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Chapitre 146

Chapitre 146

2 novembre 2026 ~12 min · 2 285 mots

« Des rumeurs absurdes ? »

« Oui. »

Regardant Ian dans les yeux, Garme se remémora l'évaluation de la famille royale.

'Ils disaient que c'est un vaurien qui ronge le royaume et Moner.'

La rumeur selon laquelle il ne savait pas maîtriser sa colère.

La rumeur selon laquelle, rongé par la folie, il torturait ses subordonnés.

La rumeur selon laquelle il était un cancer qui menaçait le royaume.

Toutes étaient manifestement fausses.

Qu'il n'ait pas fait d'esclandre même après avoir été refoulé à la porte par un simple soldat suffisait à établir ce qu'il en était de ces rumeurs.

« Si vous étiez le jeune duc des rumeurs, vous auriez déjà tiré l'épée. »

Voyant Ian répondre d'un haussement d'épaules, Garme poursuivit :

« Depuis que je suis petit, mon père me répétait : tu n'as aucun talent pour la politique, alors prends une épée et deviens soldat. Pouhahaha ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point je trouvais ça injuste, petit ! Après que mon père a transmis le titre à mon frère cadet, j'ai passé ma vie entière à essayer de devenir noble. Au point de me consacrer à l'armée plutôt qu'à un ordre de chevalerie, pour gagner un titre et un domaine. »

Tandis qu'Ian le regardait en se demandant où il voulait bien en venir, Garme, éclatant d'un rire sec, tripota la bague de sa main gauche et continua :

« Ce n'est qu'après être devenu noble que j'ai compris. Que mon père avait raison depuis le début. J'étais fait pour être soldat. La gestion d'un domaine ou l'entretien de relations politiques, ce n'était pas pour moi. Voilà pourquoi j'arpente encore les champs de bataille à mon âge. »

Rejetant en arrière ses cheveux teints en blanc, Garme sourit avec autodérision et s'inclina.

« Je vous présente encore mes excuses. Pour cette seule fois, pensant devoir vérifier ce qu'il en était des rumeurs, j'ai commis une impolitesse. »

***

Ian regarda Garme en plissant les yeux.

'Pourquoi il se comporte comme ça, tout d'un coup ?'

À voir le trouble évident sur le visage des autres commandants, il était clair qu'eux non plus ne s'attendaient pas à cette situation.

'Bien sûr, ça mérite des excuses, mais…'

Pour quelqu'un à la tête de l'armée royale, ce genre de lutte de pouvoir devait être son quotidien.

Remuant à peine les lèvres en cherchant une réponse appropriée, il lui demanda :

« … Pourquoi ? »

Pourquoi un général à la tête de l'armée royale baissait-il la tête devant moi ?

'À quoi il pense, au juste ?'

Je ne devais pas me laisser tromper par ces histoires selon lesquelles il n'avait rien d'un noble.

Le simple fait qu'un enfant de noble soit devenu général ne laissait aucun doute sur ses capacités.

'À le voir se faire aussi humble, il veut forcément quelque chose…'

Tandis que je l'observais, persuadé qu'il cachait une arrière-pensée que je n'avais pas encore saisie,

Garme sortit de son sein une petite pierre de mana et me la tendit.

'C'est… la plaque du général ?'

Baptisé à l'origine « Trousse d'urgence », c'était un artefact de haut niveau mis au point pour dissimuler l'identité d'un commandant en temps de guerre, tout en l'aidant dans les situations d'urgence.

Il était toutefois devenu plus célèbre sous le nom de plaque du général, à cause d'une capacité supplémentaire plus importante que la magie contenue dans la pierre.

'Celui qui la détient obtient l'autorité de commandement sur l'unité concernée.'

La plaque du général était un objet unique qui conférait, par sa seule possession, une autorité proche du commandement absolu sur le champ de bataille.

En général, on la confiait plutôt à un aide de camp pour que la chaîne de commandement ne s'effondre pas à la mort du général…

« C'est… »

« Pour l'instant, c'est un objet conçu pour sauver des vies en cas d'urgence, mais c'est une pierre de mana qu'on utilise plus souvent pour nommer un général temporaire dans l'urgence. Du genre : obéissez sans condition à celui qui tient la plaque quand le général est absent pour une raison ou une autre. »

Garme mit un genou à terre et me témoigna son respect.

« L'armée royale suivra les ordres du jeune duc dans toutes les batailles à venir. »

Au même moment, les commandants qui attendaient derrière lui mirent un genou à terre et s'écrièrent :

« Loyauté ! »

***

« Donc, vous voulez dire que vous suivrez mes ordres à partir de maintenant ? »

Aussitôt la question posée, Garme hocha la tête.

« Oui. »

« Quel que soit l'ordre ? »

« Si c'est un ordre pour gagner la bataille, cela va de soi. »

À voir ses yeux qui ne tremblaient pas le moins du monde, j'en restai interdit.

Ils savaient parfaitement qu'ils nous visaient, et maintenant ils me demandaient de leur faire confiance en disant qu'ils suivraient n'importe quel ordre.

Il devait bien savoir que je n'allais jamais lui faire confiance…

'À quoi il pense, au juste ? Il compte guetter une ouverture une fois la bataille engagée ? Ou alors ignorer les ordres une fois la bataille engagée ?'

La première option serait une menace directe, et la seconde ferait de moi la risée de tous ou mettrait l'armée de Moner en danger au moment critique : ce ne serait pas un mauvais choix.

S'il n'y avait pas eu la plaque du général, du moins.

'Mais il m'a donné la plaque du général… Tant qu'il y a la plaque, les soldats obéiront à mes paroles. Parce que s'ils l'ignorent ouvertement, même l'armée royale ne pourra pas assumer les conséquences.'

Tandis que ma tête tournait à plein régime, Garme parla d'une voix détachée.

« Jeune duc, je veux seulement rentrer en ayant sauvé ne serait-ce qu'une personne de plus. »

Instantanément, mon regard croisa celui de Garme.

'Sauver ne serait-ce qu'une personne de plus…'

« Pas mal de soldats vont mourir. »

« Peu importe. »

Devant Garme qui hochait la tête comme si cela allait de soi, une irritation monta brusquement en moi.

Un méchant doit se comporter en méchant ; s'il se met à agir comme ça maintenant, ça devient pénible.

« Je risque d'utiliser l'armée royale comme chair à canon. »

Même à ces mots qui l'invitaient à changer d'avis, Garme se contenta de hocher la tête.

« Cela non plus, peu importe. »

Peu importe ?

« Non, ce n'est pas ça. Parce que je réduirai au minimum les pertes de Moner, quoi qu'il arrive. »

Fusillant du regard Garme, toujours aussi détaché, je poursuivis :

« Pas un seul de mes soldats ne mourra. Pendant ce temps, des centaines, des milliers de soldats de l'armée royale risquent de mourir. S'il s'agit de sauver un seul de mes soldats, ça me sera égal que cent soldats de l'armée royale y passent. »

Malgré ces paroles éhontées, Garme ne vacilla toujours pas.

« Naturellement, cela peut arriver. J'ai entendu dire que l'unité du jeune duc tire avec des Tueurs de chevaliers ; si elle sert d'unité de soutien à l'arrière, il se peut que seule l'armée royale subisse des pertes. »

Devant son air toujours aussi détaché, Ian plissa le front.

« Non, pas "il se peut" : elle en subira. Cette barrière pire qu'un tas d'ordures ne tiendra pas une minute face à la légion. Alors l'armée royale devra bloquer le flot des orcs. Et les soldats mourront aussi facilement que cette barrière tombera. »

« … »

Même à ces remarques malveillantes qui tenaient presque de la malédiction, Garme ne montra aucune réaction.

« Il sera trop tard pour tenter une quelconque manœuvre après la bataille. Parce que les soldats déjà morts ne reviendront jamais. Et puisque vous m'avez remis la plaque du général, la famille royale ne pourra rien dire non plus. »

« … »

Garme ne dit rien.

« Vous saisissez un peu la situation, maintenant ? Je ne sais pas ce que vous pensez de moi, mais vous semblez faire une grosse erreur en ce moment. Je ne suis absolument pas quelqu'un de bien. »

« … »

Quand je lui eus renvoyé ces mots comme un grondement, lui qui était toujours incliné, un genou à terre, releva la tête et me regarda.

« Je n'ai aucune intention de rejeter la responsabilité sur le jeune duc. Même si l'armée royale est anéantie dans la bataille, et pas seulement des centaines ou des milliers d'hommes, ce sera pareil. »

« Mais pourquoi, enfin ? »

Quand je le regardai avec des yeux qui disaient que je n'arrivais absolument pas à le croire, Garme répondit :

« Nous en avons déjà perdu trois mille. Pas face à des troupes d'élite, mais face à des orcs privés de raison. Trois mille. »

Se rappelant les orcs qui les avaient poursuivis comme des zombies en surgissant des ténèbres de la forêt, Garme eut un sourire amer.

« Un imbécile aurait pensé que c'était le résultat d'une négligence, mais pas du tout. C'était tout simplement ma faute. »

Les ténèbres de la forêt étaient bien plus épaisses qu'il ne l'avait prévu.

Les monstres qui portaient en eux la folie de la forêt étaient assez effrayants pour faire perdre toute volonté de se battre dès qu'on les affrontait.

La défaite de ce jour-là était uniquement son erreur, sa défaite.

Arrogant sur un champ de bataille inconnu, il avait présumé que l'expérience l'aiderait en toutes choses, alors qu'il n'était pas préparé.

En voyant des orcs mâchonner des soldats comme des fantômes affamés privés de raison, lui, le général, n'avait pas su prendre de décision, et il avait fini par fuir sans se retourner, perdant de précieux soldats.

« Mon arrogance me crie encore de régler le problème moi-même. Eux aussi, et l'armée tout entière, sont sûrs de la victoire. »

C'est pourquoi il devait juger avec d'autant plus de sang-froid.

'Sans l'armée de Moner, nous aurions été vaincus avant même d'avoir tenté quoi que ce soit.'

Si l'unité du jeune duc, qui attendait non loin, n'avait pas aidé les rôdeurs, l'armée royale aurait subi une attaque surprise sans même avoir saisi l'existence de l'ennemi.

Comme l'armée royale ne disposait d'aucune force de niveau maître, elle aurait été misérablement vaincue.

'Pour survivre dans cette forêt…'

L'aide de Moner était indispensable.

Car personne ne connaissait mieux cette forêt que ceux qui la protégeaient depuis des générations.

'Il aurait fallu faire ainsi dès le départ.'

S'ils avaient reçu l'aide de Moner dès le départ, l'armée royale n'aurait pas subi de si lourdes pertes.

« En y réfléchissant, j'ai compris que l'aide de Moner nous est nécessaire pour vivre. »

« Ce n'est sans doute pas une raison pour me donner ça ? »

Quand Ian parla en brandissant la plaque du général, Garme secoua la tête.

« Si, justement. Car sans la plaque du général, le jeune duc ne nous aurait fait confiance ni à moi ni à l'armée royale. Même maintenant que je vous l'ai donnée, vous ne me faites pas confiance, n'est-ce pas ? »

« … Je vois. »

Ian, hochant la tête comme s'il en avait assez compris, tourna le regard vers les commandants.

« Vous avez entendu ? Voici la plaque du général. Tant que je la tiens, c'est moi le général. Mais même si on me demande de faire confiance, comme le dit le général, je n'y arrive pas vraiment, alors… »

Ian, relevant les coins de sa bouche comme un sale gosse, poursuivit :

« Couchez-vous. »

***

Une fois terminée la réunion, qui avait été au sens propre une véritable guerre,

les commandants sortirent en hâte pour exécuter les ordres d'Ian.

« Ça va ? »

À la question de son aide de camp, Garme éclata d'un rire franc tout en essuyant grossièrement de sa manche la sueur qui ruisselait comme la pluie.

« Avoir vécu si longtemps, et jamais je n'aurais cru voir le jour où je mènerais une réunion allongé par terre. »

« Je vous présente mes excuses. »

« Ce n'est pas à toi de t'excuser. »

Montrer sa sincérité jusqu'à ce qu'on puisse lui faire confiance.

Il se demandait quel rapport il y avait entre la sincérité et la douleur physique, mais c'était une expérience nouvelle, à sa manière.

Sans doute que, la confiance ne se formant pas facilement, le jeune duc voulait au moins entrevoir un peu de sincérité.

« Alors, il a semblé me faire un peu confiance, à la fin ? »

À sa question, l'aide de camp secoua la tête.

« Le jeune duc semblait toujours méfiant. »

C'était bien naturel.

Si c'était le jeune duc qu'il avait vu, il devait être au courant de l'ordre secret de l'armée royale.

Même si l'armée royale, pour ainsi dire ennemie, passait sous les ordres de Moner, il était naturel qu'il ne s'en réjouisse pas sans arrière-pensée.

« Tss, il ne peut pas ne pas se méfier, même si on lui demande une faveur maintenant. »

Tandis qu'il détendait ses muscles raidis, l'aide de camp s'approcha et demanda prudemment :

« … Ça ira vraiment ? À ce rythme, le jeune duc risque vraiment d'utiliser l'armée royale comme chair à canon… »

À cette question, Garme, repensant à Ian, secoua la tête et dit :

« Ne t'en fais pas pour ça. »

Même parmi les rumeurs répandues sur le jeune duc, il y avait du vrai.

« Le jeune duc est un homme aussi avide que moi. »

Garme était convaincu qu'Ian ne renoncerait pas à une armée tombée entre ses mains.

Car le jeune duc qu'il avait vu était un homme qui lui ressemblait un peu.

Fin du chapitre 146
Fiche de l'œuvre

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