde marchande : belle stratégie, pour une tête d'amoureux des chevaux. »

Les maîtriser sans tuer un seul porteur, c'était à coup sûr un coup inattendu.

Avec autant de blessés, le voyage de retour serait retardé à n'en plus finir, et l'attaque lâche du domaine d'Obsol ne serait connue au domaine qu'au bout de plusieurs jours.

Mais le vrai problème…

« Ne me dites pas qu'ils sont au courant de notre contrat. »

Le contrat avec la guilde marchande du Gobelin d'Or, nouvellement fondée.

Cette nouvelle guilde, qui avait acheté la nourriture presque au double du prix, avait tenu à une seule condition.

Livrer la marchandise à temps, quoi qu'il arrive.

S'ils ne livraient pas à temps, ils devraient payer une pénalité de dix fois le montant.

Au moment du contrat, il s'était dit qu'une guilde aussi récente ignorait la sécurité de la Sauvegarde.

« Ils visaient ça depuis le début. »

La colère perçait dans la voix de Thierre.

Il lui serait difficile de s'en sortir vivant, mais le domaine de Merchen n'était pas assez clément pour laisser la mort de l'un des siens sans réponse.

Ils les poursuivraient jusqu'au bout et leur feraient payer ce chagrin.

« Volturtle ne tombera pas pour si peu. »

Alors qu'il parlait d'une voix empreinte de solennité, il entendit cette voix agaçante, désormais familière.

« Aïgou, le vieux. C'est pour ça que je vous ai dit de vous coucher vite ! Il y a toujours des gens pour aller chercher les ennuis. Tss. »

Rick, qui s'était caché dès le début du combat, s'était approché de Thierre on ne sait comment et jacassait.

« Alors, hein ? Ça n'aurait pas été mieux de vous coucher quand je vous l'ai demandé gentiment, sans vous faire planter la cuisse ? »

Tout en parlant, Rick lui tapotait la cuisse et poursuivit d'un ton espiègle :

« Et vous vous trompez lourdement, mais on n'a au~cun lien avec le domaine d'Obsol. On est juste des bandits, vous savez ? »

« Tu vas me mépriser jusqu'au bout ?! »

Thierre hurla, les veines saillantes.

« Où trouverait-on des voyous pour commettre un détroussage sur le domaine des Moner ?! »

Surpris par le cri, Rick s'assit devant Thierre et fit claquer ses lèvres.

« Détroussage ! On est clairement des bandits, alors c'est du banditisme ! »

Sous la robe de Rick, pendant qu'il disait ça, une broche en forme de centaure brillait faiblement.

La broche qu'Ian lui avait offerte en cadeau était le symbole de l'ordre de chevalerie du Centaure de la famille Obsol.

« Tu-tu-tu oses m'insulter jusqu'au bout… ! »

« Mais c'est vrai, je vous jure ! On est des bandits ! Des bandits ! »

Rick tapait du pied comme s'il mourait de frustration, mais la voix de Thierre, dont les soupçons s'étaient déjà changés en certitude, se fit glaciale.

« Apparemment, vous n'avez pas l'intention de me laisser vivre, maintenant que j'ai découvert qui vous êtes. Tuez-moi donc. Le domaine de Merchen me vengera. »

Comme Thierre baissait la tête, comme s'il avait renoncé à la vie, Ian, qui attendait, l'assomma d'un coup à l'arrière du crâne.

« Bon travail. »

Ian n'avait demandé qu'une seule chose à Rick.

Faire croire à Thierre, quoi qu'il arrive, que le groupe d'Ian était une bande de bandits.

« Jeune seigneur, je vous l'avais dit ! Je ne suis pas doué pour ça, vous voyez ? Je crois qu'il s'est complètement mépris, qu'est-ce que je fais ? Je le réveille une fois ? Je lui réexpliquerai tout, étape par étape. »

Rick, qui ignorait les intentions d'Ian, faisait une mine larmoyante et exprimait ses regrets, mais un sourire franc s'était dessiné sur les lèvres d'Ian.

« Tu es vraiment spécial. »

Ce n'était clairement pas un trait.

Rylae avait dit que le trait de Rick était un instinct de détection du danger.

Pourtant, la façon unique qu'avait Rick de parler en tapant sur les nerfs des gens, et son taux d'échec étonnamment élevé dans ses missions, étaient sans aucun doute des talents éclatants.

« Héhé, c'est vrai, hein ? La patronne ne le sait pas, mais en fait, je suis doué pour les choses qu'elle me demande. Quand vous rentrerez, dites à ma patronne… »

Ian tapota l'épaule de Rick, qui jacassait, puis alla trouver Reina.

Il était temps de mettre fin à sa courte excursion et de rentrer au château.

***

CRAC !

« Où est donc passé le jeune seigneur ?! »

Vergil, fils aîné de la maison du comte Sven, qui gardait la ligne de front de Fort-Avant, ne cachait pas la colère qui montait en lui.

Le conseil seigneurial, qui aurait dû commencer le matin, n'avait toujours pas débuté en fin de soirée.

Le jeune seigneur, censé présider le conseil seigneurial, ne s'était pas présenté, même après plusieurs heures.

« Je vous présente mes excuses. Le jeune seigneur a quitté sa place si soudainement… »

« Et ce n'est pas justement le rôle du régent ?! »

Comme Sven le tançait, une expression meurtrière sur le visage, le régent baissa la tête et répondit :

« J'ai demandé aux domestiques de ramener le jeune seigneur au plus vite, alors je vous prie de patienter encore un peu. »

Vergil, élevé en guerrier dès sa naissance, n'avait pas apprécié ce conseil seigneurial convoqué à l'improviste depuis le début.

'Comment ce fou ose-t-il !'

Sur le front, chaque seconde de chaque heure était une guerre.

Pendant que ce conseil se tenait, ceux qui l'avaient salué en souriant la veille encore étaient peut-être devenus des cadavres froids.

L'idée de gaspiller ce temps précieux dans l'oisiveté lui rendait la rancœur insupportable.

« Ça fait des heures ! Où diable est passé le jeune seigneur… ! »

Au moment où l'impatient Vergil allait encore crier, un géant assis à côté de lui ouvrit la bouche.

« Attendons encore un peu. »

Comme cette voix, qui dégageait une présence aussi lourde que le corps du géant, se répandait, la salle bruyante devint aussitôt silencieuse comme une souris.

« Il n'a pas encore eu sa cérémonie de succession, mais le jeune seigneur est le seul parent par le sang du duc. Montrez-lui le même respect qu'au duc. »

Le bouclier inébranlable de la famille Moner.

Aux paroles du comte Mogul, que l'on surnommait le chevalier au mur de fer, Vergil recula d'un pas et ravala sa colère.

« Comme vous le savez, comte Mogul, chaque instant est une guerre, sur le front. En ce moment même, quelqu'un est en train de mourir. »

Mogul regarda le fils de son ami, qui exprimait sa frustration en se frappant la poitrine.

Ce n'était pas qu'il ne comprenait pas ce qu'il ressentait : ses camarades et ses subordonnés sur le champ de bataille devaient occuper ses pensées.

« Qui, dans la famille Moner, ignorerait le sacrifice des grands guerriers ? »

Mais c'était ici que le jeune seigneur allait enfin sortir de sa coquille et se révéler.

« Nous aurons beaucoup à nous dire quand le jeune seigneur arrivera, fils de Sven. »

Ses paroles achevées, Mogul empoigna sa hache bien-aimée.

Le jeune seigneur, qui avait enfin rompu son silence et commencé à agir.

Mogul n'attendait pas grand-chose de cet enfant accablé de la triste réputation de fou.

Un enfant pitoyable, brillant seulement dans son enfance, qui à un moment donné avait ruiné son corps et son esprit avec l'alcool et les drogues venus avec un accès de folie.

En fidèle vassal du duc, il devait consacrer sa loyauté à cet enfant et à ce domaine.

C'était donc l'occasion décisive de vérifier quelle loyauté pesait le plus lourd : celle envers le domaine, ou celle envers le fils du duc.

Si l'un était un poison qui menaçait l'autre, il faudrait le trancher ici.

Les yeux de Mogul, qui avait légèrement resserré sa prise sur sa hache bien-aimée, brillèrent froidement.

Fin du chapitre 27
Fiche de l'œuvre

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