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Chapitre 2

Chapitre 2

1 octobre 2026 ~12 min · 2 205 mots

La classe bruyante se tut d'un coup.

« Bon, votre attention. Voici un camarade qui arrive aujourd'hui. Pour les présentations, euh… tu veux t'en charger toi-même ? »

À la question du professeur, Yeon-woo hocha la tête.

« Bonjour à tous. Je suis Ryu Yeon-woo, je viens de Séoul. Je compte sur vous à partir de maintenant. »

Waouh !

Un nouvel élève est toujours un sujet passionnant. Bien que ce soit une classe de garçons, l'intérêt était assez vif.

« Waouh ! Putain. Il est beau gosse. »

Même si son visage gardait encore quelques rondeurs d'enfant, son physique était plutôt séduisant, à l'échelle d'un lycée.

« Hé ! Woo Seong-sik. C'est quoi ce langage devant ton professeur principal ? »

Pour avoir laissé échapper un juron depuis le premier rang, Seong-sik se fit tirer les oreilles et gémit dès le matin.

« Arrête ton cinéma, toi ! Je fais semblant de tirer, là. »

L'appel du matin se termina bientôt, et entre les questions de ses camarades qui le bombardaient à chaque pause, l'heure du déjeuner arriva vite.

Pour Yeon-woo, qui dans sa vie passée avait travaillé dans les opérations clandestines et sur toutes sortes de missions de terrain, gagner le cœur de lycéens de dix-huit ans pleins d'entrain était un jeu d'enfant.

« Yeon-woo, comment ça se fait que t'aies jamais joué à League of Legends ? T'habitais à la montagne, pas à Séoul ? »

« Je peux commencer maintenant. Jun-su, tu m'apprendras quand on ira au PC bang après les cours. »

Enfant, Yeon-woo n'avait joué qu'à la toupie et au ttakji ; pas question qu'il ait touché aux jeux vidéo.

***

Pendant ce temps, dans une salle de réunion plongée dans l'obscurité, un homme attendait pour faire son rapport.

Grinnnce…

Un autre homme entra par la porte, qui s'ouvrit dans un bruit sinistre, pareil à un cri, faute d'huile.

L'homme qui attendait se leva et inclina respectueusement la tête.

Un homme à la mine féroce, au regard intense, le regarda s'incliner et ouvrit une bouche qui semblait lourde.

« Non… combien de fois faudra-t-il que je te le dise. »

À cette voix métallique et glaçante qui sortait de sa gorge, le corps de l'homme venu faire son rapport trembla légèrement.

Clic.

« Pourquoi tu éteins toujours la lumière ? On garde ça éclairé. C'est quoi, ici, une organisation de l'ombre ? »

Une fois la lumière allumée, l'atmosphère sinistre disparut complètement, révélant un bureau tout ce qu'il y a de plus ordinaire.

« Pourquoi tu éteins la lumière d'un air lugubre pour jouer au cerveau criminel ? »

« Je suis désolé. »

L'homme à la mine féroce haussa les épaules, comme s'il n'y pouvait rien, rejoignit sa place et se laissa tomber lourdement dans son fauteuil.

« Parle. Ton rapport. »

« Concernant les deux affaires que nous avons traitées, tout a été entièrement incinéré. »

En entendant le rapport, l'homme hocha la tête.

Puis l'autre poursuivit.

« Il y a eu de fortes interférences, parce que nous avons tout traité en secret. Il va falloir être prudents pendant un moment. »

L'homme qui hochait la tête en écoutant ouvrit un tiroir, en sortit une balle de massage et reprit de sa voix métallique :

« Je digère mal, ces derniers temps, alors il faut que je me masse les points de pression, comme ça. Quand quelque chose est bouché, il faut le stimuler pour le dégager, pour que tout circule correctement. N'est-ce pas pour ça qu'on existe ? »

Aux mots de l'homme assis à la place d'honneur, celui qui faisait son rapport inclina la tête en silence.

« Quand même, Jeon Su-hwan a bien travaillé, pour son niveau. Tu l'as envoyé tranquillement de l'autre côté ? »

« Oui. D'une balle de sniper dans la tête… »

« Allons, allons, c'est bientôt l'heure du repas, ne disons pas des horreurs qui coupent l'appétit. »

Coupant la parole à l'homme, il fit rouler la balle de massage dans sa main.

« Tout ça est inévitable, pour la grande cause. Ce type a simplement manqué de chance. »

***

Yeon-woo s'était pas mal rapproché des autres élèves. Grâce à son excellente mémoire d'agent, il abordait les élèves de son niveau, garçons comme filles, en les appelant le premier par leur prénom, d'un ton amical.

Entre-temps, il alla au PC bang avec Jun-su comme promis et ils jouèrent ensemble.

Malgré ses excellents réflexes, Yeon-woo était nul aux jeux vidéo : il mourait sans arrêt et passa toute la partie à fixer l'écran gris.

Des amis vinrent chez lui, et ses parents comme sa petite sœur semblaient soulagés de voir Yeon-woo si changé.

« Yeon-woo, on va au karaoké à pièces. »

Sur le chemin du retour, Woo Seong-sik et Kim Jun-su lui emboîtèrent naturellement le pas en lui passant le bras autour des épaules.

« Un karaoké à pièces ? C'est quoi ? »

« Waouh. T'habitais vraiment à la montagne, pas à Séoul ? »

Seong-sik et Jun-su prirent un air sidéré en entendant Yeon-woo.

Yeon-woo ne s'était jamais intéressé au chant, et à l'époque où les karaokés à pièces s'étaient répandus, il travaillait déjà au département des opérations à l'étranger.

Après la brève explication de Jun-su, Yeon-woo prit l'air de quelqu'un qui comprend enfin.

« Ah oui, j'en ai vu dans des dramas. »

« Bref, on y va. Ça te dit ? »

Yeon-woo se caressa le menton en entendant Seong-sik.

'Dans ma vie passée, je chantais faux, mais peut-être pas dans celle-ci.'

Dans sa vie passée, Jeon Su-hwan était bon en tout, dans tous les domaines, mais au chant, il était le pire de tous ; alors il l'avait toujours évité.

« Hmm, d'accord, allons-y. »

« Tu vois, c'est ça qui est génial avec Yeon-woo : il ne se défile jamais quand on propose un truc. »

***

« Yeon-woo, c'est bien que tu te défiles jamais, mais le chant, à partir de maintenant, tu devrais refuser, peu importe qui te le demande. »

« Pfffheu. »

C'était son premier goût d'échec depuis sa réincarnation.

Jun-su secouait gravement la tête, tandis que Seong-sik se couvrait la bouche et se tapait désespérément la cuisse.

« Le chant, même en te réincarnant, ça s'arrangerait pas. »

« C'est clair. Même une réincarnation n'y pourrait rien. »

Non, ce n'est pas ça : la réincarnation, c'est déjà fait.

Yeon-woo baissa la tête en ravalant la suite.

Quoi qu'il en soit, la chanson suivante démarra et ses amis se mirent à chanter.

Le temps passa et la dernière chanson se termina.

Bien sûr, Yeon-woo n'avait été qu'un robot à applaudir du début à la fin.

« Mais pourquoi tu regardes le plan comme ça ? »

demanda Seong-sik à Yeon-woo en sortant.

Il trouvait curieux que Yeon-woo fixe avec tant d'attention le plan d'évacuation incendie affiché dans la salle de karaoké.

'J'ai jamais vu personne regarder ce truc d'aussi près.'

« Déformation professionnelle. »

« Ta profession, c'est lycéen, pourtant ? »

« Euh… c'est vrai. »

***

Le temps passa, et les examens de mi-semestre arrivèrent vite.

'C'est assez difficile de tout résoudre avec le seul bon sens, mais heureusement que j'ai révisé petit à petit.'

Même si Ryu Yeon-woo était un ancien agent doté d'un esprit brillant et d'une vaste culture générale, le programme était différent, et il aurait été difficile de réussir toutes les matières sans travailler.

Il avait donc pas mal révisé, mais s'était quand même trompé à trois questions.

Comme Yeon-woo avait été assez bon élève pour entrer à l'université Korea dans sa vie passée, c'était plus ou moins attendu pour lui, mais évidemment, l'école fut mise sens dessus dessous.

« C'est carrément de la triche. »

« Cette tête, ce physique, et en plus ces notes ? Waouh, le nouveau est un malade. »

Ses amis le regardaient d'un air blasé.

« Hé, y a un truc que tu sais pas faire, au juste ? »

À la pause de midi comme en cours de sport, Yeon-woo volait sur le terrain de foot comme sur celui de basket.

Kim Jun-su répondit à la place de Yeon-woo à la question lancée derrière lui.

« Ce mec est vraiment parfait en tout, mais le chant… »

Pfrrt.

Se rappelant sans doute ce jour de choc, Woo Seong-sik, à côté de lui, recracha l'eau qu'il buvait.

Bien sûr, avec les notes de Yeon-woo, ses parents avaient un sourire jusqu'aux oreilles qui ne voulait plus redescendre.

En revanche, sa mignonne petite sœur So-hyeon ronchonnait : qu'est-ce qu'elle allait faire, maintenant qu'il avait placé si haut les attentes de leurs parents ?

***

« Pfiou, il faut que je règle ça correctement avant qu'il ne soit trop tard. »

Même s'il s'était écoulé un peu plus de quatre mois depuis sa réincarnation, Yeon-woo décida d'accomplir aujourd'hui ce qu'il jugeait absolument nécessaire.

Dans cette vie, il comptait foncer vers son rêve de devenir acteur, ce qu'il n'avait pas pu tenter dans sa vie passée.

Pour cela, il lui semblait nécessaire de couper complètement le lien avec son passé, à commencer par dans son cœur.

Dans sa vie passée, Jeon Su-hwan avait été envoyé récolter des informations, après des renseignements signalant un trafic d'armes illégal au Moyen-Orient, qui pourrait bien être l'œuvre du Nord.

Avec un agent envoyé en renfort, il avait à grand-peine découvert une piste, mais était mort sans pouvoir en rendre compte au quartier général, ce qui lui laissait un malaise dans un coin du cœur.

Aujourd'hui, c'était le jour où il dissiperait ce malaise et réglerait définitivement son passé.

Pour une raison ou une autre, il avait sans cesse l'impression que c'était une chose à faire absolument.

Sur le terrain, chaque fois qu'il avait ressenti cela, l'ignorer avait toujours mené à des situations regrettables ; alors il ne l'ignorait jamais.

Yeon-woo s'était préparé très minutieusement, pour qu'au moins cette nouvelle vie ne souffre pas à cause de la précédente.

D'ailleurs, à moins de supposer l'événement invraisemblable d'une réincarnation, personne ne pourrait faire le lien avec sa vie passée, mais mieux valait tout de même être sûr.

Grâce à des repérages préalables, il avait saisi la géographie des lieux et planifié son itinéraire à partir des informations sur les caméras de surveillance recueillies en traînant avec ses camarades au futsal, au karaoké à pièces et ailleurs.

Sa destination était une vieille cabine téléphonique dans un quartier assez éloigné de chez lui.

Yeon-woo commença par fouiller les tiroirs de son père pour préparer des vêtements de styles différents.

Il les mélangea avec les siens pour composer plusieurs tenues, puis rassembla tous les sacs de la maison au même endroit.

Il prit d'abord le plus grand sac de randonnée de son père et y glissa un autre sac contenant une tenue complète.

La méthode consistait à glisser des sacs toujours plus petits les uns dans les autres.

Comme une poupée gigogne russe, une matriochka, il glissa dans le sac un sac avec des vêtements, puis dans ce sac un autre sac avec d'autres vêtements, avant de quitter la maison.

Le sac de randonnée plein à craquer était assez lourd, comme s'il portait un paquetage militaire complet.

Yeon-woo se rendit ensuite dans un autre quartier en franchissant la colline derrière chez lui, où il faisait d'habitude son exercice, par un itinéraire comptant le moins de caméras possible.

Il entra dans un immeuble HLM miteux qu'il avait repéré à l'avance et sortit un autre sac de son sac à dos.

« Hmm, celui-là… »

Yeon-woo se changea rapidement dans le couloir désert, rangea ses vêtements d'origine dans le sac de randonnée et le cacha soigneusement dans un recoin de l'escalier menant au toit.

Puis il en ressortit avec le deuxième sac, complètement transformé, avec d'autres vêtements et un autre chapeau qu'à son entrée.

Sous sa deuxième apparence, il gagna le quartier voisin par un itinéraire évitant autant que possible les caméras.

Arrivé au vieux centre commercial qu'il avait repéré, Yeon-woo monta au troisième étage.

Avec la même méthode, il se posta devant un atelier de tailleur fermé depuis longtemps et se déguisa avec une autre tenue.

Cette fois, il porta un masque de randonnée et une casquette à visière, qui rendaient même son âge difficile à deviner.

Il se déguisa ainsi plusieurs fois encore, changeant même sa démarche, compliquant son parcours, avant de se tenir enfin, plusieurs heures plus tard, devant le téléphone public de sa destination finale.

Quinze minutes auraient suffi en bus, mais Yeon-woo avait mis plusieurs heures pour arriver ici.

Pour l'heure, il jouait un vieil homme voûté, vêtu de vêtements usés, d'un masque et d'un chapeau.

Yeon-woo enfila des gants sanitaires jetables et inséra dans le téléphone public des pièces qui ne portaient aucune empreinte.

Puis il composa un numéro compliqué, comprenant des dièses et des astérisques.

L'appel aboutit bientôt, et la voix ordinaire d'un conseiller téléphonique sortit du combiné.

« Ici Service Company. Que puis-je faire pour vous ? »

« Produit numéro 478-54221. Catégorie : le Nouveau Chemin de Yoon Dong-ju. »

Yeon-woo énonça le numéro d'opération et la phrase code d'une voix grave et déguisée, sur un ton monocorde.

Puis, après quelques secondes de silence, une voix mécanique automatique se fit entendre.

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