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Rivers of the NightChapitre 6 · 6/8

Chapitre 6

Chapitre 6 — NON !

15 octobre 2026 ~6 min · 1 076 mots

Six mois plus tôt.

***

« Theeeerrrroooooon, viens avec nous ! »

Une petite fille tirait sur le bras de Theron. Elle avait à peine dix ans tout juste passés, mais ses petites mains avaient une force étonnante. Deux grands yeux bleus ornaient son visage, avec un nez en bouton et des lèvres d'un rose éclatant qui semblaient appartenir à une poupée.

Bien habitué aux facéties de sa petite sœur, Theron continuait de se balancer tranquillement dans son fauteuil. Le doux crépitement de la pluie rebondissait contre la fenêtre.

C'était sa place préférée de toute la maison, et elle n'était jamais aussi agréable que lorsqu'il pleuvait. Bien qu'il fût Mancer d'Eau, il préférait rester à l'intérieur. Selon lui, la pluie s'observait, elle ne se subissait pas. Il n'y avait rien d'amusant à abîmer ses robes impeccables.

La petite Bobo, elle, était tout le contraire. La pluie lui faisait peur, surtout quand il y avait de l'orage. Mais elle était aussi toujours la première à sauter à pieds joints dans la flaque la plus proche.

« Allons, ne dérange plus ton frère, petite Bobo. Tu sais bien que les Examens impériaux approchent. »

Une femme qui ne paraissait pas avoir plus de vingt ans entra dans la pièce. Ses cheveux étaient relevés en tresses délicates, et sans la crainte du blasphème, la plupart des gens l'auraient instinctivement appelée Impératrice en la voyant pour la première fois.

La mère de Theron était la seule de leur petite famille à ne pas avoir les yeux bleus, mais elle portait la même froideur que tous les autres. Enfin, tous les autres, Theron excepté. Les affinités des Mancers étaient héréditaires, mais rien n'était parfait. Alors que sa famille était née Mancers de Glace, Theron, lui, était né Mancer d'Eau.

Pour un profane, ce n'était pas grand-chose, mais l'écart entre les deux était immense. Les Mancers de Glace étaient des existences aussi redoutées que les Mancers de Foudre ou que les rares Mancers de Lumière et de Ténèbres. Les Mancers d'Eau, en revanche, manquaient de puissance de combat et servaient surtout de soutien au cours des batailles.

Theron ne s'en était jamais vraiment soucié. Il n'aimait pas se battre. Il préférait de loin rester à la maison à lire. Devenir lettré était son rêve. Il pensait qu'il était bien plus facile de changer le monde par les mots et la raison qu'avec un gros poing.

Bientôt, il deviendrait Lettré impérial : le premier pas pour entrer à la Cour impériale de l'Empereur et s'élever jusqu'au rang de Premier ministre. Quand il détiendrait ce pouvoir, il pourrait changer le monde en mieux.

La petite Bobo fit la moue et, têtue, grimpa sur les genoux de son frère pour s'y allonger. Un sourire triomphant s'étala sur son petit visage. Comment allait-il lire, maintenant ?

Un rire grave retentit sur le côté. Un homme solide, qui attisait le feu dans la cheminée, se releva. Il s'approcha et souleva sa fille, sauvant son fils de la petite démone.

Leur père n'était pas moins séduisant que leur mère n'était belle. Son seul défaut était la moustache broussailleuse et légèrement grisonnante qu'il arborait au-dessus de la lèvre, un attribut qui lui valait d'innombrables moqueries de la part de sa fillette.

« Beurk ! Beurk ! Beurk ! Ça gratte trop ! » La petite Bobo esquiva un baiser, escalada le corps de son père comme un singe agile et prit possession d'une nouvelle place sur son dos.

Theron leva les yeux avec un sourire. En regardant les facéties de sa famille et en écoutant la pluie danser sur la vitre, il ressentit une paix véritable.

Les pensées qui l'habitaient étaient bien trop mûres pour son âge. Quel garçon de treize ans aurait eu l'esprit assez clair pour savourer un tel moment ? Peut-être, s'il avait eu soixante ans de plus, cela aurait-il été plus compréhensible.

***

C'est alors que l'image se déforma. Le temps perdit tout sens, et Theron se retrouva à courir à travers les champs. Il était déjà tombé une fois, ses robes immaculées couvertes de taches de boue.

Comment était-ce arrivé ? Pourquoi était-ce arrivé ?

La fête avait eu lieu un jour de pluie, mais pour une ville peuplée de Mancers d'Eau, c'était plutôt un avantage.

Tout était parfait, alors pourquoi cela arrivait-il ?

Des coups de foudre s'étendaient à travers le ciel comme un filet, des éclairs particulièrement énormes y entraient et en sortaient, presque comme des dragons ondulant dans les cieux.

La douleur dans son cœur ne cessait d'empirer. Il ne pouvait pas entendre les cris par-dessus le tonnerre déchaîné, mais il sentait leurs morts.

Ses sens avaient toujours été décuplés sous la pluie. De tous ceux qui étaient là, il avait peut-être été le premier à comprendre que quelque chose n'allait pas.

Mais il ne pouvait toujours rien y changer.

Un souffle haché s'échappait de ses lèvres, ses poumons menaçaient de se déchirer. Il avait l'impression qu'un diable enflammé remontait sa gorge en griffant depuis le fond de son estomac, et son cœur lui faisait si mal qu'il en perdait presque toute sensation.

Enfin, il franchit la colline, et ce qu'il vit fut une scène qu'il n'oublierait jamais.

Un homme vêtu de robes dorées flottant au vent se tenait haut dans le ciel. Les éclairs tombaient l'un après l'autre, la plupart dirigés vers lui, mais quelques étincelles égarées passaient au travers.

Les habitants de leur ville ne pouvaient résister même à ces simples filaments. Il suffisait de se trouver à proximité pour y laisser la vie.

Theron voyait sa famille en contrebas. Son père protégeait la petite Bobo et sa mère derrière lui. Sa petite sœur gardait les yeux bien fermés, ses petits bras noués autour de son cou.

« NON ! »

Il sentit l'éclair avant même qu'il ne s'abatte, et la réaction de l'homme dans le ciel fut plus claire encore.

Debout dans ses robes dorées flottantes, l'homme agita nonchalamment la paume et n'en bloqua qu'une partie. Il aurait pu le bloquer entièrement, Theron en était certain. Il le sentait.

La famille de Theron fut réduite en cendres d'un seul coup. Il sentit l'ultime combat de son père, mais tout fut vain.

Qui pouvait résister à la fureur du Ciel ?

Son regard devint blanc de chagrin et de rage.

Pourquoi sa famille ? Pourquoi cette ville ? Pourquoi ici ? Qui ferait une chose pareille ?

Les mots qu'il entendit ensuite restèrent à jamais gravés dans son âme.

Fin du chapitre 6
Fiche de l'œuvre

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