Le lendemain matin.
En entrant dans la salle du conseil, le comte balaya du regard les commandants aux visages sombres.
« Tout le monde est bien silencieux aujourd'hui. »
Parmi ceux qui auraient dû crier victoire, personne ne parlait de stratégie ni de ruses.
« Tss, d'habitude, vous avez tous tant à dire. »
« … Tout de même, ce sont des orcs. Ils ne franchiront jamais la forteresse. »
Le chevalier qui avait dit cela semblait ne même pas croire à ses propres paroles.
« Que comptez-vous faire pour l'ordre d'évacuation ? »
Cette fois, le visage du comte se durcit.
Il avait déjà recommandé à plusieurs reprises l'évacuation au personnel non combattant de la forteresse.
Simplement, les habitants têtus du domaine n'écoutaient pas.
Le regard du comte se tourna vers le vieux commandant.
« … Vous pensez qu'il faut les chasser par la force ? »
« Je pense simplement que ceux qui tiennent une arme suffisent pour mourir dans la forteresse. »
…….
Avant même que la guerre ait commencé, les commandants étaient certains de la défaite.
'C'est difficile, difficile.'
Pourtant, il ne pouvait ni les injurier ni les réprimander.
Être certains de la défaite sans parler de retraite, cela voulait dire qu'ils comptaient défendre la forteresse jusqu'à la mort s'il le fallait.
En pensant au jeune seigneur, qui avait empoigné l'épée même après avoir entendu les mêmes informations, il n'éprouvait que du regret.
« Nous avons des alliés. Puisque nous avons transmis la nouvelle, le royaume enverra sans doute un important détachement. »
« Raison de plus pour lancer un ordre d'évacuation. Ceux qui s'obstinent à ne pas partir, il faut les chasser, quitte à brandir des gourdins. »
Le vieux commandant poursuivit, le visage plus sombre que quiconque dans la salle.
« Ce n'est qu'ainsi que, si par malheur la forteresse tombait, ses habitants pourraient survivre. »
Ravalant un gémissement, il regarda les visages des autres commandants.
Ceux qui hochaient la tête en silence.
Ceux qui le regardaient avec des visages résolus.
Ceux qui fermaient les yeux en serrant les deux poings.
Regardant enfin de nouveau le vieux commandant, le comte hocha la tête.
« C'est vrai. Je lancerai un ordre d'évacuation forcée dès la fin de cette réunion. »
Ce n'est qu'ainsi que les soldats, sachant leurs familles à l'arrière, empoigneraient leurs armes.
« Il reste encore plus de deux semaines avant leur arrivée. Si quelqu'un a une stratégie, qu'il parle. »
Des réponses prévisibles revinrent, comme acheter des vivres et des fournitures ou creuser des pièges avec des armes mises au rebut.
Au moment où le comte, pensant qu'il n'y avait plus rien à en tirer, s'apprêtait à clore la réunion, Ian ouvrit la porte de la salle du conseil, entra, balaya la salle du regard et dit :
« … Quelqu'un est mort ? »
***
Heureusement, personne n'était mort.
Non, ce n'était peut-être pas si heureux ?
« Vous allez lancer un ordre d'évacuation forcée ? »
« Ceux qui peuvent vivre ne devraient-ils pas vivre ? »
Il y avait une raison pour que l'atmosphère soit un tel désastre.
Puisqu'ils pensaient tous mourir avant même d'avoir levé une arme, l'atmosphère ne pouvait qu'être un désastre.
« Autant chanter des chansons sur la chute de la forteresse. Un ordre d'évacuation forcée est formellement interdit. »
Dès que j'eus fini de parler, un vieux vétéran au visage rouge s'écria :
« Insolent ! Si important que soit l'honneur de Moner……! »
Ce vieux vétéran à l'air têtu semble croire que je m'y oppose pour l'honneur de la famille, mais c'était un malentendu absurde.
« L'honneur de Moner n'a rien à voir là-dedans. Jusqu'au moment où la forteresse tombera, non, même si la forteresse tombe, nous ne devons absolument pas montrer de faiblesse. »
« Mais ce type, jusqu'au bout……! »
C'est une histoire toute simple.
« Tout le monde semble se tromper, mais nous n'avons pas de renforts. »
Moner était seul.
On dit bien que le deuxième prince vient nous aider, mais les troupes du deuxième prince ne sont pas les siennes.
« Puisque les troupes menées par le deuxième prince ne sont qu'un ramassis, à la nouvelle qu'une seule brique est tombée de la forteresse, elles penseront d'abord à s'enfuir. »
Alors, tout naturellement, les nobles du nord se retireront.
« Les nobles du nord voient cette guerre uniquement comme une guerre de gloire. Au moment où ils comprendront que l'armée du deuxième prince n'est qu'une coquille vide, ils risquent de rebrousser chemin. »
Naturellement, au moment où se répandrait la nouvelle qu'un ordre d'évacuation forcée avait été lancé, il était évident qu'ils fermeraient les portes de leurs châteaux pour se préparer à la défense.
Que ce soient cent mille ou un million d'orcs qui visent Moner, les nobles croiront leurs propres domaines en sécurité.
La raison la plus importante est ailleurs.
« La plus grande valeur des nobles du nord, ce ne sont ni les soldats ni les fournitures qu'ils apportent.
Dans le pire des cas, les nobles du nord sont la seule carte capable de faire pression sur le roi. »
Le vieux vétéran, le visage devenu cramoisi, remuait les lèvres sans parvenir à cracher un mot.
« Si toute la noblesse du nord est ici, même le roi ne pourra pas nous ignorer. »
Au moment où le lien de vassalité entre le roi et les nobles s'effondrerait, l'autorité de la famille royale s'effondrerait avec lui.
« Alors nous devons faire comme si nous étions certains de la victoire, jusqu'au tout dernier moment. Parce qu'il faut nous tromper nous-mêmes pour les tromper. »
« … Alors ceux qui restent dans la forteresse, qu'en fait-on ? »
Soudain, l'image de la femme qui se promenait en tenant la main du vieux vétéran me traversa l'esprit.
'Ah, il avait bien dit que sa fille avait accouché d'une petite-fille et qu'elle était venue à la forteresse ? On dirait qu'elle s'est portée volontaire pour rester puisque la guerre approche.'
Si son mari et ses parents sont ici, elle ne pourra pas partir.
Ce que j'ai à dire est tout décidé.
« Comme toujours, il suffit de les protéger. »
Même s'il faut employer tous les moyens possibles, nous gagnerons. Non, nous devons gagner.
« Maintenant, établissons un plan, dès maintenant. »
***
Le comte regardait Ian et les commandants, les yeux plissés.
« Donc ! Même s'il faut ne mobiliser que l'ordre de chevalerie, nous devons provoquer des escarmouches locales ! Avec de petites unités, il faut réduire leurs forces d'une manière ou d'une autre avant qu'elles n'atteignent la forteresse ! »
« Vous croyez que la guerre est une épopée héroïque ! Il n'y a pour l'instant aucun chevalier qui connaisse la forêt, et vous voulez combattre dans la forêt ? Si vous voulez tant mourir, mourez seul ! »
« Qui a parlé de mourir ? Comme l'a dit l'ancien, nous survivrons et nous deviendrons des héros. »
Une seule personne de plus s'était assise, mais la réunion avait pris de la vitesse.
« Allons, allons. Calmez-vous tous les deux. Alors, que diriez-vous de recruter des volontaires parmi les chevaliers et de mettre sur pied une unité spéciale ? »
« Qui commandera ces gars-là ? Vous croyez qu'il existe quelqu'un d'assez fou pour ramper dans la forêt, à moins d'être complètement dérangé ? »
« Dans les escarmouches à petite échelle, la survie passe avant tout. Il faut que quelqu'un capable de sauver l'unité en toute situation en prenne le commandement. »
« Ha ! S'il existait un tel héros, cette guerre serait déjà gagnée ! »
« Aïgou, l'ancien. Vous êtes déjà devenu sourd ? Combien de fois faudra-t-il le répéter pour que vous compreniez ? »
Le comte n'intervint pas dans la réunion et regarda Ian sans un mot.
« Nous gagnerons cette guerre. »
***
Une fois la réunion chaotique terminée, le comte s'approcha.
« Beau travail. »
C'est vrai.
Beau travail.
Il n'était pas facile d'insuffler de l'espoir à ceux qui avaient accepté la défaite avant même de combattre.
En même temps, ce n'était pas à moi de le faire.
« Même s'ils avaient tous accepté la défaite, vous, comte, auriez dû être certain de la victoire. »
Le comte n'aurait pas dû agir ainsi.
Même s'il pressentait la défaite, il aurait dû proclamer fièrement la victoire devant eux.
« Quand ils s'inquiétaient de la défaite, vous, comte, auriez dû vous mettre en colère en disant qu'à la fin, Moner l'emporterait. »
À ces mots, le comte me regarda d'un œil un peu étrange.
« Vous avez raison. »
Regardant d'un air mécontent le comte qui hochait la tête, l'expression raide, je changeai de sujet.
« Comme je l'ai dit tout à l'heure, je pense qu'il faut d'abord convoquer les nobles. »
« Entendu. Une fois les nobles arrivés, j'enverrai un message au deuxième prince. »
Nous décidâmes d'organiser même un petit banquet pour alléger l'atmosphère.
Si nous organisions un banquet à l'approche de la guerre, nous aurions l'air d'être sûrs de la victoire à ce point.
« Au fait, de qui parliez-vous tout à l'heure ? »
« De qui ? »
Le comte parla d'une voix où perçait une attente subtile.
« De la personne capable de sauver l'unité en toute situation. »
Il y a…….
Il semble y avoir un malentendu.
« Ce n'est pas vous, comte. Le commandant doit naturellement protéger la forteresse. »
« Bien sûr ! Je ne m'y attendais pas, de toute façon ! »
Les sourcils du comte tressaillirent de déception tandis qu'il disait cela.
'Je pensais mettre le comte Mogul……'
Bah, je le lui dirai le moment venu.
« L'important, c'est de ralentir leur progression, ne serait-ce qu'un peu. »
Plus on se rapproche de la lisière de la forêt, moins il y a de bêtes démoniaques et de monstres.
Surtout maintenant que près de cent mille orcs se déplacent, se procurer de la nourriture dans la forêt serait impossible.
Les orcs ne reculent pas devant le cannibalisme.
Dès que se procurer de la nourriture deviendra difficile, il y aura plus d'orcs sur la table du dîner que d'orcs morts de la main des humains.
« Au bout du compte, plus nous ferons traîner les choses par des escarmouches, plus ils s'impatienteront forcément. »
« Hmm… On dit que l'ennemi de mon ennemi est mon ami, alors peut-être que……. »
« Oui ? »
« L'ogre veut se venger, et il a dit vouloir vous rencontrer. »
À ces paroles intéressantes, mon corps se pencha tout naturellement en avant.
« Un ogre……. »
Je ne sais pas combien ils sont, mais chaque ogre est pratiquement une arme de siège.
Rien que de les imaginer lancer des arbres de loin comme des boulets de canon…….
Rien que d'y penser, j'en avais le vertige.
« Il faut que je rencontre vite ce précieux allié avant de le perdre. »
***
Même après le départ d'Ian, le comte resta longtemps assis à sa place, à ruminer.
« Secrétaire général, qu'en penses-tu ? »
« ……. »
« C'est ça, toi aussi, tu trouves que c'est ma faute ? »
Il avait pris peur d'avance devant l'ampleur de cent mille.
Il s'était d'abord soucié de sauver ne serait-ce qu'une personne plutôt que de gagner, sans même penser à ce qui se passerait ensuite.
Sans Ian, Moner aurait perdu tout soutien, en même temps que se serait répandue la rumeur que Moner avait abandonné la forteresse.
'À la fin, Moner l'emportera.'
Il n'avait repris ses esprits qu'après avoir entendu sortir de la bouche du jeune seigneur la devise de la famille du comte, perdue à un moment ou un autre.
« Comme l'a dit le jeune seigneur, c'est une guerre où les chances de victoire sont suffisantes. »
Le secrétaire général hocha la tête avec lui.
« Secrétaire général, j'ai beau y réfléchir, si ma tête s'est sclérosée, c'est sans doute parce que je ne suis pas allé sur le champ de bataille. »
« … Pardon ? »
Sous le coup d'un sinistre pressentiment, le secrétaire général fit la grimace.
« À l'écouter, son plan se tient. Ne vaudrait-il pas mieux avoir davantage d'unités pour mener des escarmouches ? »
« C-c'est vrai, mais……. »
« Alors, c'est décidé. Je devrais moi aussi sortir manier un peu l'épée. »
« Comte, le capitaine de l'unité de missions spéciales n'a-t-il pas clairement dit que le comte devait protéger la forteresse ? »
« Oho ! Toi aussi, déjà ! Le commandant de la forteresse, c'est encore moi, pas lui ! »
« Alors, à qui comptez-vous confier la forteresse ? »
« Puisque ce Mogul a dit qu'il venait, toi et Mogul, ça devrait suffire. »
Le secrétaire général, après avoir un instant penché la tête, glissa la main dans sa poitrine et en sortit une enveloppe défraîchie.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« C'est la preuve de ma sincérité, que je chéris depuis longtemps. »
Une lettre aussi précieuse.
« C'est une lettre de ta fille ? Je peux la lire, peut-être ? »
« Bien sûr. Je l'ai écrite en veillant toute une nuit pour le comte. »
Alors qu'il recevait avec précaution, le cœur serré, le papier que lui tendait le secrétaire général, de grosses lettres écrites sur le papier à lettres apparurent.
[Lettre de démission]
Comme le comte, décontenancé, fusillait du regard tour à tour la lettre de démission tachée par le temps et le secrétaire général, le vieux secrétaire général eut un sourire radieux.
« Depuis combien de temps tu as ça……. »
« Je l'ai écrite le jour où j'ai commencé à servir le comte. »
« Quoi ?! À l'époque, tu as bien dit que tu me suivrais avec sincérité ! »
« … Grâce à quoi, j'ai trouvé un bon travail. »
Le visage du comte se teinta de choc et d'un sentiment de trahison.
Il n'arrivait pas à dire ce qui était le plus choquant : que le secrétaire général, en qui il avait plus confiance qu'en quiconque, ait chéri cette lettre de démission comme un oisillon, ou qu'il la sorte maintenant.
« … Alors viens avec moi. »
En un instant, les yeux du secrétaire général étincelèrent.
« Toi comme moi, nous nous battons depuis trop longtemps avec des documents qui ne nous conviennent pas. Si nous les confions à Mogul, il s'en sortira bien tout seul quelques jours. »
« … Si c'est le comte Mogul, il protégera sûrement la forteresse à merveille. »
Le secrétaire général, qui hochait la tête avec sérieux, reprit prestement la lettre de démission.
« Je vous transmettrai ma sincérité une prochaine fois. »
« Je n'arrive pas du tout à comprendre en quoi c'est de la sincérité. Alors que je te traite si bien. »
Le secrétaire général, qui avait perdu son calme, ressortit la lettre de démission, mais en se rappelant le champ de bataille qu'il retrouverait après plusieurs années, il la rangea doucement.
