Maintenant qu'il maîtrisait les arts martiaux de sa famille, Yong Hwarin sentait, à mesure qu'il s'entraînait, que ses progrès marquaient le pas.
'Maintenant que je les pratique moi-même, je comprends pourquoi. Si je ne l'avais pas découvert dans le futur, j'aurais eu beau y réfléchir, jamais je n'aurais su mettre le doigt sur les failles de cet art martial.'
Yong Hwarin se demandait comment expliquer à son père et à Mo Biyoung les défauts de l'art martial familial.
Il finit par avoir une idée.
S'il prétendait avoir découvert un écrit laissé par leur ancêtre dans une salle de retraite utilisée jadis, personne ne mettrait son récit en doute.
Pour que ce soit crédible, il rédigea un document à l'avance puis en roussit légèrement les bords pour lui donner l'aspect d'un vieux papier. Ensuite, il le laissa dix jours dans un coin humide et moisi, le temps que la moisissure gagne la feuille.
Peu après l'avoir préparé, Yong Hwarin alla trouver Mo Biyoung.
« Je souhaite faire une retraite de trente jours », dit-il.
Surprise par cette demande soudaine, Mo Biyoung accepta pourtant aussitôt.
Vu le niveau actuel de Yong Hwarin, c'était bien le moment où il risquait de buter contre un mur. Le franchir par lui-même lui permettrait d'atteindre une nouvelle étape. Mais que ce moment arrive des années plus tôt que pour les autres la stupéfiait.
« Bien sûr, allez-y. »
Il existait une salle d'entraînement réservée aux seuls membres de la lignée directe.
Eux seuls pouvaient y accéder. Les pratiquants ordinaires disposaient de salles de retraite séparées, préparées à leur intention.
Yong Hwarin comptait ressortir de la salle de retraite avec le document contrefait en main. Le plan paraissait si simple que son visage s'éclaira nettement.
En voyant cette expression, Mo Biyoung pencha la tête, perplexe. Une retraite, même pour qui aimait passionnément les arts martiaux, n'avait rien de réjouissant.
À strictement parler, les arts martiaux de la Secte du Centre Céleste n'étaient guère plus que des techniques inachevées. Pratiqués dans cet état bancal, ils mettaient le corps à rude épreuve et empêchaient, au bout du compte, d'atteindre le royaume transcendant et au-delà.
La raison tenait à leur origine : les arts martiaux de la Secte du Centre Céleste venaient de la Voie Démoniaque.
Yong Hwarin ne l'avait appris qu'après la destruction de la secte.
Quel choc il avait eu en découvrant la vérité !
À l'origine, le fondateur de la Secte du Centre Céleste était un héros chevaleresque actif dans le Henan, qui avait hérité des arts martiaux d'un Gardien du Culte du Saint Caché, une secte anéantie par les Trois Cieux Démoniaques.
Le Culte du Saint Caché n'appartenait ni à la faction orthodoxe ni à la faction hétérodoxe : il suivait une voie médiane entre les deux. Mais, à la suite de certains événements, les Trois Cieux Démoniaques l'avaient attaqué et exterminé.
Un protecteur du Culte du Saint Caché, qui parcourait déjà le jianghu avant la destruction du culte, avait transmis au fondateur de la Secte du Centre Céleste deux arts de rang protecteur : l'Épée de l'Empereur Dragon Démoniaque et l'Art Divin du Bambou de Sang.
Le fondateur avait fini par maîtriser ces arts démoniaques au prix de mille épreuves, mais il restait au fond un héros chevaleresque et ne pouvait se résoudre à manier des techniques aussi noires. Pourtant, les deux arts d'épée étaient bien trop puissants pour être simplement abandonnés.
Le fondateur avait donc passé de longues années à les affiner, et les avait recréés sous la forme de l'Épée de l'Empereur Dragon Céleste Ascendant et de l'Épée du Bambou Azur.
C'était souvent ainsi que naissaient les arts martiaux largement pratiqués dans le murim.
Seulement, un problème se posait : dès leur conception, ces arts ne s'accordaient pas avec les principes orthodoxes.
Les techniques de base démoniaques de ces arts d'épée avaient été écartées et remplacées par les arts internes du clan, si bien que les arts avaient perdu la moitié de leur puissance d'origine.
Même ainsi diminuée, la secte avait tout de même produit l'un des Douze Grands Maîtres du Murim et la plus grande épée du Henan.
Mais cela s'arrêtait là.
Ces arts pouvaient mener un pratiquant au sommet de la maîtrise, mais atteindre le niveau suprême restait presque impossible.
Un art d'épée démoniaque exécuté avec des techniques internes orthodoxes devient forcément incomplet. Sa puissance explosive ne peut se libérer qu'associée à des techniques internes démoniaques.
Or le fondateur avait gardé jalousement le secret sur l'origine de ces arts familiaux, si bien que les générations suivantes n'avaient jamais pu comprendre d'où venaient leurs limites.
La vérité n'avait éclaté que bien plus tard, quand la Secte Dabie avait pris prétexte de la maîtrise d'arts martiaux démoniaques par la Secte du Centre Céleste pour lancer une attaque contre elle.
Et ce n'est que bien plus tard encore que l'on avait appris le rôle des Trois Cieux Démoniaques dans ces événements.
Craignant la renaissance du Culte du Saint Caché et persuadés que la Secte du Centre Céleste pourrait en être le point de départ, les Trois Cieux Démoniaques avaient poussé la Secte Dabie à mener l'assaut.
Cette révélation était le fruit de la vengeance acharnée de Mo Biyoung.
Mais à ce moment-là, plus personne dans le murim ne se souciait assez de la destruction de la Secte du Centre Céleste pour s'interroger, et l'affaire ne fit aucun bruit.
L'histoire s'était refermée sur l'idée que la secte anéantie s'était contentée de conflits vains par esprit de vengeance avant de disparaître.
Ainsi, les arts martiaux de la Secte du Centre Céleste étaient profondément mêlés à une histoire complexe.
En entrant dans la salle de retraite, Yong Hwarin trouva aussitôt les écrits laissés par le fondateur de la secte. Sachant qu'en ressortir trop vite risquait d'éveiller les soupçons, il décida de s'entraîner quelques jours.
Yong Hwarin exécuta l'Épée de l'Empereur Dragon Céleste Ascendant du début à la fin.
Dans le monde des arts martiaux, on disait souvent que l'Épée de l'Empereur Dragon Céleste Ascendant était bien trop extraordinaire pour une petite secte comme celle du Centre Céleste.
En l'exécutant lui-même, Yong Hwarin en sentait la puissance remarquable.
'À présent, je dois creuser à fond les techniques internes de ma famille.'
Il décida de passer quelques jours au calme à faire circuler son qi selon la Technique de l'Ascension Céleste des Neuf Dragons, le seul art interne transmis dans sa famille.
Depuis l'enfance, Yong Hwarin avait pratiqué assidûment l'art interne de son clan pour tenter de surmonter sa constitution fragile.
Mais il n'en avait tiré aucun résultat notable et avait abandonné au bout de quelques années. La connaissance de la technique était pourtant restée intacte dans sa mémoire.
Il commençait tard, certes, mais il estimait qu'en cultivant son qi interne avec assiduité dès maintenant et en consommant les remèdes spirituels qu'il connaissait grâce au futur, il pourrait rapidement accroître sa force martiale.
Dans le futur, Yong Hwarin avait dirigé une maison de commerce et s'était procuré un nombre considérable de remèdes spirituels.
À l'époque, il ne s'en servait que comme cadeaux pour nouer des liens avec les familles martiales. Mais à présent, ces mêmes remèdes allaient lui être fort utiles.
Comme il savait où se les procurer, il était sûr qu'accroître sa force martiale ne serait pas bien difficile.
La question des remèdes spirituels réglée, ses pensées se tournèrent vers les arts martiaux.
« Ah, n'y avait-il vraiment aucun moyen d'obtenir des arts martiaux supérieurs dans ma vie précédente ? »
Yong Hwarin, qui avait autrefois évolué dans le monde du commerce, avait vécu bien des choses. S'il connaissait la provenance de certains remèdes spirituels, il ignorait tout des arts martiaux avancés.
'Au bout du compte, il faudra que je trouve une percée avec les arts martiaux de ma famille.'
L'idée d'atteindre la maîtrise avec des techniques aussi incomplètes et imparfaites le découragea.
Puis, soudain, Yong Hwarin releva brusquement la tête.
« Mais oui ! »
Le souvenir de la Course au Manuel Secret de sa vie passée lui revint.
Cette course s'était déroulée alors qu'il était encore cloîtré dans la secte, sans s'être aventuré au-dehors.
Ce manuel, à lui seul, avait fait d'un homme ordinaire le plus grand pratiquant martial du monde. Après l'avoir obtenu et s'être retiré du monde, celui-ci avait reparu dix ans plus tard, et personne parmi ceux qui avaient défié son épée n'avait pu l'égaler.
Quand ce nouveau maître surgi comme un météore avait vaincu tous les absolus, le murim avait été secoué comme par un typhon.
Car cet art martial était la dernière création de Zhang Sanfeng, après sa légendaire Épée Céleste du Taiji.
« Le Sutra Céleste Insondable du Taiji ! »
Tel était le nom de cet art martial.
C'était l'art qui avait le plus captivé Yong Hwarin dans sa vie passée, celui qu'il avait rêvé de posséder.
La raison pour laquelle le Sutra Céleste Insondable du Taiji avait mis le murim sens dessus dessous était simple : il redéfinissait tout ce que l'on savait des arts martiaux.
On dit que Zhang Sanfeng, peu avant son ascension à l'immortalité, avait compris que le bien et le mal n'étaient pas, par nature, séparés.
Selon lui, le bien et le mal coexistaient dans le corps humain, et ne cultiver qu'un seul des deux pendant l'entraînement amoindrissait la puissance possible.
La vraie force, en avait-il conclu, ne naissait que de l'union du bien et du mal, de l'orthodoxe et du démoniaque, qui permettait d'atteindre la Force Véritable (眞力).
Il avait en outre établi que, pour en tirer cette force, il ne fallait pas un seul dantian, mais deux. Lorsque ces deux dantians se fondaient en un seul pour former le Dantian du Taiji, ils libéraient une puissance qui dépassait les limites humaines.
Ses découvertes, laissées juste avant son ascension, étaient restées ignorées jusqu'à ce qu'un herboriste tombe dessus dans une grotte et les mette au jour.
Ce fut le début d'une tragédie : la famille de l'herboriste fut traquée par des pratiquants du murim et dut fuir pour sauver sa vie.
Ironie du sort, le seul survivant de la famille de l'herboriste devint l'héritier de ces enseignements. Il serait plus tard vénéré dans tout le murim sous le nom de Ha Cheolryeong, l'Unique Souverain de l'Univers (寰宇一尊), respecté de tous les pratiquants martiaux.
La Secte Wudang avait fini par accueillir Ha Cheolryeong et par en faire l'un de ses disciples.
Mais à ce moment-ci, Ha Cheolryeong ne devait être qu'un enfant jouant quelque part au pied du mont Wudang.
'Si je mets la main sur le Sutra Céleste Insondable du Taiji, je pourrai exaucer le vœu de toujours de ma famille.'
Former deux dantians allait à l'encontre de la structure fondamentale des arts internes traditionnels, mais on savait que cela conférait une puissance immense, capable de renforcer n'importe quelle technique martiale.
'Je n'ai pas besoin de ses techniques. Une fois le Dantian du Taiji atteint, Ha Cheolryeong a vaincu d'innombrables maîtres avec la seule Technique d'Épée des Trois Calamités. Au fond, c'est le dantian lui-même qui détient la vraie puissance.'
Un léger sourire se dessina sur le visage de Yong Hwarin.
Dans ces moments-là, connaître l'avenir avait quelque chose d'immensément satisfaisant.
Il pouvait saisir le bon et éviter le mauvais.
Avec le pinceau et l'encre préparés dans la salle de retraite, Yong Hwarin se mit à ordonner ses pensées.
Il se souvint d'un remède spirituel remarquable obtenu à l'époque où il dirigeait une maison de commerce. L'un de ces trésors était le Lait de Pierre de l'Esprit de la Cloche, qu'il s'était procuré dans les monts Dabie.
Ce n'est qu'après la chute de sa famille qu'il avait appris la vérité : l'apparition soudaine de maîtres transcendants au sein de la Secte Dabie était due à la consommation de ce Lait de Pierre de l'Esprit de la Cloche.
Ce remède spirituel méritait vraiment le nom de trésor inestimable.
Yong Hwarin se dit qu'en le faisant disparaître, il priverait peut-être la Secte Dabie de la force nécessaire pour attaquer la Secte du Centre Céleste.
Les autres remèdes spirituels auxquels il pensait provenaient d'autres régions.
'En allant chercher la grotte où Zhang Sanfeng a fait son ascension, je peux passer par les monts Dabie pour me procurer le Lait de Pierre de l'Esprit de la Cloche.'
La grotte où Zhang Sanfeng avait vécu ses derniers jours se trouvant sur le mont Wudang, faire un détour par les monts Dabie en chemin ne posait aucun problème.
Sur ce, Yong Hwarin révisa son plan.
Au départ, il était entré dans la salle de retraite avec l'intention de régler les problèmes des arts internes de sa famille et d'introduire une nouvelle technique.
Mais, à la réflexion, il comprit à quel point cette approche serait dangereuse.
Si les écrits laissés par le fondateur étaient révélés, les pratiquants du clan seraient inévitablement plongés dans le désarroi. Apprendre les limites de leurs arts martiaux pourrait pousser certains à abandonner l'entraînement, voire à quitter la famille.
De plus, trouver en un jour un art interne compatible avec leurs techniques était une tâche impossible. Cela demandait mûre réflexion et une approche progressive.
Rester plus longtemps dans la salle de retraite serait donc une perte de temps. Sa décision prise, il résolut de partir sur-le-champ pour les monts Dabie et le mont Wudang.
Quand Mo Biyoung vit Yong Hwarin, entré en retraite, ressortir au bout de deux jours seulement, elle lui demanda, intriguée :
« Il y a un problème ? »
Yong Hwarin secoua la tête et répondit :
« Non, j'ai compris quelque chose pendant mon entraînement, alors j'ai décidé de sortir plus tôt que prévu. »
Mo Biyoung le regarda avec un visage qui disait clairement qu'elle ne comprenait pas.
Yong Hwarin réfléchit longuement. S'il comptait quitter la famille, il lui fallait une excuse convaincante. Annoncer simplement une longue absence ne lui vaudrait jamais l'accord des siens.
« J'ai à faire chez le Clan Jaegal. »
« Le Clan Jaegal ? Pourquoi ? »
« En commençant ma retraite, je n'arrêtais pas de penser à ma fiancée. Je me suis dit qu'il valait mieux aller la voir avant de poursuivre mon entraînement. Lui montrer que j'ai retrouvé la santé, ce serait sans doute le mieux. »
Mo Biyoung pensait toujours que Yong Hwarin avait encore un long chemin à parcourir avant de devenir un vrai pratiquant martial, mais elle hocha la tête : elle comprenait.
