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Chapitre 5

Chapitre 5 — Les arts martiaux de la famille (2)

9 octobre 2026 ~11 min · 2 195 mots

Yong Hwarin était promis, par un mariage arrangé, à Jaegal Cheongyeong, la fille de Jaegal Yugyeol, l'administrateur en chef du Clan Jaegal.

Dans leur jeunesse, Jaegal Yugyeol et Yong Biyang s'étaient rencontrés dans le Murim et s'étaient juré fraternité. Les années passant, ils étaient restés en contact, de loin en loin, bien avant que l'un devienne chef de secte et l'autre administrateur en chef, et leur amitié s'était tant affermie qu'ils avaient promis leurs enfants l'un à l'autre avant même leur naissance.

Il était convenu que, une fois Yong Hwarin majeur, les fiançailles seraient officialisées.

Pourtant, si Yong Hwarin se rendait au Clan Jaegal, ce n'était pas qu'il éprouvât une réelle inclination pour Jaegal Cheongyeong. Le Clan Jaegal avait son siège sur le mont Yongjung, non loin du mont Wudang : la destination tombait à point.

De plus, il disposait là d'un prétexte tout trouvé pour s'y rendre, ce qui servait d'autant mieux son plan.

Malgré tout, son père, Yong Biyang, hésita un moment. Il n'était pas tout à fait sûr que Hwarin fût assez rétabli pour supporter le voyage jusqu'au Clan Jaegal, mais après l'avoir vu s'entraîner sans relâche sous la direction de Mo Biyoung sans jamais s'effondrer, il conclut que la santé de son fils était bel et bien revenue.

À vrai dire, la quantité de remèdes spirituels que Yong Hwarin avait avalée ces dernières années aurait rempli une charrette entière. Leur seul prix donnait le vertige.

Maintenant que les résultats étaient là, Yong Biyang ne voyait aucune raison de s'opposer à la décision de son fils.

Il fallait en outre montrer à Jaegal Yugyeol que Yong Hwarin avait recouvré la santé. Les deux enfants s'étaient brièvement croisés, petits, lors de visites entre familles, mais ils ne s'étaient presque plus revus depuis qu'ils avaient grandi.

Yong Biyang tenait aussi à présenter à son vieil ami ce fils devenu un homme.

'N'importe quelle jeune fille tomberait sous son charme, à présent.'

Même à le juger objectivement, son fils était d'une beauté frappante et attirait sans peine les regards.

Son seul défaut, peut-être, était une peau trop pâle, sans rien de viril, faute d'avoir mis le nez dehors. Mais aux yeux d'une femme, ce trait pouvait aussi avoir son charme.

Maintenant que sa santé était rétablie et que son corps s'était étoffé, Yong Hwarin avait une allure si séduisante que même les femmes de la secte ne pouvaient s'empêcher de lui jeter des coups d'œil.

Le seul à l'ignorer, c'était Yong Hwarin lui-même.

Dans sa vie passée, il n'avait jamais eu une silhouette aussi élancée. Jusqu'à sa mort, on l'avait raillé et traité de « porc » à cause de sa corpulence.

Et depuis sa régression, il avait été tout entier tourné vers sa survie, sans le loisir de s'attarder sur son apparence.

Quoi qu'il en soit, Yong Biyang se réjouissait de la décision de son fils. Ce fils qui avait dressé un mur entre lui et le monde cherchait à présent, sans qu'on sache pourquoi, à sortir de l'enceinte de la secte.

S'il lui refusait cette demande, Yong Biyang craignait que Hwarin ne se retranche de nouveau derrière ses murs.

'Oui, c'est peut-être une bonne occasion. S'il découvre le monde et apprend à le comprendre, il ne s'isolera plus.'

Fort de cette pensée, Yong Biyang donna son accord. Son épouse, en revanche, fit part de ses inquiétudes.

« Seigneur, cela fait si peu de temps que Hwarin a retrouvé la santé. Il serait plus sage d'attendre encore un peu avant de le laisser partir. »

Yong Biyang savait bien que, sans être la mère de Hwarin, son épouse veillait sur lui avec plus d'attention encore que sur ses propres enfants. Elle avait même fait venir plus de la moitié de ses remèdes spirituels grâce aux relations de sa famille.

Comprenant ses craintes, Yong Biyang sourit pour la rassurer.

« Hwarin est majeur, désormais. Pour l'enfant d'une famille martiale, rester enfermé dans la secte n'est pas souhaitable. Mieux vaut qu'il voyage et se fasse des amis. C'est à son âge que j'ai rencontré Yugyeol. »

Voyant son mari résolu, Gi Yooyeon finit par céder à contrecœur.

« Bien, qu'il en soit selon votre volonté, Seigneur. Mais la route est longue : veillez à sa sécurité. Il faudra au moins un mois entier pour atteindre le Clan Jaegal, il lui faudra une escorte sûre. »

« Entendu. »

Yong Biyang lui prit la main avec un sourire rassurant.

Yong Hwarin s'attendait à ce que son père lui adjoigne une escorte. Il ne s'attendait pas, en revanche, à une escorte aussi nombreuse.

Dix hommes avaient été désignés pour l'accompagner.

« Père, pardonnez-moi, mais deux gardes suffiront. Voyager avec tant de monde attirerait l'attention sans raison, et l'on pourrait même me croire faible. »

Yong Hwarin avait parlé avec fermeté, soutenant le regard de son père.

En voyant ce fils, autrefois incapable de le regarder en face, défendre son avis avec assurance, Yong Biyang sentit l'émotion le gagner.

« Soit, nous réduirons l'escorte à trois hommes. Mais ta maîtresse d'armes t'accompagnera. »

Yong Biyang savait que Mo Biyoung, à elle seule, valait bien plus que trois gardes réunis. Avec elle aux côtés de Hwarin, il n'y avait guère lieu de s'inquiéter. Ajouter deux gardes aguerris, qui connaissaient bien le Murim, garantirait un voyage sans encombre.

« Entendu. Je prendrai cela comme l'ordre de poursuivre mon entraînement martial pendant le voyage. »

Yong Biyang n'y avait pas songé, mais il fut touché de voir son fils si désireux de continuer à s'entraîner en chemin.

« Voici ton argent de voyage », dit-il en lui tendant deux bourses de soie. En les ouvrant, Yong Hwarin les trouva remplies de pièces d'argent.

« C'est beaucoup trop. »

« Non, ce n'est pas trop. Dans le Murim, les dépenses imprévues ne manquent pas. Tu ne peux pas avoir l'air miséreux quand tu vas voir ta fiancée. Ne lésine ni sur la nourriture ni sur le gîte. »

Il remit aussi à l'un des gardes un paquet renfermant des présents pour Jaegal Yugyeol.

« C'est un présent pour le Clan Jaegal. Prends-en grand soin. »

« Oui, chef de la secte », répondit le garde.

Contrairement à Mo Biyoung, ces deux gardes étaient des gardes du corps personnels, au service direct du chef de famille. Tous deux descendaient de serviteurs fidèles et étaient réputés pour leur dévouement.

Le plus grand s'appelait Jungwook, le plus mince Namwook. Ils ne portaient pas le même nom de famille, mais leur prénom commun avait tissé entre eux une camaraderie singulière, et leur maniement de l'épée était si remarquable qu'on les surnommait au sein du clan « les Deux Démons d'Épée Wook ».

Avant le départ, Yong Hwarin réunit ses trois gardes et leur parla avec fermeté.

« À partir de maintenant, c'est moi qui déciderai de notre itinéraire. Je n'admettrai aucune objection là-dessus. »

« Tant que la sécurité n'est pas en jeu, le chef de la secte nous a ordonné de suivre vos souhaits », répondit Jungwook.

Yong Hwarin sentit toute la profondeur de l'amour des siens. Sans un mot, son père et sa mère s'inquiétaient comme des parents qui voient leur enfant jouer au bord de l'eau, et cela le fit repenser à sa vie passée. Il comprit à quel point il avait vécu bêtement.

Si, dans sa vie précédente, il n'avait pas senti l'amour de sa famille, la faute n'en revenait pas à elle. Elle lui revenait à lui.

***

Au moment du départ, Yong Seollan, les yeux écarquillés d'espoir, demanda :

« Grand frère, je ne peux pas venir avec toi ? »

« Je suis désolé, mais je te promets de t'emmener où tu voudras pour la fête du Double Neuf. »

« C'est vrai ? »

« Bien sûr. »

Leurs parents regardaient en souriant ce tendre échange entre frère et sœur.

« Kijoong, pendant mon absence, c'est à toi de me remplacer », dit Yong Hwarin en se tournant vers Yong Kijoong.

Au début, Yong Kijoong avait trouvé son aîné métamorphosé difficile à approcher. Il ne pouvait s'empêcher de rester sur ses gardes, persuadé que Hwarin finirait par lui trouver un nouveau tort. Autrefois, l'humeur cassante et froide de Yong Hwarin le tenait à distance.

Mais à présent, ce même frère venait de lui-même le trouver, lui proposait des assauts amicaux et l'invitait à s'entraîner avec lui.

Yong Kijoong appréciait ce changement. Il voyait combien leurs parents en étaient heureux, et il lui en était reconnaissant.

« Ne t'en fais pas. Ton petit frère gardera la maison en ton absence, dit Yong Kijoong avec un sourire sincère. »

« Bien. Je compte sur toi », répondit Yong Hwarin, sensible à la chaleur de son regard.

Sur ces mots, Yong Hwarin partit à cheval, laissant sa famille derrière lui. Dès qu'il eut disparu, Kijoong demanda soudain, intrigué :

« Attendez, grand frère a déjà appris à monter à cheval ? Je ne me souviens pas de l'avoir vu faire… »

« Oh ? Maintenant que tu le dis, grand frère monte mieux que moi », ajouta Yong Seollan.

Yong Biyang et Gi Yooyeon échangèrent un regard. Ils n'y avaient pas songé.

« Il a dû s'exercer sans que nous le remarquions », répondit Yong Biyang.

Sinon, il lui aurait été impossible de monter avec autant d'aisance du jour au lendemain. L'explication était si évidente qu'ils n'y avaient pas prêté attention, mais l'œil aiguisé de Kijoong l'avait relevé.

« Vraiment ? Bizarre », marmonna Kijoong en inclinant la tête. Yong Seollan l'inclina à son tour, perplexe, avant qu'ils ne regagnent tous deux la maison.

***

Yong Hwarin galopait vers les monts Dabie.

Même Mo Biyoung et les Deux Démons d'Épée Wook étaient surpris par son aisance en selle.

Quelques jours suffisaient pour apprendre à monter, mais il fallait d'ordinaire au moins un an de pratique assidue pour se lier vraiment à sa monture et la mener avec une telle précision.

C'est pourquoi, dans la plupart des grandes familles, les pratiquants accordaient autant d'importance à l'équitation qu'aux arts martiaux.

Or la posture de Yong Hwarin et sa façon de mener son cheval trahissaient des années de pratique.

Les trois gardes savaient pertinemment que leur jeune maître avait été fragile, au point de dépendre de décoctions médicinales pour tenir au quotidien. Ils n'avaient aucune idée du moment où il avait pu apprendre à monter si bien.

'Comme c'est étrange', pensèrent-ils tous trois.

Dès lors, ils se mirent à observer Yong Hwarin de plus près. Il aurait été curieux de ne rien remarquer.

Yong Hwarin n'y prêtait aucune attention. Ses pensées étaient tout entières occupées par les événements à venir et par la manière de s'y préparer.

Le soir venu, lorsqu'ils firent halte pour camper, Yong Hwarin résolut de profiter de l'occasion pour s'entraîner. Il appela Mo Biyoung.

« Pourriez-vous examiner mon Épée du Bambou Azur, aujourd'hui ? »

« Bien sûr », répondit-elle.

Depuis la posture d'ouverture, Yong Hwarin enchaîna avec fluidité les mouvements de l'Épée du Bambou Azur, l'art exclusif de la Secte du Centre Céleste. Il conclut par la frappe ultime, Anéantir le Vide.

Le visage de Mo Biyoung se fit grave tandis qu'elle l'observait.

« On dirait que ces techniques vous sont familières depuis très longtemps, jeune maître. Soit cela, soit votre talent martial est véritablement hors du commun. »

De quelque façon qu'on les prenne, ces paroles étaient un éloge appuyé.

Pourtant, en les entendant, Yong Hwarin sentit poindre une légère culpabilité.

« Que voulez-vous dire ? » demanda-t-il.

Mo Biyoung se mit à expliquer, lentement :

« Même au bout de plusieurs mois de pratique, des techniques comme l'Épée de l'Empereur Dragon Céleste Ascendant ou l'Épée du Bambou Azur ne se maîtrisent pas si facilement. Imiter les mouvements extérieurs des enchaînements est une chose ; en saisir la direction et l'intention exige une illumination. C'est d'ailleurs vrai de tous les arts martiaux supérieurs, et les deux techniques d'épée de la Secte du Centre Céleste sont des arts d'épée supérieurs, c'est le moins qu'on puisse dire. La vitesse à laquelle vous les avez maîtrisées est remarquable, mais elle est aussi inquiétante. Progresser trop vite mène parfois à la déviation du qi. »

Elle s'interrompit, comme si une curiosité persistante la poussait à aller plus loin.

« Autre chose m'intrigue. Sans énergie interne, exécuter l'enchaînement complet de l'un ou l'autre de ces arts d'épée est dangereux. Les techniques martiales supérieures puisent d'elles-mêmes dans l'énergie interne, même quand on ne cherche pas à s'en servir. Sans énergie interne suffisante, les exécuter peut abîmer le corps. Or vous semblez échapper à ces limites, jeune maître, comme si vous possédiez l'équivalent de vingt ans de culture d'énergie interne. »

À ces mots, Yong Hwarin trouva vite une excuse.

« Je l'ai trouvé étrange, moi aussi. Les techniques de la Secte du Centre Céleste me paraissaient étonnamment faciles à exécuter, et quand je pratiquais la circulation de l'énergie, je sentais mon qi interne s'accumuler très vite. À la réflexion, j'en ai conclu que les remèdes spirituels pris pendant toute mon enfance ont dû laisser une énergie latente dans mon corps, et que, maintenant que j'ai retrouvé la santé, elle se convertit en Qi Véritable. »

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