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Chapitre 10

Chapitre 10

8 octobre 2026 ~12 min · 2 328 mots

Le lendemain matin.

Tout le château était en ébullition après l'incident de la veille à l'hôtel de ville.

On racontait partout dans le château que le régent, fou de rage en apprenant la nouvelle, avait giflé le chef du service d'audit, et que les auditeurs qui touchaient des pots-de-vin avaient démissionné en masse.

Les guildes marchandes citées dans la déposition de Roberto se rendirent au château seigneurial avec des charrettes pleines d'or pour clamer leur innocence.

Le régent, le chef du service d'audit et le chef de la sécurité tentèrent tous de voir Ian, mais Ian rejeta toutes les demandes et s'enferma sur le terrain d'entraînement avec Lina.

***

Ian, en tant que « Capable Incompétent », savait tout faire.

Ce n'était pas seulement que son personnage était conçu ainsi : pour survivre dans le jeu, il devait réellement exceller dans toutes les aptitudes, hormis la force martiale.

Surtout à l'époque où Ian dirigeait une cellule de la résistance, il avait même dû approfondir sa compréhension de l'épée et de la magie pour former ses membres.

Contrairement aux autres cellules, dont le chef possédait une grande force martiale, celle que dirigeait Ian devait avant tout développer la force de ses membres pour survivre.

'C'est pour ça que je m'étais mis à apprendre les arts secrets par cœur.'

Les arts secrets de chaque famille et de chaque héros, qu'on ne partageait qu'à un stade très avancé du jeu.

Ces arts secrets, que tout le monde prenait pour des éléments inutiles, étaient des pièces cachées indispensables à la progression.

Rien qu'en les apprenant par cœur pour les enseigner, certains personnages acquéraient de nouvelles compétences, ce qui me permettait de renforcer encore les forces humaines en milieu et en fin de partie.

« Au lieu de garder le mana en un seul endroit, il faut respirer comme si tout ton corps était un Puits de Mana. »

Petit problème : les arts secrets que chacun pouvait apprendre étaient différents.

Je lui avais déjà enseigné des dizaines de versets d'arts secrets, mais Lina n'avait pu en apprendre aucun.

« Je ne comprends pas… »

« Ce n'est rien. Le talent, c'est comme ça. »

Bien sûr, il existait des arts secrets que même les incapables pouvaient apprendre.

Comme l'art secret du mana de l'armée de la résistance, créé pour militariser l'humanité tout entière.

Il permettait de faire en peu de temps des soldats maniant le mana même de gens sans talent ni trait, mais son potentiel était nettement limité : ce serait du gâchis de l'enseigner à Lina.

'Je vois pourtant clairement la lumière d'un trait…'

Parmi tous ceux qui erraient dans ce château en ce moment, la sienne était la lumière noire la plus nette.

Elle devait bien avoir du talent quelque part.

Ian et Lina enchaînaient les leçons depuis l'aube pour trouver ce trait.

« Ensuite, la Méthode d'Absorption du Spectre. C'est un art secret créé par le Roi Spectre, un assassin qui aurait assassiné le grand chef de la tribu des Nagas. Il permet de dissimuler son mana et sa présence, et d'alléger le corps. »

Malgré des dizaines d'échecs, je tendis à Lina, impassible, les versets que j'avais mis par écrit.

« Pardon, duc. À cause de moi… »

Lina, tête basse, prit les versets et se mit à lire.

Bien sûr, elle ne croyait pas un mot de ces histoires d'art secret d'un grand guerrier qui avait tué un grand guerrier orc, ou de technique de respiration d'un grand mage qui avait affronté une liche à la tête d'une armée de morts-vivants.

Elle ne croyait pas qu'un tel art secret existe, et même si c'était le cas, pourquoi l'enseignerait-il à elle, une simple servante ?

Elle s'en voulait seulement de ne pas réussir ce qu'Ian s'efforçait avec tant d'ardeur de lui enseigner.

'Cette fois, c'est la bonne !'

À vrai dire, elle ne savait même pas ce qu'elle était censée apprendre.

Elle restait simplement assise sur le terrain d'entraînement depuis l'aube, à lire d'étranges textes.

Le jeune duc lui avait dit qu'à force de lire ces textes, elle aurait naturellement, eh bien, comme ça, une révélation ; mais pour Lina, les textes qu'Ian avait écrits n'étaient qu'un alignement de mots incompréhensibles.

'Le souffle du spectre se compose de l'inspiration, heup, et de l'expiration, ho…'

Son regard se fit de plus en plus vague à mesure qu'elle parcourait le livre d'art secret, et enfin, la fenêtre de message qu'Ian attendait depuis si longtemps apparut devant ses yeux.

***

[Trait acquis : Roi Obscur]

'Ugh, quel nom de mauvais augure pour un trait.'

Roi Obscur.

Me disant que c'était le pire nom possible pour quelqu'un destiné à régner, je fronçai les sourcils et consultai la fenêtre de traits.

[Roi Obscur]

Le talent d'un roi qui régnait sur les recoins les plus sombres de l'empire.

- Facilite l'acquisition de compétences liées à l'assassinat, à la furtivité, au vol et à la dissimulation.

- La maîtrise de l'assassinat, de la furtivité, du vol et de la dissimulation augmente rapidement.

- La résistance aux poisons augmente.

'Roi Obscur… donc pas un roi obscur au sens d'insignifiant, mais un roi des ténèbres. Comme un caïd des bas-fonds. Quel sens du nom, tss.'

Malgré ces pensées un brin cyniques, les lèvres d'Ian s'étirèrent tandis qu'il examinait le trait.

« C'est le jackpot. »

Tout était bon là-dedans, mais c'est la résistance aux poisons qui lui plaisait le plus.

[La Dépendance diminue grâce à l'augmentation de la résistance aux poisons.]

Il sentit aussitôt faiblir légèrement la douleur qui tourmentait son corps sous l'effet de la dépendance.

'La dépendance a baissé.'

La dépendance, montée à 73 %, était retombée à 69 %.

Se disant qu'il pourrait tenir plus d'une semaine ainsi, il posa un regard satisfait sur Lina, plongée dans le livre d'art secret.

***

La semaine suivante, Ian vécut pratiquement sur le terrain d'entraînement.

Il mâchait des herbes médicinales en guise de repas, s'entraînait à la technique de respiration et à l'art de la dague du Roi Spectre pour gagner ne serait-ce qu'un peu plus de résistance aux poisons, et buvait un peu d'eau droguée chaque fois que la douleur devenait trop forte.

De temps à autre, le régent envoyait un messager pour l'informer de l'avancée de l'enquête, mais Ian ne se montrait même pas et se consacrait à l'entraînement.

Sous l'effet de la dépendance, il avait du mal à contenir ses émotions, qui bouillonnaient comme un volcan sur le point d'entrer en éruption.

« Ça suffit pour aujourd'hui. »

En voyant le visage d'Ian, plein d'agacement, Lina s'approcha, lui tendit une serviette et demanda :

« Quelque chose ne va pas ? »

« Non. C'est juste que ça commence à devenir un peu dur. Tu te souviens de ce que je t'ai dit l'autre fois ? »

« Ce… votre demande… de vous attacher, duc ? »

En voyant Lina poser la question, les joues en feu, Ian soupira.

Cela faisait plus d'une semaine qu'ils s'entraînaient ensemble, et pourtant l'idée ancrée dans son esprit ne semblait pas près de changer.

« Je te l'ai dit plusieurs fois, ce n'est rien de bizarre. Tu dois juste m'attacher et veiller à ce que je ne mange rien. Surtout pas la drogue, ça, c'est formellement interdit. Je vais essayer de tenir aujourd'hui, mais je crois que j'arrive à ma limite. »

Sur ces mots, Ian dit à Lina de poursuivre l'entraînement et quitta le terrain.

Lina lui demanda à plusieurs reprises si elle pouvait faire quelque chose pour l'aider, mais hélas, elle ne pouvait rien pour l'aider à maîtriser son esprit au bord de la folie.

« Ah, c'est génial. »

Sorti dans le couloir, Ian enfonça de force ses mains tremblantes dans ses poches et marmonna :

« C'est génial d'être un vaurien ! Je me sens super bien ! »

Il criait comme s'il était heureux, pour refroidir ses émotions.

Il voyait les domestiques, qui lui jetaient des coups d'œil à cause de ses excentricités répétées depuis plusieurs jours, quitter vite les lieux.

C'était la limite.

Non : il avait tenu grâce à son nouveau trait, mais la limite était peut-être arrivée bien plus tôt.

Tandis qu'il avançait, les regards lancés de toutes parts lui collaient à la peau.

On lui murmurait rancœurs et malédictions à l'oreille, et les insultes sur ce jeune duc incapable et bon à rien s'accumulaient.

« Bon sang. »

Il avait envie de passer sa colère à coups de poing.

Il avait envie d'arracher un à un ces yeux insolents à leurs propriétaires pour les jeter aux chiens.

En même temps, il savait que cette pensée n'était pas la sienne, mais celle de la drogue.

La seule chose qui l'aidait à distinguer l'irréel du réel, c'était la fenêtre de statut de Lost Chronicle qui clignotait devant ses yeux.

'Non, même ça, c'est peut-être une illusion.'

Oui, ce n'était peut-être qu'une douce illusion créée par un Ian qui avait cédé face à une réalité devenue insupportable.

La Terre, Lost Chronicle, et même le joueur surnommé le Roi de la Stratégie.

Tout cela n'était-il qu'une hallucination de plus, inventée par Ian pour échapper à cette maudite douleur et aux voix qu'il entendait ?

Le doute, apparu quelques jours plus tôt, avait envahi son esprit et paralysait ses pensées.

Plus il gagnait du terrain, plus il se mordait la lèvre, savourait le goût du sang dans sa bouche et se forçait à rire.

« C'est vraiment, vraiment génial. »

Il se laissa tomber par terre dans le couloir, cacha ses mains entre ses genoux et y enfouit la tête comme pour la cacher.

Il s'isolait pour ne pas déverser sa colère et son désespoir sur des innocents.

Parce que s'il ne voyait rien et n'entendait rien, il se sentirait un peu mieux.

'Ça va. Ce n'est vraiment plus très long. Reina va bientôt arriver, et je pourrai me désintoxiquer sans trop de mal.'

Personne ne s'approcha de lui, assis au milieu du couloir.

Il n'y avait que des gens qui quittaient les lieux en hâte dès qu'ils le voyaient.

'Mes plans pour la suite sont à peu près prêts. D'abord, obtenir des vivres. Ensuite, rendre le domaine autosuffisant, pour qu'on ne puisse plus me menacer avec quelque chose d'aussi minable que la nourriture.'

Cela faisait plus de deux semaines qu'il n'avait pas pris un vrai repas.

Les herbes médicinales qu'il avait mâchées et avalées en guise de nourriture et d'eau semblaient bouillonner dans son estomac.

'Avant ça, une fois la dépendance vaincue, il faudra que je goûte vraiment la cuisine de ce monde.'

Ignorant les cris malveillants qui fouillaient son esprit, il se concentra sur ses projets.

S'il tombait ici, il deviendrait esclave.

Comparée aux innombrables épreuves qu'avait dû affronter Ian l'Épéiste esclave, une difficulté de ce niveau n'était qu'un incident insignifiant.

« Bon. Je peux y arriver. »

Alors qu'Ian, la tête et les mains enfouies dans ses genoux, murmurait ces mots, une voix mélodieuse s'éleva au-dessus de sa tête profondément baissée.

« Qu'est-ce qui est si génial, jeune maître ? »

À cette voix douce comme une chanson, il releva la tête et vit Reina.

Ses grands yeux exprimaient une faveur absolue et une affection débordante.

Son regard tendre et son sourire inébranlable n'étaient dirigés que vers lui.

« Ah… »

Voilà donc pourquoi la seconde moitié du journal d'Ian était remplie d'hymnes à sa gloire.

Ian, ce pauvre garçon, avait pu endurer cet enfer grâce à Reina.

C'était grâce à elle qu'il avait pu risquer sa vie pour tenter d'arrêter la drogue.

« Reina… »

« Oui, jeune maître ! »

Devant son sourire radieux, comme un printemps en pleine floraison, les paroles maudites qui faisaient rage dans son esprit un instant plus tôt semblèrent s'évanouir.

« Bon retour. »

« Pardon pour le retard. L'endroit dont vous m'aviez parlé n'a pas été facile à trouver. »

Il secoua la tête devant elle, qui s'inclinait comme pour s'excuser sincèrement.

« Ce n'est pas grave si tu ne l'as pas trouvé. Si ça ne marche pas, j'irai le chercher moi-même. »

À ces mots destinés à la rassurer, Reina releva la tête et sourit avec un clin d'œil.

« Voyons ? Je suis votre seule et unique Reina, jeune maître ! J'ai rapporté ce que vous m'aviez demandé. Même si quelque chose de… pas vraiment voulu a suivi. »

Une vague de soulagement le submergea.

Il ne prêta pas grande attention au fait que quelque chose ait suivi.

Rien n'était plus important que de pouvoir enfin se libérer de cette maudite dépendance.

'Je vais enfin pouvoir régler la dépendance.'

Pressé de se désintoxiquer au plus vite, il tenta de se relever, et Reina lui tendit naturellement la main.

En prenant cette main, la première qu'on lui tendait en deux semaines, il sentit une chaleur lui chatouiller la paume.

« Merci. Allons dans la chambre maintenant. »

« Oui, jeune maître. Que dois-je faire de l'invité ? »

'Personne ne viendrait me voir à cette heure-ci. C'est lié à l'incident de l'hôtel de ville ?'

Qui que ce soit, ce ne pouvait pas être quelqu'un de très important.

Il avait beau être jeune duc, il n'avait aucun pouvoir réel.

Une personne importante serait allée voir le régent, et parmi ceux qui venaient trouver spécialement un vaurien, il ne pouvait y avoir personne de poids.

« Je ne sais pas qui c'est, mais pour l'instant, dis-lui de revenir plus tard. Je devrais pouvoir le recevoir vers après-demain. »

À ces mots, Reina hocha la tête et dit :

« C'est un elfe de la forêt de l'ouest. Il tient vraiment à vous voir à cause des elfes disparus récemment… Alors je vais lui transmettre. »

En entendant parler d'un elfe de la forêt de l'ouest, Ian s'arrêta net.

« Attends. Il y a un elfe ici, en ce moment ? »

« Oui. »

'Un elfe de la forêt de l'ouest.'

« Alors allons d'abord le voir. »

La chance semblait s'enchaîner.

Fin du chapitre 10
Fiche de l'œuvre

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