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Chapitre 6

Chapitre 6 — Les arts martiaux de la famille (3)

12 octobre 2026 ~10 min · 1 917 mots

« Ah, c'est possible, en effet. »

À présent, personne au sein de la secte n'ignorait que moi, Yong Hwarin, j'avais avalé toutes sortes d'élixirs.

Certains murmuraient même que me les faire prendre revenait à verser de l'eau dans un tonneau sans fond, vu que mon état ne s'était jamais amélioré.

« J'ai sans doute pris plus d'élixirs que la plupart des descendants des clans nobles. Et je pense qu'avec le temps, mon énergie interne va se renforcer. Je sens encore beaucoup d'énergie médicinale qui sommeille en moi. »

« Voilà une vraie chance. Si c'est le cas, ce revers pourrait bien se changer en bénédiction. »

Mo Biyoung me crut sur parole. Elle n'envisagea même pas que je puisse mentir. Mais en vérité, je n'étais qu'à moitié honnête avec elle.

Il restait bel et bien un peu d'énergie des élixirs. Mais ce que je ressentais vraiment, c'était quelque chose de bien plus étranger qui affluait dans mon dantian chaque fois que mon énergie interne atteignait ses limites pendant l'entraînement.

C'était autre chose : plus sombre, plus froid et plus tranchant que l'énergie tiède et printanière des élixirs.

Pourtant, je ne pouvais pas m'en ouvrir à Mo Biyoung. Il m'aurait fallu lui expliquer qui j'étais vraiment.

Comment réagirait-elle si je lui disais que j'avais vécu cinquante ans avant de revenir dans le passé ?

'Comprendrait-elle ?'

Je secouai vigoureusement la tête.

Non, impossible. C'était un mystère que je devais résoudre seul.

Au début, j'avais pensé à une déviation du qi. Mais plus j'y réfléchissais, plus il me semblait qu'il s'agissait de tout autre chose.

Puis j'eus un déclic : cette énergie inquiétante venait peut-être du vieillard monstrueux que j'avais affronté dans mes derniers instants, avant ma mort.

Sans cela, il n'y avait aucune raison qu'un pouvoir aussi étrange soit entré dans mon corps.

Ce devait être ça.

C'était grâce à l'énergie du Maître Démoniaque logée en moi que je pouvais manier les arts martiaux de ma famille comme si je m'y étais entraîné pendant des années.

Si le pouvoir du Maître Démoniaque avait penché davantage vers les arts martiaux orthodoxes, je n'en aurais sans doute pas tiré un tel effet.

Mais son énergie interne s'accordait plutôt aux techniques démoniaques et, comme l'Épée de l'Empereur Dragon Céleste Ascendant et l'Épée du Bambou Azur reposaient elles aussi sur des principes d'arts martiaux démoniaques, l'énergie du Maître Démoniaque et les arts martiaux de la Secte du Centre Céleste s'harmonisaient bien.

Voilà pourquoi je n'avais eu aucun mal à maîtriser les arts martiaux de ma famille.

Cependant, son pouvoir ne s'était pas entièrement fondu dans mon corps. Il sommeillait quelque part, tout au fond de moi, si bien que je ne parvenais toujours pas à cerner pleinement l'état de mon propre corps.

Mo Biyoung, qui ignorait tout cela, n'avait d'autre choix que de tirer ses propres conclusions.

'Les élixirs qu'il a pris, conjugués à un don naturel pour les arts martiaux, donnent des résultats aussi stupéfiants.'

Elle ne pouvait que le croire.

Sinon, impossible d'expliquer comment j'avais dépassé des années d'entraînement en si peu de temps.

***

« À partir d'aujourd'hui, nous passons au combat réel. »

Mo Biyoung avait décidé de changer d'approche, jugeant qu'il serait difficile de mener un entraînement correct pendant le voyage jusqu'au Clan Jaegal.

Je n'avais aucune expérience du combat d'entraînement, puisque j'avais vécu jusque-là dans le monde du commerce.

« Entendu. Je m'en remets à vous. »

« Nous allons nous affronter comme en combat réel. Mais savez-vous pourquoi le combat d'entraînement est si important ? »

« N'est-ce pas pour éliminer toute hésitation et toute maladresse en combat réel ? »

Je lui lançai un regard qui signifiait que la question était trop élémentaire, même pour quelqu'un comme moi, qui manquait de connaissances en arts martiaux.

« C'est exact. Et en vous affrontant, vous commencez à comprendre comment canaliser l'énergie interne et utiliser les techniques de la manière la plus efficace. Chaque technique a son propre chemin pour transmettre l'énergie interne. C'est pour cela que les arts martiaux avancés sont complexes. Une seule technique peut contenir des dizaines, voire des centaines de mouvements, chacun avec un chemin et une intensité d'énergie différents. C'est pour cela qu'une seule personne ne peut pas apprendre d'innombrables arts martiaux. S'il en allait autrement, les moines de Shaolin auraient maîtrisé les soixante-douze arts de leur secte. Apprendre les seuls mouvements ne rime à rien : soixante-douze arts, ou même cent, ce ne serait pas difficile si ce n'était que ça. »

C'était juste, même à mes oreilles. Je commençais à comprendre pourquoi Père m'avait envoyé Mo Biyoung comme instructrice.

'C'est peut-être elle qui comprend le mieux les arts martiaux de notre famille.'

Père avait eu raison. Mo Biyoung avait une compréhension profonde non seulement des techniques martiales de notre famille, mais aussi des arts martiaux dans leur ensemble, et elle savait les enseigner avec clarté.

« Même un art martial composé de trois techniques seulement peut contenir des centaines de mouvements. Un art à douze techniques peut en compter des milliers. Pour comprendre véritablement le flux d'énergie de chacun de ces mouvements, il faut s'entraîner des milliers de fois, jusqu'à ce que le corps réagisse d'instinct. On dit souvent qu'il faut exécuter "Balayer les Cieux" cent, voire mille fois avant de le comprendre. C'est parce qu'il faut faire sien le chemin d'énergie interne inscrit dans ce mouvement. Si maîtriser les mouvements suffisait à faire un maître, qui n'en serait pas un, aujourd'hui ? »

Chacune de ses paroles sonnait juste. Je commençai à avoir honte d'avoir trouvé les arts martiaux trop faciles.

Grâce à l'énergie du Maître Démoniaque, j'avais appris vite les arts martiaux de mon clan, mais sans comprendre pourquoi.

Je m'étais dit : 'Si les arts martiaux sont aussi faciles, pourquoi est-ce que je me suis donné tant de mal dans le monde du commerce ?'

Mais en écoutant Mo Biyoung, je compris enfin que maîtriser ne serait-ce qu'un seul art martial exigeait une vie entière de discipline.

« C'est pour cela qu'on dit qu'il vaut mieux exceller dans un seul art martial qu'en apprendre beaucoup superficiellement. »

Mo Biyoung semblait avoir senti que je prenais les arts martiaux un peu à la légère ; elle insista donc sur la nécessité de rester vigilant.

Elle avait vu bien des disciples doués cesser de progresser à cause de ce piège précis. Même à la Secte du Centre Céleste, elle avait formé de nombreux élèves talentueux.

Mais la plupart s'étaient reposés sur leurs lauriers, ne comptant que sur leur talent naturel, négligeant l'entraînement rigoureux, sans jamais saisir le sens profond des arts martiaux.

Si maîtriser les arts martiaux n'était qu'une affaire de muscles, le clan Pang du Hebei aurait depuis longtemps conquis le monde martial.

« Ce n'est qu'en comprenant chacun des chemins d'énergie cachés dans les nombreux mouvements d'une technique que l'on peut être considéré comme un artiste martial de premier ordre. »

« Je comprends ce que vous dites, Maîtresse Mo. Je vous en prie, commençons. »

Mo Biyoung adressa un dernier mot au disciple de plus en plus impatient que j'étais.

« C'est pour cela que les arts martiaux exigent de la patience. L'intelligence et la force physique ne suffisent pas à faire un maître. Ce qu'il faut, c'est de la patience : la patience de répéter la même chose des dizaines de milliers de fois sans perdre sa concentration ni s'agacer. »

J'acquiesçai sans même m'en rendre compte.

Le Clan Jaegal, malgré son génie, n'avait jamais dominé le monde martial, et le clan Pang du Hebei, avec ses physiques hors du commun, ne s'était jamais hissé au sommet non plus.

C'étaient au contraire le clan Tang du Sichuan et le clan Namgung, tous deux réputés pour leur discipline rigoureuse, qui menaient le monde martial.

Alors seulement, je renonçai à mon orgueil, à cette idée que j'en savais plus que Mo Biyoung simplement parce que j'avais vécu plus longtemps.

J'avais beau avoir vécu une cinquantaine d'années dans ma vie précédente, je n'avais jamais vécu en artiste martial.

J'avais toujours regardé Mo Biyoung un peu de haut, sans trop le montrer, mais à partir de cet instant, je mis cela de côté. Je décidai de suivre véritablement son enseignement.

C'est pour cela que je l'appelai « Maîtresse Mo ».

Mo Biyoung se mit à partager avec moi tout ce qu'elle avait compris des arts martiaux.

Pour elle, c'était la meilleure façon d'enseigner à quelqu'un d'aussi insatiable que moi.

Et elle avait raison.

'Son regard et sa posture ont changé.'

Je la regardais avec plus de respect, et mes yeux brûlaient d'ardeur combative.

'C'est un bonheur de lui enseigner.'

Jusque-là, personne à la Secte du Centre Céleste ne l'avait jamais vraiment satisfaite en tant qu'élève.

Même ceux qu'on réputait talentueux s'étaient révélés décevants une fois qu'elle avait commencé à les former. Mais moi, j'absorbais les arts martiaux à une vitesse terrifiante, dépassant parfois même ses attentes.

Mo Biyoung me tendit l'une des deux épées suspendues à sa selle.

C'était une épée émoussée, au tranchant arrondi, fabriquée spécialement pour l'entraînement.

La sienne était identique.

Quand je saisis l'épée pour la première fois, je faillis la laisser tomber.

Son poids n'avait rien à voir avec celui d'une épée ordinaire.

J'avais l'impression de tenir dix épées à la fois.

« Trop de muscles peut nuire à l'élégance d'une technique, mais une musculature adaptée aide grandement à exécuter les arts martiaux. »

« Si c'est l'enseignement de Maîtresse Mo, je le suivrai quoi qu'il arrive. »

« Bien. Le renforcement physique est nécessaire, mais beaucoup s'y dérobent, si bien que j'hésitais à en parler. »

Dès lors, avant chaque combat d'entraînement, je pratiquais le Poing de Combat du Dragon de Guerre, une technique transmise au sein de la Secte du Centre Céleste, pour développer les muscles peu sollicités.

Cette technique comportait des mouvements complexes qui stimulaient jusqu'aux plus petits muscles.

Puis je m'entraînais au combat avec la lourde épée d'entraînement, en m'attachant à comprendre les chemins d'énergie interne de chaque technique. Ensuite, je pratiquais de nouveau le Poing de Combat du Dragon de Guerre pour détendre mes muscles.

Mo Biyoung s'entraîna à mes côtés à chaque étape. Les Deux Démons d'Épée Wook finirent même par se joindre à nous.

Ma passion pour les arts martiaux était si intense qu'elle gagnait ceux qui m'entouraient.

Bientôt, je ne m'affrontai plus seulement avec Mo Biyoung, mais aussi avec les Deux Démons d'Épée Wook, riches d'une vaste expérience du combat. Grâce à eux, je compris comment moduler le contrôle de mon énergie selon l'adversaire.

J'appris aussi à adapter ma façon de canaliser l'énergie selon l'art martial employé. Même les jours où nous logions dans des auberges, je m'entraînais dans la cour sans relâche.

Les cinq jours censés nous mener jusqu'aux monts Dabie me parurent trop courts. J'aurais voulu dix jours de plus, tant j'étais plongé dans les arts martiaux.

À leur expression, je voyais bien que Mo Biyoung et les Deux Démons d'Épée Wook ressentaient la même chose.

Eux aussi tiraient de nouvelles leçons sur les arts martiaux en voyageant avec moi. Un bon maître apprend souvent en enseignant.

C'est ce qui fait un vrai maître.

Celui qui n'a plus rien à apprendre a simplement atteint le plafond de ses capacités et de sa progression.

Nous étions si absorbés par l'entraînement que c'est à peine si nous remarquâmes notre arrivée au pied des monts Dabie.

« Voici les monts Dabie. »

Tous les quatre, nous nous arrêtâmes pour contempler le paysage majestueux qui s'étendait devant nous.

Fin du chapitre 6
Fiche de l'œuvre

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