Aller au contenu principal

Chapitre 11

Chapitre 11 - Le journal de Katerina

3 novembre 2026 ~6 min · 1 082 mots

'Quel réveil épouvantable...'

Je me réveillai avec une faim atroce, la gorge sèche et un mal de tête accompagné de vertiges.

En ouvrant les paupières, je me retrouvai nez à nez avec un squelette portant une cicatrice caractéristique à l'œil droit.

Je détournai le regard avec un soupir.

J'ignorais combien de temps s'était écoulé depuis ma fuite du campement, mais j'avais été si obnubilé par la fuite que l'idée de me remplir l'estomac m'était complètement sortie de la tête.

Je me redressai pour m'asseoir, le dos contre la paroi, et sortis de mon sac l'outre et le pain dur que j'y avais rangés.

'Manger à côté d'un cadavre... Cela dit, après avoir dormi là sans m'en soucier, il est peut-être un peu tard pour s'en offusquer...'

Le sommeil m'avait apparemment rendu assez de sérénité pour que l'idée de boire et de manger près d'un mort me répugne. Mal à l'aise, je mâchai le pain dur, puis le fis descendre dans mon estomac avec de l'eau.

Mon maigre repas terminé, je m'assis comme le cadavre en robe à côté de moi, les genoux ramenés contre la poitrine, et me perdis dans mes pensées.

'Pourquoi est-ce que tout ça m'arrive...'

Une question toute simple me traversa l'esprit. En dix-sept ans de vie dans ce monde, je n'avais que des souvenirs de mauvais traitements. Depuis que les souvenirs de ma vie antérieure m'étaient revenus, la situation n'avait fait qu'empirer, ajoutant encore à la dureté de tout ce que j'avais connu jusque-là.

'J'ai fait quelque chose dans ma vie antérieure pour mériter d'être maudit ?'

Mes souvenirs étaient flous, mais celui que j'étais dans ma vie antérieure n'avait sûrement rien d'un grand criminel qui aurait dû expier ses fautes dans cette vie-ci. Quant au temps passé dans ce monde, j'avais certes volé des vivres et des potions, faute de choix, pour survivre, mais je n'avais pas l'impression de m'être écarté du droit chemin...

« Dis-toi que tu n'as pas eu de chance cette fois, et résigne-toi. C'est triste pour toi, mais fais de ton mieux dans ta prochaine vie. »

Les paroles que quelqu'un m'avait adressées juste avant que mes souvenirs de ma vie antérieure ne s'interrompent repassaient sans cesse dans ma tête.

'Me dire que je n'ai pas eu de chance, hein... À l'entendre, ce n'est pas moi qui ai fait quoi que ce soit, mais j'ai du mal à croire que ceux à qui appartenaient ces voix n'aient absolument rien à voir avec ce que j'ai vécu jusqu'ici...'

La religion d'État du royaume de Ganadia s'appelait le culte de la déesse de la vie.

Ces êtres qui se faisaient appeler Pisoshitt et Kulap disaient servir Diagana, la divinité principale de ce culte. Un fort soupçon montait en moi : ils devaient être pour quelque chose, et pas qu'un peu, dans les malheurs de la vie que j'avais menée en tant que Demitri.

On me jugeait déjà moins doué comme guerrier qu'Igor, si bien que j'avais été délaissé dès ma petite enfance, mais ce qui avait vraiment fait basculer mon sort, c'était la cérémonie d'évaluation célébrée à mes dix ans.

Elle avait révélé que je ne savais pas utiliser la magie, que ma quantité de mana était faible, et que je n'avais pas reçu la bénédiction de la déesse Diagana.

Même si j'avais reçu la bénédiction, je ne pense pas qu'on m'aurait beaucoup mieux traité, mais ne pas en avoir posait un problème énorme.

Tous les sujets du royaume de Ganadia, sans exception, reçoivent la bénédiction de la déesse Diagana à leur naissance. Même les enfants de gens venus d'autres pays s'installer à Ganadia la reçoivent tout autant, du moment qu'ils sont nés à Ganadia.

Nobles ou roturiers, c'est la même chose. Et moi, je n'avais pas la bénédiction que toute personne née à Ganadia était censée avoir reçue.

Boris était évidemment entré dans une colère noire.

Vu les règles qui régissent l'octroi de la bénédiction, c'était impossible, mais il avait même soupçonné ma défunte mère d'infidélité. Il avait imposé le silence à tous pour que personne n'apprenne que je n'avais pas reçu la bénédiction, et à partir de ce jour-là, on m'avait traité sans commune mesure avec avant.

« Eh ben, Piso l'a vraiment fait. Ça va aller, tu crois ? »

« Diagana s'est donné la peine de tout préparer, alors à mon avis, il valait mieux ne surtout pas faire d'arrangements bizarres. Pas de chance pour toi, hein. »

'Ne me dites pas qu'on m'a refusé la bénédiction exprès... ?'

J'ignorais quel arrangement avait été fait, et comment. Mais si j'avais été entraîné dans quelque chose qu'avait fait l'être qu'on appelait Pisoshitt, et qu'on m'avait fait réincarner sans bénédiction, tout s'expliquait.

'Pas de chance, résigne-toi parce que tu n'as pas eu de chance... Alors qu'ils savaient très bien ce que j'allais subir sans bénédiction...'

Boris et Igor, qui m'avaient traité comme un être inférieur aux humains parce que je n'avais pas de bénédiction, et les gens du domaine Gradov, qui avaient suivi leur exemple et m'avaient témoigné leur malveillance. Les souvenirs de toutes les injustices subies jusque-là jaillissaient comme d'une source, et la colère dispersait mes pensées en tous sens.

'Merde !'

Je mis dans mon poing toutes les émotions noires qui tourbillonnaient en moi et l'abattis sur le sol.

« Pouf. »

Je plissai les yeux en direction du bruit : quelque chose était tombé à côté du cadavre en robe.

'Un livre ?'

Intrigué, je m'approchai pour voir.

'Tant que j'y suis, autant vérifier aussi l'équipement des morts...'

Tout en sachant que ça ne servait à rien, je joignis les mains, puis je fouillai les cadavres.

***

Je refermai doucement le livre que je tenais et le posai à côté de moi, éteignis la lampe trouvée parmi les affaires des morts, puis pris ma tête entre mes mains.

Ce que j'avais pris pour un livre était le journal de la morte en robe, une magicienne du nom de Katerina. D'après son contenu, le cadavre en armure légère, avec sa cicatrice caractéristique à l'œil, était celui de son compagnon, un épéiste du nom de Vicente.

Lire le journal de quelqu'un d'autre me gênait, mais en remontant le chemin qu'ils avaient suivi pour arriver jusqu'ici, je pourrais peut-être trouver la sortie de ce souterrain. Tout en me sentant coupable, j'avais poursuivi ma lecture pour survivre, mais...

'J'aurais mieux fait de ne pas le lire...'

Ce que contenait ce journal était si sombre et si lourd que sa seule lecture me rendait malade.

Fin du chapitre 11
Fiche de l'œuvre

Commentaires

Code anti-spam :······
0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.