Les trois sièges étaient reliés : Dias était assis à la droite de Cillin, et à sa gauche se trouvait un autre jeune homme à peu près de son âge.
Le garçon ne cessait de remuer sur son siège, l'air un peu nerveux. Quand il vit Cillin froncer légèrement les sourcils, il esquissa un sourire forcé et dit : « T'inquiète pas, mon pote, la trajectoire des paquebots spatiaux de la planète X-C100 est le fruit de calculs d'une précision absolue. Rien à voir avec les paquebots des autres planètes : leur coefficient de sécurité est au moins des dizaines de fois supérieur. Le risque de tomber sur une anomalie magnétique est inférieur à 0,01 %, et celui de croiser des pirates de l'espace est encore plus faible. En plus, les vols au départ de X-C100 sont protégés par des lois spéciales... »
Tout en écoutant les jérémiades du garçon, qui cherchait surtout à se rassurer lui-même, Cillin remarqua que le coin des lèvres de Dias s'était très légèrement relevé. Il ne put s'empêcher de penser que ce fils de pute souriait comme quelqu'un qui préparait un mauvais coup.
Une fois le vaisseau passé en vol de distorsion, certaines conversations s'éteignirent peu à peu : les passagers devaient consacrer davantage d'énergie à réprimer le malaise propre à ce mode de voyage. Cillin, lui, inclina son siège, remonta la couverture, ferma les yeux et s'endormit.
Dias trouvait la réaction de Cillin amusante. Le petit dormait à poings fermés ; il devait en avoir l'habitude. Il avait de bonnes dispositions, tant physiques que mentales.
Ce qu'il ignorait, c'est que c'était en réalité la première fois que Cillin dormait pendant un vol de distorsion. Mais même endormi, chaque poil de son corps captait ce qui l'entourait, et en particulier l'intention meurtrière. La moindre trace suffirait à le réveiller.
Pourtant, Cillin ne dormit pas longtemps : une secousse brutale le tira du sommeil.
« Les interférences magnétiques et le champ de force ont perturbé le contrôle de la barre, et la propulsion à impulsion ne fonctionne plus normalement non plus. Dans ces conditions, les systèmes de commande ne tiendront plus longtemps. Le vaisseau va sortir de la distorsion. » Dias évaluait calmement la situation. « C'est sans doute une interférence délibérée venue de l'extérieur. Si je ne me trompe pas, nous sommes tombés sur des pirates de l'espace. »
En entendant les mots « interférences magnétiques et champ de force », le garçon à côté de Cillin était déjà devenu blême de terreur ; les mots « pirates de l'espace » prononcés ensuite par Dias furent sans aucun doute un coup de trop. Le pauvre gamin s'évanouit sur-le-champ.
Dias n'avait pas parlé fort, et seuls eux trois avaient pu l'entendre, mais les autres passagers avaient déjà tiré leurs propres conclusions. Toutes avaient un point commun : la peur.
Après une nouvelle série de violentes secousses et un grésillement électrique, une voix grave et arrogante résonna dans tout le vaisseau.
« Toutes nos excuses, mes chers petits passagers. Ce vaisseau est désormais sous notre contrôle. Si vous ne voulez pas mourir, restez sagement assis à vos places : les armes que nous tenons ne savent pas discuter gentiment comme des êtres humains, voyez-vous. Ah, encore une chose : je déteste le bruit. Si quelqu'un se met à crier, il pourra aller rejoindre ses camarades débris dans l'espace. »
Des pirates de l'espace !
Pendant un moment, la cabine s'emplit de respirations haletantes et de sanglots.
Cillin analysa la situation. Si ces pirates osaient attaquer un paquebot de la planète X-C100, c'est qu'ils avaient tout planifié avec soin. Ils avaient esquivé les patrouilles de sécurité et neutralisé tout le système de sécurité du vaisseau sans rencontrer de grande résistance ni provoquer de gros remous, comme une explosion : il y avait donc neuf chances sur dix qu'ils aient infiltré une taupe à bord depuis longtemps. De plus, en vertu de certaines lois, quiconque tuait à la légère un passager d'un paquebot venant d'une planète terminus était traqué sans merci par l'armée. À en juger par le ton du pirate, ces types n'avaient pour l'instant pas l'intention de tuer qui que ce soit à bord ; même les gardes n'étaient sans doute que neutralisés. Mais rien n'était sûr, et des pirates restaient des pirates. Qui sait s'ils ne finiraient pas par trouver quelqu'un antipathique et lui tirer dessus ?
En regardant Dias assis en tailleur à côté de lui, parfaitement détendu, Cillin se dit que ce type avait forcément tout à voir avec cet incident. 'Pff, on dirait que je me retrouve pris entre deux feux.' À vrai dire, Cillin était surtout curieux. Qu'est-ce que ce type de rang A comptait bien faire ?
Peu après, une dizaine de pirates portant des masques hideux entrèrent, armes au poing, et se dirigèrent droit sur Dias. Des dizaines de canons se braquèrent sur lui.
« Debout, tu viens avec nous ! »
Dias se montra plutôt coopératif. Il écarta les bras et ouvrit les doigts pour montrer qu'il n'avait aucune intention de résister.
« Ah, au fait. » Il n'avait fait que deux pas quand il se retourna soudain vers Cillin. « Hé, mon petit copain, tu veux bien surveiller mon repas ? Je n'ai pas encore fini ma boîte de burrito spatial. »
Les sourcils de Cillin tressaillirent. 'Putain ! On se connaît si bien que ça ? Je m'en fous que t'aies pas fini ton burrito, et qui serait assez désœuvré pour aller chercher ton burrito à moitié mangé, avec encore les marques de tes dents, dans une situation pareille ? Tu cherches juste à m'entraîner dans ta chute !'
Comme il s'y attendait, le chef des pirates pointa son arme sur lui. « Amenez-le aussi ! »
Cillin n'avait pas le moindre doute : derrière les lunettes de soleil de Dias, ses yeux devaient sourire comme ceux d'un renard.
Les autres passagers de la cabine n'osaient même pas respirer trop fort, de peur d'attirer l'attention des pirates.
Sous la menace de dizaines d'armes, Cillin et Dias furent conduits jusqu'à la salle de commande principale. Le commandant et les timoniers gisaient inconscients dans un coin. Comme Cillin l'avait prévu, les pirates ne les avaient pas tués, même si rien ne permettait de dire ce qu'il adviendrait ensuite.
« Patron, on vous l'a amené. »
L'homme assis dans le fauteuil du commandant le fit pivoter. Il portait le même masque que les autres et jouait avec son arme. Sans un regard pour Cillin, il fixa Dias. « Où est-ce ? »
Ils avaient déjà fouillé tous les bagages déposés dans la soute sans trouver ce qu'ils cherchaient.
Dias ne fit pas l'idiot. « Je l'ai sur moi. »
La main qui jouait avec l'arme s'immobilisa. « Sors-le », ordonna l'homme d'un ton grave.
Près de vingt armes étaient braquées sur Dias. Au moindre geste suspect, ils feraient feu.
Dias haussa les épaules. « Je peux vous dire où c'est et vous donner ce que vous cherchez. Mais vous feriez mieux de garder vos armes sous contrôle. Si je meurs, vous ne l'aurez pas non plus. »
Tout en parlant, il secoua une fois la main, et un anneau argenté glissa de son bras jusqu'à son poignet. Il toucha un point de ce fin anneau, qui se transforma en un bracelet large de trois centimètres.
Un objet subspatial ! Et d'une qualité bien supérieure à la normale : cet anneau à lui seul valait bien plus que le vaisseau tout entier !
Ces pirates connaissaient leur affaire. Même à travers les masques, Cillin savait que leurs yeux brillaient de convoitise.
Dias en sortit une grande mallette noire. Cillin l'avait déjà vue au restaurant, mais il ne s'attendait vraiment pas à ce que cette mallette, que Dias trimballait avec tant de désinvolture, soit la cible des pirates. Il ne doutait pas un instant de la valeur de ce qu'elle contenait, mais ce Dias n'était-il pas un peu trop voyant ?!
'Il l'a fait exprès. Ce type l'a fait exprès, c'est certain !'
Tous les muscles de Cillin étaient tendus, prêts à réagir. Ce Dias était rusé comme un renard ; il n'y avait aucune chance qu'il cède aussi facilement.
Après avoir sorti la mallette, Dias la lança droit sur l'homme assis dans le fauteuil du commandant. Au moment précis où celui-ci allait l'attraper, toutes les lumières de la salle de commande s'éteignirent d'un coup.
'Putain ! Je savais qu'il allait faire ça !'
Juste avant l'extinction des lumières, Cillin avait remarqué un éclat sur un point du bracelet de Dias, accompagné d'un bruit étrange. La plupart des gens ne l'auraient même pas remarqué, mais les puces dans le corps de Cillin y avaient réagi : son premier réflexe avait donc été de s'écarter.
Comme prévu, des coups de feu éclatèrent dans l'obscurité, et des étincelles jaillirent de toutes parts.
Dias était passé à l'attaque !
Cillin n'avait aucun besoin de lunettes de vision nocturne. Ses yeux s'adaptèrent d'eux-mêmes : des cellules épithéliales cylindriques se formèrent dans sa rétine, et ses pupilles se dilatèrent jusqu'à couvrir 90 % de la surface du globe oculaire. L'éclair d'un seul tir laser suffisait à Cillin pour voir toute la salle de commande avec une parfaite netteté ; alors avec autant d'armes tirant en même temps, c'était comme si quelqu'un avait installé un projecteur dans la pièce.
Dias était bien digne de son génotype de rang A. Des gestes nets, une visée précise, et chaque coup portait. Il n'eut même pas besoin d'arme pour mettre hors de combat la plupart des pirates le temps d'un souffle. Il ne les tuait pas : il se contentait de les neutraliser.
Cillin ne croyait pas une seconde que Dias soit quelqu'un de miséricordieux. Du point de vue d'un Chasseur, un pirate valait plus vivant que mort.
L'un des pirates sortit une source de lumière de secours, mais même éclairés, ils avaient du mal à suivre la silhouette de Dias. Il était tout simplement trop rapide et ne leur laissait pas le temps de viser. Et ces pirates n'avaient sans doute jamais imaginé que toute la salle de commande serait plongée dans le noir : ils n'avaient apporté ni lunettes infrarouges, ni lunettes à balayage électronique.
Le combat ne dura pas plus de dix secondes. Il n'était pas exagéré de parler de déroute totale pour les pirates. L'écart de force était bien trop flagrant.
Le dernier pirate eut l'intelligence de placer devant lui un employé évanoui pour s'en servir d'otage. Mais avant même qu'il ait pu ouvrir la bouche, un craquement monta de sa gorge, et il devint le seul mort de la bande dans cette salle de commande.
« Je déteste qu'on me menace. » Le ton de Dias était parfaitement calme, comme s'il énonçait une simple évidence.
Le combat terminé, toutes les sources de lumière se rallumèrent, et la clarté revint dans la salle de commande. Les yeux de Cillin redevinrent normaux.
Dias ne jeta même pas un regard à Cillin, debout à côté de lui, et se mit à manipuler quelques instruments.
Un grand écran se déploya devant eux. Plusieurs lignes de coordonnées entrecroisées se mirent à défiler à toute vitesse avant de se verrouiller sur quelques points lumineux qui se déplaçaient rapidement : les pirates censés monter la garde dans les autres sections du vaisseau, qui avaient pris la fuite en comprenant que l'affaire tournait mal.
Une fois les cibles verrouillées, Dias activa sans la moindre hésitation les torpilles photoniques dont le vaisseau était équipé. Le coin des lèvres de Cillin ne cessait de tressaillir. Ne fallait-il pas entrer plusieurs niveaux de mots de passe avant de pouvoir activer les torpilles photoniques d'un vaisseau ? Il les avait déjà tous percés, aussi vite ?
De vives explosions s'allumèrent l'une après l'autre comme autant de flammes, et les chasseurs des pirates en fuite furent bientôt réduits en miettes.
« Ouais ! » Dias fredonna un air en esquissant quelques pas de danse. Après avoir ramassé la mallette tombée par terre, il s'approcha de Cillin. « La sécurité va arriver d'une minute à l'autre. Ah, Cillin, ce n'est pas à moi de te le dire, mais tu aurais dû avoir l'air un peu plus paniqué en voyant les pirates, être terrifié en voyant le canon de leurs armes. Tu n'aurais pas dû rester aussi calme, comme si tu avais le visage paralysé : chaque geste et chaque expression des passagers sont enregistrés par les caméras de sécurité du vaisseau. Ton attitude est tellement suspecte que la sécurité va t'embarquer et t'interroger brutalement. » Dias appuya volontairement sur le mot « brutalement ».
Cillin lui lança un regard en biais. « Et alors ? Ce n'est pas exprès que tu t'es assis à côté de moi, pour m'impliquer dans cette affaire ? »
Dias éclata d'un rire rusé et ne le nia pas.
« Tu sais, la compagnie aérienne et la sécurité indemnisent les passagers victimes d'un braquage. Et si tu es prêt à t'abîmer un peu, ils paieront encore plus. »
Cillin ne répondit ni oui ni non.
