Calua battit des ailes et désigna une grappe de pierres de mana qui tremblait dangereusement.
- Réussi, humain !
« Incroyable, toi, hein ? »
- Évidemment ! Parce que je suis un grand dragon !
Tout en caressant Calua, qui relevait fièrement la tête, j'examinai les pierres qu'il avait fabriquées.
'C'est différent des pierres empilées que j'ai faites.'
Les pierres empilées de Calua étaient légèrement différentes par la forme et la couleur.
'Il n'a pas mis de mana dedans ?'
Contrairement aux miennes, qui brillaient comme si elles allaient exploser d'un instant à l'autre, leur lumière était faible, comme sur le point de s'éteindre.
Il était clair qu'il n'avait pas perdu de mana pendant l'empilement.
'Le plus surprenant, c'est qu'il ait réussi à faire tenir les pierres avec un mana insuffisant.'
Si l'on réduit le mana consommé pendant l'empilement, les pierres, incapables de le supporter, s'effritent.
Jusqu'ici, je trouvais ça naturel, mais à voir Calua, je m'étais apparemment trompé.
'La différence, c'est le circuit magique. Le circuit magique regravé pendant l'empilement.'
Aussitôt, mon regard croisa celui de Calua, qui souriait fièrement.
- Je recommence, encore ? L'humain n'a pas à s'inquiéter ! Parce qu'un grand dragon peut fabriquer tout ça !
Il y a une raison pour laquelle la magie empilée, qui peut produire trois ou quatre fois plus d'effet rien qu'en superposant des sorts, n'est pas la norme dans le monde de la magie.
'Parce que plus le mana inné est important, plus la magie empilée est désavantageuse.'
De même qu'il est plus facile de dévier un mince filet d'eau, il en va de même pour le mana.
Moins le mana inné est important, plus il est facile d'en améliorer le contrôle.
À l'inverse, les magiciens gâtés en mana ont du mal à le manier avec précision.
'Et c'est pareil pour les dragons.'
Calua est un dragon dont on dit qu'il est aimé du mana.
Une race qui use de la magie comme elle respire ne peut pas manier le mana avec délicatesse.
'Si le mana manque, ils en versent simplement davantage ; ils n'ont aucun besoin de le manier.'
Il est donc impossible qu'un dragon fabrique des pierres empilées plus précises que moi, qui suis né avec un mana aussi fin qu'un fil.
'À moins qu'il soit né avec encore moins de mana que ça.'
Maintenant que j'y pense, ne m'avait-il pas dit être venu dans la forêt des bêtes démoniaques pour sa première sortie de divertissement, afin de récupérer du mana ?
Même s'il sourit bêtement comme ça maintenant, cela veut dire qu'il a longtemps été au bord de la mort à cause d'un manque de mana.
'Si je ne l'avais pas trouvé, il serait mort de manque de mana sans même connaître son nom.'
Juste au moment où j'allais me jurer de bien traiter Calua désormais, celui-ci croisa mon regard et s'écria vivement :
- … Hein ? Humain, ta tête est bizarre !
…
Mais ce salaud de lézard ?
« Pas ma tête, mon expression. »
- Ah bon ? On dirait pas…
Je jetai une caisse de pierres de mana devant Calua, qui penchait la tête.
« Tais-toi et fabrique ça. »
- Compris !
Assis à côté de Calua, je chargeai de mana les pierres qu'il avait terminées.
'On dirait qu'il en faut moins que pour les miennes ?'
L'effet diminuera d'autant que le mana diminue, mais du moment que la vitesse augmente…
Après avoir caressé vaguement la tête de Calua et ramassé les pierres, Calua s'écria :
- Terminé !
'Déjà ?'
Il ne m'avait même pas fallu trente secondes pour charger le mana, mais Calua avait fabriqué des pierres empilées en un clin d'œil.
- Si je m'applique, je crois que je peux en faire deux !
Calua, s'écriant avec assurance, sortit tant bien que mal dix pierres de mana.
'Euh…'
Il y a un instant encore, je m'inquiétais du mana de Calua, mais apparemment, c'est pour moi que je devrais m'inquiéter, pas pour lui.
'Mon mana va tenir ?'
Dès que je chargeai les pierres de mana, les dix pierres qui flottaient se changèrent en deux grappes et roulèrent par terre.
« … »
En voyant les pierres rouler vers moi, j'eus le cœur serré, comme si je prédisais l'avenir.
« C'est vrai, ce n'est pas comme si je ne m'étais effondré qu'une ou deux fois par manque de mana. »
Ce n'était pas comme si le mana accumulé jusqu'ici était maigre, et me disant que je pourrais encore en fabriquer des dizaines, de ces simples pierres de bas et moyen niveau, au moment où je ramassai les pierres…
- Cette fois, trois ! Je devrais essayer trois aussi !
Calua, qui avait réussi à fabriquer deux pierres empilées d'un coup, battit des ailes et sortit quinze pierres de mana de bas niveau.
« … Vas-y doucement. »
- Ça va ! C'est amusant !
'Non, moi, je ne m'amuse pas.'
Avec le mana qui s'écoule chaque fois que je charge des pierres, j'ai l'impression d'être une pile humaine.
Juste au moment où je réfléchissais à la façon de régler ce problème, Hoodwock, revenu après avoir tiré les pierres empilées, s'écria :
« Commandant ! Vous en avez déjà fait trois en si peu de temps ? Vraiment incroyable ! »
- Humain ! C'est moi, c'est moi qui les ai faites !
Hoodwock, voyant Calua battre des ailes, sourit et poursuivit.
« Je m'inquiétais de ce qu'on allait faire parce que les salauds se sont soudain mis à courir, mais courir ne leur permet pas d'esquiver la foudre, et à cette vitesse, il ne devrait pas y avoir de problème. »
- Je peux en faire plus vite, aussi ! Ne t'inquiète pas !
J'étais toujours le seul à entendre la voix de Calua, mais il s'écriait bravement comme si cela n'avait aucune importance.
Au fait, la légion s'était mise à courir ?
« Ne t'inquiète pas, on peut fabriquer assez de pierres de mana. Plus important, parle-moi davantage de la légion. »
« Ah ! Ce n'est pas grand-chose ; des salauds comme eux ne peuvent pas esquiver la pluie et la foudre, si ? Alors ils essaient apparemment de limiter les dégâts en avançant le plus vite possible. »
Percer le plus vite possible est effectivement le choix le plus simple face à ce genre de piège.
Selon la vitesse à laquelle ils sortent des nuages de pluie, ils peuvent limiter les dégâts.
À l'inverse, le camp qui a préparé le piège doit retenir l'ennemi le plus longtemps possible.
'C'est pour ça que, de notre côté aussi, on s'est bien préparés.'
La route boueuse détrempée par la pluie est en soi un terrain où il est difficile de prendre de la vitesse, et nous avions créé des marécages çà et là à l'aide d'Aqua.
En plus, l'unité de rôdeurs ne vise que la tête de colonne.
Si c'est le commandant de légion qui a protégé la Garde royale même dans le feu, il n'aura d'autre choix, cette fois encore, que de ralentir sa progression pour la protéger.
« La situation en tête ? »
« Peut-être qu'avancer en protégeant la Garde royale était devenu intenable : le commandant de légion comme la Garde royale courent à perdre haleine. »
Non.
Ça ne peut pas être intenable.
Un commandant de légion pourrait bloquer des sorts comme Thunder toute la journée.
'S'ils avaient simplement avancé en protégeant la Garde royale, elle n'aurait subi aucun dégât ; alors pourquoi a-t-il changé d'avis ?'
Accélérer la marche est clairement une mauvaise décision.
Si bonne que soit l'endurance des orcs, ils finiront forcément épuisés à force de courir sous la pluie sur des routes boueuses et des marécages.
'À moins qu'ils aient complètement abandonné l'arrière…'
Abandonné l'arrière ?
« Ceux qui sont sortis cette fois, c'étaient bien des orcs rouges ? »
« Oui, nous avons confirmé les armures rouges dont vous parliez, et le tatouage du commandant de légion brille aussi d'un rouge vif. »
C'est difficile à croire, mais si ce sont des orcs rouges, il existe une option possible.
'Parce que je peux tout écraser.'
Courir jusqu'à ce qu'apparaisse quelque chose à écraser.
« Dis aux autres de suivre la légion. L'unité de missions spéciales doit s'enfoncer jusqu'au centre, si possible. »
« Pardon ? Vous n'aviez pas dit clairement qu'il fallait réduire les effectifs de l'arrière avant qu'ils arrivent ? »
« Maintenant, ces salauds se ficheront de l'endroit qu'on vise. »
S'ils avaient vraiment abandonné l'arrière, à moins qu'on aille tourner sous le nez du commandant de légion, il se moquerait bien de ce qui se passait derrière lui.
« Enfin, je vais pouvoir tirer correctement. Ah, c'est vrai. Et vous, commandant, qu'est-ce que vous allez faire ? »
Comme si tirer une flèche toutes les dix minutes en se cachant avait été plutôt frustrant, Hoodwock demanda avec un sourire qui découvrait ses dents.
« Moi… »
C'était frustrant pour moi aussi.
Si encore je maniais l'épée ou l'arc, mais me retrouver à malaxer des pierres de mana loin derrière, même pas en première ligne…
En pensée, j'avais envie de me déchaîner avec l'unité de missions spéciales sur-le-champ, mais…
Roule.
Trois pierres de mana qui roulaient sous mes yeux me ramenèrent à la réalité.
Chargeant de mana les pierres que je ramassai, la mine compliquée, je dis :
« Je dois fabriquer ça. »
Malheureusement, c'était ici qu'on avait le plus besoin de moi.
Pour l'instant, cette seule pierre de mana serait plus efficace que des centaines de flèches.
« Je vais avancer lentement en fabriquant ça, alors préviens d'abord Vergil. Que la Garde royale risque d'arriver plus vite que prévu. »
« Oui ! »
***
« Ouf… »
Vergil essuya d'un revers de manche la sueur qui perlait à son front et examina les alentours.
« C'est le mieux qu'on puisse faire, pour l'instant ? »
Le troisième piège préparé par l'armée royale était une tranchée creusée grâce au sort de bas niveau « Dig ».
Bien qu'on ne trouvât plus la moindre trace de tranchée, là où se trouvait pourtant une immense fosse.
« Vous voulez dire que vous êtes encore inquiets après avoir retourné la terre comme ça ? On parle des chevaliers de Moner, mais vous êtes de sacrés poltrons. »
Vergil tourna la tête vers la voix froide qui s'élevait à côté de lui.
'C'était le commandant de l'unité de cavalerie ?'
Un commandant qui n'avait cessé de se montrer peu coopératif depuis qu'il avait reçu l'ordre de se retirer de la première ligne.
Il s'était retiré à contrecœur grâce aux explications des rôdeurs et aux effectifs de ce côté-ci, mais la méfiance et l'hostilité qui se lisaient clairement sur son visage suffisaient à deviner ses pensées.
'Il doit penser que Moner lui vole le mérite.'
Il suffisait de voir la scène à son arrivée ici pour le comprendre.
Des soldats en pleine exaltation, qui taillaient en pièces des orcs avec des dizaines de lances.
'Ils ont gagné si facilement que les orcs leur paraissent faciles.'
Il était donc impossible qu'ils accueillent favorablement Moner, apparu soudain en déclarant vouloir aider l'armée royale.
Ils devaient avoir la tête pleine de l'assurance de pouvoir tuer autant d'orcs qu'ils voudraient.
« Vous avez décidé de m'ignorer, maintenant ? Ou vous avez peur de laisser échapper une bêtise ? »
À la question cynique du commandant, Vergil répondit d'une voix calme :
« Je n'ai aucune intention d'ignorer l'armée royale. Simplement, Moner fait toujours de son mieux. Puisque nous avons décidé d'utiliser les pièges, nous les concevons de notre mieux, voilà tout. »
« Tss, le mieux d'un chevalier devrait résider dans l'épée et le bouclier… On m'avait dit que les chevaliers de Moner étaient différents des autres, mais je ne savais pas qu'ils l'étaient à ce point. »
Comme si des épines lui poussaient, le commandant ricana d'une voix chargée d'une hostilité tranchante.
Discuter des qualités d'un chevalier devant le commandant de l'ordre, Vergil, et insulter les chevaliers de Moner par des mots et un ton ambigus, tout devait être calculé.
'Comment aurais-je réagi avant de rencontrer mon seigneur ?'
Son père, le comte Sven, l'aurait ignoré.
Et lui, qui détestait en secret ce genre d'attitude chez son père, aurait-il riposté du poing ?
'Sans doute. En lui disant : voyons si tu répéteras ça une fois toutes tes dents arrachées.'
Avant, chaque fois qu'on insultait l'ordre de chevalerie de Moner, il le ressentait comme une insulte à la maison du comte.
Maintenant, c'était un peu différent.
« Le commandant a raison. L'ordre de chevalerie de Moner est différent. »
Il regarda ses chevaliers qui s'affairaient au loin.
Cet ordre de chevalerie en armure blanche, équipé à la fois d'épées, d'arcs, de lances et de boucliers, ne ressemblait sans doute à aucun autre ordre du continent.
D'une voix dénuée de toute émotion, Vergil dit :
« Comparés à l'ordre de chevalerie du royaume, qui s'enfuit par peur de simples orcs, nous sommes d'une autre trempe, non ? »
« Qu… quoi ?! »
Sur ces mots, Vergil lui tourna le dos et se dirigea vers la zone du piège suivant.
Le commandant, rouge de colère, cria à pleine voix qu'insulter l'ordre de chevalerie revenait pratiquement à insulter la famille royale, mais Vergil l'ignora de bout en bout.
'Comme si Moner allait avoir peur de la famille royale.'
Il restait encore trop de choses à vérifier pour perdre son temps avec un type aussi stupide.
