La Sorcière, dont les lèvres avaient frémi à plusieurs reprises, ouvrit enfin la bouche.
« Dis-moi ce que tu veux. Pour moi, les choses impossibles… »
À sa voix assurée, je répondis vite :
« J'aimerais que tu nettoies le terrain des orcs. »
« … Ce n'est pas qu'il n'y en ait pas. S'il n'y avait rien d'impossible, je serais une déesse, non ? »
Comme je la regardais d'un œil froid devant ce revirement aussi rapide qu'un retournement de main, elle mit les mains sur les hanches et s'écria :
« Toi, si tu es humain, tu devrais avoir un minimum de conscience ! Tuer cent mille vies, c'est… »
« C'est pourtant toi qui m'as dit de dire d'abord ce que je voulais. »
« Pas ça ! Autre chose ! »
Hmm…
Dans le jeu, la Sorcière faisait l'une de deux choses.
Soit elle prenait de haut en tendant un objet comme on fait l'aumône, soit elle apparaissait en ennemie juste au moment où on allait l'oublier et changeait le continent en mer de flammes.
Comme je ne connaissais pas les capacités de la Sorcière, je ne pouvais pas savoir quoi demander.
Je n'avais pas d'autre choix que de dire pour l'instant tout ce que je voulais.
« La conquête du continent ? »
« Ton souhait est trop grand pour un seul dragon ! »
« Tu veux dire que tu ne veux pas, ou que tu ne peux pas ? »
« Évidemment que je ne peux pas ! »
La Sorcière était plus inutile que je ne le pensais.
« Je m'attendais à quelque chose, vu ton assurance… Tss. »
Je poursuivis en m'adressant à la Sorcière, qui entrouvrait la bouche, comme abasourdie.
« Peut-être quelques royaumes… »
« Non ! Je ne peux pas ! Je ne veux pas ! »
Tch. C'était l'occasion de nettoyer d'avance des royaumes qui poseraient problème plus tard.
« Tu es bien plus incompétente que je ne le pensais. »
« C'est toi qui n'as pas de conscience ! »
La Sorcière s'écria brusquement, puis désigna Garius et Jeremy avec un profond soupir et dit :
« Ouf… Je vais enseigner la magie à ces idiots. »
Ce n'était pas une proposition très séduisante.
Garius est un héros qui a atteint seul le 6e cercle et saisi la clé du 7e cercle.
Jeremy est dans un état où l'entraînement physique est plus urgent que l'entraînement magique.
Surtout, j'ignore quand les orcs apparaîtront.
Envoyer les deux seuls mages que nous avons en ce moment était un trop grand risque.
« Quoi, pourquoi tu ne réponds pas… ? »
Je réfléchis en regardant la Sorcière en silence.
'Elle est forte, c'est certain, mais…'
La Sorcière était d'une force exceptionnelle, même dans le jeu, où pullulaient les monstres.
Parce que les personnages capables de faire la guerre à un royaume auquel appartenait un héros, à eux seuls, étaient rares, même dans le jeu.
Avec sa magie, engloutir tous les orcs ne serait pas difficile.
'Elle cherche à économiser ses forces, finalement ?'
Peut-être qu'à cette époque, elle est plus faible que ce que je connais.
'Et si j'égratignais un peu son orgueil ?'
À la voir se proposer ouvertement comme professeur, il était clair que son orgueil en matière de magie était immense.
« Hmm… »
« C'est quoi, cette réponse ! Tu sais combien de mages sont venus me trouver pour apprendre de moi ?! »
« Comme prévu, une mage qui n'est même pas capable de s'occuper des orcs, c'est un peu… »
Comme je secouais lentement la tête, la Sorcière, qui semblait sincèrement ne pas y croire, me regarda d'un air hébété, décontenancée.
« Bah, il y aura sûrement d'autres bonnes occasions pour ces deux-là. Ils pourront peut-être recevoir au moins une fois dans leur vie l'enseignement d'une "grande mage". »
« Toi, toi, toi… ! »
Je la regardai avec pitié tandis qu'elle bégayait comme une machine cassée, et poursuivis.
« Ah, ne t'inquiète pas. Je vérifierai correctement l'état du dragon. Je ne suis pas du genre à n'avoir que de la gueule, comme certaine. »
Comme je disais cela et m'apprêtais à dépasser la Sorcière, sa voix aiguë retentit.
« C'est moi ! C'est moi ! Il n'y a pas de mage sur ce continent supérieure à moi ! »
Pouvoir crier cela pendant que la « Conversation » est maintenue signifie que la Sorcière croit sincèrement être la meilleure mage.
Autrement dit, son orgueil est aussi fort que l'estime qu'elle a de sa magie.
« … C'est ça. J'ai compris, alors tu ne pourrais pas nous laisser partir maintenant ? »
Quand je dis cela en soupirant comme si ça m'agaçait, la Sorcière s'écria d'une voix offensée :
« Toi, toi ! Tes yeux, là, ce sont des yeux qui n'y croient pas une miette ! Hé, le mage ! Réponds, toi ! »
« D'accord. Je comprends bien que tu es la meilleure mage, alors… »
« Mais ce type, jusqu'au bouuuut ! »
La Sorcière, le visage cramoisi, s'écria brusquement :
« D'accord ! Si tu me laisses enseigner à ces deux-là, je retiendrai les orcs dans la forêt pendant la semaine qui vient. »
« Hmm. »
L'eau me vint à la bouche devant cette douce proposition.
Bien sûr, mordre tout de suite à la première offre, c'est bon pour les amateurs.
« D-deux semaines ? »
Je lui demandai, alors qu'elle faisait frémir son chapeau comme si elle était anxieuse :
« Combien de temps comptes-tu garder mes mages ? »
« Hmm… Comme ils ont l'air d'avoir du talent tous les deux… une dizaine d'années ? »
Le chapeau de la Sorcière, face à mes yeux froids, frémit vivement.
« Non, neuf, huit, hmm… cinq ans ? »
« ……. »
« Alors, t-trois ans ? Mais qu'est-ce que je peux enseigner en seulement trois ans ? Ils n'apprendront même pas les bases… »
« ……. »
« Même trois ans, c'est non ? Ça n'a pas de sens ! Alors combien de temps c'est possible ? »
La réponse était simple.
« Tant que tu pourras retenir les orcs. »
Bah, si elle veut vraiment enseigner, elle doit bien employer un peu de sa force.
***
La Sorcière, après avoir longuement réfléchi, dit que deux mois étaient le maximum pendant lequel elle pourrait retenir les orcs.
Et j'acceptai volontiers de lui prêter les mages.
« C'est moi qui leur enseigne, pourtant… ? »
« C'est moi qui les prête. Je te donne l'occasion d'enseigner à des mages qui pourront un jour devenir aussi grands que toi. »
Clignant de ses grands yeux, elle fusilla du regard les deux mages, l'air maussade.
« Ces types-là ? »
« S'ils se rapprochent ne serait-ce que d'un pas de la vérité en seulement deux mois, tout le continent louera la Sorcière de la Forêt en l'appelant grande mage. »
« Ah bon… ? »
« Bien sûr. Comme tu n'as jamais quitté la forêt, cette occasion est une chance tombée du ciel, alors tu devrais avoir un peu de gratitude. »
La Sorcière, qui réfléchissait profondément, pencha la tête, mais finit par acquiescer.
Comme si le passage sur les louanges lui plaisait particulièrement, la Sorcière hocha vigoureusement la tête et poursuivit.
« D'accord ! Merci ! Je ferai de mon mieux ! »
J'eus un sourire narquois en regardant le chapeau qui battait vigoureusement.
'C'est parce qu'elle n'a jamais quitté la forêt…'
Elle était naïve.
J'ignorais si c'était de la comédie ou parce qu'elle n'avait vécu que dans la forêt.
'Il y a beaucoup de choses que je voudrais demander…'
Il fallait que je me contente de ça pour l'instant.
Si elle se montrait sous ce jour, c'était parce qu'elle me prenait pour un « Administrateur ».
Je dois maintenir cette distance et cette relation jusqu'à ce que je puisse être sûr que la Sorcière de ce monde est une alliée.
« Ah. Le dragon est vivant et en bonne santé. »
Juste une relation où l'on échange ce qu'on veut.
« Hein ! Vraiment ? »
Au moment où, sur ces mots, j'allais rejoindre l'unité de missions spéciales, la Sorcière s'écria :
« Attends ! Juste une dernière chose, réponds encore à une chose ! Tu n'es vraiment pas un dragon ? »
Après un sourire narquois à son intention, alors qu'elle courait vers moi, le chapeau battant, je me dirigeai vers l'unité de missions spéciales, libérée du mana.
« Nous rentrons avec le cadavre du Roi Serpent. »
J'avais d'abord l'intention de ne récupérer que les sous-produits et de rentrer, mais la Sorcière s'était écriée que c'était absolument interdit, que la qualité des écailles baisserait au moment où on les arracherait du cadavre.
Comme elle insistait si sincèrement qu'elle avait même lancé elle-même un sort d'allègement en disant qu'il fallait l'emporter entier quoi qu'il arrive, je décidai de le traîner, faute de mieux.
'S'il devient trop lourd en route, je pourrai toujours le dépouiller à ce moment-là.'
C'est ce que je pensais à l'époque.
***
Mireska hochait la tête à plusieurs reprises en regardant les humains s'éloigner.
« Au début, il a nié être un dragon sans sourciller, mais pendant la "Conversation", il n'a pas dit qu'il n'était pas un dragon, n'est-ce pas ? »
S'il est un dragon, toutes les questions sont résolues.
Le fait qu'il puisse vérifier si un dragon introuvable est vivant ou mort, et dans quel état.
Le fait qu'il n'ait pas pu dire qu'il n'était pas un dragon pendant la « Conversation ».
Le fait qu'un humain aussi faible soit devenu « Administrateur ».
S'il s'agit d'un dragon qui cache son existence, tout s'explique.
« S'il a nié être un dragon au début, c'est sûrement à cause des règles de l'espèce. »
Il était bien connu que les dragons sortis se divertir cachaient soigneusement leur existence.
Même s'il n'y avait plus guère d'êtres qui se souvenaient des dragons.
« Mmm. Mmm. Si c'est un dragon, mon charme n'a peut-être pas marché. »
La principale raison qui la convainquait qu'il était un dragon, c'était le charme.
Son charme, spécial même parmi les fées, n'était pas de ceux qu'un simple humain pouvait supporter.
Si elle, la fille de la Grande Reine des Fées qu'on appelait la plus grande des mages, s'était retrouvée coincée dans la forêt des monstres, c'était aussi pour maîtriser ce charme.
« Comme prévu, c'est forcément un dragon. »
Elle tourna la tête et demanda à l'homme qui restait bouche bée :
« Toi aussi, tu le penses, hein ? »
« Il, il m'a abandonné… »
Comme elle regardait Jeremy les yeux plissés, Garius, à côté de lui, hocha la tête à sa place avec une expression complexe.
« N'est-ce pas ? Toi aussi, tu le penses, hein ?! »
« J'ignore comment un dragon est devenu jeune seigneur, mais s'il est un dragon, tant de choses… »
« Je te l'avais dit ! Ahahaha ! Il n'a même pas été surpris en voyant Mireska que voici, alors ce type est forcément un Seigneur ! »
Alors qu'elle gloussait longuement d'avoir résolu ce problème difficile, le serpent qu'avait emporté le dragon lui revint soudain à l'esprit.
« Ah, j'aurais dû lui dire de faire attention en chemin… »
Même s'il manque d'intelligence, c'est le cadavre d'une espèce Monarque.
Toutes sortes de monstres cachés se rueraient vers les humains, attirés par l'odeur et l'excitation vertigineuses qu'émettait le cadavre.
Au moment où elle penchait la tête en se demandant s'il fallait aider, les deux mages attirèrent son regard.
'Je n'ai déjà pas assez de temps pour enseigner à ces mages…'
Même pour elle, transporter cet énorme serpent jusqu'à la forteresse prendrait une journée entière.
En plus, pour freiner l'avancée des orcs, elle devait se démener.
« Bah, il y a un dragon là-bas, alors ça devrait aller. »
Comme les dragons accroissent peu à peu leur force en faisant mine d'atteindre l'illumination chaque fois qu'ils sont en danger, ils ne seraient pas vaincus par de simples monstres.
« Bon, alors, on y va ! »
Au moment où elle tendit la main vers Jeremy et Garius, qui flottaient dans les airs, les silhouettes des trois disparurent en un instant.
***
« Avancez ! N'arrêtez pas de bouger les pieds ! »
Ian, qui criait les yeux flamboyants, fendit d'un coup d'épée la tête d'un hobgobelin.
« N'en laissez pas passer un seul ! »
« Avancez plus vite ! Vous voulez mourir ici ! »
Le combat, commencé au moment où nous avions quitté le marais, durait déjà depuis plus de huit heures.
Il n'y avait pas de monstres de haut rang ayant établi un territoire, mais le problème, c'était la quantité.
Même Hoodwock, né et élevé à la forteresse, claquait la langue en disant qu'il n'avait jamais vu autant de gobelins, se demandant d'où diable ils avaient bien pu sortir.
'Je ne peux absolument pas y renoncer.'
Si je renonce simplement au Roi Serpent, je peux rentrer sain et sauf à la forteresse.
Si je renonce simplement au Roi Serpent.
'Mon armure, mon arme, mon équipement !'
Avec le cadavre du Roi Serpent, je peux équiper de neuf toute l'unité de missions spéciales et l'Ordre de la Noblesse Noire.
Si je mélange ses os, je peux fabriquer au moins des flèches de qualité supérieure et des épées de qualité intermédiaire supérieure.
« Capitaine ! Un autre groupe de gobelins est apparu à l'arrière ! »
« Des loups démoniaques devant ! »
« N'arrêtez pas d'avancer ! Je m'occupe de ceux-là ! »
Serrant mon épée, je me ruai vers le loup qui apparaissait devant.
- Grrrrr…
À voir la bave qui coule, toi aussi, tu convoites ce qui est à moi…
« Je ne cède jamais ce qui est à moi. »
Même s'il faut le faire macérer en alcool de serpent plutôt que d'en faire des armes ou des armures, c'est à moi.
- Kuaaaaaang !
Je criai en courant à la rencontre du loup qui chargeait.
« C'est à moiiii ! »
Ayant crié ainsi, Ian maniait l'épée sans relâche, comme pour laver dans le sang des monstres la peur et la terreur que lui avait inspirées la Sorcière.
Jusqu'à ce qu'ils atteignent la lisière de la forêt et que la forteresse apparaisse.
